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Chroniques BD

La fille de la plage (Inio Asano)

Dans une petite ville de province japonaise, Koume Satô et Isobe Kosuke, collégiens de dernière année découvrent les joies et les plaisirs de l’amour charnel. Cependant, leur relation n’est pas basée sur l’amour mais plutôt sur le partage d’un mal-être. Inio Asano renoue avec le thème de la jeunesse en quête de repères dans un manga érotique de grande qualité (et pas seulement pour son côté érotique). Ma première rencontre avec Inio Asano, mangaka fort apprécié des critiques et du public, fut une franche déception. Pour plus de détails, je vous invite à lire ma chronique de Solanin. Malgré les imprécations de mon confrère Zorg, je n’étais pas vraiment enthousiaste à l’idée de me replonger dans l’une de ses œuvres. Mais, au hasard de la préparation d’une formation, je cherchais des exemples de cette nouvelle BD érotique dont l’approche consiste à intégrer le sexe au sein d’une histoire cohérente plutôt que passer son temps à empiler des situations scabreuses. Après Comtesse d’Aude Picault ou Les Melons de la colère de Bastien Vivès, j’entreprenais la lecture de La fille de la plage avec l’œil froid (enfin froid…) du type pas convaincu. Dans mes souvenirs (j’avoue… j’ai cliqué sur le lien inséré dans mon premier paragraphe), ma principale critique avait porté sur la narration. En revanche, j’avais été plutôt séduit par l’aspect graphique. Dès les premières planches, je suis immédiatement retombé sous le charme d’un univers esthétique évoluant entre douceur et contraste. D’un côté, le décor est très réaliste, quasi-photographique, de l’autre le mangaka propose des personnages aux corps longilignes mais aux visages ronds et expressifs. Ces disparités participent à l’instauration d’une atmosphère toute particulière où nos deux personnages principaux semblent constamment en décalage avec le monde dans lequel ils évoluent. Ce climat permet au récit de prendre toute sa mesure. L’histoire commence quelques heures après leur première relation sexuelle sur une petite plage sans charme. Elle, Koume Sato est une jeune fille ordinaire qui vient de subir une humiliation de la parti du beau gosse du collège. Lui, Isobe Kosuke, n’est pas originaire de la région et ne s’est jamais intégré dans cette petite ville de province. S’ils sont dans le même collège, ils n’ont rien en commun et leur histoire semble même fortement improbable… Mais contrairement à Solanin, j’ai été cette fois séduit et profondément touché par cette relation adolescente. Par la grâce d’une écriture tout en finesse répondant parfaitement à son univers graphique, Inio Asano nous entraine dans son monde où la découverte de la passion charnelle s’accompagne d’une mélancolie profonde. Ici, et surtout dans le premier volume, le sexe devient un moyen de s’échapper du quotidien, d’oublier ce “spleen” qui marque les deux protagonistes. A partir d’une base  simple, le mangaka développe son histoire dans un quasi huis-clos où les personnages secondaires jouent un rôle presque insignifiant. Hormis pour faire rebondir l’histoire, Inio Asano s’appuie surtout sur la relation psychologique entre ses deux héros. Si vers la fin du récit des figures prennent un peu plus de place, il s’agit toujours de mettre en avant cette danse subtile des corps et des esprits de Koume et Isobe. Le lien indéfinissable qui se créé entre eux devient peu à peu plus clair. En terminant la dernière page d’un ultime chapitre particulièrement réussi  – Asano a été l’assistant de Shin Takahashi (Larme Ultime) et il partage visiblement avec son maître l’art de conclure les histoires –  il nous reste une impression de sincérité étonnante et profondément marquante. Une belle réussite qui me permet surtout de prendre enfin la pleine mesure du talent de ce mangaka. Enfin. A découvrir : La fiche album chez Imho A lire : les chroniques d’Yvan et du9 A feuilleter : quelques extraits

La fille de la plage (2 volumes, série terminée) Scénario et dessins : Inio Asano Editions : IMHO, 2015 Éditions originales : Otta Shupan, 2009 Public : Adulte Pour les bibliothécaires : série courte de qualité, certaines scènes un peu crues peuvent heurter les publics jeunes (et leurs parents). Donc, sortez couverts !

Chroniques BD

Zéro pour l’éternité (Hyakuta & Sumoto)

A la mort de leur grand-mère, Kentarô et Keiko apprennent la vérité : leur véritable grand-père était pilote de chasse dans l’armée japonaise durant la seconde guerre mondiale. Il est mort dans une opération kamikaze. Keiko demande à son frère de se lancer sur la piste de cet aïeul dont ils ne connaissent rien. Une occasion pour Kentarô désabusé par des échecs successifs à un concours de la magistrature de retrouver et de faire parler les vétérans qui ont bien connu Kyûzo Miyabe. Lâche ou héros ? Le jeune homme va trouver bien plus que des réponses.

Drôle d’histoire ?

Adapté de l’œuvre originale de Naoki Hyakuta, qui signe également le scénario du manga, Zéro pour l’éternité nous plonge dans les mythes de l’histoire militaire que sont les fameux Zéro, les avions de chasse de l’armée japonaise dont le créateur a fait l’objet de l’ultime film de Hayao Miyazaki, mais aussi de ces fameux Kamikaze, jeune pilote envoyé à la mort par une armée japonaise en déroute.

Le postulat de départ du scénariste, qui pose la question à travers le discours d’un personnage journaliste ami de Keiko, est de s’interroger sur la réutilisation du terme « kamikaze » pour nommer les terroristes. Les kamikazes japonais étaient-ils des terroristes ? Dès le départ, j’ai trouvé cette question pour le moins incongrue pour une série qui se veut historique.  Comment peut-on comparer  deux périodes qui n’ont rien à voir, deux situations géopolitiques et sociales totalement différentes ? C’est quand même la base de l’interrogation historique d’éviter ce genre de question qui ne font jamais avancer les choses… à moins de vouloir justifier une réponse qu’on devine rapidement évidente et mettre en avant un nationalisme historique exacerbé. « Gloire aux jeunes héros qui ont sacrifié leur vie pour leur pays » serait-on tenter de dire…

Mémoire militaire

Mais peu importe après tout, l’idée principale étant de nous raconter l’histoire de l’aviation militaire durant la guerre du pacifique à travers les yeux de l’un de ses pilotes. De ce côté-là, il faut admettre la réussite du projet. Durant les entretiens de Kentarô avec les vétérans, nous découvrons pas à pas les victoires du début (notamment l’attaque de Pearl Harbor) puis les défaites traumatisantes jusqu’à la folie des opérations sans retour. Honneur, courage ou lâcheté, survie sont autant de mots qui reviennent sans cesse au travers des différents chapitres. Les témoignages des vétérans forment des séries de flashbacks impressionnant ou émouvant. D’ailleurs, la qualité des dessins, très réalistes pour du manga, participent vraiment à la réussite de cet aspect de l’histoire.

Clairement, le scénariste souhaitait jeter des ponts entre les générations afin de faire passer une sorte d’héritage spirituel auprès des jeunes. La figure de Miyabe, héros de guerre ou véritable lâche, est le lien qui unit ce jeune homme paumé aux vétérans.  Dès les premiers mots du texte, on comprend : cette quête permettra à Kentarô de s’épanouir en retrouvant les vraies valeurs, celles qui parsèment les témoignages des vétérans. Cependant, l’articulation entre présent et passé est particulièrement maladroite. Si, comme je l’expliquais plus haut, les flashbacks sont très bien réalisés, j’ai trouvé en revanche le présent bien trop lisse et fade. L’histoire personnelle de ce pauvre Kentarô, personnage sans grande profondeur comparé à la figure de son grand-père, ne provoque pas beaucoup d’empathie pour ses doutes et ses douleurs. Mention particulière au passage presque obligé où il rencontre une jeune fille charmante au hasard de son enquête. Forcément l’amour est aussi au rendez-vous de cette reconstruction. Là encore, on aurait pu s’en passer. Finalement, on arrive presque à se dire que cette quête servirait juste de prétexte à l’étalage d’une histoire militaire teintée de pseudo-conscience d’héroïsme national.

Pour conclure, c’est sans doute la première fois depuis que je rédige des chroniques sur IDDBD que je me pose sérieusement la question de l’idéologie sous-jacente à une histoire. Véritable livre d’histoire ou prêche militaro-nationaliste déguisé ? Difficile de le dire. Cependant, le côté histoire des faits militaires est, je pense sans pouvoir complètement le vérifier, tout à fait intéressant. Zéro pour l’éternité est un docu-fiction intéressant à découvrir malgré un côté fiction qui pêche un peu par la faiblesse de son héros et sa construction maladroite. Je suis sans doute un des rares à ne pas trouver ce titre inoubliable.

Zéro pour l’éternité (5 volumes, série terminée)
Titre original : Eien No Zero
Scénario : Naoki Hyakuta
Dessins : Souichi Sumoto
Editions : Delcourt, 2010
Editions originales : Futabasha, 2010

Public : Ado-adultes
Pour les bibliothécaires : Série courte mais je reste réservé sur l’idéologie de l’histoire.

Mini-chronique

Mini-chroniques | Saucisse, patrimoine, rail et goodbye…

Quelques jours avant Noël, je vous propose une petite série de mini-chroniques, comme ça, sans prise de tête, juste histoire de se faire une petite synthèse de mes dernières lectures. J’ai lu beaucoup de choses mais pas forcément de quoi en faire une chronique intéressante… positive ou négative. Bref, rien qui me permettent d’argumenter un peu.

Du patrimoine en BD

On commence avec Les mystérieux mystères insolubles de Grégoire Kocjan (scénario) & Julie Ricossé (dessins) chez Les ateliers du Poisson soluble publié en 2014.

Cette série en 6 volumes (j’ai reçu les volumes 5 & 6 en service presse) propose de suivre les aventures des agents de la ZIZEMPC (Zorganisation Internationale et Zecrète des Enfants qui en ont Marre d’être Pris pour des Imbéciles) dans des enquêtes étranges à travers le patrimoine de la région Centre. Oui, ça ressemble bien à une commande. Les deux volumes que j’ai eu entre les mains ont pour cadre la ville de Blois et à la Cathédrale de Chartres.

Je dois avouer que je suis assez mauvais client de ce type d’ouvrage pédagogico-ludique. En général, ils sont assez mal fait. Sous couvert d’aventure, on nous propose des un discours bourré de poncifs et pénible comme la pluie. Dans le cas de cette série, je dois avouer que j’ai été plutôt agréablement surpris par les premières planches. Une histoire dynamique qui ne s’essouffle pas, un humour léger qui devrait plaire au plus jeune, quelques clins d’œil. Bref, ça s’assume.

De plus, l’éditeur a eu la bonne idée de proposer un format oblong assez surprenant avec une partie « histoire/BD » en haut et une bande « pédagogique/exposé photo » en bas. Un choix qui n’alourdit pas l’histoire et qui permet d’intégrer des éléments culturels intéressants. On peut facilement lire la partie BD et revenir plus tard à la partie photo et réciproquement. Côté graphisme, j’ai trouvé le dessin et le découpage plutôt intéressant, même si parfois un peu inégal sur certaines planches.

Cependant, le gros problème de cette série est la chute de chaque histoire. Pour les deux albums, j’ai eu deux fois la même réaction : une frustration devant l’impression de fin bâclée. Grégoire Kocjan arrive à nous emmener avec lui mais terminent son histoire en 2 planches quand il en aurait fallu 5 ou 6 de plus. Pour une fois qu’une série pédagogique pouvait s’avérer pas trop mal réussie, elle est gâchée par un final peu enthousiasmant. Je le répète, c’est vraiment dommage.

Boucherie, cocufiage et bande dessinée

On continue avec Crève saucisse de Simon Hureau au dessins et l’incontournable Pascal Rabaté  au scénario. Je n’oublie pas Claire Champion aux couleurs. Album publié en 2013 chez Futuropolis et qui avait fait un petit peu parler de lui à l’époque.

Si je pouvais résumer cette histoire en une phrase je dirais : il s’agit du récit de la vengeance d’un boucher cocu fan de BD. Et oui, tous les éléments sont importants.

Rabaté est vraiment un maître dans l’art de raconter les drames des gens du commun. Avec lui, pas de milliardaires bondissants ou de super-héros volants, Crève saucisse est le récit simple et déchirant d’un basculement d’un homme. Il met en scène un personnage particulièrement touchant. Un homme normal qui perd pied par trop de souffrance. Sa psychologie est remarquablement mise en place jusqu’au moment où… C’est subtil, simple mais subtil.

Côté graphisme, je ne suis pas un très grand fan du travail de Simon Hureau. C’est peut-être pour cela que je ne suis pas complètement entré dans cet album. En fait, je reste totalement hermétique  à son dessin car j’ai tendance à me perdre dans ses traits très compacts. Toutefois,  la couleur de Claire Champion réussit à rendre l’ensemble plus visible pour moi. Cependant, je trouve que le lien ne se fait pas vraiment avec le scénario.

Au final, un album à découvrir si vous aimez les drames sociaux… mais seulement si le dessin de Simon Hureau vous convient.

Cataclysme documentaire

Santetsu : 11 mars 2011 – Après le cataclysme de Koji Yoshimoto revient sur le drame japonais de l’année 2011.

Tout le monde connaît les conséquences du séisme qui a eu lieu au large du Japon en 2011. Les images du Tsunami qui ont ravagé l’archipel nippon ont fait le tour du monde. Sans parler de Fukushima. Dans ce cadre, la ligne de chemin de fer Sanriku, célèbre au Japon pour son charme, fut complètement ravagé par la catastrophe. Sorte de lien social pour toute la communauté, les ouvriers du rail ont décidé de la remettre en marche le plus rapidement possible. Ce manga-documentaire créé à partir de témoignages récoltés parmi les cheminots et les habitants racontent cette histoire.

Comme souvent après les drames, les créateurs s’approprient les histoires et les réutilisent pour raconter les évènements de leur point de vue d’artiste. Cinéma, littérature, bande dessinée, peinture, etc… Les œuvres sur le drame japonais ne manquent pas depuis 2011.Ici, Koji Yoshimoto, qui se met d’ailleurs lui-même en scène dans son manga, raconte la longue remise en marche d’un petit train. On ne peut qu’admirer cette solidarité et ce courage devant l’adversité. Peu de plainte, beaucoup d’action, de générosité et de patience. Les différents récits sont des exemples pour nous tous.

Côté artistique, je regrette juste le manque de créativité. C’est très classique, trop classique pour éveiller autre chose que de l’intérêt pour les histoires racontées. De plus, même si je ne suis pas d’une exigence folle avec les mangakas j’ai peu apprécié les dessins. Disons que c’est parfois à la limite du rétro, genre manga classique des années 70-80. Je n’ai rien contre ce style, mais en 2014…

Si on n’est pas trop exigeant sur la forme, le fond est vraiment à découvrir

Salut les artistes !

Pour finir, l’ultime volume de Bakuman de Obata et Obha chez Kana.

Ce n’est pas vraiment une chronique, même mini, mais plutôt un hommage à une shonen-manga qui se termine. Un manga sympa qui m’a tenu en haleine jusqu’au bout malgré ces 20 volumes. Beaucoup d’énergie et de qualité chez ces deux auteurs habitués au haut du panier (Death Note notamment…). J’en ai déjà suffisament parler pour ne pas revenir dessus. Vous pouvez retrouver nos chroniques.

Bref, un manga à découvrir pour découvrir d’une manière romancée (et un peu romantique) l’autre facette de la vie des mangakas !

Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

City Hunter (Tsukasa Hojo)

Quand vous n’avez plus d’espoir, que la justice ou la police ne peuvent plus vous aider, alors laissez le message XYZ à la gare de Shinjuku. Car dans la jungle du quartier tokyoïte, le duo City Hunter règle les affaires sensibles. Derrière ce pseudonyme se cache le sage Hideyuki Makimura et l’exubérant Ryo Saeba. Un duo de choc dans une ville menacée par les cartels de la drogue sud-américains.

De Nicky à Ryo

City Hunter est surtout connu par le grand public grâce à son adaptation TV : Nicky Larson. Si cette version française a rendu service à la série et à l’introduction du manga en France en étant l’un des grands succès de la génération Club Dorothée (de 1987 à 1991), elle a également contribué à donner une image très décalée de l’œuvre originale. La faute à une censure et à un doublage farfelue qu’on hésite à qualifier de mythique ou de summum du ridicule. Il fallait donc se replonger dans le manga publié de 1986 à 1992 dans le Jump pour découvrir les  aventures originales de Ryo Saeba. Pour le replacer dans l’histoire du manga, il faut se rappeler que les années 1970-1980 sont un peu l’âge d’or de la bande dessinée japonaise contemporaine. Les jeunes auteurs nés dans les années 50 ou 60 bénéficient des avancées artistiques des pionniers d’après-guerre et font preuve eux-mêmes d’une grande créativité. Dragon Ball, Akira, La Rose de Versailles et City Hunter font partie des réussites majeures de cette période.

Schizophrénie à la japonaise

Le succès et le ressort même de cette série reposent sans conteste sur la personnalité de Ryo Saeba, le fameux « nettoyeur ». A la fois loup solitaire et joyeux drille, grand professionnel et détraqué sexuel, il est surtout clown qui cache sa sensibilité sous le couvert du n’importe quoi. En fait, l’apport même de City Hunter à la bande dessinée japonaise est justement la popularisation d’un héros porteur du fameux double héritage culturel (cf la première partie du texte de la formation manga). Ryo Saeba est à la fois la figure du samouraï chère à la tradition noble et bourgeoise de l’ère Edo, mais il est aussi l’héritier des personnages de récits populaires bénéficiant d’un rapport au corps très libre. Cette liberté est d’ailleurs souvent une source d’incompréhension pour le lecteur occidental de manga.  Ainsi, le lecteur de City Hunter sera constamment balancé entre scènes d’actions sérieuses et moments franchement décalés où sexualité et ridicule sont la règle. Comme symbole, le fameux Mokkori, instant de grâce ultime où Ryo Saeba réagit de manière très masculine à une situation d’excitation particulièrement érotique (pour lui). Bref, pour ceux qui ne connaissent pas… je vous laisse découvrir.

Belles formes et actions : l’art de Hojo

Durant 32 volumes, soit 336 chapitres, le cowboy au grand cœur fera régner la justice face à des adversaires toujours renouvelés à coup de gros flingues (Freud mon ami !) et de coup de poing. Même si globalement les ressorts sont toujours un peu les mêmes, Tsukasa Hojo a su entourer son personnage principal d’une galerie de second rôle tout à fait croustillant. En tête, ce faux second rôle qu’est Kaori (la fameuse Laura de l’adaptation TV française). La sœur de Hideyuki entre tragiquement dans la vie de Ryo. Sous ses airs de garçon manqué, elle prend une place prépondérante dans la série. Si City Hunter est un polar, l’auteur y fait entrer une histoire d’amour. Qui a dit que les garçons (public cible de ce manga à la base) n’aimaient pas les romances ? Cependant, cette dernière est bien cachée par le côté ouvertement érotique de la plupart des protagonistes féminins secondaires. Ce côté « belle forme » est une marque de fabrique chez Hojo. Pour rappel, il est également le créateur de jolies voleuses de Cat’s eyes. Ce choix assumé est particulièrement efficace grâce à l’approche réaliste de son dessin. En effet, il a su intégrer les codes graphiques du manga hérité de ses aînées tout en développant sa propre forme. Ainsi, on oublie (un peu) les caricatures et les grands yeux pour des personnages fortement sexués et des décors réalistes. Gardant un découpage très nerveux, Tsukasa Hojo donne beaucoup de rythme à ses aventures, ménageant avec efficacité moments d’actions et de rigolades. Et c’est vrai, on rit beaucoup tout en étant pris par les histoires (environ deux par albums). Pour conclure, un classique… et quel classique ! Bénéficiant d’une image brouillée en France, City Hunter n’en demeure pas moins une œuvre importante du shonen manga (même si je le conseille plutôt pour un public plus adulte). A la fois drôle et bourré d’action, ce manga a ouvert la voie à des personnages de « clowns nobles » (Eikichi Onizuka de GTO par exemple) et montre toutes les qualités graphiques et narratives d’un auteur incontournable. Bref, à découvrir… ou redécouvrir !

City Hunter (32 volumes, série terminée) Dessins et scénario : Tsukasa Hojo Editions : Panini, 2005-2012 (10€) Editions originales : Shueisha, Tokuma Shoten, 1986-1992 Public : Adulte Pour les bibliothécaires : Considéré comme un shonen (public ado garçon) à sa sortie. Pour moi un indispensable en rayon adulte. Sous réserve de pouvoir acheter les 32 volumes. Mais bon… un classique quand même !

Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Wet moon T1 (Atsushi Kaneko)

Dans le Japon des années 60, le jeune inspecteur Sata revient d’une longue période d’absence. Qu’est-il arrivé ? Il ne le sait plus très bien. Il se rappelle de cette femme, accusé du meurtre d’un ingénieur fabriquant des modules pour un étrange programme spatial. Mais avec ce bout de métal dans son cerveau, il n’est plus sûr de rien. Une enquête entre hallucination et réalité.

Lynch, Burns… Kaneko !

Quand un éditeur essaye de vendre son livre à travers sa 4e de couverture, il aime parfois faire des références à des œuvres ou des auteurs majeurs. Ainsi, il n’est pas rare de retrouver les mêmes créateurs sur certains genres de livres. Par exemple, dès qu’il y a un peu d’écologie et de poésie, paf, on vous balance un Miyazaki ! C’est effectivement plus facile. Miyazaki, ça rassure quant à la qualité même si la plupart du temps, on se paye un peu notre tête.

Bref, en lisant la 4e de Wet Moon, j’ai souri en voyant les références à l’univers de David Lynch et à l’univers graphique de Charles Burns. Pour ceux qui ne suivraient pas, grosso-modo, une référence « lynchienne » correspond à un univers évoluant dans des sphères entre fantasmagorie et réalité, où le lecteur se trouvera sans repère. Normalement, au bout de l’histoire, chacun aura son interprétation… ou pas. Bref, Lynch c’est beau mais personne ne comprend vraiment ce qu’il veut dire. Je caricature un peu évidemment. Je ne voudrais pas me fâcher avec la secte lynchienne qui ne me lit sûrement pas de toute façon.

Pour continuer sur des bases plus simples pour un amateur de bande dessinée comme moi, une référence graphique à Charles Burns indique une très bonne maîtrise du noir et blanc. Si l’absence de couleurs dans le manga n’est pas rare, faire référence à un artiste américain en parlant d’un illustrateur japonais est en revanche plutôt une surprise.

Créateur en liberté

Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’Atsushi Kaneko. Après Bambi et Soil, il nous entraine encore dans un univers complètement déjanté à la limite de… de quoi d’ailleurs ? Cet auteur bénéficie vraiment d’une liberté créative rare dans le milieu du manga des années 2010 et c’est véritablement toute sa force !

Dès les premières planches, nous voici plongés dans l’univers d’un roman noir : meurtre sadique, gueules de monstres, moiteur d’une station balnéaire, obsessions, flics ripoux. Au milieu, la lune où les russes viennent de débarquer, où le Japon souhaite se poser. Quel rapport avec notre histoire ? Bonne question. Mais pour résoudre cette énigme, il y a notre héros. Un personnage à la hauteur de ce monde, un tout jeune inspecteur de police qui porte dans son cerveau les germes de la folie, un petit bout de métal qui se balade et qui dérègle sa réalité…

La suite ? Une perte rapide de repères entre passé et présent dans des effets de découpages souvent hallucinés. Comme Sata, nous ne savons pas vraiment où Atsushi Kaneko nous entraine et quels sont les réalités des images que l’on perçoit. Entre métaphores, souvenirs et fantasmes, le chemin sera long avant de connaître le dénouement d’une histoire déjà bien prenante. Car l’auteur, loin de nous perdre complètement, nous laisse des indices, nous éclaire peu à peu sur les zones d’ombres… mais sommes-nous assurés de recevoir les bons éléments ? De là naît l’intérêt de suivre le récit jusqu’à son terme.

Pour une fois, je dois admettre que les références choisis par les éditions Casterman sont plutôt bien vues. Avec son trait noir épais et ses codes graphiques bien plus proche de l’univers des indépendants américains, Atsushi Kaneko rappelle assurément d’un auteur comme Charles Burns (je pense à El Borbah par exemple). Quant à l’univers ? Un seul adjectif me vient en tête : lynchien !

A noter que Wet Moon a reçu le Prix Asie de l’ACBD 2014.

A lire : la chronique d’Yvan et celle de Marie

Wet Moon T.1 (séries en cours, 2/3 tomes parus, série terminé)
Scénario et dessins : Atsushi Kaneko
Editions : Casterman, 2014 (8,50€)
Collection : Sakka
Editions originales : Kadokawa, 2012

Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : plus court que Soil, bien parti pour être une série intéressante. A suivre mais pour 3 volumes, ça vaut le coup.

Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Chronique | GTO : Great Teacher Onizuka (Toru Fujisawa)

Eikichi Onizuka, 22 ans, toujours puceau ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie. Par un improbable concours de circonstance, il devient enseignant stagiaire dans un collège privée très réputé ? Mais comment lui, issu d’une université de 5e catégorie, ancien chef de gang bosozoku (motards), va-t-il faire face aux élèves, enseignants et parents qui veulent tous sa peau ? Avec fantaisie, humour, inventivité… et pas mal de surprises.

Un classique des 90′

Je profite de mes vacances d’été pour relire quelques classiques et GTO fait incontestablement partie de cette catégorie. Dans le style Shonen Gankuen – les histoires se déroulant en le milieu scolaire – c’est tout simplement un incontournable. De 1997 à 2002 et 25 volumes, Tôru Fujisawa et son équipe ont conquis un grand nombre de lecteur. Depuis de nouvelles séries de mangas, une anime (43 épisodes), des dramas ont vu le jour… La preuve d’un succès populaire incontestable.

Pourtant, GTO dresse un portrait particulièrement sombre du système éducatif japonais : violences, intimidations, abandons, suicides, obligations de résultats, égoïsme, parents absents, professeurs désabusés ou obsédés… Des jeunes filles sont la proie de détraqués sexuels à tous les coins de rue ou dans les transports. Des jeunes garçons sont complètement perdus dans un monde qui ne leur donne pas de repères. Nous sommes clairement dans le manga des années 90, mélange des grands thèmes d’après-guerre (la perte de confiance envers les adultes) et de cette remise en cause des valeurs du miracle japonais né avec la bombe Akira quelques années plus tôt. Pour rappel, en 1997, date du début de publication de GTO, le japon se remet à peine de l’éclatement de la bulle économique.

Héros, culottes et grandes valeurs

Au milieu de ce petit monde : Eikichi Onizuka. 22 ans, puceau, ancien chef de gang, capitaine de l’équipe de karaté d’une université pourrie où il est rentré en envoyant quelqu’un d’autre à sa place. Il est nul, ne connaît rien hormis les motos et pourtant…

Ce dernier se situe dans la droite ligne de ces héros des années 80/90 totalement anticonformiste mais porteur de réelles valeurs humaines. En fait, Onizuka est plus proche d’un Ryo Saeba (Nicky Larson en français) que du Gérard Klein dans l’Instit. Violent, obsédé sexuel, ados totalement attardé ne s’intéressant qu’à des futilités, il débarque un jour dans ce petit monde, semble mettre le bazar mais règle finalement les problèmes les uns après les autres. Au cours des 25 volumes de GTO, les soucis qui se posent à lui sont aussi variés que surprenants. Mais Tôru Fujisawa trouvent sans cesse de nouvelles façons de rebondir pour nous plonger un peu plus dans son monde. Ainsi, les nombreux cycles de cette histoire sauront vous faire découvrir de nouveaux aspects de la personnalité des personnages. Ados, profs, parents, tout ce petit monde qui forme une grande communauté à la fin de l’histoire, trouvera le moyen de vous séduire… et surtout de vous faire rire. Car c’est avant tout le but de GTO.

Cet humour est parfois très pipi-caca-petite-culotte blanche et saignement de nez. On peut d’ailleurs légitimement se poser la question de la présence de GTO dans la catégorie manga pour ados tant le côté sexuel est présent dans ce manga. De quoi avoir quelques maux de têtes pour les les bibliothécaires qui choisiront de l’intégrer dans leur secteur jeunesse ou ados. Au passage, cela prouve encore toute la liberté de ton des auteurs japonais par rapport à la bande dessinée franco-belge ou américaine. GTO serait tout simplement impossible chez nous. D’un autre côté, ce manga – hors de cet humour japonais très libre – aborde des thèmes qui parleront très fortement aux plus grands : prise de responsabilités, conscience de ses actes, importance de l’amitié et de la communication. Bref, une réflexion plus intéressantes qu’il n’y paraît sur le passage à l’âge adulte (héros principal compris) et des valeurs nobles portées par un héros charismatique et totalement iconoclaste.

Bref, si vous ne connaissez pas GTO, si vous souhaitez découvrir une série un peu longue qui saura vous détendre sans pour autant être totalement débile, si vous aimez les bons personnages avec un peu de profondeur, découvrez ce Great Teacher Onizuka. Assurément, une série qui vous procurera pas mal de joie !

A lire : le dossier Manga-news
A voir : Passion-GTO, un blog consacré uniquement à l’univers d’Onizuka

GTO : Great Teacher Onizuka (25 volumes, série terminée)
Scénario et dessins : Tôru Fujisawa
Editions : Pika, 2001-2004 (Nouvelle édition double en 2012)
Editions Originales : Kodansha (1997-2002)

Public : Grands ados-adultes
Pour les bibliothécaires : un classique mais en 25 volumes (enfin 13 avec l’édition double). Série terminée. A avoir dans une mangathèque idéale malgré quelques références qui ont un peu vieillies.

Chroniques BD

Chronique | Terra Formars (Sasuga & Tachibana)

En 2599, le vaisseau Bugs 2 est envoyé sur Mars pour accomplir la dernière phase de la terraformation : éliminer la vermine envoyée 500 plus tôt par les scientifiques pour accélérer le processus. Mais à leur arrivée, les 15 jeunes nettoyeurs sont confrontés à un danger imprévu… et mortel. Les cafards ne semblent pas vraiment prêts à se faire massacrer.

Amis de la science, rangez vos lunettes (astronomiques), vos photos de nébuleuses et vos dédicaces d’astronautes. Amis de la science-fiction, oubliez Asimov, Herbert ou Moebius. Vous pouvez tous poser cette série et partir loin. Ici, pas vraiment de matière grise mais du muscle, de la brute, du rentre-dedans… Bref, Terra Formars s’inscrit dans la grande tradition du manga de baston. Ajoutons-y une belle pointe de Survival Horror (un mélange de Alien 2 et de Starship troopers). Bref, un Seinen avec du sang, des têtes arrachés, des tripes à l’air, de la tragédie pas vraiment tragique et bien entendu, des supers-combattant(e)s qui ne se laisseront pas défoncer par des cafards génétiquement modifiés. Faut quand même pas pousser mémé dans un trou noir !

ça c’est un cafard martien… Si, si !

Si nous nous la jouons un peu scientifique, partons du principe A : les cafards envoyés sur Mars des siècles plus tôt sont devenus des humanoïdes. Mais ces derniers ont gardé leurs caractéristiques de  résistance, vitesse et force… proportionnellement à leur nouvelle taille. Autrement dit, des humains normaux n’ont aucune chance face à ces adorables bêbêtes. Ce qui fut le cas d’une première mission (n’ayez pas peur, je dévoile à peine le début). Ajoutons à A, la variante B, seconde idée d’un scénariste décidément en état de grâce : les membres de l’équipage Bugs 2 ne sont pas de simples humains comme vous et moi. Après une opération extrêmement dangereuse (30% de survie), ces jeunes et pauvres gens ont reçu des caractéristiques génétiques d’insectes qu’ils activent grâce à un sérum spécial. Évidemment, tous des insectes rares ou extrêmement dangereux (le papillon s’est joli mais faut ce qu’il faut). J’ai apprécié le côté documentaire avec des fiches complètes sur certains insectes utilisés. Marrant.

Et ça c’est un humain énervé…

Pas besoin d’avoir fait une thèse de génétique appliqué à la bande dessinée japonaise pour avoir un début d’idée quant au déroulement de cette histoire simple. Toutefois, Yu Sasuga essaye de donner une certaine profondeur à l’ensemble en jouant sur un fond de drame social à partir de focus et de flashbacks sur le passé de personnages principaux. Outre la surpopulation terrienne, la plupart des personnages sont issus de milieux très défavorisés et ont acceptés cette mission contre une grosse somme d’argent (à leur retour évidemment, de quoi faire des économies). Si ces gros plans ne sont pas anecdotiques dans l’histoire, le scénariste les intégrant plutôt bien, leur manque de surprises – voire parfois les clichés qu’ils suscitent – ne permettent pas d’y croire totalement. Bref, côté scénario… Pourrait mieux faire.

Mais, finalement, dans ce genre de manga, l’action prime davantage sur les petites histoires de cœur ou les drames humains. On pose le cerveau dans un coin et c’est parti pour une suite de combats à mort chargés de rebondissements spectaculaires et visuels. Très efficace. C’est vrai, on ne s’ennuie pas dans ces moments-là. La curiosité gagne même le lecteur en attendant que les pouvoirs génétiques des personnages soient dévoilés peu à peu… Rendons grâce également au dessinateur Ken-Ichi Tachibana pour un design character plutôt réussi et une réelle lisibilité des scènes d’actions, un élément important dans ce genre de manga.

Bref, vous l’aurez compris, un manga gros bras pour des amateurs adultes du genre. Cependant, l’ensemble manque un peu d’originalité… ou alors possède un côté parodie/kitch assumé. Heureusement, la partie graphique est bien supérieure à la partie scénario. Visuellement, c’est agréable. Toutefois, si vous aimez le manga baston qui saigne avec un timbre-poste en guise d’histoire, je vous conseille plutôt Jackals. Plus efficace et qui a eu la bonne idée de ne pas trop durer…

A lire : la critique du volume 1 par Manga-News

Terra Formars (5 volumes, 8 volumes au Japon, en cours)
Scénario : Yû Sasuga
Dessins : Kenichi Tachibana
Editions : Kaze Manga, 2013 (7,99€)
Editions originales : Shûeisha, 2011
Public : Adultes

Pour les bibliothécaires : A voir en fonction de la durée de la série. Dans le style combat bourrin pour adultes, je préfère de loin Jackals (7 volumes seulement). Peut-être pas la peine de se ruiner.

Chroniques BD

Chronique | Dans la prison (Kazuichi Hanawa)

En 1994, Kazuichi Hanawa est arrêté pour possession illégale d’armes à feu et emprisonné pendant trois ans. En 1998, il publie Dans la prison, récit autobiographique de son quotidien durant sa détention.

Du fabuleux au réalisme

Avant de commencer cette chronique, il me semble plutôt intéressant de situer un peu l’œuvre de Kazuichi Hanawa dans son contexte. Cet auteur est né avec le manga moderne en 1947 mais se situe du côté des alternatifs. Publié dès 1971 dans la revue d’avant-garde Garô, il est plutôt orienté vers le fantastique (voire l’érotico-fantastique en début de carrière) et propose des récits historiques peuplés de fantômes et autres êtres imaginaires. Thème assez récurrents à cette époque. Il connaît avec ses Contes fantastiques et Tensui, l’eau céleste un succès critique.

Mais en 1994, le voici incarcéré. La conséquence artistique directe est bien entendu les 230 planches que constituent Dans la prison publié par le magazine d’avant-garde AX en 1998, puis quelques années plus tard Avant la prison. Avec ces deux œuvres, Hanawa change de thématiques. Oubliées les histoires fabuleuses, il plonge le lecteur dans le quotidien répétitif d’un prisonnier japonais.

Une histoire de point de vue

J’aurais pu écrire « le quotidien sombre et obscure des prisons japonaises » mais ce n’est pas vraiment ce qui ressort de ce livre. Je suis désolé pour tous les partisans du retour aux geôles pleines de puces, de rats, de cafards, de surveillants matraqueurs et d’oubliettes moyenâgeuses mais il semble régner dans cette prison nippone un ordre, un calme et un respect qui laisse circonspect face aux réalités carcérales françaises.

Et moi, lecteur français moyen, c’est à ce moment précis que je me heurte au mur qui sépare les deux cultures. Difficile d’expliquer totalement cette sensation mais quand Hanawa écrit  » On doit être reconnaissant d’habiter dans un pays où l’on sert tous les jours un repas chaud, même à ceux qui ont mal agi et causé des troubles à la société », il ne fait aucun doute que nous rentrons dans un schéma de pensée totalement différent.

Les auteurs occidentaux évoquent souvent le milieu carcéral d’une manière négative, avec tout son côté punitif. Mais dans cet album, l’auteur choisit une approche neutre voire reconnaissante. Certes, le prisonnier est privé de liberté mais son quotidien, souvent problématique à l’extérieur, se retrouve totalement encadré par l’institution. Malgré une volonté de responsabilisation de la part des surveillants, il ne gère plus grand chose et retrouve face à lui-même dans une démarche d’expiation presque religieuse. Mais il me semble que mon explication relève plus d’un point d’occidental de culture judéo-chrétienne.

Pour autant, la grande force de la démarche de Kazuichi Hanawa est justement de faire entrer le lecteur dans cette optique par la multiplication de détails sur le quotidien du prisonnier. Vous trouverez ainsi les plans d’une cellule individuelle, collective, une description des repas, des habits d’hiver et d’été, du rangement des étagères… Bon, je dois vous l’avouer, j’ai parfois sauté quelques-unes de ces pages car à la 5e description des plats de jour de l’an, j’ai craqué. Cependant, ces éléments sont importants dans la construction narrative. Comment comprendre la réalité du quotidien sans insister sur ces détails qui constituent l’essence même de la vie du prisonnier ? Les repas rythment la journée, le rangement des étagères définissent les rapports sociaux, la cellule est le lieu de méditation…

Pour conclure, j’avoue que je ne sais pas trop quoi vous dire sur cet album. Pour une fois, j’ai la pleine conscience de ne pas partager la même culture et la sensation qu’il me manque des éléments importants pour appréhender positivement cette œuvre. Toutefois, je trouve la démarche juste, bien réalisé, dans un dessin qui, comme souvent dans le manga, lie le réalisme des décors à la caricature des personnages. Une œuvre à méditer qui aurait pu, je pense, bénéficier d’un travail éditorial de décryptage.

A lire : la chronique de Sine Lege
A découvrir : les 22 premières planches sur Digibidi

Dans la prison (one-shot)
Scénario et dessins : Kazuichi Hanawa
Editions : Ego comme X, 2005 (25€)

Public : Adulte, amateur de Gekiga et autres BD alternatives japonaises
Pour les bibliothécaires : une œuvre intéressante qui demande toutefois un gros travail de médiation. Au même niveau qu’un Journal d’une disparition d’Hideo Azuma.

Chroniques BD

Chronique | Les enfants de la mer (Daisuke Igarashi)

Au début des vacances d’été, Ruka est exclue de son club de sport pour s’être battue avec une camarade. Seule, elle ère dans sa petite ville portuaire quand elle décide de partir pour Tokyo… pour voir la mer. Une fois arrivée, elle rencontre un jeune garçon qui nage dans la baie. Mais Umi n’est pas comme les autres, son frère et lui auraient été élevés par des dugongs, des mammifères marins menacés de disparition. Ruka, fascinée par cette histoire, découvre alors un monde mystérieux et fantastique qui l’entraîne à la fois vers les profondeurs marines, dans la voute céleste et en elle-même… vers les origines.

Le retour à la mer

La première fois que j’ai lu un manga de Daisuke Igarashi IDDBD devait avoir 6 mois. Je n’avais pas encore rédigé la moindre chronique BD mais je souviens encore très bien de Sorcières, une mini-série en deux tomes, puisant dans les croyances populaires et le fantastique. 8 ans et des centaines de chroniques plus tard, je retrouve avec une certaine émotion son univers teinté de retour à la nature et de merveilleux.

Je me souvenais surtout de ce dessin particulier ne correspondant pas vraiment aux standards habituels du manga. Il me restait cette troublante fascination pour un trait tortueux oscillant entre séduction et laideur. Quelques années plus tard, ce graphisme s’est encore enrichi d’un équilibre subtil entre écriture et illustration. Graphiquement, le plus impressionnant reste sans conteste les magnifiques et vertigineuses scènes sous-marines où la frontière entre mer et ciel semblent avoir complètement disparue. On ne sait plus très bien si les créatures marines flottent ou nagent dans cet espace. Daisuke Igarashi réussit l’exploit de représenter une profondeur abyssale dans une minuscule case. J’avoue avoir été complètement subjugué par l’apparition d’un requin-baleine en plein milieu d’une planche.

La profondeur du personnage

Si les décors et les éléments aquatiques  sont particulièrement soignés, on sent surtout la patte du dessinateur dans la représentation des personnages et dans l’implication qu’il leur donne. Jouant avec un découpage faisant une belle part aux regards et aux mouvements, Daisuke Igarashi proposent une palette graphique très large entre trait jeté et réalisme frisant parfois l’érotisme. Ses héros possèdent chacun une esthétique propre, parfois volontairement exagérée dans certaines situations (les nages de Umi et son frère Sora par exemple). Cette dernière évolue au cours de l’histoire, rendant plus forte la présence ou l’absence de certains personnages.

Tous ces éléments graphiques participent à la très grande qualité de cette série au thème écologico-fantastique très « miyazakien ». Toutefois, il ne faut pas limiter Les enfants de la mer à cette référence, trop facile, au grand maître de l’animation japonaise. Par son travail, Daisuke Igarashi propose une aventure fascinante et originale qui se joue à la fois dans les abysses, dans le ciel mais aussi dans l’esprit de ses protagonistes… une quête de mystères devenant une quête de soi. Ce qui rend d’autant plus fort son travail sur la représentation de ses personnages. Toutefois, il serait malvenu de ma part de dévoiler les éléments de l’intrigue tant le scénario repose sur une succession de surprises. Je vous invite à faire, comme moi, confiance à votre instinct (ou à cette chronique) et commencer cette lecture sans avoir d’éléments probants qui viendraient gâcher votre plaisir. Je confirme, ça marche ! Bref, je ne peux que vous invitez à découvrir cette série (terminée en 5 volumes) et de pénétrer dans l’univers fascinant d’un mangaka d’exception.

A lire : la chronique de Bidib sur Ma petite Médiathèque

Les enfants de la mer (5 volumes, série terminée)
Scénario et dessins : Daisuke Igarashi
Editions : Sarbacane, 2012 (15€)
Editions originales : Shogakukan, 2007

Public : Ado, adultes
Pour les bibliothécaires : Pas d’excuses de la longueur pour cette série de grande qualité. Indispensable

Chroniques BD, Mini-chronique

Mini-Chroniques | Bon vieux temps, dernière oeuvre, mangakas et bonhomme michelin…

Bonjour iddbdiens, iddbdéiennes. En ce moment, j’avoue être complètement à la ramasse sur l’écriture hebdomadaire de chroniques. J’ai des excuses faut dire… dont un projet professionnel dont je vous reparlerais dans quelques temps et qui impliquera sans doute le blog lui-même. Mais pour tout vous avouer, dans l’état actuel de mon cerveau, j’ai la pertinence de Suzy, 12 ans, dans l’approche critique de mes lectures et le niveau de Harold, 8 ans, dans ma rédaction de chronique. J’évite donc de me lancer dans de grande approche métaphysique et vous propose donc un billet de mini-chroniques, que dis-je, de micro-chroniques mêmes avec une approche simple mais efficace : Une partie = une chronique. Attention ça déchire… ou pas.

Petite histoire des colonies françaises (Otto T. & Grégory Jarry)

Faisant incontestablement partie des auteurs récurrents des chroniques d’IDDBD, nous sommes toujours heureux de vous présenter des œuvres d’Otto T. et Grégory Jarry (et non Alfred bougre de clavier qui tape sans réfléchir…). Le premier volume de cette série en 5 tomes date de 2006 et a fait découvrir ces deux auteurs au grand public, surtout lors d’une exposition qui lui fut consacré à Angoulême en 2012 et qui tourne toujours en France dans les médiathèques et autres centres culturels de bon goût. Plutôt habitués aux one-shot ou série très courte, voilà nos deux trublions de FLBLB qui se lance dans l’histoire ô combien révélatrice de l’Empire. Mais pas n’importe lequel. Celui de la France, le fameux pays des droits de l’homme et tout et tout…

Comme à leur habitude (cf les détails dans nos différentes chroniques de Petite histoire du grand Texas, La conquête de Mars ou Village Toxique), ils jouent constamment sur le décalage entre le dessin très stylisé d’Otto T. et le récit au ton d’universitaire en pleine gloire intellectuelle de Grégory Jarry. Résultat, il découpe avec gentillesse mais acidité les petites réalités de l’histoire de notre beau pays et de nous rappeler avec une certaine énergie les vertus positives de la colonisation (comme disait l’autre).

Si on peut reprocher un manque de renouvellement de la formule, on doit admettre qu’elle reste encore d’une grande efficacité. C’est drôle, décalé en plus d’être instructif car très bien documenté. A n’en pas douter, les cours d’histoire seraient moins rébarbatifs en compagnie de ces deux auteurs.

Une série qui fera bientôt l’objet d’une synthèse sur KBD.

Le vent se lève (Hayao Miyazaki)

J’avais prévu de faire une grande chronique pour évoquer l’ultime film du maître de l’animation japonaise. Une forme d’hommage. Mais le résultat elle était aussi pénible à écrire qu’à lire, trop de superlatifs.

Alors bon, à défaut de faire une vraie critique, je la fais courte. Ce que je pense de ce film ? Oui, assurément, Hayao Miyazaki est le plus grand. Et les plus grands savent se renouveler tout en maintenant leur propre univers. Ici, il signe un film d’un réalisme troublant, complètement ancrée dans l’histoire de son pays. Surprenant pour un homme qui a érigé son œuvre sur le fantastique. Mais le rêve n’est jamais très éloigné. Ce rêve, son héros va le poursuivre, malgré tout, au dépens des autres. Pour sa dernière œuvre, le créateur des studios Ghibli ouvre et ferme en même temps une parenthèse artistique riche et profonde. Sorte de testament artistique non avoué, Le Vent se lève n’a rien à envier dans sa mise en scène, dans ses dialogues, dans ses cadrages ou dans la profondeur de ses personnages au plus grandes œuvres des plus grands réalisateurs du 7e art… Qu’ajouter ?

Encore des superlatifs… et juste un merci.

Bakuman T16 et T17 (Obha & Obata)

Sans transition, souvenez-vous de notre chronique des premiers volumes de Bakuman. Le temps passe et je dois avouer que je suis toujours assez fan de ce shonen sur les coulisses de la création de manga. Après avoir dépassé la surprise et la découverte, la série a trouvé son rythme, ses personnages et gags récurrents. Un peu trop bavarde sur ces derniers volumes, on sent qu’il est maintenant le temps de conclure avec un ultime défi. La série, comme souvent avec ce genre de manga, commence lentement à s’essouffler. Heureusement, la série est terminée au Japon en 20 volumes. Suffisant pour terminer l’histoire en beauté.

Mais la question ultime reste en suspens, nos deux jeunes héros vont-ils réussir à atteindre leur rêve ? Devenir les n°1 et voir leur manga être adapté en série TV ? Nous avons bien une idée de la réponse mais… Bref, on attend avec impatience la fin.

Le Bibendum céleste (Nicolas de Crécy)

Option patrimoniale pour cette dernière micro-chronique d’une série phare de la Nouvelle BD. The chef d’œuvre de Nicolas de Crécy m’est retombé dans les mains il y a peu. Je ne me souvenais plus de cette ambiance si particulière et ce fut de nouveau un choc pour ce retour à New-York-sur-Loire.

Le Bibendum céleste nous plonge dans la folie pure des aventures d’un jeune phoque devenant la coqueluche innocente des hautes autorités pédagogico-culturelles de la ville. Un grand n’importe quoi où un mini-diable en salopette cherche à mener la danse sans pour autant être sûr qu’il tient la corde. Une histoire de fou pour les fous par un auteur au talent énorme qui a bien plus qu’inspiré Sylvain Chomet pour Les Triplettes de Belleville.

Je ne vous cacherais pas qu’il faut mieux être reposé pour apprécier à sa pleine mesure cette orgie graphique et narrative. Mais comme je l’écrivais à l’époque pour Journal d’un fantôme, Nicolas de Crécy est un auteur exigeant avec ses lecteurs. Bref, un livre monstrueux où l’absurde et la poésie est une norme artistique.

20 ans et pas une ride… à redécouvrir avec un plaisir de fin gourmet.

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