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Chronique | Into Eternity (Michael Madsen)

En Finlande, le projet ONKALO vise à enfouir des déchets nucléaires dans le sous-sol afin de les isoler de tous les êtres vivants durant les 100 000 prochaines années. Oui, vous avez bien lu, 100 000 ans. Michael Madsen, réalisateur danois, décide de se pencher sur la question. Comment réussir ce pari insensé jamais réalisé par l’homme ? Comment penser le temps qui passe ? Comment envisager les solutions après la disparition quasi-certaine de notre civilisation ? En forme de lettre aux générations futures Michael Madsen interroge les uns et les autres dans un film documentaire à l’esthétique SF.

Bienvenus dans Onkalo

Pour ceux qui douterait – et je les comprendrais car en voyant ce film j’ai songé à un canular – Onkalo est un vrai projet finlandais développé par une société privé. Vous pouvez d’ailleurs consulter leur site (pour les anglophones). Oui, quelqu’un a bien eu l’idée d’enfouir des déchets nucléaires dans le sol pour les conserver 100 fois 1 millénaire. Pour rappel, entre nous et la bande à Jésus, il y a 2 millénaires…

Évidemment la question de la faisabilité d’un tel projet se pose immédiatement et c’est avec un certain effroi que l’on voit des scientifiques aux allures respectables nous expliquer que cela semble être la meilleure solution : la qualité des roches, la stabilité des conditions en comparaison de l’instabilité des facteurs naturels (et humains !) de la surface et surtout la nécessité d’isoler cette matière dangereuse. Arguments recevables ? Reste la question du temps…

Temporalités

Et c’est justement là que le film prend toute sa mesure. Into Eternity n’est pas un manifeste pro ou anti-nucléaire. Après tout, comme l’explique si bien Michael Madsen dans les bonus, peu importe que l’on soit pour ou contre. Présentement, ces déchets existent et il faut trouver des solutions. Ce film est surtout une longue interrogation sur la temporalité. Il pose de nombreuses questions auxquelles les scientifiques ont réfléchi… mais finalement, seule des hypothèses sont envisageables. Faut-il garder cet endroit secret, enfermer les déchets, bloquer les portes, les enfouir ensuite sous des tonnes de terres, planter des arbres, jeter la clef et oublier l’emplacement ? Faut-il au contraire laisser des messages de mises en garde. Oui mais lesquels ? Dans 100 000 ans, quelle civilisation sera susceptible de pénétrer dans ce lieu ? Comment leur faire comprendre qu’il ne faut toucher à rien ?

Des questions et une seule affirmation véritable : il n’y a aucune garantie.

Esthétique du futur

Pour son film, Michael Madsen a volontairement adopté une esthétique forte, se mettant en scène comme un messager du passé : plan noir, une allumette et un visage, le sien, qui apparaît dans la nuit. Mystère.

En alternant les scènes filmées sur le site et les bureaux ultramodernes des scientifiques, on passe de la forêt finlandaise aux tunnels gris et sombres de l’Onkalo puis au métal froid des piscines de stockage des déchets. Le réalisateur joue sur les contrastes, manie le mystère, le silence et les plans fixes sur des tunnels sombres dans une esthétique fin du monde qui illustre son propos.

On pourra reprocher l’approche esthétisante parfois surabondante. Personnellement, j’ai plutôt apprécié cet aspect. Il donne un côté irréel au film qui permet de garder un certain suspens. Mais y’en avait-il vraiment besoin ? Le propos est juste, d’une modération et d’une intelligence certaine. Le spectateur entrevoit les les paradoxes d’un tel choix. Le fil est tendu vers l’avenir… Mais l’avenir…

La bande annonce :

Pour rebondir : je ne résiste pas à vous envoyer sur la lecture de la chronique de KBD à propos du livre d’Emmanuel Lepage Un printemps à Tchernobyl et sur celle d’IDDBD. Lisez également l’album Village Toxique d’Otto T. et Grégory Jarry
A lire : la chronique de Culturopoing à la sortie du film

Into Eternity
Réalisateur Michael Madsen
Durée : 75min
Pays : Danemark
Année de sortie : 2011

Chroniques Cinéma, Recommandé par IDDBD

Cendrillon (Théâtre) | Joël Pommerat

C’est l’histoire d’une très jeune fille, d’une promesse à une mourante, d’un malentendu, d’un deuil impossible et d’une histoire d’amitié. C’est un ancien récit, conte populaire au-delà du temps, revu et revisité par un auteur-metteur en scène talentueux. Il était une fois Cendrillon de Joël Pommerat.

Filmer le spectacle vivant : hérésie ou partage ?

En commençant cette chronique, j’ai en tête les images de pièces de théâtre diffusées par les télévisions dans les années 80/90 et filmées dans des dispositifs assez pauvres. Une caméra fixe face au plateau et quelques plans resserrés ici ou là. Sans être fabuleuses, elles avaient aux moins le mérite d’exister et de permettre à tous de découvrir les acteurs populaires dans des pièces sympathiques à défaut d’être incontournables. Mais depuis quelques années, des producteurs et éditeurs venus eux-mêmes du théâtre indépendant ou institutionnel développent une offre alternative beaucoup plus riche. Avec un vrai sens de la réalisation, bien souvent en collaboration directe avec les troupes, ils cherchent à mettre en valeur le travail des artistes sur des pièces parfois exigeantes. Bon… Les amateurs de théâtre vont peut-être râler un peu. Je partage votre point de vue : rien ne remplace la scène, le direct, ce jeu de dupe entre une troupe et son public, l’ambiance d’une salle, l’humain. Tous ces éléments font l’essence même de l’art dramatique. Difficile d’écrire le contraire. Même la lecture d’une pièce offre au final un sentiment incomplet. Il manque quelque chose. Toutefois, et sans perdre de vue ces réalités, livre ou captation sont de formidables opportunités de promotion, un moyen de rendre accessible à un plus grand nombre la forme théâtrale. Sans oublier qu’elle est l’une des premières pratiques artistiques en France, il me semble indispensable de proposer ce genre de choses en bibliothèques.

Revisiter le mythe

Cela permet ensuite de découvrir des auteurs-metteurs en scène d’une qualité indéniable tel que Joël Pommerat. Son Cendrillon fait exactement partie de ce genre de pièce qui mériterait d’être régulièrement mis en avant dans les collections. A noter que la version DVD est une captation spéciale du spectacle réinterprété et spécialement mis en scène pour le format. Il existe plusieurs façons de réinterpréter les contes ou les mythes comme Cendrillon. On peut y coller au maximum en se contentant de l’illustrer. C’est le parti le moins risqué et sans aucun doute le moins intéressant. Il également possible de l’adapter à ses attentes, à son public. On pense tous à Walt Disney qui en fit un joli bonbon rose. Efficace mais discutable. Ou alors, l’auteur intègre ses messages, ses représentations cachées pour récréer quelque chose d’inédit, utiliser la parabole du mythe pour évoquer un sujet tout autre. Le choix que fit Joel Pommerat pour ce Cendrillon. Tout commence par un malentendu. Malentendu. Le terme est juste. J’ai toujours apprécié la synonymie entre les verbes « entendre » et « comprendre ». Comprendre c’est écouter. Et c’est justement par l’impossibilité de comprendre la voix inaudible d’une mère mourante que « la très jeune fille » fait la promesse de ne jamais oublier de penser à elle, nuit et jour. La très jeune fille s’oublie dans ce deuil impossible acceptant alors les abus de sa nouvelle belle famille. De la cave d’une maison de verre où les oiseaux viennent s’écraser au bal d’un château où un jeune prince attend un coup de téléphone de sa mère, Joël Pommerat entraine le spectateur dans un entre-monde où réalisme, absurdité, fantasme et fantaisie sont au rendez-vous. Drôle, émouvante et toujours cruelle, cette pièce nous parle de notre rapport à l’autre, de notre relation à la mort, au deuil, au refus de la vérité. Le metteur en scène se plaît à jouer avec nos repères en redéfinissant les relations entre les personnages ou en introduisant des figures seulement évoqués dans le conte traditionnel. On pense notamment au père et au roi (jouer par le même acteur) qui semblent complètement perdus dans cette histoire. Dans un décor minimaliste qui suggère plus qu’il ne montre, la mise en scène bien filmé par un réalisateur inspiré est à la fois inventive et efficace. Les acteurs sont très bons. Mentions spéciales à Déborah Rouach qui joue une Cendrillon (Cendrier) à la fois lunaire et touchante bien loin des habituelles représentations et à Catherine Mestoussis en marâtre éructante refusant l’idée même de vieillesse. Je vous laisse avec des extraits du spectacle. Car le mieux avec le thêatre, c’est quand même de le regarder.

Cendrillon (théâtre) Création de Joël Pommerat D’après le mythe de Cendrillon Réalisation de la captation : Florent Trochel Editions DVD : Axe Sud Production Durée : 90′ Langue : VF A noter : le texte de la pièce est édité dans la collection de Poche Babel chez Actes Sud

Chroniques Cinéma, Recommandé par IDDBD

Cause commune (Sophie Averty)

Fin 2009, une quarantaine de familles roms indésirables à Nantes, arrivent à Indre, une petite commune des bords de Loire. Dès le lendemain, le maire Jean-Luc Le Drenn décide de mettre un terme à ce qu’il appelle « la politique de la patate chaude », en refusant de les expulser à son tour. Grâce à l’engagement sans faille d’une poignée de citoyens et d’élus mobilisés par ce combat collectif et politique, les familles resteront 18 mois, avant qu’une solution digne et pérenne soit trouvée.

Récemment, une amie m’a envoyé un lien vers un article de Libération évoquant l’initiative d’un maire d’un village du Nord de la France. Ce dernier a déversé plusieurs tonnes de lisier sur un terrain occupé par un campement roms. Quelques jours plus tôt, nous avions évoqué ensemble les difficultés de proposer des œuvres abordant des thèmes polémiques, touchant ou marquant le spectateur par des partis pris « politique » (au sens de « vie de la cité ») tranchés. Peur de déranger ? Peur du conflit ? Peur du débat ? Peur de quoi au juste ? Telle était véritablement la question de notre discussion dont le point de départ avait été ce documentaire de Sophie Averty.

Sans aucune prétention, Cause Commune est un film interrogeant le spectateur sur sa place de citoyen et permet d’ouvrir le débat en dépassant l’unique question « roms ». Rôle de l’homme politique, de nos choix face à une situation jugée injuste, de notre implication à trouver des solutions sur le moyen ou le long terme… De nombreuses interrogations sont suscitées durant les 58 minutes proposées par Sophie Averty.  Le propos est juste car elle prend soin de ne pas lui donner une dimension politicienne. En effet, elle recadre l’idée dans son contexte, à l’échelle d’une politique et d’une réalité locale bien souvent éloignée des idéologies nationales. Rare sont les films qui réussissent cette pirouette entre citoyenneté et politique.

Sophie Averty (au centre) fut l’une des protagonistes de cette histoire

Pour la réussir, la réalisatrice relate les événements chronologiquement. Elle interviewe les témoins et les différents acteurs. Ce procédé archi-classique est très vite enrichi par des idées simples mais diablement efficaces. Elles permettent de replonger les protagonistes et les spectateurs dans l’esprit de l’époque. Je pense notamment à quelques scènes rejouées pour l’occasion, en particulier ce conseil municipal extraordinaire dans le gymnase. Émouvant moment de cinéma où des prises de sons faites ce jour-là sont diffusées, où l’élue relie le discours puissant écrit par l’ensemble des représentants de la ville, où l’on comprend que l’engagement politique peut avoir une vraie consistance. Mais je n’oublie pas non plus l’incrustation d’images animées où la projection en plein air sur les lieux où les roms avaient été accueillis.

Au final, les réponses du comment et du pourquoi sont presque simples. Naturel, humanisme, empathie, honte, aide, intégration, joies, échanges sont des mots qui reviennent souvent dans la bouche des fonctionnaires, élus ou simples citoyens de cette petite ville. Comme un camouflet à la politique du rejet, leur histoire est forte, profonde et surtout, le plus important, n’a pas abouti à une impasse. Cause Commune est un film qui rend hommage à tous ces gens qui donnent un sens aux valeurs de notre République. Les habitants d’Indre en particulier. Il donne confiance dans la vraie action politique. Si comme moi, vous avez parfois envie de laisser passer des événements, paroles ou actions qui vous indignent, alors un conseil, repassez-vous ce film où juste sa bande annonce. Face aux événements de janvier ou aux dernières élections où quelques néo-fachos populistes déguisés en gentil Oui-Oui font 30% des voix , ce film est un gentil remède, un exemple pacifique mais résolu, une bonne dose de bon sens pour vous faire lever de votre canapé et vous dire, aller, aujourd’hui je change quelque chose.

Respect.

A lire : l’interview de la réalisatrice dans Libé
A voir :
la bande annonce

Cause Commune
Réalisateur : Sophie Averty
Durée : 58′
Production /  Diffusion : Z’azimut films, TVR – Televiziunea Romana (Roumanie), Tébéo – Télévision Bretagne Ouest, Ty Télé, Télénantes
Année de production : 2013

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Le temps de quelques jours (Nicolas Gayraud)

Pour la première fois, un réalisateur a reçu l’autorisation de pénétrer dans le couvent de Notre-Dame de Bonneval, au cœur de l’Aveyron. Entre ces murs presque millénaires, il rencontre les sœurs de ce couvent et partage leur quotidien. Si au départ, le contact est difficile, il lie une relation particulière avec certaines d’entre elles. Ces dernières, ainsi que le chocolatier employé par le couvent, se livrent dans des discussions parfois surprenantes entre vérité, sourire et intériorité.

En toute honnêteté, la perspective d’entrer le temps d’un film dans un couvent et d’écouter parler des sœurs ne m’enchantait guère. Je suis un mécréant assumé. J’admire l’imagination débordante des religions modernes pour interpréter le monde et produire ou inspirer des œuvres incroyables. Mais bon, en ce qui concerne la foi, je suis dubitatif face à leur « vérité », c’est comme ça. Donc au départ, c’est avec une certaine appréhension que je m’apprêtais à passer 77 minutes d’un enfer terrestre peuplée de gentilles dames de 94 ans m’expliquant leur foi et le pourquoi du comment il fallait croire pour sauver son âme…

Et pourtant, malgré des défauts que j’évoquerais plus bas, ce film n’a pas arrêté de me surprendre positivement. Surpris par le témoignage de ces femmes rayonnantes d’une spiritualité apaisée dépassant largement le cadre étriqué de la religion. Le film tire toute sa force et son intérêt de leur présence. Sur les 26 sœurs peuplant ce couvent, elles ne sont que quelques une à apparaître devant la caméra (dont la mère supérieure). Évoquant tour à tour leurs rapports avec la société contemporaine, leur famille ou la notion très relative de liberté, elles possèdent une liberté de ton vraiment déstabilisante loin des clichés dont j’étais moi-même prisonnier. Durant plus d’une heure, on s’émeut, on s’interroge, on sourit aussi devant ce dialogue entre elle et la caméra. Derrière l’austérité du lieu et l’image sombre du convent, on découvre une humanité cachée débordante de vie qui met à mal nos certitudes.Cependant, si le film tire sa force des témoignages des sœurs, il n’en demeure pas moins limité sur quelques aspects de la réalisation. On ressent par exemple le manque chronique de temps. Sur ce point, le film porte bien son nom. La première image présente le couvent dans un plan d’ensemble. Niché au cœur d’une vallée, entouré par la forêt et les montagnes, ce lieu est enchanteur, hors d’âge et hors du monde. C’est une promesse d’un rapport particulier entre les habitantes et cet espace. Ce lieu forge aussi la communauté. Mais cette idée ne sera que très peu exploitée à l’image. Comme si le réalisateur ne s’était focalisé que sur cette parole par peur de rater, de manquer de temps. Ainsi, il n’épouse pas le projet dans son ensemble, n’inscrit pas cette communauté dans la continuité historique (le couvent existe depuis presque un millénaire) mais uniquement dans un présent. Frustrant pour le spectateur qui ne fait qu’entr’apercevoir ce lien.

Ensuite, le choix du réalisateur est d’intervenir uniquement via des panneaux noirs entrecoupant et rythmant les scènes. Il faut lui rendre hommage sur ce point, il ne cache pas les difficultés rencontrées durant le tournage, en particulier le refus de certaines sœurs d’être filmées. C’est une vraie confiance dans son spectateur. Cependant, si les premiers apportent une certaine information sur son état d’esprit, les suivants parasitent un peu le déroulement du film, « surcoupant » certains passages.

En conclusion, même s’il souffre de quelques petits défauts qui auraient pu le rendre incontournable, ce film tranche avec l’image habituelle et rend un bel hommage à ces religieuses. Loin de toute forme de prédication, Le temps de quelques jours est tourné au rythme tranquille de ces femmes qu’on peut admirer pour leur spiritualité positive, loin des heurts du monde. En filigrane, un message de tolérance qui appelle à une réflexion sur soi-même. Sur ce point, ce film est une réussite.

La bande annonce :

Le temps de quelques jours
Réalisation : Nicolas Gayraud
Durée : 77′
Production : La Vint-Cinquième heure, 2014
Edition DVD : Editions Montparnasse, 2015

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Silence Radio (Valéry Rosier)

Depuis 1983, Radio Puisaleine émet entre l’Oise, l’Aisne et la Somme. Ils sont 30 bénévoles à maintenir cette station de radio locale tournée vers la musique française et les informations. Mais bien plus qu’un simple média, Radio Puisaleine crée un lien social fort dans la communauté. Valéry Rosier va au-devant des auditeurs et des animateurs dans un film à la fois léger et décalé. Parfois, on reproche au cinéma documentaire de n’aborder que des thèmes négatifs : guerre, chômage, violence, mal de vivre… Si ce cinéma se nourrit en partie des difficultés du monde il sait, au détour d’une séance, nous faire également découvrir des films de qualité au sujet plus légers. Ainsi, Silence Radio plonge le spectateur dans la réalité d’une petite radio tenue par une armée de bénévole mais aussi, et c’est là tout l’intérêt de la démarche de Valéry Rosier, dans le quotidien de ceux qui les écoutent. Pour montrer ce double visage, le réalisateur belge propose un montage dynamique tout en équilibre entre plans filmés à la radio et lieux d’écoute (salons, salle de bains, voitures…) avec toujours ce souci de placer l’humain et son environnement au centre de l’écran. En fil rouge de cette aventure cinématographique, les sons de Radio Pusaleine et une bande originale de référence dans le genre (je suggère au producteur d’éditer la BO, je pense que ça devrait marcher. Grâce à ce procédé, nous sommes immédiatement frappés par ce lien fort qui unit les deux groupes : lL’un derrière le micro, l’autre derrière son poste de radio. Dans les grésillements d’un matériel d’émission à la dérive (lâchera, lâchera pas ?), la vie des uns et des autres est marquée par les appels téléphoniques à la station, les dédicaces et la musique française gentiment désuète de ces “années-là”. Car Radio Puisaleine n’est pas une radio de “djeun’s”, ni même une radio libre version année 80, mais plutôt, à l’image de ses animateurs et de ses auditeurs, une élégante vieille dame qui propose des moments d’amitiés, d’écoutes et de partages. Une radio de proximité pour âme seule. Dans cet  émouvant portrait, Valéry Rosier est comme le petit-fils taquin de cette vieille dame : il l’aime bien et apprécie de la chahuter un peu. Ainsi, on rit avec tendresse devant des conversations improbables, des entretiens radiophoniques d’un autre âge ou des couacs techniques qui feront pâlir les professionnels. Mais voilà, il y a tellement de belles volontés qu’invariablement on s’attache à ces gens-là. Personnellement, je retrouve dans ces bénévoles radiophoniques les mêmes petits écarts, les mêmes petits défauts et surtout la même énergie que chez les bénévoles de bibliothèques. Au final, un film sympathique à la réalisation très propre qui vous mènera dans le petit monde de la radio associative, dans la nostalgie des chansons d’antan, dans un univers en décalage… un petit peu de simplicité dans un monde complexe. Un peu de bonheur quoi ! A noter que ce film a reçu le FIPA documentaire 2013. A écouter (en streaming) : Radio Pusaleine évidemment ! A lire : la fiche sur Need Productions

Silence Radio Réalisateur : Valéry Rosier Durée : 52′ Productions : Need Productions / Perspective films Année de production : 2013

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Pilules Bleues (TV) | Jean-Philippe Amar

JB est un jeune dessinateur de bande dessinée. Un soir du nouvel an, il rencontre Laura. Ils tombent amoureux. Mais rapidement, elle lui annonce sa séropositivité. Commence alors le début d’une histoire d’amour pas tout à fait comme les autres, une histoire qui débouche des années plus tard sur une bande dessinée…

Avant-propos : chronique d’un aficionados

Vendredi 26 novembre, je me suis assis devant mon poste de télé. Il était 20h50 environ. J’attendais avec une certaine fébrilité l’adaptation de Pilules Bleues, MA bande dessinée culte. Je ne vais pas encore une fois répéter tout l’amour que j’ai pour cette œuvre. A chaque relecture, je suis toujours bouleversé par la justesse du propos, la qualité d’écriture et bien entendu la science de la BD étalée par Frederik Peeters. Mais ça, je le répète depuis des années maintenant et plus personne ne sera étonné de mon point de vue. Nous avons ici l’un des plus grands auteurs contemporains du 9e art.

J’ai bien conscience que ce point de vue brouille mon impression sur ce téléfilm. Toutefois, je ne peux m’empêcher de porter un regard sur ce que j’ai vu. Parce que ce livre est important pour moi.

Anti-personnages

Donc que dire ? Déçu. Agacé aussi. Déçu par cette impression que le réalisateur, les scénaristes, la production ou je ne sais qui sont passé à côté du livre, qu’ils n’ont pas compris. Agacé que le cinéma/télévision soient souvent incapables de faire confiance aux qualités d’un auteur de bande dessinée.

Quand la Cati originale était une personnalité d’une force intérieure rayonnante, un soleil malgré ses difficultés, Laura est sombre et sans vie. Quand Fred était un personnage tout en nuance, en interrogation et en présence, JB est fade et sans profondeur. Quant au médecin, personnage fondamental du roman graphique, le pygmalion dont les interventions sont rares mais décisives… Soupir… Là encore, incompréhension. Il était humain, haut en couleur, original. Ici, c’est un acteur jouant un clone de médecin ânonnant les textes originaux avec la même force qu’un second rôle dans un épisode de Navarro. Il y a si peu de vie dans ces apparitions qu’on doute sérieusement de sa capacité à changer le regard des héros.

Ce personnage est vraiment représentatif de cette adaptation.

La subtilité, c’est comme le rhinocéros blanc…

Quand Frederik Peeters restaient dans le domaine de l’intime, jouant sur les subtilités et les interrogations du personnage, Jean-Philippe Amar explose tout cela. Le VIH rentre dans l’école, dans la famille, dans le travail. Pilules Bleues parlait d’amour, la télévision évoque un petit manuel du « vivre avec la maladie en milieu urbain ». Réussir à rendre cette histoire presque banale était un vrai exploit.

D’ailleurs, j’ai vraiment eu du mal à accrocher à l’ensemble, le jeu très moyen des acteurs déjà évoqué en est une cause mais la qualité de réalisation ne rend pas non plus hommage au travail d’écriture de Frederik Peeters. Franchement, cela manque de subtilités. Outre les textes originaux repris à la pelleteuse, les situations s’enchainent sans liens à coup d’effets répétitifs et lourds. Musiques, cadrages approximatifs, photographie rarement merveilleuse. Si le réalisateur a eu l’idée d’intégrer des dessins de l’auteur, les séquences animées tombent plutôt comme un cheveu sur la soupe.

Contenu inédit et savoureux clichés

Alors c’est vrai, l’adaptation respecte grosso-modo l’histoire originale. Elle y intègre même des éléments tout à fait inédit  abordé dans d’autres livres de Peeters. Outre un focus sur le fils de Cati et la naissance de leur fille, on découvre le monde de la bande dessinée, milieu professionnel de JB.

Mais bon [soupir n°2], la vision pourra faire grincer les quelques dents qui restent aux auteurs de BD avec un côté très « c’est pas un métier mais une passion » (d’ailleurs cette phrase fait partie d’un dialogue dans le film, priononcée par Laura elle-même).

J’aime également la séance de dédicaces faites dans une librairie chic ressemblant plus à un vernissage d’expo où l’auteur signe ses livres sans même jeter quelques traits, sans dialoguer avec ses lecteurs. Les bédéphiles suisses seraient-ils différents des français ? Peut-être. Ajoutons la subtile histoire de non-amour avec l’éditrice qu’on n’avait jamais vu venir… Bref… Subtilité est le maître mot de cette chronique.

Pour conclure, encore une fois, je suis le premier à déplorer ce qui est pour moi un vrai échec. Le format télévision/cinéma est passé à côté de l’essence même d’une œuvre majeure de la bande dessinée des années 2000. Ce n’est pas la première et certainement pas la dernière fois. A croire que les deux médias, quoique vaguement cousins, sont incapables de se comprendre. A l’annonce de l’adaptation du Combat Ordinaire, j’ai très peur. Pour en revenir à notre sujet, j’espère seulement que cette adaptation donnera à certains l’idée d’ouvrir Pilules Bleues, de le lire et d’en apprécier toutes les qualités du grand livre qu’il est. A défaut d’être un grand film.

PS : le premier qui adapte Lupus, je lui mets mon poing dans la figure !! 😉

Pilules bleues
d’après la bande dessinée de Frederik Peeters
Réalisateur : Jean-Philippe Amar
Scénario : Jean-Philippe Amar, Charlotte Sanson
Avec : Guillaume Gouix (Jean-Baptiste), Florence Loiret-Caille (Laura), Benjamin Bellecour (Guy), Timothé Vom Dorp (Oscar à 6 ans), Emmanuel Salinger (le docteur Fremont)
Durée : 105′

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Dans leur jeunesse, il y a du passé (Elsa Oliarj-Inès)

Elle a vécu et grandi avec eux avant de choisir de partir pour étudier en ville, découvrir autre chose. Elle était dans les montagnes de La Soule, au milieu du pays Basque. Elsa est partie, ses amis sont restés. Pourquoi ? Pourquoi décide-t-on de rester ? Par choix ou parce que ça va de soi ?

« Il faut avoir un pays, ne serait-ce que pour avoir le plaisir d’en partir. Un pays ça veut dire ne pas être seul et savoir que chez les gens, dans les arbres, dans la terre, il y a quelque chose de nous qui même quand on n’est pas là, nous attend patiemment ». Ces mots empruntés à Cesare Pavese (La lune et les feux) sont les premières paroles prononcées par la réalisatrice elle-même. Véritable fil rouge de ce film, cette voix off nous sert de guide dans ce pays qui semble un peu hors de ce monde contemporain, urbain, où l’on prône mobilité et vitesse.

Pourquoi ses amis sont-ils restés dans leur région natale ? Pour chercher une réponse, elle parcourt les magnifiques paysages basques, filme ses amis entre eux, en famille, dans leurs activités et montre dans le même temps cette fameuse culture basque. Sans jamais tomber dans une démonstration d’un régionalisme exacerbé digne de la balade des gens qui sont nés quelque part de Georges Brassens, la réalisatrice montre tout ce qui unit ces jeunes adultes à une culture bien vivante. Au-delà des traditions, c’est bien un art de vivre qui est transmis de génération en génération. Et si certains, comme elle, s’interroge ou se sont interrogés sur l’opportunité de départ, d’autres ne se posent même pas la question. « Parce que je suis bien » explique l’un d’entre eux. « Parce qu’il n’aurait pas pu faire de rugby à Marseille ou à Lyon » répond le père d’un autre. On sourit devant cette logique évidente.

Mais en contrepartie, Elsa Oliarj-Inès montre aussi le poids de cette société et de cette forme de « contrat social » à remplir pour « être d’ici ». On ressent entre les mots la difficulté de porter cet héritage et le tiraillement entre les univers. Une sociabilité obligatoire symbolisée par ces fêtes du samedi soir, répétitive mais liant les membres d’une même génération.

A seulement 24 ans, Elsa Oliarj-Inès signe un film d’une grande maîtrise. (photo : Gilles Choury)

Au bout du compte, je salue le beau travail de réalisation conclut par une très belle scène finale très révélatrice. Ce film trouve un équilibre entre l’environnement et l’humanité des personnes filmés. Je n’oublierai pas non plus le très bon travail d’écriture avec des textes à la fois sobres et justes. Faire un film de cette qualité à seulement 24 ans promet de belles choses pour l’avenir. J’aime l’idée, malgré l’ethnocentrisme logique vu le sujet, de cet écho qui résonne en chacun d’entre nous. Qu’importe nos origines mais qu’est-ce qui nous attache (ou non) à notre région natale ? S’il ne cherche pas véritablement à cette question, Dans leur jeunesse, il y a du passé donne des pistes à explorer.

A voir : la fiche du film sur Zaradoc
A lire : un portrait de la réalisatrice sur EHKZ

Dans leur jeunesse, il y a du passé
Réalisateurs : Elsa Oliarj-Inès
Durée : 52
Production : Zaradoc films / France TV / Aldudarrak bideo
Année de production : 2014

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Tout va bien : 1er commandement du clown (Rosenblatt & Desjardins)

Durant deux ans, Pablo Rosenblatt et Emilie Desjardins ont suivi un petit groupe d’élèves de Bagnolet. Mais cette école est bien originale. En effet, on y apprend à faire le clown. Bienvenue à l’école du Samovar.

Vis comica : le pouvoir de faire rire

Le clown est une figure populaire à la fois attachante et emprunte d’une certaine forme de mystère. Derrière son nez rouge, il fait rire aux éclats les grands et les petits par cette gentille idiotie qui le caractérise si bien. Mais au fond, on ne sait pas vraiment qui il est, ce qu’il pense, ce qu’il aime. Pablo Rosenblatt et Emilie Desjardins nous invitent à passer sous la couche de maquillage et les oripeaux ridicules en compagnie de ces apprentis prêts à tout pour trouver le clown qui sommeillent en eux. Seront-ils clown triste, grand clown, affreux clown, bébé clown, clown punk ? Qui peut bien le dire ? Au cours de leur apprentissage, ils vont peut-être le découvrir.

Par une démarche assez classique en cinéma documentaire, nous entrons donc par de longs plans séquences dans le quotidien de ce petit groupe de quatorze élèves à l’âge et aux parcours hétéroclites. Ainsi, des cours aux pauses cigarettes, nous sommes les petites souris silencieuses qui écoutons et attendons de voir se poindre le « monstre », ce fameux clown tant recherché. Si la forme est assez sage, le spectateur comprend dès les premières minutes toute la difficulté de la tâche. Et si ce film expliquait pourquoi les clowns ont parfois l’air triste ?

Nosce te ipsum : connais-toi toi même

Pour ces élèves, il ne s’agit pas simplement d’appliquer des méthodes toutes faites par une école qui les poussent à outrepasser les valeurs morales établies. N’est-ce pas le rôle d’un clown après tout ? Non, l’idée principale est de fouiller au fond de soi, de faire ressortir l’inconscient avec son lot d’angoisse mais aussi tirer parti de son potentiel, d’explorer de nouveau chemin avant de faire demi-tour. Bref, de trouver sa propre énergie qui poussera à exceller dans le ridicule, la folie et le rire.

La grande réussite de Pablo Rosenblatt et Emilie Desjardins est de  montrer l’importance de ce côté introspectif dans leur cheminement. Ne se bornant pas à « filmer des apprentis clowns », ils ont mis en écho la personnalité de chacun par un subtil travail de montage et de bande son. Ainsi, si le groupe est filmé sans véritable focus sur l’un des personnages, des témoignages courts en voix off viennent ponctués le film. Ces derniers nous font découvrir tour à tour l’ état d’esprit, les attentes, les choix de l’un des membres. Les réalisateurs créent ainsi un petit tableau de cette communauté et rappellent que si le clown reste unique, il fait partie d’une grande famille.

Ab imo pectore : du fond du coeur

Finalement, en entrant autant dans leur intimité, une sorte d’empathie se créer pour ces personnalités si attachantes et souvent très originales. Une originalité recherchée et même revendiqué par les profs et les élèves. Durant 1h30, ils se cherchent, se trouvent, se perdent, se heurtent souvent aux murs de leurs propres limites avant de les dépasser. A notre tour, nous nous interrogeons et nous inquiétons sur leur présence, leurs échecs, leurs réussites, leurs forces, leurs faiblesses…

Au final, ce film trouvera sana aucun doute un écho chez ceux qui ont eu, un jour, à affronter les difficultés de la création artistique. Doutes, faiblesses, exaltations et passions sont le moteur d’un film qui, sous les aspects de la simplicité, est réalisé avec beaucoup de délicatesse. Il montre aussi la force du travail et de l’abnégation. Un film à l’image de ces artistes de cirque, qui, après avoir fait exploser de rire des foules entières, font naître la nostalgie à l’aide quelques notes. Cette musique qui accompagne finement ce joli documentaire pour nous rappeler que même les clowns peuvent être des poètes. Oui, tout va bien.

A voir : le site du film et la page Facebook


Tout va bien – 1er commandement du clown Bande-annonce VF

 

Tout va bien : 1er commandement du clown
Réalisateurs : Pablo Rosenblatt et Emilie Desjardins
Durée : 94′
Production :  Lardux / DHR
Année de production : 2013

Chroniques Cinéma, Recommandé par IDDBD

Casedoc#4 | Edmond, un portrait de Baudoin (Laetitia Carton)

Durant plus d’un an, la réalisatrice a suivi Edmond Baudoin. A 70 ans, cet ancien chef-comptable devenu dessinateur par désir profond et par peur de l’ennui fait partie des grands auteurs de la bande dessinée contemporaine. Avec son dessin unique au pinceau, il est dès ses premières planches dans les années 80, un personnage tout à fait à part dans l’édition. 30 ans et une cinquantaine de livres plus tard, ce portrait filmé nous permet de le découvrir dans son intimité, entre son petit village de l’arrière-pays niçois, les grands festivals et surtout les discussions feutrées autour d’un dessin, moments privilégiés d’échanges sur l’art, la liberté, la vie.

Au risque de me répéter, dire qu‘Edmond Baudoin est un monument de la bande dessinée est un doux euphémisme. Totalement décalé dans la production très standardisée des années 80, il reste malgré l’explosion de l’édition alternative, un auteur « différent ». Je dois avouer que je partage avec la réalisatrice – et sans doute beaucoup des amateurs de Baudoin – un rapport très particulier à cette œuvre majeure, reposant principalement sur l’intime et une façon singulière de raconter des histoires.

D’ailleurs, en y réfléchissant un peu, Baudoin ne raconte pas d’histoires. Il les livre à la vue des lecteurs. Et c’est justement toute la réussite de ce film : reprendre cet état d’esprit particulier. Par l’intermédiaire d’un montage réalisé avec beaucoup de justesse, Lætitia Carton met en parallèle ses propres images avec celle d’Edmond Baudoin. Elles illustrent ainsi les lieux, les discours et les pensées offertes à la caméra par le dessinateur. On découvre ainsi ce lien permanent entre l’œuvre et l’homme. Les lieux, les paysages, les êtres voire même les situations qui peuplent les albums de Baudoin sont irrémédiablement liées à sa vie.

De plus, la complicité entre la réalisatrice et son sujet (qui a d’ailleurs participé à l’écriture) lui permettent d’offrir au spectateur une vision profonde de l’homme. Outre l’artiste, on découvre un message, celui d’un homme qui a fait le choix de la liberté, de la passion et d’une certaine forme d’épicurisme. Une philosophie qui trouve son écho dans les traits de son pinceau. Libre et profond.

Une belle mise en perspective soutenue (je m’en voudrais de l’oublier) par une bande-son entre jazz et accordéon de grande qualité. Un film réussi qui donne envie d’en découvrir un peu plus et de retourner sur le chemin de St-Jean.

A noter : ce film n’est pas pour l’instant pas diffusé autre part qu’en festival et recherche donc un diffuseur. A bon entendeur…

A lire : le film ayant été financé en partie via Ulule, retrouvez la page de présentation

A voir : la bande annonce

EDMOND, un portrait de Baudoin (trailer) from Kaleo films on Vimeo.

 

Edmond, un portrait de Baudoin
Réalisateur : Laetitia Carton
Durée : 86′
Production : Kaelo
Année de production : 2014

Chroniques Cinéma, Recommandé par IDDBD

Chronique | Marina Abramovic : the artist is present (Matthew Akers)

En 2010, le MoMA, le célèbre musée d’art contemporain de New York, consacre une rétrospective à l’œuvre de Marina Abramovic. La plasticienne serbe réalise depuis 40 ans des performances mettant à l’épreuve son propre corps. A la veille de cette exposition, nouvelle démarche artistique en soi, le réalisateur Matthew Akers se penche sur cette artiste hors limite.

L’art de la question

Parfois, le hasard nous fait découvrir une œuvre singulière qui change notre perspective sur un objet, une pensée, un mouvement. Pour tout vous avouer, je ne suis pas vraiment un aficionados de l’art contemporain. Je reste souvent dubitatif face à des œuvres dont l’expression esthétique me semble parfois réduite au minimum. A vrai dire, je n’ai pas vraiment les clefs. C’est donc avec un détachement très professionnel que j’ai découvert ce film, le visualisant d’un œil distrait afin de savoir où et comment le classer dans les rayons de la vidéothèque. Marina Abramovic, non, ça ne me disait rien.

Très vite, j’ai été happé par ce personnage charismatique, fille en mal de tendresse de héros communistes de l’ex-Yougoslavie, que certains aiment nommer « la grand-mère de la performance artistique« . Rester assise durant des jours, se flageller devant une caméra, jouer avec des couteaux, foncer dans un mur ou marcher durant 3 mois le long de la grande muraille de Chine pour rejoindre son amoureux parti de l’autre bout, voici quelques exemples d’œuvres réalisés par Marina Abramovic. Je vous entends vous poser LA question : « mais nom d’un petit flûtiau, en quoi est-ce de l’art ? »

L’art d’ouvrir les yeux

Cette question qu’on n’ose plus lui poser trouve tout son écho dans ce film et peut-être un début de réponse dans le nouveau défi qu’elle affronte dans la rétrospective qui lui est consacré au MoMA. The Artist is present est le nom de sa nouvelle œuvre. Pendant trois mois, durant l’ouverture du musée, Marina Abramovic sera dans un carré de lumière, assise sur une chaise, attendant qu’une personne veuille bien s’asseoir face à elle dans un dialogue silencieux. Dans cette rencontre entre l’artiste et son public, éprouvante pour la première, bouleversant pour le second, la question de l’art se pose sans cesse et apporte son lot d’interrogations et d’interprétations. Qu’apporte le public ? Qu’y trouve-t-il ? Est-il touché ?

Pour nous aider à comprendre, Matthew Akers utilise les outils classiques du documentaire : témoignage de son entourage professionnel, scène de travail, discussions avec Marina, retour sur le passé – en particulier sur sa relation avec l’artiste allemand Ulay – et focus sur des œuvres représentatives. Si parfois des effets faciles auraient pu être évités (une utilisation malvenue de violons par exemple), le réalisateur évite le schéma chronologique « jeunesse-début-accomplissement-présent ». Par un montage efficace, il dissémine les éléments afin d’en faire ressortir ce qui résonne dans la préparation et le déroulement de « The Artist is present« , véritable fil rouge du film.

Résultat, le spectateur reçoit des clefs de lecture permettant d’appréhender l’œuvre globale de l’artiste. Outre le caractère attachant du personnage principal – même si je la soupçonne de savoir particulièrement bien utiliser l’objet cinématographique – ce film est une porte ouverte vers une désacralisation relative de l’art contemporain. A l’image de cette performance et de cette artiste, il traite avec égalité le moindre spectateur, ouvrant son cœur les yeux dans les yeux. Quand l’art est émotion.

A lire : l’article de Libération sur la retrospective au MoMA

La bande annonce

 

Marina Abramovic : the artist is present
Réalisateur : Matthew Akers
Production : Show of force, HBO Documentary
Année de production : 2012

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