Archives du mot-clé Etats-Unis

Chroniques | The Wire (David Simon) / The Grocery (Singelin & Ducoudray)

chroniqueGrocery

C’est l’histoire d’une ville en proie à la criminalité, à la violence et à la drogue. C’est l’histoire d’un quartier, au milieu de cette ville. C’est l’histoire d’anonymes ou de puissants qui se battent pour régner ou simplement survivre. Bref, d’une série télé à une bande dessinée, bienvenu à Baltimore.

Baltimore entre télévision et bande dessinée

C’est la première fois que je tente l’expérience d’une double chronique sur des supports aussi différents qu’une bande dessinée et une série télévisée. Mais l’occasion était bien trop belle pour passer à côté.

Cet été, par le plus grand des hasards, j’empruntais à la bibliothèque les deux premiers volumes d’une série de BD dont j’avais vaguement entendu parler. Très vaguement. Dans le même temps, j’achevais avec bonheur la 5e saison de The Wire (Sur écoute en français). J’étais pris de nostalgie à l’idée de laisser McNullty, le plus écorché vif de tous les policiers irlandais de l’histoire de la télévision américaine. En ouvrant The Grocery, le lien dans mon esprit ne s’est pas fait immédiatement. Pourtant, peu à peu, je retrouvais des détails qui me mettaient la puce à l’oreille : les coins de rue, les vendeurs de drogue, les dealers, les gros 4×4 et cette violence inhérente au milieu. Trop de détails pour n’y voir qu’une simple inspiration. Pas un plagiat mais une vraie continuité. The Grocery, c’est une histoire parallèle dans un monde au graphisme assumé.

A body of an american

Mais je mets les choses à l’envers. Je vous parle de The Wire et du lien avec The Grocery sans évoquer toutes les qualités de cette série. Au début, The Wire est une fiction policière évoquant le combat des policiers de Baltimore contre les réseaux de ventes de drogue. David Simon, ancien journaliste au Baltimore Sun City Desk devenu scénariste, dresse une galerie de personnage dont la grande figure est le fameux McNullty dont je vous parlais plus haut. Alcoolique, divorcé, volage, mais enquêteur surdoué, il est un peu à l’image de ses collègues, sans repère. Au cours des cinq saisons, ce qui semble être une enquête policière se transforme peu à peu en radiographie de la société américaine : politique, argent, journalisme, système éducatif, valeurs… Tout y passe avec cette capacité qu’ont les américains à mettre le doigt sur leurs propres paradoxes.

thewire_2

Comme souvent, cette série signée HBO - chaîne qu’on ne présente plus dans le monde des séries TV avec notamment Game of Thrones ou Six Feet Under – frappe fort avec un réalisme décomplexé. Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est plus ou moins crasseux. Chacun a ses propres raisons pour agir, tous ont des explications et les vrais pourris ne sont pas toujours ceux que l’on croit. C’est violent certes, souvent désespéré, mais l’humour n’est pas absent et parfois la lumière scintille un peu au milieu de ces rues sombres.

Bref, The Wire bénéficie d’un scénario remarquable en même temps qu’une bande originale qui frise la référence absolue, de toute façon quant on utilise The Pogues ça ne peut être que recommandable. J’en profite d’ailleurs pour tirer mon chapeau et rendre hommage à Philip Chevron, guitariste du groupe irlandais et créateur de la mythique chanson Thousand are sailing qui nous a quitté hier.

Sur écoute, saison 4.2

The Grocery, la série dessinée par Guillaume Singelin et scénarisé par Aurélien Ducoudray, s’inscrit donc pleinement dans cet univers. Et je préciserais même un lien réel avec la saison 4, où les réalisateurs avaient fait un focus sur un groupe d’enfants/adolescents.

Mais, il ne faut pas limiter  The Grocery à la série américaine qui l’a inspiré. En effet, les deux auteurs injectent leurs propres éléments pour créer une œuvre propre. Tout d’abord, ils prennent le parti de faire tomber un jeune candide dans ce monde de brutes. Elliott est le fils de l’épicier juif qui vient juste de racheter The Grocery, la boutique du coin de la rue. Il est tout neuf, tout gentil et très intelligent. Lui qui fait des concours d’orthographe, il joue rapidement le rôle de l’intellectuel du coin. Ah oui, j’oubliais. Eliott est une grenouille… d’ailleurs il a même un petit quelque chose d’Ariol, le petit âne d’Emmanuel Guibert. Bref, imaginez simplement Ariol dans une banlieue chaude… Je confirme, ça saigne.grocery2

Et pour saigner, ne vous fiez pas du tout au dessin qui peut apparaître au début comme enfantin. Je ne sais pas vraiment si on peut parler d’anthropomorphisme pour tous les personnages mais je crois que le choix est judicieux tant un rendu réaliste aurait pu être insoutenable. Le scénario en effet ne lésine jamais sur la violence réelle et symbolique. Âme sensible s’abstenir !

grocery1

Peu à peu, de nouveaux personnages entrent en scène : un vétéran de la guerre en Irak qui perd sa maison suite à la crise économique, un rescapé de la chaise électrique, nouveau caïd de la rue, une hispanique en quête de vengeance… Ces histoires singulières forment un tout et donnent une cohérence à l’univers. Tous les personnages sont liés les uns aux autres de près ou de loin, les actions des uns influencent la vie des autres et tous portent des cicatrices et sont prêts à rendre les coups qu’on leur donne. La fin du 2e tome est sans équivoque… Mais je m’arrête là pour ne pas vous gâcher les surprises et les rebondissements nombreux qui ne manqueront pas de vous donner envie d’aller plus loin. Personnellement, j’attends la suite avec une très grande impatience.

A lire : les chroniques de Mo’, de Tristan sur B&O

Et pour finir : ceux qui ont vu The Wire reconnaîtront

the-wire-affiche-promo2couv-grocery

The Wire (Sur écoute)
créé par David Simon
5 saisons (60 épisodes) 2002-2008

The Grocery (2 volumes – en cours)
Scénario : Aurélien Ducoudray
Dessins : Guillaume Singelin
Editions : Ankama, 2011
Collection : Label 619

Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : les séries TV et BD sont indispensables pour une bédéthèque et une vidéothèque de qualité.

sailor-twain-Siegel3

Chronique | Sailor Twain ou La Sirène dans l’Hudson (Mark Siegel)

sailor-twain-Siegel3

Dans un bar, une jeune femme rencontre un marin. Ils évoquent ensemble le passé et la mort d’une personne. Qui ? Pourquoi ? Quand ? Le marin possède la vérité et décide de tout dévoiler à la simple vue d’un bijou. Quelques années plus tôt, Elijah Twain était le capitaine du Lorelei, un bateau vapeur américain naviguant sur le fleuve Hudson. Un jour, il découvrit une sirène blessé sur le pont. Le début d’une histoire fabuleuse et cruelle…

Nouveau et ancien continents

Mark Siegel est un américain qui a grandi France. Et visiblement, à la lecture de Sailor Twain, on peut légitimement se poser la question de l’impact de cette double culture sur son parcours. Après tout, il est l’un des éditeurs américains de Joann Sfar, Lewis Trondheim ou Emmanuel Guibert. Des auteurs phares de la Nouvelle BD européenne qui ont tous en commun d’avoir su à un moment de leur carrière se réapproprier les mythes et légendes populaires (aventuriers, monstres, saga de l’espace, bateaux volants…) pour nous offrir des œuvres originales. Sailor Twain dont l’action se déroule sur un bateau se nommant le Lorelei (cf la légende ici) assume complètement cette reprise des vieilles légendes. Quant au dessin, il suffit de voir le nez de Lafayette (un français évidemment) pour se rappeler d’Isaac le Pirate et y percevoir une légère filiation. Il faut reconnaître la très bonne qualité du dessin réalisé – il me semble – à la mine de plomb. L’ensemble traits des personnages, cadrages, décors est particulièrement réussi et convient bien à l’atmosphère recherchée.

sailor-twain-Siegel4

Mais Mark Siegel ne se contente pas de s’appuyer sur ces références de la vieille Europe. Il y ajoute une part de nouveau monde avec ces grands fleuves et ces bateaux qui ont fait la légende de l’Amérique. Un simple vapeur et le lecteur se replonge immédiatement dans les romans de Mark Twain (non, non c’est un hasard…) et plus largement dans la littérature américaine du XIXe siècle. Une littérature – en tout cas pour les références à Twain – décrivant avec précision et dureté la société américaine de l’époque. D’ailleurs, Mark Siegel a mené un travail de recherche historique titanesque sur cette période.

De la passion aux mystères

Sailor Twain oscille donc constamment entre ces deux eaux (oui bon hein, il fallait que je la fasse) qui constituent le moteur du récit. Entre fantastique et réalisme, l’histoire romantique autour des 4 personnages développés par Mark Siegel est globalement une réussite. Et comme disait la chanson, les histoires d’amour finissent mal en général… surtout quand une sirène est dans le coin et que la passion outrepasse la raison. Mais comment ? Et Pourquoi ? Là est la question comme écrivait ce bon vieux Will Shakespeare qui en connaissait un rayon sur l’affaire. Sailor Twain et son personnage principal nous entraine donc dans une partie de chasse aux indices afin d’élucider les failles dans la normalité. Et c’est dans cet aspect que ce récit trouve toutes ses limites.Gatsby int.indd

À force de s’appuyer sur des références – que je n’ai pas la prétention de toutes capter –  j’ai globalement eu l’impression de déjà-vu/lu/entendu. Même si Mark Siegel a le mérite de proposer quelques trouvailles intéressantes, le risque pour le lecteur est de sentir en filigrane cette broderie de mythes et de légendes. Danger qui n’est pour moi pas éviter. De plus, si les premiers et derniers chapitres sont réussis, on constate une belle descente de rythme au milieu de l’histoire. Elijah et le lecteur commencent à tourner en rond. Le héros cherche, cherche encore, se bat avec ses démons pendant plusieurs dizaines de planches tandis que le lecteur un peu attentif a bien senti les choses venir. Il a déjà 2 ou 3 temps d’avance et commence à regarder où il se trouve… Au milieu… Bon…

Finalement, les retournements de situation sont prévisibles et le lecteur les voit presque arriver avec un certaine forme de soulagement. Quelques planches de moins pour un livre qui en compte presque 400 n’auraient pas été un mal. Mais bon, ça fait moins roman graphique c’est sûr. Non, je ne dénonce pas du tout la course à l’échalote de « plus-mes-livres-sont-gros-plus-on-les-prend-au-sérieux ».Gatsby int.inddBref, Sailor Twain est une œuvre qui assume ses références et qui saura (et qui a su d’ailleurs) convaincre. C’est une histoire bien dessinée, bien pensé, bien propre… résultat un vrai travail d’orfèvre. Cependant,  il manque ce grain de folie, cette originalité qui est le moteur des grandes œuvres fantastiques. Finalement, rien de bien original dans ces planches même si Sailor Twain demeure une lecture tout à fait agréable… Mais pas inoubliable. L’histoire jugera ma chronique… (ça c’est une phrase qui a la classe pour terminer une chronique, non ?)

A lire : Ah, ça me manquait de n’être pas d’accord avec Mo’, je vous mets sa chronique... et puis celle de Paka, enthousiaste aussi. Je crois être un des seuls à être dubitatif sur ce livre !
A voir : la fiche album sur le site de Gallimard

sailor-twain-Siegel-couvSailor Twain ou La Sirène de l’Hudson (one-shot)
Scénario et dessin : Mark Siegel (USA)
Editions : Gallimard, 2013 (25€)

Public : Ados-adultes, fan des mythes, des légendes… et de Tom Sawyer :-)
Pour les bibliothécaires : Succès critique, je reste plus dubitatif sur la pérennité d’un tel livre dans un fonds. Pour moi, une étoile filante.

 

 

Boxing-Gym_2

Chronique | Boxing Gym (Wiseman)

Boxing-Gym_2Une salle de boxe au Texas. Un ancien professionnel entraine des petits jeunes, des pros, mais pas que. Dans ce microcosme se croisent le melting pot à l’américaine, blancs, noirs, hispaniques… Une femme ne veut pas que son enfant épileptique prenne des coups. OK, il travaillera au sac jusqu’à ce qu’il guérisse… car il guérira c’est sûr. Ici, on laisse la violence à l’entrée, on travaille.

Mister

Un jour, dans une chronique sur un album de Will Eisner, j’avais écrit mon émotion devant le talent de cet homme. Ce qui semblait une évidence me sautait à chaque fois aux yeux. Comme une surprise. Ce constat s’applique tout autant à Frederik Wiseman, 80 ans passé, et toujours l’un des plus grands documentaristes actuels.

Alors évidement, les grands spécialistes du cinéma, trouveront sans aucun doute des choses à dire sur ce film. OK, je rends les armes. De toute façon, je n’en ai pas assez pour juger correctement. Je prendrais donc l’étendard du ressenti pour vous parler de ce film d’une fausse simplicité.

Car, depuis ses débuts, le travail de Wiseman est le même : poser sa caméra, filmer, filmer encore, filmer tellement qu’on oublie sa présence. C’est alors que son vrai travail commence, chercher l’essence même de son sujet et, sur la table de montage, faire ressortir une forme unique à partir de centaines d’heure de rush.frederik-wiseman

Noble art et sociologie

Pendant un an, il a posé son dispositif dans une ville du Texas. Et que voit-on ? Des boxeurs ? Pas vraiment. Des bagarres ? Pas du tout. Il a tout d’abord filmé des corps qui, sous la forme de coups de poing, de jeux de jambe, de positions, recherchent un équilibre entre défoulement, maitrise de soi et perfection. Il filme le sport, le noble art comme on le surnomme, mais surtout l’effort physique et, alors qu’on ne voit jamais la moindre goutte de sang, une forme de violence indirecte.

Boxing-Gym_1

Mais au-delà de l’apparence de l’effort sportif, il montre un lieu de vie où l’Amérique se rencontre. Dans ce monde, il y a des boxeurs professionnels encadrant bien souvent les débutants. Il y a des mères inquiètes, des pères pressés et même des bébés dans des couffins attentifs aux moindres sons, aux bips annonçant la fin d’un round, au balancement fugace de la poire de frappe. Petits, grands, personnes âgées, femmes… Tout ce petit monde se côtoie et on se surprend même à sourire devant des situations cocasses. Car parfois, au milieu de ses sons si particuliers aux salles de boxe, naissent des discussions improbables entre deux beaux gaillards sur des danses sud-américaines et des cours d’accordéon…

A l’image de toute son œuvre, Frederik Wiseman nous fait pénétrer dans le monde des autres. Mais avec tout son talent et sa générosité de cinéaste documentaire, il en fait le sien, puis nous le donne. Et tout d’un coup, ça résonne, on s’identifie un peu, parfois beaucoup. Amateur de boxe ou pas, ce film, ce lieu devient un peu le nôtre.

A lire : la très bonne chronique du Blog documentaire car, eux, savent parler cinéma avec talent !

boxing-gym-DVDBoxing Gym (documentaire)
Réalisateur : Frederik Wiseman (USA)
1h34mn, VOSTFR, 2010

 

silencedenosamis3

Chronique | Le silence de nos amis (Powell, Long & Demonakos)

En 1966, Jack quitte San Antonio pour Houston avec sa famille pour devenir reporter cameraman pour une télévision locale. C’est ainsi qu’il rencontre Larry, jeune professeur et créateur de The Voice of Hope (La voix de l’espoir). Jack est blanc, Larry est noir… Dans cet état du Sud, cette frontière paraît infranchissable…

Basé sur les souvenirs d’enfance de Mark Long, Le Silence de nos amis est un témoignage rare sur les luttes contre la ségrégation raciale dans les États-Unis des années 60. Rare car écrit du point de vue d’un homme blanc, témoin privilégié en tant que journaliste d’une époque violente et torturée. Pour le dessin, Mark Long et Jim Demonakos, co-scénariste, ont eu la bonne idée de faire appel à Nate Powell, l’auteur du magnifique et controversé (cf la synthèse KBD) Swallow me whole. En effet, ce dernier possède un trait réaliste capable de rendre un aspect documentaire à ce récit inspiré de faits réels.

Cependant, Nate Powell n’est pas le genre de dessinateur à se contenter d’une simple illustration. Cet album porte les qualités que l’on trouvait déjà dans son album précédent. D’un même élan, cet auteur déjà récompensé par un Eisner Award peut nous offrir en quelques pages des moments de violences ou des instants simples de vie de famille en adaptant sa composition. Il alterne le rythme, s’inspire de Will Eisner en explosant les cases, dessine au simple crayon de papier au milieu d’un page encrée. Et surtout, il est capable de créerde splendides pages pleines plus expressives que de longs discours. Évidemment, le choix du noir et blanc pour raconter cette histoire parait logique. Là encore, il utilise son dessin comme un élément narratif. En alternant fonds noir et blanc pour ses pages, il donne une espèce d’équilibre entre ces deux contrastes. On peut croire au hasard…

Côté scénario, Mark Long et Jim Demonakos sont restés d’une grande sobriété. Montrant sans équivoque les doutes envahissant Jack et la difficulté à aller contre l’ordre établi. Dans ces années-là, inviter un noir chez soi est impensable… Pourtant, Jack le fait. Ainsi, ce personnage devient une sorte de héros du quotidien. A travers le portrait d’un homme, de sa famille, de son entourage social et professionnel, les deux scénaristes montrent la grande histoire de la lutte raciale. Un vrai documentaire romancé.

Et c’est un peu le défaut de cette histoire qui souffre pour moi d’un manque de côté épique et surtout d’un comparaison peu flatteuse avec l’un des plus beaux romans graphiques écrit sur le sujet des luttes pour la tolérance : Un monde de différence d’Howard Cruse (notre très ancienne « chronique » ici). Contrairement à ce pur chef d’œuvre, Le Silence de nos amis reste avant tout un récit autobiographique. Les personnages sont peu nombreux et souvent enfermés dans un rôle. Évidemment, ils mettent en avant le caractère exceptionnel de Jack. Mais nous restons beaucoup dans la description qui – même si elle est très précise – rend difficile l’identification au personnage. Les tentatives d’humanisation, en particulier avec le personnage de Julie, la petite sœur aveugle, tombent un peu à plat. On ne fait pas forcément le lien entre le récit principal et ces éléments. Pour ce type de récit historico-social c’est tout de même gênant et surtout frustrant.

Finalement, le lecteur observe ce monde d’un peu loin : il voit les blancs bourreaux et les noirs victimes, se dit aussi que ça manque parfois un peu de nuance de gris, celles vues dans ce si beau dessin. Mais après tout, il est difficile pour moi de juger, français blanc du 21e siècle. J’aurais toutefois aimé entrer dans la tête de Jack. Au bout du compte, cette lecture, contrairement à Un monde de différence qui restera longtemps dans ma mémoire, ne m’a pas marqué. J’ai même dû relire quelques passages afin de rédiger cette chronique. Je le répète, mais c’est assez frustrant car c’est un sujet véritablement passionnant. Mais finalement, il ne nous apporte pas grand chose de plus.

Le Silence de nos amis, titre tiré d’une très belle phrase de Martin Luther King, est une œuvre qui aurait pu, qui aurait dû, être une œuvre coup de poing. Finalement, son aspect descriptif laisse le lecteur loin des préoccupations de ses personnages. Heureusement, le dessin de Nate Powell est encore une réussite. Avec un sujet aussi porteur que la lutte contre la ségrégation raciale, il était important de réaliser une œuvre pleine. Dommage.

A lire : les chroniques de BD Gest‘, de Sceneario, du blog Les Salauds et les lâches et celui, plus mitigé (ouf ! je ne suis pas le seul) de Cachou

Le silence de nos amis (one-shot)
Scénario : Jim Demonakos & Mark Long
Dessins : Nate Powell
Edtions : Casterman, 2012
Collection : Écritures

Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : Sur le même sujet, je préfère de loin Un monde de différence. Mais peu apporter sa pierre à un fonds.

 

Chronique | Peter et Miriam, première partie

peter_et_miriamscénario et dessins de Rich Tommaso (Etats-Unis)
éditions çà et là (2010, 2007 aux USA)
Public : Adulte et nostalgique dans années 80
Pour les bibliothécaires : Pas indispensable dans un premier temps, mais intéressant dans un fonds BD américaine à développer.

C’est un roman d’amitié…

Le 26 juillet 1977, Mme Martinelli rend service à Mme Capaldi en acceptant de garder sa fille Miriam pour quelques heures. Un peu timide, cette dernière s’installe dans un coin du salon familial où la télévision est en marche. Très vite, le jeune Peter Capaldi vient la voir et, très vite, l’insupportable casse-pieds qu’il est ne tarde pas à faire sourire Miriam… Petit récit d’une rencontre et début d’un grande amitié ponctuée de sentiments inavoués, de bêtises assouvies, de sérieux et d’exaltations cinématographiques. Cette amitié est le miroir de deux vies, deux vies d’enfants-ado dans l’amérique des années 80.

Dans un superbe écrin réalisé par les éditions çà et là – on ne soulignera jamais assez la qualité de cet éditeur – on trouve un recueil de mini-histoires (rarement plus de 4/5 planches) qui sont une multiplication de focus sur des événements de la vie des deux protagonistes principaux. Ne respectant à aucun moment un ordre chronologique établi, Rich Tommaso fait une description par touches précises et successives. Adolescents, enfants, jeunes adultes, il dresse le portrait de leurs intériorités, de leurs errances, de leurs insatisfactions mais aussi de leurs bonheurs. L’un et l’autre se soutiennent, l’un et l’autre se poussent.peter_et_miriam_planche

Marqué par l’école américaine du strip sans en être prisonnier, avec un trait qui rappelle par instant Charles M. Schultz, Rich Tommaso multiplie les histoires à un  rythme effréné. Les 104 planches se lisent assez rapidement et  peut-être même un peu trop. En effet, on a parfois l’impression de passer un peu vite sur des situations qui auraient mérité plus d’approfondissement. Cependant, la richesse du livre repose sur une approche très sensible des personnages d’où, à mon avis, le besoin d’une double lecture. Si la première permet de découvrir Peter et Miriam, la seconde offre la possibilité d’apprécier pleinement la partie immergée de l’œuvre et de profiter finalement d’une description très fine et qui se révèle finalement plus posé, entière et passionnante.

Cette première partie est donc un très joli livre sur l’amitié et, même si elle s’avère assez peu sûr de soi, une vision positive de la jeunesse américaine des années 80. Sur IDDBD, on attend déjà la suite avec impatience car la trop courte lecture nous laisse un peu sur notre faim ! Finalement, on s’attache au personnage car chacun rêverait d’une amitié aussi sincère. Une belle leçon d’humanité.

A lire : un extrait sur le site des éditions çà et là (pdf) et la fiche album

A voir : la critique de Krinein

A voir : le site de Rich Tommaso (en anglais, sorry)

A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

A noter : cette chronique clôt le mois spécial BD américaine sur IDDBD.


Chronique : Swallow me whole

Couv_swallow_me_whole_Nate_Powell
scénario et dessins de Nate Powell
Editions Casterman, collection Ecritures (2009)
Public : Adulte, amateur de roman graphique américain
Pour les bibliothécaires : Incontournable !
Eisner Award du Meilleur Roman Graphique 2009

Le magicien et le crapaud

Dans une ville moyenne des Etats-Unis, Ruth et Perry sont deux faux-jumeaux pré-ados en apparence bien ordinaire. Ils se rendent chaque jour dans un collège très marqué par une religion radicale, ont leurs relations et leurs habitudes. Cependant, chacun cultive un jardin secret un peu particulier : Perry voit et entend un petit sorcier qui lui demande de dessiner ses prophéties, Ruth entrepose des bocaux remplis d’insectes morts avec lesquels elle communique. Touts les deux veillent sur le secret de l’autre. Mais le temps passant ce qui apparaît comme une lubie d’enfants pourrait bien avoir des répercussions inquiétantes…swallow_me_whole_Nate_Powell_1

Dense et riche dans son propos, à la fois réaliste et onirique dans son graphisme, Swallow me whole fait partie de ses albums dont il est nécessaire de digérer le contenu après l’avoir lu afin de se poser les bonnes questions. Dans un premier temps, on serait facilement tenté de le comparer au très réussi Blankets de Craig Thompson : même période de la vie, même situation sociale et culturelle de l’environnement, même attrait pour un graphisme proche de l’école européenne. Cependant, il convient de s’arrêter là car Nate Powell aborde l’adolescence dans sa partie la plus obscure là ou Craig Thompson y voyait de la lumière.

swallow_me_whole_Nate_Powell_2Cette histoire est composée de petites touches du quotidien s’enchaînant à une vitesse vertigineuse. Autour des deux protagonistes principaux, que nous suivrons de 12 à 16/17 ans environ, gravitent toute la population habituelle : des parents aux réactions tardives, une grand-mère qui perd la tête, des professeurs à la merci des croyances locales (en particulier la prof de biologie qui se doit d’éviter les théories évolutionnistes), des amis exclus de la bulle du frère et de la sœur, des médecins… Chacun apporte sa pierre à l’édifice du récit, sa part de vérité dans le développement des deux personnages et de responsabilité dans les événements qui suivront. Malgré tout cet entourage, c’est l’absence d’écoute qui prévaut. La mère de Ruth et Perry devenant sourde au fur et à mesure de l’histoire en est une métaphore particulièrement bien réussie.

Graphiquement, c’est une réussite véritablement exceptionnelle ! Nate Powell alterne entre un dessin au trait simple et des moments de pures folies en adéquation avec son récit. Le mal-être transparaît dans des traits parfois durs et rares sont les moments d’apaisements. Seuls les délires des personnages peuvent amener à une (relative) sérénité. Cette violence sous-jacente est absolument bouleversante et entraîne le lecteur au fond des choses…swallow_me_whole_Nate_Powell_3

Dans cette vision radicale de l’adolescence, et au travers elle d’une certaine Amérique, Nate Powell dresse un portrait de la folie. Pour tenter de répondre à l’énigme Ruth et Perry, il explore de multiples voies, sans qu’aucunes ne soient véritablement une réponse, sans qu’aucunes ne soient totalement absurdes. Complexe et d’une incroyable richesse, Swallow me whole,  peut sans doute être considéré comme une œuvre incontournable du roman graphique américain… à condition d’y pénétrer et de résister à sa charge émotionnelle.

A lire : la critique positive de Melville sur sceneario.com
A lire : la critique négative de David Taugis sur ActuaBD
A découvrir (pour mettre tout le monde d’accord) : les premières pages sur BDGest’

A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Black is beautiful !

Liberty (scénario de Eric Warnauts, dessin de Eric Warnauts et Guy Raives, éditions Casterman)

« Kinshasa, 1974. La jeune Tshilanda, fille du chef de la sécurité d’un grand hôtel international de la capitale zaïroise, vient d’avoir seize ans. La petite fille s’est métamorphosée en une séduisante jeune femme qui attire tous les regards masculins. L’un de ces hommes, Alan Mc Laren, le très magnétique manager du groupe de James Brown, alors de passage au Zaïre, ne va faire qu’une bouchée de la naïve Tshilanda. La jeune fille est enceinte…

Il faut la faire quitter le Zaïre, éviter le scandale. Deux hommes, attachés l’un et l’autre à Tshilanda, vont l’aider dans cette entreprise : Edouard, un diplomate français de Kinshasa, et Mike, un musicien noir américain de Harlem, ancien G.I. du Vietnam devenu le batteur de James Brown. Grâce à l’alliance improbable de ces deux personnages, Tshilanda obtient une green card lui permettant de partir pour les Etats-Unis, où elle accouche d’une petite fille. Elle l’appelle Liberty… »

Voilà pour le début de l’histoire, tel que vous pourrez le lire sur le site de Casterman. Pour la suite, vous n’aurez aucun mal à entrer dans ce magnifique album de Warnauts et Raives qu’à ma grande honte, je viens de découvrir avec Liberty. Vous n’aurez pas de mal non plus à vous attacher à Tshilanda puis à sa fille, à ces deux femmes dont les destins – entre Afrique et Amérique – ne peuvent que vous toucher…

D’autant que le dessin, assuré par les deux artistes, possède cette juste sobriété, cette élégance discrète, ce rythme parfait qui mettent assurément en valeur le propos du scénariste. De la bien belle ouvrage (et on est difficile ici) !

Reste à découvrir (enfin pour moi !) les précédents albums de ce duo magique…

A savoir : Warnauts et Raives dédicacent Liberty, aujourd’hui à la librairie Boulevard des bulles (50, boulevard Saint-Germain dans le 5ème à Paris). Et c’est à partir de 16h00

A lire : les premières pages de Liberty sur le blog opoto.org

A découvrir : le blog de Warnauts et Raives

Attention : cette chronique s’inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD !

Chronique d’une douleur subie

World trade Angels (scénario de Fabrice Colin, dessins de Laurent Cilluffo, Denoël Graphic)

C’est au hasard de mes pérégrinations dans un coin BD de la médiathèque que je suis tombé sur un drôle de livre. Couverture cartonnée épaisse, bichromie saumon/noir, traits géométriques à la fois simples et intrigants, utilisation originale de l’espace, bref une BD attirante par sa forme.

Si certains titres d’album sont énigmatiques (L’accablante apathie des dimanches à Rosbif par exemple), ce n’est pas spécialement le cas ici. World trade Angels : tout est dit. Nous suivons Stanley, jeune cadre New-Yorkais, travaillant dans le quartier d’affaire. La vie se déroulait normalement pour lui… jusqu’au fameux jour de septembre où deux avions ont frappé les tours jumelles voisines de son bureau. La fin d’une époque, le début du traumatisme.

Au fil de pages, Fabrice Colin (par ailleurs écrivain reconnu de livre sans images) et Laurent Cilluffo (que je ne connaissais pas encore) dressent à travers le personnage de Stanley le portrait de tout un peuple. Meurtri dans sa chair, frappé dans son âme et dans ses valeurs, retourné par une réalité vue uniquement entre la météo du soir et les pubs pour des vêtements de sport. Un peuple naïf se réveillant avec la peur au ventre et la désagréable impression que rien ne va pas s’arranger.

World Trade Angel n’est pas un livre spectaculaire, il ne tombe jamais dans le pathos ni le voyeurisme possible lorsqu’on aborde un sujet comme celui-ci. C’est un album jouant sur une succession d’équilibres précaires – à l’image du graphisme de Laurent Cilluffo – à la fois précis et sensibles. Presque chirurgicaux lorsqu’il s’agit de décrire le matin du 11 septembre (minute par minute dans l’introduction) et d’une humanité étonnante dans les égarements de Stanley, sorte d’ermite émotionnel perdu entre deux mondes. Un monde extérieur :  New York , ville grande et forte, mégalopole se relevant malgré la douleur, refusant d’arrêter le chemin du progrès à l’américaine. Et un monde intérieur, détruit, mâché, où les morts sont bien trop présents pour ne pas déranger, un monde d’introspection bien plus vaste où il est facile de se perdre, où retrouver les siens permet de combattre sa douleur mais où la moindre plume peut vous faire basculer. Stanley voyage entre ces deux états, il n’est au bout du compte pas plus mort que vivant.

Livre difficile, ambitieux, notamment pour deux français, Word Trade Angels est un album réussi. Ne serais-ce que par son graphisme d’où émane cette immersion entre inconscient et réalité, alternant douleurs et poésie, puissance et faiblesse, il est de ces albums qui touchent et restent longtemps dans un coin de la tête. Frappant et beau.

A lire : deux interviews, Fabrice Colin sur le site d’ActuSF & Laurent Cilluffo sur le blog Klare lijn international
A découvrir : le site/blog de Fabrice Colin
A lire également : là j’explique parce que c’est important : en 2008, Fabrice Colin et Fred Boot (au dessin) publiait Gordo, un très bon album pas très grand public qui, sous le coup des milliards de parutions annuelles en BD, n’a pas trouvé ses lecteurs. De sa propre initiative, Fred Boot a décide de rendre disponible en ligne l’intégrale de cet album afin que ce dernier ai une nouvelle vie. Donc, c’est à lire, à voir, à apprécier (très bon album je le répète) et à diffuser (et/ou à acheter si vous le trouvez en librairie). C’est ici.

Il était une fois l’Amérique…

Le maître de Benson Gate - Tome 2 : Huit petits fantômes (scénario de Fabien Nury, dessin de Renaud Garreta, couleurs de Jean-Jacques Chagnaud, lettrage de François Batet, 2008)

Décidément, IDDBD ne vous recommande que des suites ces jours-ci (après le troisième tome de Miss Pas Touche, vendredi dernier). Aujourd’hui, c’est sur le deuxième opus du Maître de Benson Gate que vous allez vous jeter ! Si vous vous souvenez de la chronique du 8 janvier 2008 (mais si, mais si, un petit effort voyons…), vous n’avez pas oublié le conseil d’IDDBD : ne passez à côté d’aucun des albums scénarisés par Fabien Nury. C’est peut-être simple comme conseil, mais sacrément efficace lorsqu’il s’agit de choisir une bonne BD sur l’étal de son libraire ou dans les rayons de sa bibliothèque…

Le deuxième tome de la série Le Maître de Benson Gate ne faillit pas à cette règle : l’intrigue nouée au premier tome autour de Calder et Richard, les frères Benson, héritiers putatifs d’un empire pétrolier dans l’Amérique du début du XXème siècle, se clôt dans un permier diptyque passionnant et sombre comme un roman de James Ellroy (pour reprendre les termes de Christophe Quillien du magazine Avant-Première). Et ce n’est pas la découverte du cadavre de Joan Bartlett, la fille de neuf ans d’un notable lié à la famille Benson, qui apportera un peu de lumière dans ce cloaque humain qu’est la bonne société de Boston. Ni les occupations de Taylor, le domestique de Benson Gate

On reste admiratif du talent de Fabien Nury et de son extraordinaire capacité à nous immerger dans l’intimité de ses personnages, renforcée encore par le magnifique dessin réaliste de Renaud Garreta dont la maîtrise est époustouflante. Ce dessinateur est à la hauteur de son scénariste, ce qui n’est pas peu dire !

Et la bonne surprise dans tout cela c’est que ce deuxième tome, qui clôt donc le premier diptyque du Maître de Benson Gate, annonce déjà les prochains albums… à suivre de très près.

A lire : 16 planches sur Read-box.com

A voir : la bande annonce de la série Le Maître de Benson Gate

Eloge de l’autre

L’autre laideur l’autre folie (scénario et dessins de Marc Malès, collection Tohu-Bohu, éditions Les Humanoïdes associés)

Tout commence par un dessin au style retro, mélange de comics des années 30-40 et de José Munoz pour son utilisation du noir et blanc.
Ça continue par une émission, rétro également, de la télévision américaine évoquant une ancienne star de la radio des années 30 et de son étrange disparition. Puis, une femme âgée arpente en compagnie de sa fille le quai désert d’une gare oubliée au beau milieu d’un trou perdu des Etats-Unis.
Finalement, c’est un souvenir. Celui d’une rencontre peu banale entre deux êtres perdus, l’un fuyant sa douleur, l’autre son image. L’un sur les chemins, l’autre cloîtrée dans une maison sans miroir.

Dans tout ce que l’on peut lire, et je ne parle pas seulement de BD, il y a des choses que l’on aime mais que l’on oubliera, d’autres que l’on adore et qu’on garde pour soi et puis il y a ce genre de merveilles, des livres à part découvert au hasard, des livres qui résonnent en vous et qui rejoignent votre patrimoine personnel. Des œuvres parfois perdues dans les étagères d’une librairie, dans un carton ou qui vous attendent sous votre nez depuis des mois, voire des années. J’ai attendu longtemps avant d’ouvrir L’autre laideur l’autre folie. J’avais tort.

Je me demande encore comment un auteur comme Marc Malès fait pour regrouper autant de qualités et de talent dans 120 pages : finesse de l’écriture, dessin totalement maitrisé servant au-delà de toute espérance son récit et donnant une humanité « physique » à ses personnages, construction du récit ciselé, histoire magnifique, psychologie des personnages poussé au point qu’on se demande si ce n’est pas du vécu. Mais surtout, plus que toutes ses qualités un peu « technique« , c’est cette incroyable alchimie dégageant une atmosphère, une mélancolie, une poésie profonde et touchante. Poésie qui personnellement me ramène inexorablement vers des œuvres telles que Sur la route de Madison ou plus récemment The Hours. Sans grand effet de style, ni effusion de sentiments, nous voici submergés par des vagues d’émotions contradictoires.

Vous l’aurez compris, L’autre laideur l’autre folie est un album marquant, magnifique, beau et triste, optimiste et désespérant. Marc Malès a tenté de réunir les tourments, les peurs, les tristesses mais aussi les espoirs de l’âme humaine. S’il est présomptueux de vouloir réussir ce tour de force, on doit admettre qu’il l’a effleuré du doigt. C’est une définition d’un chef d’œuvre.

A lire : les chroniques sur Sceneario.com et sur BDselection.com

A écouter : Philipp Glass signant la BO de The Hours.