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Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Wet moon T1 (Atsushi Kaneko)

Dans le Japon des années 60, le jeune inspecteur Sata revient d’une longue période d’absence. Qu’est-il arrivé ? Il ne le sait plus très bien. Il se rappelle de cette femme, accusé du meurtre d’un ingénieur fabriquant des modules pour un étrange programme spatial. Mais avec ce bout de métal dans son cerveau, il n’est plus sûr de rien. Une enquête entre hallucination et réalité.

Lynch, Burns… Kaneko !

Quand un éditeur essaye de vendre son livre à travers sa 4e de couverture, il aime parfois faire des références à des œuvres ou des auteurs majeurs. Ainsi, il n’est pas rare de retrouver les mêmes créateurs sur certains genres de livres. Par exemple, dès qu’il y a un peu d’écologie et de poésie, paf, on vous balance un Miyazaki ! C’est effectivement plus facile. Miyazaki, ça rassure quant à la qualité même si la plupart du temps, on se paye un peu notre tête.

Bref, en lisant la 4e de Wet Moon, j’ai souri en voyant les références à l’univers de David Lynch et à l’univers graphique de Charles Burns. Pour ceux qui ne suivraient pas, grosso-modo, une référence « lynchienne » correspond à un univers évoluant dans des sphères entre fantasmagorie et réalité, où le lecteur se trouvera sans repère. Normalement, au bout de l’histoire, chacun aura son interprétation… ou pas. Bref, Lynch c’est beau mais personne ne comprend vraiment ce qu’il veut dire. Je caricature un peu évidemment. Je ne voudrais pas me fâcher avec la secte lynchienne qui ne me lit sûrement pas de toute façon.

Pour continuer sur des bases plus simples pour un amateur de bande dessinée comme moi, une référence graphique à Charles Burns indique une très bonne maîtrise du noir et blanc. Si l’absence de couleurs dans le manga n’est pas rare, faire référence à un artiste américain en parlant d’un illustrateur japonais est en revanche plutôt une surprise.

Créateur en liberté

Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’Atsushi Kaneko. Après Bambi et Soil, il nous entraine encore dans un univers complètement déjanté à la limite de… de quoi d’ailleurs ? Cet auteur bénéficie vraiment d’une liberté créative rare dans le milieu du manga des années 2010 et c’est véritablement toute sa force !

Dès les premières planches, nous voici plongés dans l’univers d’un roman noir : meurtre sadique, gueules de monstres, moiteur d’une station balnéaire, obsessions, flics ripoux. Au milieu, la lune où les russes viennent de débarquer, où le Japon souhaite se poser. Quel rapport avec notre histoire ? Bonne question. Mais pour résoudre cette énigme, il y a notre héros. Un personnage à la hauteur de ce monde, un tout jeune inspecteur de police qui porte dans son cerveau les germes de la folie, un petit bout de métal qui se balade et qui dérègle sa réalité…

La suite ? Une perte rapide de repères entre passé et présent dans des effets de découpages souvent hallucinés. Comme Sata, nous ne savons pas vraiment où Atsushi Kaneko nous entraine et quels sont les réalités des images que l’on perçoit. Entre métaphores, souvenirs et fantasmes, le chemin sera long avant de connaître le dénouement d’une histoire déjà bien prenante. Car l’auteur, loin de nous perdre complètement, nous laisse des indices, nous éclaire peu à peu sur les zones d’ombres… mais sommes-nous assurés de recevoir les bons éléments ? De là naît l’intérêt de suivre le récit jusqu’à son terme.

Pour une fois, je dois admettre que les références choisis par les éditions Casterman sont plutôt bien vues. Avec son trait noir épais et ses codes graphiques bien plus proche de l’univers des indépendants américains, Atsushi Kaneko rappelle assurément d’un auteur comme Charles Burns (je pense à El Borbah par exemple). Quant à l’univers ? Un seul adjectif me vient en tête : lynchien !

A noter que Wet Moon a reçu le Prix Asie de l’ACBD 2014.

A lire : la chronique d’Yvan et celle de Marie

Wet Moon T.1 (séries en cours, 2/3 tomes parus, série terminé)
Scénario et dessins : Atsushi Kaneko
Editions : Casterman, 2014 (8,50€)
Collection : Sakka
Editions originales : Kadokawa, 2012

Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : plus court que Soil, bien parti pour être une série intéressante. A suivre mais pour 3 volumes, ça vaut le coup.

Chroniques BD

Prophecy (Tetsuya Tsutsui)

Au Japon, la jeune et séduisante lieutenant Yoshino est à la tête d’une brigade de police spécialisée dans la cybercriminalité. Un jour, son équipe remarque une vidéo postée sur Youtube par dénommé Paperboy. Il y annonce des punitions à l’encontre de personnes amorales, toutes ont un point commun, leur histoire a fait le buzz sur internet. Après avoir pris les menaces de Paperboy avec légèreté, le lieutenant Yoshino comprend qu’il n’est pas qu’un simple excentrique derrière son écran.

Freeters mon héros

Freeters. Drôle de terme, non ? Ce mot venant de l’anglais « free time » (temps libre) et de l’allemand « frei arbeiter » (travailleur libre) désigne les jeunes travailleurs japonais cumulant les petits boulots et les situations précaires. Apparu à la fin des années 80, il évoque plus largement cette frange de la population japonaise qui, volontairement ou involontairement, s’est retrouvé exclue du fameux modèle nippon. Je vous invite à découvrir le très bon documentaire Tokyo Freeters de Marc Petitjean sur ce sujet. Dans ce film, nous découvrons les conditions de vie de ces jeunes. Exploités dans des petits boulots journaliers, souvent considérés comme des parasites, parfois sans domicile, ils hantent ces cybercafés où l’on peut, pour quelques heures, dormir, manger voire prendre une douche… Des endroits qui sont au cœur de l’intrigue des 3 volumes de Prophecy.

Extrait de Tokyo Freeters de Marc Petitjean

Car, au-delà des questions habituelles des thrillers sur l’identité ou le mobile du criminel, c’est surtout l’approche sociétale de Tetsuya Tsutsui qui présente ici un véritable intérêt. Un peu comme d’habitude serions-nous tentés de dire avec cet auteur. Outre les freeters – véritable objet de débats  au Japon – on retrouve dans cette œuvre ses thèmes habituels comme Internet, les technologies de la communication, la violence du système. Si ses personnages restent toujours des exclus prenant la place d’une société incapable de réparer ses erreurs, Tetsuya Tsutsui va cette fois-ci plus loin en dénonçant les dérives de ce monde de la communication. Grosso-modo, il met l’internaute, et souvent ses propres lecteurs car il est lui-même issu du monde du web, face à ses propres contradictions. Vous savez, le fameux web 2.0 qui, derrière les écrans et l’anonymat qu’ils procurent, balance en pâture les plus faibles, les plus maladroits et transforme les moutons en loups. Ainsi, Paperboy, son héros qui porte à la fois le titre de livreur de journaux (boulot de freeter par excellence) et du célèbre héros d’un jeu vidéo éponyme, joue avec eux, avec la rapidité de leur réaction et en profite aussi pour mettre en place un plan qui dépasse l’imagination des policiers qui le poursuivent.

Cependant, même si le scénario est plutôt bien construit, distillant peu à peu des informations, il n’en reste pas moins des plus classiques avec des forces de l’ordre qui ont toujours un coup ou deux de retard. Et c’est là que l’auteur déçoit le plus. Lui qui fut loué pour son indépendance et ses productions souvent décalées et sans concessions (cf Reset ou Duds Hunt), propose ici une histoire certes efficace mais intégrée dans un schéma trop bien établi. Il choque tout en restant politiquement correct, jouant parfois sur des clichés bien éculés (ah le fameux politicard gras et profiteur). Bref, malgré un sujet des plus pertinents, la prise de risque est minimum. Est-ce lié à l’entrée de l’auteur dans le sérail des grandes maisons d’éditions japonaises ? Je suis bien incapable de vous répondre. Cependant, au vu de l’historique de l’auteur, on pouvait s’attendre à mieux. Ici, on a juste une œuvre intéressante mais pas vraiment inoubliable.

Prophecy (3 volumes, série terminée)
Dessins et scénario : Tetsuya Tsutsui
Editions : Ki-oon, 2013

Public : ados, adultes
Pour les bibliothécaires : Pas génial mais l’avantage d’être une série courte et efficace

Chroniques BD

Chronique | Doubt

scénario et dessins de Yoshiki Tonogaï éditions Ki-oon (2008) éditions originale Square-Enix (2008) Public : 15-25 ans surtout, les adultes amateurs du genre. Pour les bibliothécaires : A conseiller au public adolescent découvrant les joies des sections BD adultes. Série courte ce qui est un avantage.

Rabbit Doubt fait fureur au Japon. Dans ce jeu sur téléphone portable, des lapins doivent débusquer le loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par une tous ses adversaires. Mais pour ces cinq fans, Rabbit Doubt ne tarde pas à virer au cauchemar. Ils se réveillent dans un bâtiment désaffecté. Tatoué sur la peau des adolescents, un mystérieux code-barres qui leur permet à chacun d’ouvrir une porte différente semble être leur seul espoir de salut. Pas de doute : un loup se cache bien parmi eux et il faudra le démasquer… avant d’être dévorer”. (synospis de l’éditeur) C’est dans un salon du livre, très intrigué par la couverture du premier volume (retournez votre écran pour mieux voir) que j’ai commencé à feuilleter cette série. Dès les premières pages le dessin très classique  propre, plutôt aéré, agréable à première vue ne trompe personne, on sent l’espèce d’atmosphère étrange entre ces 6 inconnus liés uniquement par un jeu de dupe. Et très vite, tout bascule, pour eux comme pour nous. Le récit prend enfin sa forme véritable : bienvenus dans un huis-clos angoissant où chaque personnage est un tueur potentiel, bienvenus dans un petit monde où l’innocence a disparu, bienvenu dans Doubt ! Appréciant plutôt ce genre de manga, il m’était difficile alors de lâcher l’affaire et j’ai donc acheter (sans trop me ruiner, merci pour moi) les 4 volumes de la série… La population visée par cette série est clairement un public de d’jeuns, les 15-25 ans se retrouveront dans les codes sociaux des personnages et la narration va dans ce sens (réaction des personnages, côté malsain pas toujours poussé à fond). Avec un peu d’habitude, de perspicacités,  de lectures des grands maîtres du thriller – on pense immédiatement à Agatha Christie et à ses « Dix petits nègres – il n’est pas très difficile de deviner qui est le coupable. Cependant, l’auteur sait jouer avec vos nerfs et poser la petite griffe du doute dans votre esprit…  et je ne vous parle même pas des personnages ! Et même quand les certitudes sont enfin établies, les surprises sont encore de taille… jusqu’à l’ultime page de l’ultime volume. L’histoire est bien bâtie et ne laisse pas de place aux approximations, vous aurez même le droit à un plan détaillé de l’entrepôt. Ici, le jeu  du chat et de la souris atteint son paroxysme. Graphiquement, le dessin est très plaisant et dynamique. Seul reproche, la luminosité surprenante pour une série de ce genre. Heureusement,  les effets de manche sont limités au nécessaire et la constante apparition de ces masques de lapin rapiécés suffit bien souvent à poser une pression sur les épaules de chacun. Ici pas (trop) d’abus mais de vrais scènes macabres qui vous feront avaler votre salive de travers. Si évidemment, Doubt n’atteint pas la qualité d’œuvre proche comme Dragon Head ou Monster, il reste une lecture de très bonne qualité à placer au même niveau que les mangas de Tetsuya Tsuitsui. Un  manga entre le shonen et le seinen à conseiller aux amateurs du genre. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir ! A lire : la critique de manga-news A découvrir : les premières pages de la série sur le site des éditions Ki-oon (cliquez sur l’album Doubt)

Chroniques BD

Chronique | OVNI : l’affaire Varginha

scénario et dessins de Philippe Auger
Editions Ankama, 2010
Public : Ado à partir de 14 ans, adulte amateur de phénomènes paranormaux
Pour les bibliothécaires : Vous avez peu de budget ? Passez votre chemin. Vous en avez beaucoup ? Idem

Gros Plan Paranormal

Durant l’après-midi du 20 janvier 1996, dans la petite ville de Varginha au Brésil, trois jeunes filles revenant de leur travail se figent devant un être étrange… Philippe Auger revient sur le « Roswell brésilien », un des phénomènes les plus marquants de l’ufologie moderne. (synopsis éditeur)

Avant toute chose, j’avoue être plutôt dubitatif face aux phénomènes paranormaux. Alors forcément, Philippe Auger et moi, nous n’étions déjà pas bien parti. Je souligne également son impressionnant dossier en fin d’album sur cette « affaire ». Il explore toutes les théories sceptiques ou non sceptiques. Il y a un gros travail c’est évident. Cependant à aucun moment je n’ai pris un réel plaisir à lire cet album.

La première raison étant le graphisme hésitant toujours entre deux eaux. Le découpage est influencé par le manga avec des enchainements rapides, le style oscille constamment entre réalisme et caricature, le trait est épais (ou pas) et plus proche du comics. Bref, un univers graphique en constante recherche qui finalement n’aboutit nulle part à force de transversalité. Mais mon principal reproche est cette exaspérante utilisation des gros plans et des lignes de vitesse comme pour indiquer au lecteur un peu nouille « attention, il y a de l’action !!! ». On dirait de mauvais rire dans de mauvaises séries télés. Sans mentir, 90% des planches ont au moins ce combo magique ! C’est horripilant !!!!

Quant à l’histoire, les chapitres sont relativement courts et passent de personnages principaux en personnages principaux. Les héros sont presque toujours des spectateurs (exception faite du policier et du chirurgien) qui ne comprennent rien à l’action. Du coup, ça manque cruellement de liens et on se demande parfois si nous ne sommes pas passés sur une autre histoire. Finalement, la BD est plus anecdotique que le dossier de fin de livre. A la limite, cet album serait plus un prétexte pour étaler des informations qu’une véritable œuvre.

Bref, si les Envahisseurs de David Vincent m’ont bien faire rire, ici c’est sans plaisir que j’ai parcouru cette fiction tirée de soi-disant faits réels. Mais cette « oeuvre » est plus proche de la BD promotionnelle que des grandes références du genre. C’est décevant et complétement anecdotique.

A lire : l’interview de l’auteur dans Bodoï

Chroniques BD

Chronique : Fell T1 Snowtown

Scénario de Warren Ellis
Dessins de Ben Templesmith
Editions Delcourt, 2007. (Contrebande)
Public : Adulte, amateur de roman (très) noir et de glauque puissance 10000
Pour les bibliothécaires : Un très bon début de série. Même si c’est un tome 1, il peut se lire seul.

Justicier perdu

De l’autre côté du pont, Snowtown est un quartier-ville où la violence, la pauvreté et la folie sont vécus au quotidien. C’est ici que débarque Richard Fell, lieutenant de police. Dès son emménagement, il découvre la réalité de cette ville et se plonge lui ainsi que son lourd secret dans la partie de la plus obscure de cette zone de non-droit.

Après Transmetropolitan, nous nous plongeons encore dans l’œuvre dérangeante de Warren Ellis. Si avec Spider Jerusalem il dressait le portrait d’un journaliste déjanté et exubérant dans une ville futuriste, avec Richard Fell en revanche, nous sommes dans le portrait plus classique du flic introverti. Même si le propos est sans doute moins ambitieux, disons plus classique surtout, on retrouve la même qualité d’écriture. Les intrigues des huit histoires de ce premier volume (seul paru à ce jour en France) n’ont rien d’anecdotiques et tiennent autant aux personnages principaux qu’aux seconds rôles. Les habitants de Snowtown portent tous en eux, sur leurs visages ou leurs attitudes, une espèce de malédiction répandue dans les rues de la ville. L’univers dans lequel le lieutenant Fell évolue se situe à la frontière entre réalité et cauchemar, une ville hors du temps et de l’espace. Il y règne constamment une atmosphère oppressante grâce (ou à cause) du dessin incomparable de Ben Templesmith. Et ce choix de dessinateur est totalement judicieux, il suffit de voir son travail sur 30 jours de nuit, pour vraiment comprendre que Warren Ellis ne pouvait pas trouver mieux. Avec son dessin haché, torturé et ses choix de couleurs absorbant totalement la lumière le plongeon est immédiat.

Là encore, Warren Ellis ne ménage pas son lecteur et l’entraîne véritablement dans des histoires plus dures les unes que les autres. Je me garderais bien d’y chercher quelques explications. Cependant, chez lui il n’y a jamais d’écriture gratuite et de là à voir dans sa ville perdue une image des ghettos… je vous laisse vous faire un avis sur la question.

Fell est donc à conseiller à des âmes non-sensibles, prêtes à se plonger dans un univers riche et dérangeant. Un monde hors du temps où personne n’aimerait ne serait-ce que passer. Pourtant, comme l’écrit Richard Fell dans son journal: « 7h. C’est ici que je vis. ET vous n’êtes pas personne à mes yeux. Aucun de vous« . Une définition du héros.

A lire : l’excellente chronique de sceneario.com

A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

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