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Humeur | Tintin au Congo (Hergé)

Difficile de faire une véritable chronique sur un album polémique comme Tintin au Congo. Il n’en reste pas moins une brique de l’œuvre monumentale d’Hergé, référence absolue quand on évoque la BD franco-belge. Mais d’un point de vue moral, peut-on admirer un album comme celui-ci ? Voici un avis parmi tant d’autre… le mien…

En se penchant sur l’Afrique en BD, l’équipe de KBD a immédiatement discuté de l’intérêt de chroniquer Tintin au Congo. Je faisais partie de ceux qui défendaient cet album non seulement pour sa place intéressante dans cette thématique mais aussi pour son côté document d’histoire. Car si son point de vue et l’idéologie de Tintin au Congo est clairement discutable, l’album est un témoignage direct d’une pensée d’un autre temps. Une preuve une fois de plus que la bande dessinée est un média bien plus révélateur qu’il n’y paraît.

Je ne suis ni Tintinophile, ni assez calé dans l’histoire de Tintin et de son créateur pour vous faire une analyse efficace de la place de Tintin au Congo dans l’œuvre générale d’ Hergé . D’Hergé, je connais un certain nombre de fait, en particulier ceux qui l’ont rapproché des mouvements conservateurs d’avant-guerre et de la collaboration quelques années plus tard… Périodes qui sont passés sous silence à la fin de la guerre (cf ma chronique sur le très bon livre « Traits résistants »). Je vous invite à lire les nombreuses biographies (celles de Benoit Peeters notamment).

Après la guerre, Hergé avait tout de même conscience du caractère assurément colonialiste voire raciste de sa première version de Tintin au Congo et a tenté de rétablir l’équilibre en retouchant sa première version. L’édition couleur que nous avons tous en tête est bien entendue le résultat de cette profonde mutation. Cependant, celle-ci reste profondément révélatrice de ce paternalisme spécifique au colonialisme belge. Dans Tintin au Congo, notre héros et son chien apparaissent comme de véritables messies attendus avec fébrilité par une population noire. Déclenchant une émeute à son arrivée, Tintin traverse l’Afrique noire avec un regard plein de compassion pour ces « gentils noirs »… Un Tintin qui, des années plus tard, est tourné en dérision par Joann Sfar dans une drolatique scène du 5e volume du Chat du Rabbin (Jérusalem d’Afrique). On a envie de dire 1 partout balle au centre.

Avec notre point de vue d’hommes et femmes du 21e siècle, cette vision nous apparaît comme indécente. Et je comprends la réaction forte des associations antiracistes. Pourtant, comme certains le demande, doit-on interdire la publication d’un livre comme Tintin au Congo ? Serais-je prêt, si on me le demandait, à retirer cette bande dessinée de mes bacs de médiathèque ? Clairement non. Tout comme je ne retire pas les œuvres érotiques qui ne mettent pas toujours en valeur la femme, tout comme je ne retire pas les œuvres violentes, tout comme je ne retire pas les œuvres irrespectueuses des religions… Il ne s’agit pas pour moi de défendre la fameuse « liberté d’expression ». Je ne soutiens absolument pas les idéologies de ces œuvres. Il me semble en effet bien plus intelligent et constructif de privilégier la médiation, la discussion autour d’une œuvre et son public que de se morfondre dans un obscurantisme qui est le terreau de toutes les formes de discrimination. Et j’irai même plus loin en soutenant l’idée de faire étudier Tintin au Congo à l’école comme support d’étude de la colonisation. Montrer cette œuvre, mettre en lumière son idéologie et en quoi elle est révélatrice d’un moment passé de l’histoire, expliquez sa relation avec notre monde contemporain. Voici façon plus efficace de combattre le côté nauséabond de cette œuvre.

Entre nous, Tintin au Congo fait partie des œuvres qui ont marqué mes lectures de jeunesse. Toutefois, je ne le conseillerai pas (plus) à un enfant, incapable de comprendre les tenants et les aboutissants de cet album. Pourtant, je me souviens toujours de cette dernière grande planche. Ce village, presque un village d’enfants avec ces personnages fascinant évoquant le souvenir d’un héros que je ne trouvais pas vraiment intéressant. Je suis beaucoup resté sur cette planche. Elle appelait quelque chose d’étrange chez moi. Une vision particulière de l’aventure. Car, même avec les défauts de cette œuvre de jeunesse, on retrouve déjà ce qui fait l’intérêt de cette série majuscule de l’histoire de la bande dessinée : l’appel de l’aventure par cette propension à proposer des personnages secondaires haut en couleur.

Car, à bien y réfléchir, la multiplication des clichés est un peu le moteur de Tintin. Hergé a toujours joué sur ces images d’Epinal. Il suffit de contempler les visages dans les fameux tableaux des 2e et 3e de couvertures pour s’en rendre compte : Sud-Américains, arabes, chinois, japonais, écossais, portugais… Tant au niveau du scénario que du graphisme, les populations sont toutes figées dans des aprioris. Certes, la technique d’Hergé s’est amélioré au cours des aventures de Tintin pour faire passer l’ensemble avec beaucoup moins de naïveté déconcertante mais…

Alors oui, cette œuvre mérite d’être chahutée. L’idéologie transparaissant dans cet album est plus que discutables. Les noirs sont profondément maltraités et il serait honteux de ne pas le souligner. Du côté artistique, si le rythme et la cohérence de l’ensemble ne sont pas encore de la qualité des albums suivants  – le côté feuilletonesque est encore très présent – le graphisme est déjà là. Résultat, l’œuvre d’Hergé avec ses défauts et ses qualités a aussi donné le frisson de l’aventure au petit lecteur naïf que j’étais. Malheureusement, le temps passe et le petit lecteur a grandi…

A lire : le très bon article du blog de Mondomix sur le sujet

Chroniques BD

Chronique | L’histoire du Corbac aux baskets

Un jour, le docteur Verlecorbo, pyschiatre, voit sonner à sa porte un étrange individu. Armand Corbackobasket a un problème. Il y a encore quelques mois, il était un homme comme vous et moi. Aujourd’hui il est couvert de plumes et ressemble à un corbeau. En fait, il est un corbeau. Mais le plus grave, ce qui ne pardonne pas, la chose la plus inimaginable possible, c’est qu’il porte des baskets !

Un conteur de l’universel

Dans la bande dessinée contemporaine, nous avons des formidables auteurs, des gens capables de nous  emmener dans leur univers, de nous émouvoir, de nous faire rire aux larmes et parfois même de  changer notre vision de la vie. Ce média et ses auteurs sont capables des mêmes petits miracles que les plus grandes œuvres d’art.

Pourtant, peu d’auteurs sont véritablement des conteurs comme Fred. Oui, je fais une différence entre un conteur et un raconteur. Fondamentalement, ils créent des histoires tous les deux, c’est vrai. Cependant, quand le second fait appel à notre raison et notre culture, le premier tire sur la bobinette de l’enfance, joue avec nos sens premiers.

Avec Fred, lire une histoire est comme jouer aux billes ou à la marelle, il y a à première vue une joie innocente et une absence de raisonnement qui en devient presque extraordinaire. Une innocence que l’on retrouve dans les deux personnages principaux de cette histoire, le psy comme Armand. Ici, nous sommes tout simplement portés par une espèce de magie informe, une auto-dérision constante qui nous fait perdre nos repères et qui ne lâche pas jusqu’aux dernières pages… et un peu après.

Un capharnaüm organisé

Mais comment fait-il ? Les magiciens partagent assez peu leurs secrets, nous ne pouvons qu’entr’apercevoir ce qu’ils daignent nous laisser. Qu’est-ce qui frapppe chez l’ami Fred ? Décrire son dessin est compliqué car c’est une espèce de joyeuses fêtes de soirées entre un Reiser et un Gébé (dont il fut acolyte chez Hara-Kiri) avec un Jean-Jacques Sempé venu par hasard parce qu’il a vu de la lumière. Tout cela donne un trait à la fois souple et précis, à la fois caricatural et réaliste. Mais son dessin fourmille avant tout de mille détails qui feront sourire les lecteurs les plus attentifs. Résultat, des planches graphiquement très fournies.

Des planches fournies aussi par une écriture omniprésente. Éléments graphiques au même titre que les dessins, ces bulles jouent sur le rythme de la lecture. Ainsi, on passe de très longs récits de la part du corbeau à des dialogues très courts et dynamiques. En fait, l’esprit des textes de Fred peut tout à fait être comparé à celui d’un Raymond Devos. On y retrouve la même recherche du plaisir du bon mot, de la plaisanterie suspendue sous les jeux de langage. Il y a comme un élan d’insouciance, d’une profonde légèreté teinté d’un bon brin d’anarchie.

Rire pour pleurer, pleurer pour rire

Et pourtant, sous cette étonnante légèreté, L’histoire du corbac aux baskets aborde des thèmes très lourds : xénophobie, culte de l’apparence, traditionalisme à outrance, folie…  Des thèmes qui sont encore (et même encore plus) d’actualité aujourd’hui. Mais pour éviter d’en pleurer, Fred décide de jouer sur la métaphore en faisant de « l’étranger » un corbeau rejeté sous un prétexte fallacieux : les indécentes (et bien pratiques) baskets ! Entre crises sociales et préjugées, Fred dresse un catalogue des situations et des phrases classiques de l’hypocrisie et du racisme ambiant. Quelques chansons de Zebda nous reviennent alors en tête. A la fois dérangeant par sa simple présence, unique détenteur de l’atteinte à la bonne morale et boucs émissaires évident,  rien ne sera épargné au pauvre Armand. Il est à son tour l’étranger, l’artiste, le jeune, le pauvre, le fou… Mais je ne vais rien vous dévoiler, sinon que les surprises et les rebondissements cocasses seront au rendez-vous sous l’égide de ce docteur étrange qui pratique une psychiatrie fredienne.

Vous l’aurez compris, je vous invite avec insistance à découvrir Fred, auteur majeur des années 80/90, malheureusement un peu oublié depuis l’avènement de la Nouvelle BD. Mais que ce soit avec L’histoire du Corbac au basket, L’histoire du conteur électrique, le Magic Palace Hotêl, Le Petit Cirque ou Philémon, lire les œuvres de cet auteur à la fois tendre et cruel est un rafraichissement total, un bonheur pour nos cerveaux englués de réalité visqueuse.  Par le biais du rire, Fred dénonce les travers de nos sociétés avec la grâce des artistes du bon mot. Car, il y a tout un plaisir de l’écriture, une volonté de montrer que la bande dessinée est avant tout un art narratif avant d’être un art uniquement graphique. Un chef d’œuvre couronné à juste titre par le Prix du meilleur album 1994.

scénario et dessin de Fred
Editions : Dargaud (1993)
Public : Ado-Adultes
Pour le bibliothécaires : si vous ne l’avez pas déjà c’est que vous avez un souci… Grand classique et prix d’Angoulême 1994

A lire : Fred, sa vie son œuvre sur wikipédia
A découvrir : une présentation de la série Philémon
A voir : la présentation de la retrospective Fred
A lire : La chronique de l’album dans la bodoïthèque

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