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Récit de voyage

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Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Carnet du Pérou (Fabcaro)

En juillet 2012, Fabcaro entame un voyage vers le Pérou. Au grès de ses déplacements, il découvre un pays, un peuple et une culture qui lui étaient encore inconnus. De ce voyage est né un carnet. Un regard neuf d’occidental sur un monde nouveau. Une vision inédite et personnelle… Personnelle, oui, c’est bien le mot.

 Exercice de styles

Toujours à la pointe de l’actualité du 9e art, IDDBD vous propose aujourd’hui la chronique d’un album sélectionné à Angoulême… en 2014. Mais peu importe car comme celui-ci va bientôt être réédité, on ne fera semblant de rien. D’autant plus que KBD consacrera le mois de mars prochain à  6 pieds sous terre. Donc, voici un nombre non négligeable de bonnes raisons de se pencher sur ce drôle de livre.

Pourquoi « drôle de livre » ? Car, si vous me le permettez, Fabcaro est un clown. Ceci n’est pas une insulte mais un véritable hommage. J’aime chez ces personnages leur courageuse impudeur pour pénétrer dans notre monde bien rangé et mettre le plus grand bazar possible. Pour nous faire rire, nous émouvoir, nous permettre de pointer nos imperfections à travers les leurs. Tout  ce qu’a produit  l’auteur en commettant ce livre.

Le carnet de voyage, c’est la noblesse de l’écrivain, l’exotisme du voyageur, l’enivrante découverte et l’intériorité du regard, un genre aussi vieux que la littérature. Cet exercice montre toute la finesse, l’intelligence et la sensibilité d’un auteur. Les plus grands, auteurs de BD compris, s’y sont attelés. A son tour, Fabcaro débarque dans cet univers avec tout le sérieux nécessaire… et un petit détail qui ne trompe pas : son nez rouge.

Du non bon usage d’un carnet de voyage

Car oui, Monsieur, vous êtes un clown et cela vous va très bien !  Au-delà des apparences d’une couverture et d’un objet soignés, ce voyage dépasse  le carnet d’anecdotes qui n’intéressent que son auteur. La génération blog est devenue spécialiste du style et je n’apprécie pas forcément. Alors, quand un dessinateur s’amuse avec ça, on peut parler de plaisir. D’ailleurs, le lecteur un peu perspicace  comprend dès le départ qu’il y a un deuxième voire troisième degrés à la lecture, rien qu’au ton volontairement emphatique. Ça ne prend pas ! Quand on chasse son naturel, celui-ci revient au galop avec tous les copains ! Et Fabcaro en possède 2 ou 3 qui participent aussi à l’aventure. Au milieu des dessins de leur copain, Fabrice Erre, James, Gilles Rochier, bref, des bons gars de la bande de 6 pieds, tracent quelques traits bien sentis.

Au milieu de fanfaronnades de créateur content d’eux-même, l’auteur nous montre avec impudeur ses petites névroses de créateur et ses grosses plantades. Et même avec cette matière, il joue pour tout à fait nous perdre entre réalité et fiction. Ceci n’est pas un carnet de voyage, c’est du poil à gratter.

Cependant, même si cet album est un drôle d’objet fait d’une accumulation d’éléments disparates, il n’en demeure pas moins cohérent et paradoxalement très fluide dans sa narration. Tout s’enchaine avec beaucoup de naturel et Fabcaro fait preuve d’une vraie maîtrise du média. Graphiquement, il s’amuse avec les styles, du réalisme au dessin le plus naïf et caricatural possible. Tout est là, même les clins d’œil amusés aux autres grands « voyageurs » du 9e art…

Au final, si vous sortez de ce carnet avec un véritable point de vue sur le Pérou, un conseil : arrêtez l’humour et retournez lire Le Figaro. Normalement c’est grand sourire et envie de vous replonger dans cette drôle d’expérience. Récit foutraque, anecdotes d’écriture, notes de réalisation d’un album, recueil d’œuvres tout aussi diverses que variées, support de photomontage, blagues potaches… C’est un peu tout, rien et surtout un joyeux bazar ! Surprises, rires et bizarreries à toutes les pages sont au rendez-vous d’un livre qui est vraiment à l’image de la production éditoriale de son éditeur : de l’humour exigeant sur la forme comme sur le fond. Un vrai grand coup de cœur pour bédéphiles au sens de l’humour averti !

A lire : bientôt la synthèse sur KBD

Carnet du Pérou (one-shot)
Scénario et dessins : Fabcaro
Editions : 6 pieds sous terre, 2013
Collection : Monotrème (Mini)

Public : adulte
Pour les bibliothécaires : un (très) drôle carnet de voyage. Un livre d’humour intelligent, c’est si rare 

Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Chronique | Un Printemps à Tchernobyl (Lepage)

2008, un groupe d’artiste se rend en Ukraine : direction Tchernobyl. Tchernobyl, le nom évoque la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire du XXe siècle, la mort et le danger invisible, la zone interdite, l’enfer sur terre… Bref, tout sauf un lieu de visite. Et pourtant, Emmanuel Lepage s’y rend avec son œil d’artiste, la grâce de son dessin et son lot de peurs. Un album fort à la fois terrifiant et riche d’enseignement.

Voyage en enfer ?

A l’image d’un Jean-Pierre Gibrat, Emmanuel Lepage est un artiste faisant le pont entre la bande dessinée  d’auteurs et la BD grand public réaliste. Ses albums de fiction se situent dans une réalité palpable, marquante, touchante. Son dessin est également l’un des plus impressionnants de la BD européenne car ses compositions de cases et de planches sont toujours remarquables. Et dans cet album, alternant paysage de campagne, friche industrielle et urbaine, il exerce la pleine mesure de ses capacités avec des dessins superbes (l’image de cette couverture), alternant nuances de gris et couleurs éclatantes.

Si Un Printemps à Tchernobyl est l’histoire d’un voyage, il est bien plus qu’un simple carnet d’illustrations. Dans cet album, Emmanuel Lepage donne une marque de confiance rare à son lecteur en le laissant complément pénétrer dans ses pensées personnelles. Dans une première partie, après une introduction et la présentation didactique de l’histoire de Tchernobyl (nécessaire pour beaucoup d’entre nous), il raconte les préparatifs de son voyage. Il y fait étalage de ses angoisses, de la peur de ses proches, de ses difficultés personnelles avant le départ. Comme un symbole, quelques mois avant le départ, il n’arrive plus à dessiner à cause d’une douleur à la main. Même si ce passage m’a semblé un peu long, avec le recul, il plante les graines qui permettront, par contraste, de mieux comprendre les évènements de ce voyage. On ne va rien dévoiler ici mais clairement, Un Printemps à Tchernobyl raconte beaucoup plus qu’une résidence d’auteur dans la région d’une centrale nucléaire, c’est une sorte de quête spirituelle, une aventure humaine et profonde qui ne trouve toute sa force qu’en toute fin d’album…

Regards sur zone

Mais avant cela, Emmanuel Lepage montre : pénétrer dans la zone interdite, voir « le monstre », la centrale éventrée et son cercueil de béton, le compteur qui monte en flèche dépassant au bout de quelques instants le seuil limite de tolérance. L’horreur d’une réalité. Mais il ne s’arrête pas là. Il montre le no man’s land d’une trentaine de kilomètres autour de la centrale, il montre les villes et villages abandonnées, les terres souillées par la pollution invisible et mortelle de la radioactivité. Il montre parce qu’il est là pour ça. Comme un témoin pour ceux qui ont peur, pour ceux qui ne peuvent pas s’y rendre. Un printemps à Tchernobyl est aussi un témoignage rare d’une réalité dure qui pose une simple question : quelle vie après un accident nucléaire ? La réponse est surprenante car la vie existe encore avec ces forêts lumineuses et belles, ces lacs, cette nature presque normale… Presque, car c’est une nature dénaturée et traitresse créée par les humains et qui peut les consumer à petit feu. Ces humains justement, Emmanuel Lepage les montre aussi. Ils sont simples, comme vous et moi. Ils souffrent mais sont attachés à une terre souillée… Leur terre.

Entre les lignes, cet album ne fait pas que montrer. Il interroge évidemment sur la question du nucléaire dans notre production d’énergie. Alors jeu de roulette russe ou vraie maîtrise du sujet ? Au vu de cet album j’ai bien ma propre idée. En tout cas, Emmanuel Lepage signe simplement un album essentiel très injustement oublié par la sélection du festival d’Angoulême. Album profond, fort, terrifiant, humain et citoyen. Essentiel tout simplement.

Pour rebondir : les chroniques de Zorg & Mo’

Un printemps à Tchernobyl (one-shot)
Scénario et dessins : Emmanuel Lepage
Editions : Futuropolis, 2012
Public : Ado-adulte
Pour les bibliothécaires : Lire la dernière phrase de ma chronique.

Chroniques BD

Chronique | Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) (Glidden)

Sarah Glidden, jeune américaine, entreprend un tour d’Israël dans le cadre du Taglit, un programme de visite du pays sur 10 jours organisé pour les jeunes juifs du monde entier. Pour elle, juive new-yorkaise progressiste et non-pratiquante, c’est une opération de propagande. Mais une fois arrivée, ses préjugés se confrontent à une réalité bien plus compliquée. Au bout de cette aventure, que retiendra-t-elle ?

C’est au festival d’Angoulême que j’ai découvert cet album. Je passais dans la bulle – assez déplorable d’ailleurs – consacrée au manga et aux comics quand j’ai vu le stand Steinkis. Editeur qui m’était inconnu. Passant sans vraiment regarder, j’ai été attiré par un livre. La couverture avec ce titre bizarre Comme découvrir Israël en 60 jours (ou moins) et un trait me rappelant immédiatement le graphisme de Camille Jourdy (Rosalie Blum, Une araignée, des tagliatelles…). Deux raisons pour s’arrêter et feuilleter. Un achat et une dédicace plus tard, cet album format roman graphique était dans mon sac. Tout ça était au mois de janvier et je ne l’ai lu qu’hier. Pourquoi ? Peu de sujets sont aussi polémiques que le conflit israélo-palestiniens. Les points de vue sont divers et les témoignages nombreux. Chacun a son opinion et ses idéaux, chacun se fait juge devant sa télé, dans les journaux ou les conversations entre amis. Mais finalement, peu de personnes cherchent à comprendre et à savoir vraiment. Avais-je envie d’en faire parti ? Pas facile. Mais Sarah Glidden est de ceux-là. Avec son livre, elle nous entraîne dans sa démarche.

Dans ce livre autobiographique, à l’origine publié en mini-comics, elle raconte simplement son expérience non pas unique – car le Taglit est une opération internationale qui touche des milliers de jeunes chaque année – mais personnelle. Très personnelle. C’est en effet ce qui ressort de cet album/voyage, cette quête de la « vérité » est une expérience à la fois humaine, spirituelle et politique.

Le premier kibboutz, Masada, Tel-Aviv, Yad Vashem, le désert, un camp de bédouin en papier-maché… et Jérusalem. La liste des sites explorés est longue et les expériences nombreuses. Au milieu, en spectateur, le lecteur est confronté à la fois aux préoccupations contemporaines de son auteure-héroïne cherchant constamment le grain de sable dans le rouage du discours et aux réalités géopolitiques et historiques de cette terre particulière. La lecture est dense, longue, bavarde parfois… Mais sur une situation comme celle-ci, peut-on véritablement se passer d’explications au risque de passer à côté de beaucoup d’éléments ? Personnellement, certains aspects – notamment l’importance stratégique de la Mosquée El-Aqsad, troisième lieu saint de l’Islam construit sur l’emplacement du Temple de Salomon – furent pour moi, non pas une découverte, mais un éclaircissement nécessaire qui m’a aidé à comprendre certaines réactions fortes.

Finalement, si au départ on peut envisager cette lecture comme une long récit personnel un peu linéaire, ennuyeux car trop didactique, cette impression disparaît très vite. Sarah Glidden sait comment intéresser son lecteur. Elle peut alterner impressions personnelles et réflexions universelles. Elle se met en scène non pas dans un but nombriliste mais pour saisir les contrastes, par rapport à son groupe, par rapport aux Israéliens, par rapport à elle-même. Car, dans sa démarche, elle se retrouve rapidement confrontée à ses propres contradictions. Ensuite, Sarah Glidden nous laisse seul juge de ces mots, de ces discussions. Et c’est la grande force de cet album, éviter une propagande. Il cherche à témoigner, montrer non pas LA mais UNE réalité. Compliquée évidemment, d’ailleurs les deux dernières cases de l’album sont assez révélatrices de cet état.

Cet album est une véritable galerie de personnages, de lieux et d’événements passés ou présent. Mais il reste un simple récit de voyage avec ses limites. Par exemple, même si leur présence amène toujours des événements assez forts, on ne voit que très peu de non-juifs (grosso-modo, 3 ou 4). Le point de vue, même très ouvert, est donc forcément incomplet. Mais heureusement, l’auteure n’essaie jamais de le cacher, ce qui rend son récit honnête.

Pour conclure, Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) est un album témoignage qui vous permettra peut-être d’éclaircir votre point de vue sur cette douloureuse question géopolitique. Elle ne vous apportera pas de réponses car il reste un simple récit de voyage avec son propre point de vue. Sarah Glidden réussit le tour de force de rendre son récit dynamique malgré la linéarité inhérente à ce genre d’histoire. Cette remise en cause permanente est rafraîchissante car elle permet de toujours chercher les bonnes questions. La réponse est… compliquée. Un bon livre à lire pour sa culture politique.

A voir : la fiche-auteur sur le site de Steinkis
A lire : la chronique de du9

Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) (one-shot)
Scénario et dessins : Sarah Glidden
Traduction : Fanny Soubiran
Edition : Steinkis, 2011 (18,50€)
Edition originale : DC Comics, 2010

Public : adulte, intéressé par les récits de voyage et les questions géopolitiques
Pour les bibliothécaires : un bon livre, un peu marginal mais qui mérite qu’on le mette en avant pour son message.

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