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Chroniques Cinéma, Recommandé par IDDBD

Cendrillon (Théâtre) | Joël Pommerat

C’est l’histoire d’une très jeune fille, d’une promesse à une mourante, d’un malentendu, d’un deuil impossible et d’une histoire d’amitié. C’est un ancien récit, conte populaire au-delà du temps, revu et revisité par un auteur-metteur en scène talentueux. Il était une fois Cendrillon de Joël Pommerat.

Filmer le spectacle vivant : hérésie ou partage ?

En commençant cette chronique, j’ai en tête les images de pièces de théâtre diffusées par les télévisions dans les années 80/90 et filmées dans des dispositifs assez pauvres. Une caméra fixe face au plateau et quelques plans resserrés ici ou là. Sans être fabuleuses, elles avaient aux moins le mérite d’exister et de permettre à tous de découvrir les acteurs populaires dans des pièces sympathiques à défaut d’être incontournables. Mais depuis quelques années, des producteurs et éditeurs venus eux-mêmes du théâtre indépendant ou institutionnel développent une offre alternative beaucoup plus riche. Avec un vrai sens de la réalisation, bien souvent en collaboration directe avec les troupes, ils cherchent à mettre en valeur le travail des artistes sur des pièces parfois exigeantes. Bon… Les amateurs de théâtre vont peut-être râler un peu. Je partage votre point de vue : rien ne remplace la scène, le direct, ce jeu de dupe entre une troupe et son public, l’ambiance d’une salle, l’humain. Tous ces éléments font l’essence même de l’art dramatique. Difficile d’écrire le contraire. Même la lecture d’une pièce offre au final un sentiment incomplet. Il manque quelque chose. Toutefois, et sans perdre de vue ces réalités, livre ou captation sont de formidables opportunités de promotion, un moyen de rendre accessible à un plus grand nombre la forme théâtrale. Sans oublier qu’elle est l’une des premières pratiques artistiques en France, il me semble indispensable de proposer ce genre de choses en bibliothèques.

Revisiter le mythe

Cela permet ensuite de découvrir des auteurs-metteurs en scène d’une qualité indéniable tel que Joël Pommerat. Son Cendrillon fait exactement partie de ce genre de pièce qui mériterait d’être régulièrement mis en avant dans les collections. A noter que la version DVD est une captation spéciale du spectacle réinterprété et spécialement mis en scène pour le format. Il existe plusieurs façons de réinterpréter les contes ou les mythes comme Cendrillon. On peut y coller au maximum en se contentant de l’illustrer. C’est le parti le moins risqué et sans aucun doute le moins intéressant. Il également possible de l’adapter à ses attentes, à son public. On pense tous à Walt Disney qui en fit un joli bonbon rose. Efficace mais discutable. Ou alors, l’auteur intègre ses messages, ses représentations cachées pour récréer quelque chose d’inédit, utiliser la parabole du mythe pour évoquer un sujet tout autre. Le choix que fit Joel Pommerat pour ce Cendrillon. Tout commence par un malentendu. Malentendu. Le terme est juste. J’ai toujours apprécié la synonymie entre les verbes « entendre » et « comprendre ». Comprendre c’est écouter. Et c’est justement par l’impossibilité de comprendre la voix inaudible d’une mère mourante que « la très jeune fille » fait la promesse de ne jamais oublier de penser à elle, nuit et jour. La très jeune fille s’oublie dans ce deuil impossible acceptant alors les abus de sa nouvelle belle famille. De la cave d’une maison de verre où les oiseaux viennent s’écraser au bal d’un château où un jeune prince attend un coup de téléphone de sa mère, Joël Pommerat entraine le spectateur dans un entre-monde où réalisme, absurdité, fantasme et fantaisie sont au rendez-vous. Drôle, émouvante et toujours cruelle, cette pièce nous parle de notre rapport à l’autre, de notre relation à la mort, au deuil, au refus de la vérité. Le metteur en scène se plaît à jouer avec nos repères en redéfinissant les relations entre les personnages ou en introduisant des figures seulement évoqués dans le conte traditionnel. On pense notamment au père et au roi (jouer par le même acteur) qui semblent complètement perdus dans cette histoire. Dans un décor minimaliste qui suggère plus qu’il ne montre, la mise en scène bien filmé par un réalisateur inspiré est à la fois inventive et efficace. Les acteurs sont très bons. Mentions spéciales à Déborah Rouach qui joue une Cendrillon (Cendrier) à la fois lunaire et touchante bien loin des habituelles représentations et à Catherine Mestoussis en marâtre éructante refusant l’idée même de vieillesse. Je vous laisse avec des extraits du spectacle. Car le mieux avec le thêatre, c’est quand même de le regarder.

Cendrillon (théâtre) Création de Joël Pommerat D’après le mythe de Cendrillon Réalisation de la captation : Florent Trochel Editions DVD : Axe Sud Production Durée : 90′ Langue : VF A noter : le texte de la pièce est édité dans la collection de Poche Babel chez Actes Sud

Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Ulysse, les chants du retour (Jean Harambat)

Ô  lecteur, rappelle-toi le mythe d’Ulysse retrouvant son Ithaque dévastée par la cupidité des prétendants après 20 ans d’un exil douloureux. Rappelle-toi de son arrivée grimée par Athéna sous les traits d’un pauvre berger. Rappelle-toi de la reconquête du trône et du cœur de sa bien-aimée Pénélope. Découvre une relecture à la fois fidèle et originale de ce mythe fondateur de la culture occidental.

« Toutes les grandes œuvres sont des Iliades ou des Odyssées »

L’Odyssée ou « comment Ulysse a galéré pour rentrer chez lui après la guerre de Troie » fait partie de notre culture collective. Même sans avoir lu en profondeur les poèmes épiques du vieil Homère, qui n’a pas entendu un jour l’histoire du Cyclope ou l’effroyable récit des envoutantes mais mortelles sirènes ?

Dans Ulysse, les chants du retour,  Jean Harambat s’attaque à un plus de 2500 ans d’histoire littéraire. Il se concentre avec fidélité épisodes couvrant les aventures d’Ulysse sur Ithaque, soit les chants 13 à 24 (pardon XIII à XXIV ça fait plus classe) pour être précis. Mélangeant textes originaux et réinvention de dialogues, on retrouve les éléments narratifs qui ont fait de l’histoire d’Ulysse, un mythe traversant les âges : la figure du roi déchu,  la noblesse de la paysannerie, la fourberie des prétendants, la fidélité et la force de Pénélope, la vengeance implacable.

Côté graphisme, si j’ai parfois eu l’impression d’influence « Nouvelle BD » – notamment par trait et le traitement de la couleur qui rappellent un peu Christophe Blain ou Joann Sfar –  j’ai surtout apprécié le rappel de représentations issues des céramiques grecques antiques. A l’image de son écriture, Jean Harambat adapte avec modernité sans dénaturer. Résultat, l’ensemble est cohérent, fluide et efficace.

Mais quel est l’intérêt de cet album sinon une énième adaptation (réussie) d’un récit connu de tous ? Le lecteur attentif aura distingué ce petit détail surprenant sur la 4e de couverture : la présence d’une camionnette remplie de poule. Je ne suis pas spécialiste de nos amis gallinacés mais des poules au 10e siècle avant notre ère ça ne me choque pas. En revanche, une camionnette…

Le jeu de la double lecture

Quelle drôle d’idée ?! Non, rassurez-vous, Jean Harambat n’a pas craqué avant la fin ! Au contraire, il doit être assez content de lui avec son idée d’intercaler entre les chants homériques des petites histoires contemporaines où nous découvrons une galerie de personnage commentant le récit à leur manière. Ils sont historiens spécialistes des mythes grecs, bibliothécaire de l’unique établissement spécialisé sur Ithaque, cinéaste, ancien otage au Liban, journaliste, architecte, écrivain et j’en oublie sans doute.

Loin d’être des anachronismes, ces petites historiettes sont des respirations plus ou moins courtes qui créent le lien entre passé et présent, comme pour éclairer le fil rouge que forme cette histoire dans notre civilisation. En ajoutant ces petites passages, Il transforme complètement notre vision et, sans oublier la narration, il nous propose d’ouvrir les portes en nous fournissant des clés d’analyse. Ainsi, Ulysse, les chants du retour dépasse largement le cadre d’une mise en image de l’Odyssée.

Car ces différents aspects montrent les richesses de l’œuvre littéraire sans sa forme, sa construction et sa symbolique. Il interroge la figure héroïque d’Ulysse. Pourquoi est-il encore plus populaire qu’Achille, autre grand héros de la Guerre de Troie ? Pour son intelligence ? Ses aventures ? Pour ce côté ordinaire qui fait d’un roi grec un simple jouet du hasard, l’anti-héros qui peine à retrouver les siens. Là encore, on aborde des thèmes dépassant le temps. Le retour à la vie normale après de longues épreuves, revenir chez soi quand tout a changé durant son absence. Dans bien des aspects, ces mythes sont d’une incroyable modernité.

La qualité du travail de Jean Harambat repose là-dessus. Montrer la modernité, l’intemporalité des grands mythes fondateurs, donner des clefs, faire parler ensemble héros de l’histoire antique et humain du 21e siècle.  Un histoire universelle, grande et marquante. Un bel hommage. Superbe !

Un livre sélectionnée pour le FIBD 2015 et dans une moindre mesure, pour le prix « Hors les Murs » du festival de Darnétal 2015. Les votants sont les prisonniers des établissements de Haute-Normandie. C’est vous dire si le sujet du retour chez soi est parfois parlant.

A lire : les 32 premières pages sur le site d’Actes Sud

Ulysse, le chant du retour (one-shot)
Scénario et dessins : Jean Harambat
d’après Homère
Éditions : Actes Sud, 2014 (26€)

Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : Essentiel.

Chroniques BD

Chronique | Sailor Twain ou La Sirène dans l’Hudson (Mark Siegel)

Dans un bar, une jeune femme rencontre un marin. Ils évoquent ensemble le passé et la mort d’une personne. Qui ? Pourquoi ? Quand ? Le marin possède la vérité et décide de tout dévoiler à la simple vue d’un bijou. Quelques années plus tôt, Elijah Twain était le capitaine du Lorelei, un bateau vapeur américain naviguant sur le fleuve Hudson. Un jour, il découvrit une sirène blessé sur le pont. Le début d’une histoire fabuleuse et cruelle…

Nouveau et ancien continents

Mark Siegel est un américain qui a grandi France. Et visiblement, à la lecture de Sailor Twain, on peut légitimement se poser la question de l’impact de cette double culture sur son parcours. Après tout, il est l’un des éditeurs américains de Joann Sfar, Lewis Trondheim ou Emmanuel Guibert. Des auteurs phares de la Nouvelle BD européenne qui ont tous en commun d’avoir su à un moment de leur carrière se réapproprier les mythes et légendes populaires (aventuriers, monstres, saga de l’espace, bateaux volants…) pour nous offrir des œuvres originales. Sailor Twain dont l’action se déroule sur un bateau se nommant le Lorelei (cf la légende ici) assume complètement cette reprise des vieilles légendes. Quant au dessin, il suffit de voir le nez de Lafayette (un français évidemment) pour se rappeler d’Isaac le Pirate et y percevoir une légère filiation. Il faut reconnaître la très bonne qualité du dessin réalisé – il me semble – à la mine de plomb. L’ensemble traits des personnages, cadrages, décors est particulièrement réussi et convient bien à l’atmosphère recherchée.

Mais Mark Siegel ne se contente pas de s’appuyer sur ces références de la vieille Europe. Il y ajoute une part de nouveau monde avec ces grands fleuves et ces bateaux qui ont fait la légende de l’Amérique. Un simple vapeur et le lecteur se replonge immédiatement dans les romans de Mark Twain (non, non c’est un hasard…) et plus largement dans la littérature américaine du XIXe siècle. Une littérature – en tout cas pour les références à Twain – décrivant avec précision et dureté la société américaine de l’époque. D’ailleurs, Mark Siegel a mené un travail de recherche historique titanesque sur cette période.

De la passion aux mystères

Sailor Twain oscille donc constamment entre ces deux eaux (oui bon hein, il fallait que je la fasse) qui constituent le moteur du récit. Entre fantastique et réalisme, l’histoire romantique autour des 4 personnages développés par Mark Siegel est globalement une réussite. Et comme disait la chanson, les histoires d’amour finissent mal en général… surtout quand une sirène est dans le coin et que la passion outrepasse la raison. Mais comment ? Et Pourquoi ? Là est la question comme écrivait ce bon vieux Will Shakespeare qui en connaissait un rayon sur l’affaire. Sailor Twain et son personnage principal nous entraine donc dans une partie de chasse aux indices afin d’élucider les failles dans la normalité. Et c’est dans cet aspect que ce récit trouve toutes ses limites.

À force de s’appuyer sur des références – que je n’ai pas la prétention de toutes capter –  j’ai globalement eu l’impression de déjà-vu/lu/entendu. Même si Mark Siegel a le mérite de proposer quelques trouvailles intéressantes, le risque pour le lecteur est de sentir en filigrane cette broderie de mythes et de légendes. Danger qui n’est pour moi pas éviter. De plus, si les premiers et derniers chapitres sont réussis, on constate une belle descente de rythme au milieu de l’histoire. Elijah et le lecteur commencent à tourner en rond. Le héros cherche, cherche encore, se bat avec ses démons pendant plusieurs dizaines de planches tandis que le lecteur un peu attentif a bien senti les choses venir. Il a déjà 2 ou 3 temps d’avance et commence à regarder où il se trouve… Au milieu… Bon…

Finalement, les retournements de situation sont prévisibles et le lecteur les voit presque arriver avec un certaine forme de soulagement. Quelques planches de moins pour un livre qui en compte presque 400 n’auraient pas été un mal. Mais bon, ça fait moins roman graphique c’est sûr. Non, je ne dénonce pas du tout la course à l’échalote de « plus-mes-livres-sont-gros-plus-on-les-prend-au-sérieux ».Bref, Sailor Twain est une œuvre qui assume ses références et qui saura (et qui a su d’ailleurs) convaincre. C’est une histoire bien dessinée, bien pensé, bien propre… résultat un vrai travail d’orfèvre. Cependant,  il manque ce grain de folie, cette originalité qui est le moteur des grandes œuvres fantastiques. Finalement, rien de bien original dans ces planches même si Sailor Twain demeure une lecture tout à fait agréable… Mais pas inoubliable. L’histoire jugera ma chronique… (ça c’est une phrase qui a la classe pour terminer une chronique, non ?)

A lire : Ah, ça me manquait de n’être pas d’accord avec Mo’, je vous mets sa chronique... et puis celle de Paka, enthousiaste aussi. Je crois être un des seuls à être dubitatif sur ce livre !
A voir : la fiche album sur le site de Gallimard

Sailor Twain ou La Sirène de l’Hudson (one-shot)
Scénario et dessin : Mark Siegel (USA)
Editions : Gallimard, 2013 (25€)

Public : Ados-adultes, fan des mythes, des légendes… et de Tom Sawyer
Pour les bibliothécaires : Succès critique, je reste plus dubitatif sur la pérennité d’un tel livre dans un fonds. Pour moi, une étoile filante.

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