Archives du mot-clé Jeunesse

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Chronique | Légendes de la Garde : la Hache Noire (David Petersen)

Des décennies avant les évènements de l’année 1152, Celanawe, soldat aguerri de la Garde du royaume des souris, est envoyé à la recherche de la mythique hache noire. Une quête légendaire qui le mène bien au-delà de la mer et de ses propres interrogations. Continue la lecture

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Chronique d’été #6 | L’illusionniste (Sylvain Chomet)

chomet_illusioniste5A la fin des années 50, un vieil illusionniste tente de continuer son métier malgré les débuts tonitruants du rock’n’roll. Peu à peu, il se fait une raison, le music-hall disparaît. Alors, de Paris à Londres, il se retrouve bientôt au fin fond de l’Écosse. Dans un pub, il rencontre Alice, une jeune femme innocente en quête de liberté. Le début d’une nouvelle vie.

Pour son deuxième long métrage d’animation, Sylvain Chomet, ancien scénariste de Nicolas de Crécy notamment sur Léon la Came, adapte un scénario inédit de Jacques Tati. Scénario hautement polémique qui serait un exutoire à un épisode familial assez sombre de la vie du grand cinéaste. Je laisserai le débat aux spécialistes du réalisateur.

chomet_illusionistePour ma part, il ne m’a fallu que quelques instants pour être pris dans cette histoire. Un grand bonhomme – Jacques Tati lui-même – nostalgique d’un paradis perdu, seul, quasi-mutique. On pourrait parler de misère et pourtant, l’atmosphère n’apparaît jamais pesante. Les décors sont beaux, changeant, tout comme la lumière qui varie tout au long du film. Ce film bénéficie effectivement d’une lumière très réussie. Entre celles du music-hall et de l’environnement écossais, il y a de la place pour un panel très large qui modifie complètement les sensations et les émotions exprimées.

Ce film est d’une rare tranquillité comparé aux grosses productions actuelles. Tout est calme pour le spectateur et pour le personnage-titre jusqu’au moment où cette jeune fille que personne ne comprend pas arrive dans la vie du vieux bonhomme. Elle est jeune et insouciante, un peu jolie. Un contact tout à fait particulier se créé entre ces deux personnages solitaires. Amour ou relation paternelle ? C’est là que la vie rejoint la fiction et que la polémique prend son envol. Je ne m’y attarderais pas plus. Côté film, je dirais que tout ceci est une affaire de destin. On aime à croire à cette histoire. Le réveil d’un vieil homme, l’épanouissement d’une jeune femme. Il y a beaucoup d’humanité et de tendresse, on reconnaît ici la marque de Jacques Tati.

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Côté dessin, le studio de Sylvain Chomet s’affranchit un peu plus de l’influence de son ancien compère Nicolas de Crécy qui avait fortement marqué ses productions précédentes (Les Triplettes de Belleville mais aussi le court métrage La Vielle dame et les pigeons) en proposant une 2D très sobre. Entre nous, on fait pire que Nicolas de Crécy comme influence. Bref, j’ai apprécié ce côté un peu désuet et la grande qualité de la colorisation. Si pour les Triplettes, le graphisme foisonnant collait parfaitement à l’univers déjanté et baroque du récit, cette forme aurait dénaturé profondément le charme réaliste de ce scénario.

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Pour conclure, L’Illusioniste porte le sceau du grand Jacques Tati dans ses parties les plus claires comme les plus sombres. Je n’ai pas lu le texte original, il me semble donc compliqué de juger l’adaptation. En revanche, le film d’animation en lui-même est d’une rare qualité qui saura vous emporter dans un tourbillon tranquille d’émotions et de sensations. Une fable, un épisode de vie, un passage de témoin. C’est quand même beau le cinéma.

La bande-annonce

illusionniste-chomet-tatiL’Illusioniste
un film de Sylvain Chomet
(France-Ecosse, 2010, 1h20)

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Chronique d’été #5 | Goshu le violoncelliste (Takahata)

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Goshu est un jeune violoncelliste inexpérimenté. Très timide, il est particulièrement maladroit et met à mal l’exécution de la 6e symphonie de Beethoven par son orchestre. Piquant une colère noire, le chef lui reproche son manque de concentration. Il doit faire des progrès rapidement. Goshu se retire alors dans sa petite maison au milieu de la campagne pour s’exercer. Tour à tour, les animaux viennent le visiter pour lui faire découvrir les aspects cachés de son travail et de sa propre personnalité.

Nous continuons nos chroniques d’été (rassurez-vous plus que trois), avec un petit film destiné au jeune public réalisé par Isao Takahata en 1981. Adapté d’une nouvelle du romancier Kenji Miyazawa, Goshu le violoncelliste est une fable champêtre à première vue plutôt anodine. Les enfants y verront une succession de situation plutôt drôle où des animaux apparaissent les uns après les autres (un chat, un coucou, un Tanuki, une souris) pour embêter ce pauvre Goshu dans ses répétitions. Mais le co-fondateur des studios Ghibli, réalisateur de Pompoko, de Mes Voisins les Yamada et surtout du fabuleux (et lacrymal) Tombeau des lucioles (1988), est un réalisateur qui aime, sous le couvert de l’humour, évoquer les choses importantes de la vie. Et ce film d’à peine 1 heure aborde des notions bien plus importantes qu’une simple farandole d’animaux. Même si l’animation a pris quelques années (j’avais 1 an à la sortie du film), la réalisation est particulièrement fluide et soignée. Elle devait même être novatrice pour l’époque. Je n’ai pas vraiment de souvenir de cette qualité pour des films de cette période… enfin, je ne suis pas vraiment une référence. Pour les décors, l’équipe d’Isao Takahata a produit au lavis et à l’aquarelle un lieu particulièrement enchanteur, voire magique.

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Goshu est un personnage particulièrement intéressant. Timide, renfermé, solitaire, il est frappé de mutisme au contact des autres. Bref, il représente parfaitement l’adolescent avec ses terreurs, ses colères et surtout, ses blocages. Pour se retrouver, il n’a que cette cabane sobre au milieu d’une charmante campagne japonaise. Et pourtant, même les animaux, seuls véritables habitants de ces lieux (nous ne croiserons jamais d’humains), semblent encore le déranger. C’est donc, en forçant un peu les choses que chacun va lui apporter son aide : expression de sentiments aussi puissants que la colère ou la compassion, prise de conscience du rythme, du travail, de l’effort… Par des chemins détournés, ils rendent ce personnage meilleur, plus ouvert. Meilleur humain… et aussi meilleur musicien.

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Avec ce film, Takahata répond à sa manière à une question importante de la vie d’un artiste : comment transcender la technique pour donner de l’âme à sa création ? Le réalisateur trouve une réponse à travers ce personnage adolescent à fleur de peau : ouverture aux autres, capacité à outrepasser ses propres barrières, ne pas avoir honte d’exprimer ses sentiments, se nourrir des sentiments des autres, être plus humain… La science du « lâcher-prise » et du don de soi. Une belle recette pour une belle morale. Ceux qui ont touché à l’artistique auront sans doute leur avis sur la question.

Pour terminer, je n’ai malheureusement pas eu la chance de voir ce film en version originale. Il semble qu’il n’existe pas de version française sous-titrée en DVD, ce qui est bien dommage. Sans être l’œuvre majeure du maître (voir Le Tombeau des Lucioles) et même si elle est destinée aux plus jeunes, il serait tout de même intéressant de découvrir cette œuvre dans sa version d’origine. Ô toi, éditeur de DVD, pense aussi au grand gamin qui a bien ri en voyant la petite bataille entre Goshu et le chat ! Merci.

La bande annonce (en VO)

goshu_afficheGoshu le violoncelliste
un film d’Isao Takahata (Japon, 1981)
d’après la nouvelle de Kenji Miyazawa
Durée : 1h03mn

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Chronique | Boule à Zéro T.1 (Serge Ernst & Zidrou)

Comment aborder des sujets difficiles comme la mort ou la maladie quand ils touchent les enfants ? Avec gravité à la manière d’un Cyril Pedrosa ou avec légèreté ou humour comme dans Boule à Zéro. Pari risqué pour le duo Ernst et Zidrou.

Je vous parle d’un temps…

Je crois que je vieillis. Au temps de ma splendeur, jamais au grand jamais je n’aurais enchaîné deux véritables chroniques sur des albums jeunesses. Ou alors c’est la faute de ma douce, bibliothécaire jeunesse de son état, qui m’influence un peu trop dans mes lectures ces derniers temps. Non, j’aime à croire que c’est un hasard qui m’a poussé à ouvrir cet album. Pourtant, graphiquement il baigne dans l’esprit « BD-à-papa » des années 80-début 90. Genre qui m’attire de moins en moins. Même les pseudos de ses auteurs ont un petit goût de madeleine de Proust rappelant l’époque où je lisais les albums Dupuis avec la liste des séries classées par héros à la fin des albums. Entre Tif et Tondu, Poussy, Yoko Tsuno… à l’époque les Tuniques bleues n’avaient qu’une petite dizaine de tomes. Je vieillis, vous dis-je !

Et pourtant, nous sommes pas chez Dupuis mais chez Bamboo. Là encore, vous m’auriez dit il y a quelques années que je ferais des éloges à un album de cette maison d’édition… Mais là, il faut reconnaître le très bon choix de cet éditeur. Soyons honnête et reconnaissons notre mauvaise foi légendaire.

Mais revenons au dessin car Ernst s’inscrit directement dans la mouvance graphique de cette époque plus ancienne par son classicisme absolu dans l’imaginaire humoristique de la BD franco-belge. Même si au premier abord je ne suis plus vraiment amateur de ce genre de dessin, je dois reconnaître son efficacité et surtout la stabilité qu’il apporte dans une histoire tout à fait particulière par son thème et la manière de l’aborder.

Urgences (sans George mais le cœur y est…)

Durant le premier volume de cette série, nous rencontrons une petite héroïne bien particulière. Elle s’appelle Zita, dite « Boule à Zéro ». Cette fille de 13 ans vit à l’hôpital La Gaufre depuis plusieurs années car elle est atteinte d’une leucémie. Ouah ! Mais dans les bandes dessinées de ma jeunesse, les héroïnes étaient toujours fraîches et en forme ! Elles gambadaient dans des petites robes (ou en scaphandre spatial), elle attrapait un méchant, rarement un rhume et au grand jamais une maladie grave.

Quand je vous disais que le scénariste prenait des risques.

Ici, Zita est chez elle. Elle connaît tout le monde et tout le monde la connaît. Ses amis, tous malades également, portent tous des surnoms amusants (Supermalade qui a une maladie rare, Wilfrite le grand brûlé, Puzzle…). Cette année, Zita fête ses 13 ans et parcourt l’hôpîtal entier pour distribuer ses invitations pour sa fête d’anniversaire. Prétexte entendu pour nous faire découvrir le petit monde de l’hôpital, véritable ville dans la ville, et surtout pour enchainer gags et bons mots à la vitesse de l’éclair. Il y a du rythme, on se laisse porter car cette bande dessinée destinée à un jeune public est une vraie réussite. Comme vous avez pu le constater son histoire est très simple et tiens surtout sur le personnage de cette petite fille malade à la fois joyeuse et tourmentée, vivante et pourtant proche de la mort (d’ailleurs la lettre d’introduction à Madame la mort est magnifique). Cette petite Zita, on l’aime pour son caractère et son inventivité. Elle représente bien cette communauté.

Car, ce qui frappe dans Boule à Zéro, c’est cette énergie et cet espoir qui en émanent. Il y a une forme d’attitude positive en même temps qu’une vigilance de tous les instants. Non, ce n’est pas rose mais il y a de la joie quand même. Le message est positif car au-delà de la maladie et de la mort, c’est l’amitié, l’amour, le rire, bref la vie qui ressortent. Zidrou, connut surtout pour son élève Ducobu (et les Crannibales) montrent toute l’étendue de son talent de scénariste dans ce premier volume.

Sélectionné dans les albums de l’été par l’ACBD en 2012, on devrait retrouver Boule à Zéro dans la sélection jeunesse d’Angoulême. Pour moi, un album jeunesse incontournable. Un vrai coup de cœur !

Boule à Zéro, T.1 Petit coeur chômeur (série en cours)
Scénario : Zidrou
Dessins : Serge Ernst
Éditions : Bamboo, 2012

Public : Jeunesse… et adultes
Pour les bibliothécaires : Incontournable. Un album qui dérangera certainement plus les parents que les enfants. A lire et faire lire.