Archives du mot-clé Policier

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City Hunter (Tsukasa Hojo)

Quand vous n’avez plus d’espoir, que la justice ou la police ne peuvent plus vous aider, alors laissez le message XYZ à la gare de Shinjuku. Car dans la jungle du quartier tokyoïte, le duo City Hunter règle les affaires sensibles. Derrière ce pseudonyme se cache le sage Hideyuki Makimura et l’exubérant Ryo Saeba. Un duo de choc dans une ville menacée par les cartels de la drogue sud-américains. Continue la lecture

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Wet moon T1 (Atsushi Kaneko)

Dans le Japon des années 60, le jeune inspecteur Sata revient d’une longue période d’absence. Qu’est-il arrivé ? Il ne le sait plus très bien. Il se rappelle de cette femme, accusé du meurtre d’un ingénieur fabriquant des modules pour un étrange programme spatial. Mais avec ce bout de métal dans son cerveau, il n’est plus sûr de rien. Une enquête entre hallucination et réalité. Continue la lecture

Chroniques | The Wire (David Simon) / The Grocery (Singelin & Ducoudray)

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C’est l’histoire d’une ville en proie à la criminalité, à la violence et à la drogue. C’est l’histoire d’un quartier, au milieu de cette ville. C’est l’histoire d’anonymes ou de puissants qui se battent pour régner ou simplement survivre. Bref, d’une série télé à une bande dessinée, bienvenu à Baltimore.

Baltimore entre télévision et bande dessinée

C’est la première fois que je tente l’expérience d’une double chronique sur des supports aussi différents qu’une bande dessinée et une série télévisée. Mais l’occasion était bien trop belle pour passer à côté.

Cet été, par le plus grand des hasards, j’empruntais à la bibliothèque les deux premiers volumes d’une série de BD dont j’avais vaguement entendu parler. Très vaguement. Dans le même temps, j’achevais avec bonheur la 5e saison de The Wire (Sur écoute en français). J’étais pris de nostalgie à l’idée de laisser McNullty, le plus écorché vif de tous les policiers irlandais de l’histoire de la télévision américaine. En ouvrant The Grocery, le lien dans mon esprit ne s’est pas fait immédiatement. Pourtant, peu à peu, je retrouvais des détails qui me mettaient la puce à l’oreille : les coins de rue, les vendeurs de drogue, les dealers, les gros 4×4 et cette violence inhérente au milieu. Trop de détails pour n’y voir qu’une simple inspiration. Pas un plagiat mais une vraie continuité. The Grocery, c’est une histoire parallèle dans un monde au graphisme assumé.

A body of an american

Mais je mets les choses à l’envers. Je vous parle de The Wire et du lien avec The Grocery sans évoquer toutes les qualités de cette série. Au début, The Wire est une fiction policière évoquant le combat des policiers de Baltimore contre les réseaux de ventes de drogue. David Simon, ancien journaliste au Baltimore Sun City Desk devenu scénariste, dresse une galerie de personnage dont la grande figure est le fameux McNullty dont je vous parlais plus haut. Alcoolique, divorcé, volage, mais enquêteur surdoué, il est un peu à l’image de ses collègues, sans repère. Au cours des cinq saisons, ce qui semble être une enquête policière se transforme peu à peu en radiographie de la société américaine : politique, argent, journalisme, système éducatif, valeurs… Tout y passe avec cette capacité qu’ont les américains à mettre le doigt sur leurs propres paradoxes.

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Comme souvent, cette série signée HBO - chaîne qu’on ne présente plus dans le monde des séries TV avec notamment Game of Thrones ou Six Feet Under – frappe fort avec un réalisme décomplexé. Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est plus ou moins crasseux. Chacun a ses propres raisons pour agir, tous ont des explications et les vrais pourris ne sont pas toujours ceux que l’on croit. C’est violent certes, souvent désespéré, mais l’humour n’est pas absent et parfois la lumière scintille un peu au milieu de ces rues sombres.

Bref, The Wire bénéficie d’un scénario remarquable en même temps qu’une bande originale qui frise la référence absolue, de toute façon quant on utilise The Pogues ça ne peut être que recommandable. J’en profite d’ailleurs pour tirer mon chapeau et rendre hommage à Philip Chevron, guitariste du groupe irlandais et créateur de la mythique chanson Thousand are sailing qui nous a quitté hier.

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The Grocery, la série dessinée par Guillaume Singelin et scénarisé par Aurélien Ducoudray, s’inscrit donc pleinement dans cet univers. Et je préciserais même un lien réel avec la saison 4, où les réalisateurs avaient fait un focus sur un groupe d’enfants/adolescents.

Mais, il ne faut pas limiter  The Grocery à la série américaine qui l’a inspiré. En effet, les deux auteurs injectent leurs propres éléments pour créer une œuvre propre. Tout d’abord, ils prennent le parti de faire tomber un jeune candide dans ce monde de brutes. Elliott est le fils de l’épicier juif qui vient juste de racheter The Grocery, la boutique du coin de la rue. Il est tout neuf, tout gentil et très intelligent. Lui qui fait des concours d’orthographe, il joue rapidement le rôle de l’intellectuel du coin. Ah oui, j’oubliais. Eliott est une grenouille… d’ailleurs il a même un petit quelque chose d’Ariol, le petit âne d’Emmanuel Guibert. Bref, imaginez simplement Ariol dans une banlieue chaude… Je confirme, ça saigne.grocery2

Et pour saigner, ne vous fiez pas du tout au dessin qui peut apparaître au début comme enfantin. Je ne sais pas vraiment si on peut parler d’anthropomorphisme pour tous les personnages mais je crois que le choix est judicieux tant un rendu réaliste aurait pu être insoutenable. Le scénario en effet ne lésine jamais sur la violence réelle et symbolique. Âme sensible s’abstenir !

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Peu à peu, de nouveaux personnages entrent en scène : un vétéran de la guerre en Irak qui perd sa maison suite à la crise économique, un rescapé de la chaise électrique, nouveau caïd de la rue, une hispanique en quête de vengeance… Ces histoires singulières forment un tout et donnent une cohérence à l’univers. Tous les personnages sont liés les uns aux autres de près ou de loin, les actions des uns influencent la vie des autres et tous portent des cicatrices et sont prêts à rendre les coups qu’on leur donne. La fin du 2e tome est sans équivoque… Mais je m’arrête là pour ne pas vous gâcher les surprises et les rebondissements nombreux qui ne manqueront pas de vous donner envie d’aller plus loin. Personnellement, j’attends la suite avec une très grande impatience.

A lire : les chroniques de Mo’, de Tristan sur B&O

Et pour finir : ceux qui ont vu The Wire reconnaîtront

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The Wire (Sur écoute)
créé par David Simon
5 saisons (60 épisodes) 2002-2008

The Grocery (2 volumes – en cours)
Scénario : Aurélien Ducoudray
Dessins : Guillaume Singelin
Editions : Ankama, 2011
Collection : Label 619

Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : les séries TV et BD sont indispensables pour une bédéthèque et une vidéothèque de qualité.

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Chronique | City Hall (Guérin & Lapeyre)

city_hall_une1Dans un Londres uchronique aux allures steampunk, comprenez le genre qui mélange fantasy et révolution industrielle, le ministre des finances est assassiné d’une façon bien étrange. Immédiatement, Carlton Lester, chef de la police, est sur place. Quand il découvre une feuille de papier accroché au cadavre, c’est la panique. En effet, dans ce monde, tout ce qui est écrit sur du papier prend vie… et il semble qu’un malfaiteur ait découvert ce secret. Aussitôt, le maire de Londres fait appel à deux jeunes auteurs de e-books, Jules Verne et Arthur Conan Doyle.

Manga + France

Manfra… mot-valise utilisé depuis 2006 pour évoquer le manga à la française ou, si vous préférez, la bande dessinée européenne à la japonaise. On a parlé également de manga-camembert. Terme un peu moins flatteur. Mais à cette époque, la bande dessinée japonaise était le diable envahisseur incarné, et donc encore assez minoritaire dans la création city-hall-2-ankamaeuropéenne… en tout cas pour le grand public. Évidemment, de nombreux cas démontrent le contraire : Frédéric Boilet pour son travail d’éditeur et de créateur (L’épinard de Yukiko…), Jean-David Morvan dont la série Sillage a clairement des influences japonaises, Vanyda avec son trait « asiatique »  notamment dans L’immeuble d’en face, et bien entendu le monument Moebius qui a joué le jeu de la collaboration avec Taniguchi pour Icare.

Progressivement, la nouvelle génération d’auteur a intégré un certain nombre de codes, surtout graphiques, de la bande dessinée japonaise. Il suffit de voir le succès en médiathèque de livres pratiques sur « Comment dessiner un manga » pour s’en persuader. Après tout, à force de lire des bandes dessinées japonaises, et pour certains adolescents presque exclusivement de la bande dessinée japonaise,  il fallait bien que ça arrive. Et dire que les années 2000 ont été le point d’orgue de la vague manga est un doux euphémisme. Nés en 1978 et 1979, Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre sont de cette première génération à avoir connu les animes et autres « japoniaiseries » comme disaient leurs (et les nôtres aussi) parents.

Pour autant, City Hall est-il un manga ? Oui… presque. Cette série intègre les codes narratifs du shonen manga et plus particulièrement du type Nekketsu. Pour simplifier : amitié, pouvoirs magiques, lutte contre les forces du mal et en filigrane la recherche de l’image du père sont les éléments principaux de cette série.

Horripilant fan service

ameliaGraphiquement, même combat. Malgré des visages plus carrés, un souci du détail sans doute plus abouti (décors, vêtements, visages, combat parfois au détriment d’une certaine visibilité…), nous sommes clairement dans une construction et un découpage manga. D’ailleurs, j’ai même été désorienté par la lecture européenne… de gauche à droite.

On retrouvera même le fameux fan service qui permet le soupçon d’érotisme nécessaire pour accrocher les lecteurs à certaines pages. D’ailleurs je souhaiterai faire un petit aparté à ce sujet. Récemment, un débat a fait rage sur le sexisme de la communauté geek.  La bande dessinée est un élément important de cette culture populaire (avec le JDR, les jeux vidéos…). Sexisme ou pas, je me demande quand même en voyant les tenues légères des personnages féminins de City Hall quel est l’intérêt en terme de narration ? Certes, cette série n’arrive pas à la cheville de certaines de ses consœurs  mais peut-on m’expliquer pourquoi une femme d’action comme Amelia (la figure féminine principale du récit) a-t-elle besoin d’avoir un pantalon taille-basse moulant et d’un petit débardeur mettant en valeur des formes généreuses ? Est-ce que ça arrête les balles ? Pourquoi, l’autre personnage féminin (dont je ne dévoilerai pas l’identité ici) est-elle simplement habillée comme une super-héroïne marvel  ? Quand on compare les personnages masculins, habillés tous comme des bourgeois londoniens de la fin du 19e, on se demande vraiment l’intérêt. On me parlera de rupture au côté « pépère » des personnages masculins. Je reste sceptique.

Il faudrait peut-être prendre conscience de ce côté un peu malsain (sans jeux de mots) de l’évolution de la bande dessinée grand public. L’industrie du manga, au même titre que le comics ou certaines branches de la bande dessinée européenne (je ne vous ferais pas un dessin), n’est pas forcément un exemple à suivre sur ce sujet.

Spécificité du manga français ?

Tout cela est d’autant plus dommageable que les auteurs de City Hall, tout en s’inscrivant dans le genre manga, ont réussi à proposer un récit particulièrement original. Comme je suis un petit malin, vous avez remarqué mon « presque » tout à l’heure. Oui je suis machiavélique, je sais !

Ce « presque » est la nuance qui donne tout son caractère – et sa réussite – à cette série. Globalement, il me semble difficile pour un européen de faire un vrai manga tant le genre repose sur une histoire du média particulière et complexe. Mais l’inverse est vrai également. Les mangakas faisant évoluer leur récit dans un milieu européen n’arrivent pas forcément à intégrer l’environnement. Je pense par exemple à Monster qui se déroule en Allemagne.

city-hall3En revanche, réussir à intégrer sa propre culture dans un genre différent pour créer une forme hybride est un travail intéressant. Avec City Hall, il me semble que cet objectif commence à être atteint. En prenant pour personnages principaux et secondaires des auteurs classiques de la littérature européenne (Jules Verne, Arthur Conan Doyle, Georges Orwell…), en insérant constamment des références aux grandes œuvres, en intégrant les codes du « polar », en jouant également sur le débat – et la peur inhérente – du développement de la lecture sur support numérique, bref, en prenant en compte leur héritage et leur environnement culturel, ils ont ainsi créé un « vrai » manfra, pas une pâle copie d’une énième série japonaise.

On pourrait développer le côté lecture numérique mais ma chronique est déjà bien trop longue. Comme quoi, il y a beaucoup à dire sur cette série. City Hall est passionnant à plus d’un titre. Tout d’abord par le scénario bien pensé de son premier cycle, ensuite pour ce côté hybride qui en fait une œuvre à part, enfin parce qu’il est peut-être la réponse à une édition manga qui s’essouffle. Je regrette simplement ce côté fan service sexiste qui ne sert jamais vraiment le récit. Mais City Hall est une très bonne série à découvrir !

A découvrir : le blog officiel

City-hall-ankamaCity Hall (3 volumes, série en cours)
Scénario : Rémi Guérin
Dessins : Guillaume Lapeyre
Editions : Ankama, 2012 (7,95€)

Public : Ados
Pour les bibliothécaires : enfin, un manga français qui tient la route !

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Chronique | Les Enquêtes de la Criminulle

scénario et dessins Sebo (Sébastien Naert)
Editions Le Téètras Magic (13€)
Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : BD alternative, album concept. Pas indispensable à mon avis.

Les enquêteurs de la Criminulle doivent faire face à deux grandes menaces : Artichaut, l’espionne la plus connue du monde entier et l’empoisonneur au poimolive, le poison à l’huile d’olive. Les inspecteurs de la criminulle sauront-ils venir à bout de ces dangereux criminels ? Mystère !

Par l’intermédiaire des Agents Littéraires, je découvre un nouvel album d’une petite maison d’édition alternative : Le Téètras Magic. Une maison d’édition plutôt originale, n’ayant pas peur de produire des œuvres différentes sur la forme comme sur le fond. Par exemple, la première publication des Enquêtes de la Criminulle était présentée sous la forme d’un dossier-chemise contenant des feuilles volantes. Pour ma part, j’ai reçu l’édition poche reliée. Cependant la surprise était au rendez-vous avec une petite loupe collée sur la couverture. Ce petit objet a eu beaucoup de succès auprès de mes filles… mais ceci est une autre histoire.

J’expliquais donc que sur la forme comme sur le fond, Le Téètras Magic n’hésitait pas à surprendre. Et il faut avouer que ces Enquêtes de la Criminulle se posent dans cette droite ligne éditoriale. Les premières planches donnent une sensation de chaos renforcée par des couleurs directes et un découpage nerveux (en tout cas sur les premières planches). Le dessin est lui-même un vaste mélange entre finesse et gribouillage (contrôlé, hein ! Je n’ai pas dit que c’était n’importe quoi).

Les Enquêtes de la Criminulle sont un hommage humoristique avoué et assumé aux récits policiers des années 50. Ainsi, Sebo (Sébastien Naert) ne s’est pas contenté d’un simple dessin, il a également ajouté des collages à sa palette graphique.  Des photos de magazine, d’hommes un peu mais surtout de pin-up. Ainsi, comme dans un bon vieux Roger Rabbit, réalisme et caricature se retrouvent dans un même univers ajoutant encore un peu plus au capharnaüm ambiant.

Et c’est bien le problème de cet album. Il est très difficile de rester connecté et de suivre le fil sans une très grande concentration, concentration déjà mise à mal par de bons dialogues jouant sans cesse avec l’absurdité. Même si j’apprécie ce côté Mad Magazine, avec  des références à des univers très différents à chaque planche, j’ai quand même dû lire trois fois l’album pour commencer à entrevoir les ficelles de l’histoire. Pas simple, surtout pour un album humoristique. Non seulement la narration est elle-même hachée par les épisodes ne dépassant pas deux planches et sautant sans cesse du coq à l’âne mais en plus le dessin et les collages renforcent la difficulté à identifier les personnages. En effet, d’une histoire à l’autre le même protagoniste peut être représenté différemment. Ça devient vite assez lassant voire même parfaitement agaçant.

Malgré tout, je salue les belles idées qui effleurent dans cet album. Cherchant l’originalité, Sébastien Naert flirte sans cesse entre absurdité et pastiche. Cependant, ses choix peuvent s’avérer discutable car frustrant pour le lecteur qui se retrouve souvent à la porte d’un univers que l’on devine d’une très grande richesse. Il suffit de découvrir son site web pour le constater.

A découvrir : le site du Téètras Magic
A découvrir : le site de Sebastien Naert

Chronique | Fais péter les basses, Bruno !

Dessins et scénario de Baru
Editions Futuropolis (2010)
Public : adulte et nostalgique des oeuvres de Michel Audiard
Pour les bibliothécaires : soyons sérieux, nous parlons de Baru là !

Farandole de biftons !

Quel est le point commun entre une bande de vieux cambrioleurs retraité des affaires, le sosie d’un footballeur célèbre et un petit immigré clandestin rêvant de jouer au football et plusieurs millions d’euros ? Aucun à priori… sauf cet album.

Sous ce titre bien étrange, et qui finalement n’a que peu de rapports avec le propos, se cache la nouvelle pépite du lauréat du prix de la ville d’Angoulême 2010. Vous présentez Baru serait presque une insulte tant cet auteur a signé depuis les années 80 des albums et des séries qui vous auront fait forcement rêver ou réfléchir, citons pour les plus connus L’Autoroute du Soleil (prix du meilleur album 1995), Le Chemine de l’Amérique (idem mais en 1991), Les Années Spoutnik (1999) , l’excellent et acide Bonne Année (1998) ou plus récemment Pauvres Z’héros adapté du roman de Pierre Pelot. Mais, je ne vais pas vous faire toute sa bibliographie, vous avez BD Gest’ pour ça. Fais péter les basses, Bruno ! s’inscrit dans une la continuité de l’œuvre générale de cet auteur talentueux et prolixe.

On retrouve l’univers de prédilection de Baru. On savoir celui du petit peuple, du populaire dans sa signification la plus noble. C’est un peu une marque de fabrique de la maison. Baru n’évoque pas très souvent les milliardaires ni les gens de la finance et lorsqu’il convoque la politique c’est rarement pour la caresser dans le sens du poil. Une fois de plus, il s’installe parmi les malfrats pour nous raconter son histoire. Une histoire simple de magot et de course-poursuite cache-cache, tout en rythme et ponctué par des dialogues qu’un certain Michel A. n’aurait pas renié.

Au milieu de cette farandole de gros flingues et d’arnaques, se baladent un jeune africain, doué pour le foot mais pas vraiment prêt à faire face au monde occidental. Ce jeune africain est un fil rouge dans l’histoire. Il est paumé et baladé au milieu de tout ça. Présent sans pour autant faire partie de l’aventure. Et pourtant, sans le savoir, il joue son petit rôle. Bref, chacun y trouvera l’allégorie qu’il peut.

Comme à son habitude, Baru ne se laisse pas porter par une quelconque mode. Son dessin reste le même. Pas de tentation de passage à la mise en couleur par ordinateur, pas d’inspiration manga ou comics comme on peut en voir un peu (trop ?) depuis quelques temps. Baru reste le même et ça reste d’une remarquable efficacité. On ne peut s’empêcher de rire devant les mines déconfites ou réjouies des personnages et de leurs « gueules » (de Zizou le malfrat à Paulo le vieux malfrat en costard, sosie de Baru ?). Bref, il y a une vraie joie dans ce dessin.

Dernière chose, et ce n’est que du domaine de l’interprétation, j’ai l’impression que Baru donne ici une petite leçon de vie à ses personnages et à ses lecteurs.  Il a fêté ses 63 ans cette année. Étrangement, c’est à peu près l’âge de ses héros principaux et on remarquera l’importance du rapport vieillesse/jeunesse (expérience/fougue) dans cet album (et jusqu’à sa conclusion). Peut-on y voir un message caché ? Celui d’un auteur de grande renommée aux jeunes venant après lui ? Bah, j’interprète vous dis-je !

Bref, Fais Péter les basses, Bruno ! c’est du Baru : efficace, drôle et acide. Baru, ne changez rien surtout ! Chez IDDBD, on vous le recommande (encore une fois)

A découvrir : les premières planches sur le site de Futuropolis
A lire : la toujours splendide et efficace chronique de Mo’ dans son bar à BD

A  noter 1 : cette chronique a été rédigé dans le cadre de l’Opération Masse Critique du site Babelio. Merci donc à Babelio et aux éditions Futuropolis. Notez qu’il n’y a aucune contrainte sur nos chroniques. J’ai gardé toute indépendance concernant les deux chroniques réalisés (lisez Macanudo c’est génial !)
A noter 2 :
Fais péter les basses, Bruno ! fera l’objet d’une présentation (par votre humble serviteur) lors de la soirée Rentrée Littéraire du 5 novembre 2010 à la librairie La Compagnie des Livres à Vernon (27). N’hésitez pas si vous passez dans le coin (20h30 !). J’y présenterai également Château de Sable et… l’album de ma prochaine chronique…

Chronique | M

m-le-maudit-Muthd’après le film M le maudit de Fritz Lang
adaptation et dessins de Jon J. Muth
scénario de Thea Von Harbou et Fritz Lang
Editions Emmanuel Proust (collection Atmosphères)
Public : adulte et cinéphile accompli ou en devenir
Pour les bibliothécaires : une expérience graphique impressionnante, pour un public averti

Bulle cinématographique

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Berlin, années 30.
Impuissant face à un tueur en série, la police harcèle la pègre. Les chefs du milieu décident alors de se faire justice eux-mêmes. Commence alors une impitoyable chasse à l’homme.

Reprendre en BD l’une des œuvres majeures de l’un des plus grands réalisateurs du 7e art, voici une entreprise à la fois passionnante et risquée. Mais après tout pourquoi pas ? Le film de Fritz Lang, tourné au début des années 30, reste d’une modernité exceptionnelle et ses thèmes résonnent encore dans le paysage politique et social d’aujourd’hui.

D’ailleurs, Jon J. Muth, lui-même grand artisan de l’essor du roman graphique américain dans les années 80, n’a pas pris de risques avec le scénario original. Il y ajoute seulement quelques passages. On ne pourra pas le lui reprocher tant l’écriture de Théa Von Harbou et de Fritz Lang explore finement les côtés obscures de l’âme humaine, pose des questionnements autour de la justice et de la morale tout en interpellant le spectateur/lecteur au plus profond de lui-même. C’est vrai, pour l’ensemble, Jon J. Muth met en image sa propre vision de l’œuvre… Oui, mais quelle vision !

Car il ne se contente pas seulement d’illustrer. Il met lui-même en scène un « roman-photo », positionnant des acteurs dans des décors réels avant  de les photographier. Ces photos sont ensuite reproduites en tableau. Cette technique « photo-réaliste » donne véritablement un ton particulier à l’ensemble. Jon J. Muth s’attache à créer des atmosphères proches de l’univers original tout en ajoutant une touche bien à lui, plus moderne et surtout plus proche du média BD. Car, même si cette technique est souvent critiquée, on lui reproche notamment de cacher le manque  de qualité de certains dessinateurs, elle permet de créer une passerelle véritable entre le 7e et le 9e art tout en conservant à chacun sa spécificité. Et puis, entre nous, l’auteur n’a plus besoin de prouver quoi que se soit depuis bien longtemps.

Au bout du compte, cette histoire monumentale est magnifiquement bien servie par cette adaptation respectueuse, splendide sur le plan de la construction et du graphisme. Un livre qui vous donnera forcément envie de découvrir ou redécouvrir une des plus belles pages de l’histoire du cinéma.

A lire : le très bon article sur ActuaBD
A découvrir : le point de vue de collègues bibliothécaires dans l’Essonne
A lire (encore) : la critique sur sceneario.com

A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Chronique : Fell T1 Snowtown

fell_1_snowtownScénario de Warren Ellis
Dessins de Ben Templesmith
Editions Delcourt, 2007. (Contrebande)
Public : Adulte, amateur de roman (très) noir et de glauque puissance 10000
Pour les bibliothécaires : Un très bon début de série. Même si c’est un tome 1, il peut se lire seul.

Justicier perdu

De l’autre côté du pont, Snowtown est un quartier-ville où la violence, la pauvreté et la folie sont vécus au quotidien. C’est ici que débarque Richard Fell, lieutenant de police. Dès son emménagement, il découvre la réalité de cette ville et se plonge lui ainsi que son lourd secret dans la partie de la plus obscure de cette zone de non-droit.

Après Transmetropolitan, nous nous plongeons encore dans l’œuvre dérangeante de Warren Ellis. Si avec Spider Jerusalem il dressait le portrait d’un journaliste déjanté et exubérant dans une ville futuriste, avec Richard Fell en revanche, nous sommes dans le portrait plus classique du flic introverti. Même si le propos est sans doute moins ambitieux, disons plus classique surtout, on retrouve la même qualité d’écriture. Les intrigues des huit histoires de ce premier volume (seul paru à ce jour en France) n’ont rien d’anecdotiques et tiennent autant aux personnages principaux qu’aux seconds rôles. Les habitants de Snowtown portent tous en eux, sur leurs visages ou leurs attitudes, une espèce de malédiction répandue dans les rues de la ville. fell_1_snowtown-plL’univers dans lequel le lieutenant Fell évolue se situe à la frontière entre réalité et cauchemar, une ville hors du temps et de l’espace. Il y règne constamment une atmosphère oppressante grâce (ou à cause) du dessin incomparable de Ben Templesmith. Et ce choix de dessinateur est totalement judicieux, il suffit de voir son travail sur 30 jours de nuit, pour vraiment comprendre que Warren Ellis ne pouvait pas trouver mieux. Avec son dessin haché, torturé et ses choix de couleurs absorbant totalement la lumière le plongeon est immédiat.

Là encore, Warren Ellis ne ménage pas son lecteur et l’entraîne véritablement dans des histoires plus dures les unes que les autres. Je me garderais bien d’y chercher quelques explications. Cependant, chez lui il n’y a jamais d’écriture gratuite et de là à voir dans sa ville perdue une image des ghettos… je vous laisse vous faire un avis sur la question.

Fell est donc à conseiller à des âmes non-sensibles, prêtes à se plonger dans un univers riche et dérangeant. Un monde hors du temps où personne n’aimerait ne serait-ce que passer. Pourtant, comme l’écrit Richard Fell dans son journal: « 7h. C’est ici que je vis. ET vous n’êtes pas personne à mes yeux. Aucun de vous« . Une définition du héros.

A lire : l’excellente chronique de sceneario.com

A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Traque à la ligne

Bookhunter (scénario et dessins de Jason Shiga, éd. Cambourakis)

Si vous connaissez la différence entre un dos, une tranche et une 4e de couverture d’un livre, si vous savez que 300 n’est pas qu’un livre de Franck Miller, si les fiches bibliographiques, exemplaires ou les cartes de lecteur n’ont aucun secret pour vous, si le mot incunable vous rappelle quelque chose… alors vous êtes peut-être un bibliothécaire.

Mais si en plus vous aimez les flingues, les courses poursuites, les sciences au service de la loi, si votre « patron » est un dur et que vos enquêtes vous poussent à la recherche d’indices dans des centaines d’étagères remplies de livres et/ou dans les allées bondées d’étudiantes post-pubères (ou pas), alors vous en êtes. Oui, vous êtes un élément de la police des bibliothèques d’Oakland, USA.

1972, l’agent spécial Bay est appelé sur une enquête par le responsable de la sécurité de la bibliothèque centrale : un vol. Un livre ancien prêté par la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress pour les intimes) a été substitué par un faux. L’agent spécial Bay a trois jours pour répondre à deux questions : Comment le voleur a-t-il pu déjouer le système de sécurité ? Pourquoi ?

Nous voici donc plongés dans une enquête policière classique dans un univers tout à fait inhabituel pour ce genre d’évènement… le petit monde des bibliothèques. Ici, tous les codes du polar sont respectés : le héros sans peur et sans reproche ( ?), l’équipe de choc (l’intello à lunette et l’experte scientifique), les analyses, les déductions et les rebondissements ! Tout est là, comme un rappel de vos soirées télés à regarder les séries US parce que vous êtes trop fainéants pour atteindre la télécommande posée sur la table basse du salon à 2m50 de vous. Mais l’univers des bibliothèques lui-même est également très précis, en tout cas celui des années 70, le milieu ayant quand même légèrement évolué depuis (heureusement).

Tout est là et du coup, le décalage humoristique se créé immédiatement : recherches dans les fiches de lecteurs, enquêtes chez les receleurs de livres anciens (des libraires mal intentionnés), planques dans la salle de lecture, courses poursuites sur les chariots de livres, combats à coup de boites de fiches bibliographiques. Ce petit monde déjanté et fantaisiste  – le jour où une police des bibliothèques sera mis en place n’est heureusement pas arrivé même si certains lecteurs mériteraient de la prison ferme parfois, mais je m’égare – est rythmé, sympa et fou. Le dessin est simple, cartoonesque, avec des personnages tout rond aux visages et aux expressions caricaturales (l’agent Bay serrant le point de rage avec la sueur sur le front). Oui tout est là est c’est vraiment très bon ! Jusqu’aux dialogues mélangeant petites phrases classiques du policier ( - ça va patron ? – Lisez-lui ses droits) et langage de bibliothécaires (elle a dû retirer la référence du catalogue, on baguenaude rarement du côté des 400 pour rien).

Bref, je pouvais passer difficilement à côté d’une chronique de cet album. Une lecture plaisante que vous, ( et surtout toi collègue bibliothécaire) lirez sûrement d’un œil amusé soit en voyant les personnages de vos séries préférés, soit en pensant « faudrait peut-être rendre les 6 livres que j’ai en retard depuis 3 mois… » Enfin, j’dis ça moi… c’est pour votre propre sécurité !

A voir : le site des éditions Cambourakis.
A voir (aussi) : le site de Jason Shiga (in English)
A lire : l’interview de Jason Shiga sur sceneario.com

La Poisse

Jinx (scénario et dessins de Brian Michael Bendis, éditions Delcourt)

Vous ne m’en voudrez pas mais je passe un petit message personnel.
Cette humble chronique est spécialement dédicacée à mes collègues de Poissy que j’ai quitté cette semaine avec un certain regret. Merci pour…. pffff au moins tout ça ! Et puis en même temps, spécial dédicace aux lecteurs de la médiathèque, des lecteurs d’une incroyable curiosité que j’ai eu la joie de conseiller, avec qui j’ai beaucoup échangé et appris. C’était un privilège.
Et puis si le Bib de Poissy, c’est fini, l’histoire continue à la médiathèque de Vernon (dans l’Eure). Je ne quitte pas la BD pour autant.
Fin de mon message personnel. Vous pouvez reprendre une lecture de chronique normale.

Dans les bas-fonds de Cleveland, Juliet « Jinx » Alameda est chasseur de prime. Si c’est un boulot typiquement masculin la troublante jeune femme, travaillant en charme et en efficacité, s’est fait un nom parmi ses collègues gros bras/gros flingues. Goldfish et Columbia quant à eux, sont deux escrocs minables se méprisant mutuellement et cherchant sans cesse à se trahir. Le plus grand des hasards leur offre la possibilité d’empocher la somme rondelette de 3 millions de dollars, de quoi passer des vacances tranquilles.
Tous les trois n’ont pas le choix pour quitter les quartiers miteux de Cleveland : se lancer à la recherche du magot… Mais dans ces cas-là, il faut s’attendre à prendre des coups, surtout quand l’argent vient des milieux mafieux de la ville.

J’aime le polar noir en BD quand il dépasse la simple histoire de gros flingue et de flics véreux. J’aime le polar noir en BD quand il ne néglige pas ses personnages au profit d’une ambiance glauque. J’aime le polar noir en BD quand un scénariste de la trempe de Brian Michael Bendis s’y atèle avec talent.

Nous vous avions déjà parlé de Bendis lors de la chronique de Torso, enquête historique sur le premier serial-killer de l’histoire des Etats-Unis (dans les années 1930). Nous voici donc de retour dans le monde moderne, dans une ville sombre et violente où la vie n’est éclairée que par quelques rayons de soleil.

Jinx est une chronique de trois paumés.
L’héroïne éponyme tout d’abord est une belle trentenaire brune et charismatique, malheureuse et sombre, détestant chaque jour un peu plus la vie qu’elle doit mener. Son surnom « Jinx » signifie « la poisse« , c’est dire ! Goldfish ensuite est un petit escroc au grand cœur, intelligent, aussi manipulateur que manipulé, rêveur et romantique. Enfin, Columbia est un abruti fini, violent et perdu. A travers ces trois personnages, ces trois anti-héros, Bendis dresse le portrait d’une société désespérée, où justice (uniquement représenté par les chasseurs de primes), morale ou même amour sont perdus et pervertis. Et même, quand l’espoir ou simplement un projet naissent, ils semblent aussi fragiles qu’un souffle et deviennent des rêves bien trop éloignées d’une vie accablante.
Comme bien souvent dans le polar noir, bien au-delà de l’argent ou du mystère, c’est en partie eux-mêmes que Jinx, Goldfish et Columbia vont chercher. Au risque de se perdre… ou de se trouver, ce qui ne vaut peut-être pas mieux.

Utilisant un dessin noir et blanc très inspiré de Frank Miller, le maître en la matière (sur Sin City en particulier), Bendis tord et dissèque l’esprit et le crâne de ses personnages. Alternant action pure, flash-back, discussions et suspense, il distille avec talent des petits bouts de mystères et de troubles à chaque page. Autrement dit, plus vous avancerez dans les 400 pages de ce polar, moins vous aurez envie de le lâcher et croyez-moi, j’en parle d’expérience !
Et si vous avez envie de prolonger votre plaisir, lisez également Goldfish, l’œuvre précédant Jinx, où Bendis raconte l’arrivée du héros à Cleveland.

A (re)découvrir : le site officiel de BM Bendis (en anglais)

A lire : les chroniques de BD Gest’, de sceneario.com et, une fois n’est pas coutume, les littéraires de ZazieWeb parle de comics.

Bonus musical : Joy Division – She’s lost control…