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Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Chronique | Beauté (Hubert & Kerascoet)

Morue est une paysanne peu gâtée par la nature. Pauvre et laide, elle se dirige vers une vie compliquée, très compliquée. Un jour, elle sauve par hasard une fée qui lui accorde un don. Malgré sa laideur, tous les humains la perçoivent désormais comme la plus extraordinaire beauté du monde. Rapidement, elle devient l’objet de toutes les convoitises et surtout de celles des puissants. Un conte de fée moderne réunissant à nouveau le trio gagnant de Miss pas Touche.

Du contre-pied comme art du conte

Cela commence comme un conte de fée, une jeune femme, des difficultés et un don du ciel. Cela finit avec une morale. Classique et facile. Mais, l’art de bien raconter une histoire, et en particulier ce genre si ancien du conte, se mesure à la capacité de l’auteur à nous emmener avec lui dans son monde. N’oublions pas non plus que quelle que soit l’imagination du scénariste, il faut tout de même de bons personnages.

Alors Hubert, fait-il partie de ces auteurs qui se prennent les pieds dans le tapis de la tradition ? Dans Beauté on retrouve les grands classiques : la belle, le preux , la bonne fée et la méchante sorcière… Tout est là mais… Hubert n’est pas un scénariste à s’émerveiller devant de jolies personnages ni à se laisser prendre dans mille ans de traditions populaires. Il aime jouer avec ces figures et propose très régulièrement à ses lecteurs des scénarios qui ne ressemblent à aucun autre, faits de surprises, de virevoltants rebondissements enchanteurs, drôles et bien souvent teintés d’une pointe de sarcasmes. Ceux qui auront lu les Miss Pas touche ou autre Sirène des Pompiers comprendront mieux l’idée (les autres auront l’amabilité de se rendre dans leurs bibliothèques ou librairies les plus proches).

Bref, dans l’univers merveilleux de Beauté, la princesse est une mocheté, le preux est un imbécile et la bonne fée… Ah la bonne fée ! Difficile d’en parler sans mettre en péril les tenants et les aboutissants de cette histoire d’apparence qui n’a d’apparence que le nom. Malgré tout, et justement parce que le scénariste s’évertue à prendre les chemins de traverse, il crée une galerie de personnages particulièrement  imparfaits. Ce qui contribue grandement à la noirceur général qui inonde ce conte pas vraiment fait pour les enfants. Mais quel bonheur de voir Morue, personnage sensible, naïf, généreuse ou jalouse, commettre des erreurs aux conséquences dramatiques tout en tirant une expérience peu commune ! Pourtant, Morue reste une véritable héroïne de contes de fées qui doit faire preuve d’audace, de bon sens, parfois de chance pour se tirer (ou non) de ses mauvais choix. Une description qui conviendrait tout aussi bien à Blanche, l’héroïne de Miss pas Touche.

Justement. Pour compléter cette histoire qui s’inscrit à la fois dans la tradition et dans le rupture avec le conte traditionnel, Hubert se fait accompagner au dessin pour ses vieux acolytes, le très fameux duo de dessinateur Kerascoët. Ça fait maintenant longtemps qu’ils nous émerveillent par la qualité de leur travail. La réussite de l’album leur doit beaucoup car ils ont su trouver l’équilibre entre dynamisme et grâce sans jamais tomber dans une forme de réalisme. Du coup, les moments difficiles, parfois particulièrement violents, restent dans le domaine de la fiction. Quant à Morue/Beauté, par je ne sais quel artifice, ce double-personnage reste toujours unique quelque soit sa forme.

Du coup, ses aventures prennent d’autant plus d’épaisseurs. Car au-delà de la simple apparence, thème important de l’œuvre, on perçoit sa véritable nature et tout ce qu’elle représente. Beauté est une série qui, pour moi, parle magnifiquement de la lutte des femmes pour l’égalité. Et malgré sa fausse légèreté, montre toute la difficulté du combat. Les hommes n’y ont pas la vie facile, posséder qu’ils sont à la seule vue de cette Beauté magique. A l’image de son héroïne, cette histoire repose sur les ressorts de la logique, de l’intelligence, du courage et de la prise de conscience d’une force intérieure. Un beau message qui frappe d’autant plus qu’il est écrit par un homme.

Étonnement et surprises sont des mots qui reviennent régulièrement dans cette chronique. C’est effectivement le sentiment qui m’a traversé tout au long de la lecture de ce triptyque. Iconoclaste, sombre et intelligente, cette aventure est une quête féminine et féministe à la fois. Sous le format classique de la BD franco-belge, Beauté est une série qui fait réfléchir son lecteur avec délice, à la fois en douceur et en violence. La morale finale est à l’image de l’ensemble, d’une très grande finesse. Bref, juste indispensable !

A lire : la chronique de Tristan sur B&O et la chronique de Paka (2e tome)

Beauté (série en 3 volumes – terminée)
Scénario : Hubert
Dessins : Kerascoët
Edtions : Dupuis, 2011

Public : Ados-Adultes
Pour les bibliothécaires : Série courte et juste indispensable

Chroniques BD

Chronique | Milady de Winter (T.1)

Pendue à un arbre totalement nue, la comtesse de la Fère n’est a priori plus qu’un cadavre. Mais miraculeusement, elle reprend vie et réussi à se dégager. Rentrant au château, elle apprend que son mari s’est enfui après lui avoir fait subir ce sort funeste. Qu’à cela ne tienne, elle part à son tour, pour oublier sa vie antérieure et surtout cacher son infamie. Finalement la comtesse est bien morte car une nouvelle femme est née de ces malheurs… Une femme aussi dangereuse que belle, l’espionne préférée de Richelieu, ennemie des mousquetaires… La légendaire Milady de Winter !

Adaptation, réinvention

Même si adapter Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas est un pari ambitieux, il n’est pas d’une folle originalité. Étant donné le nombre de films, livres, dessins animés et même bandes dessinées sur le sujet, réussir à faire quelque chose de véritablement différent n’est pas chose aisée.

Mais prendre comme héroïne principale, la méchante de service, la femme la plus machiavéliques de la littérature classique, la belle et intelligente Milady de Winter est déjà en soi un sacré pari ! Une idée certes simple mais qu’il fallait osé. D’autant plus que c’est une excellente surprise car on redécouvre ce personnage sous un autre jour. Agnès Maupré réussi l’exploit de réinventer ce mythe tout ou gardant son essence. Un grand travail de réappropriation !

Cette Milady est une femme splendide à l’apparence aussi légère et gracieuse que le trait aérien et faussement naïf d’Agnès Maupré. Un  trait dans la même lignée qu’Aude Picault (Transat, Comtesse) ou Lucie Durbiano (Orage et desespoir, Le rouge vous va si bien) et surtout Joann Sfar avec qui elle a longtemps travaillé.  Mais sous ce masque se cache une écorchée, une romantique déçue, une femme originale qui porte sur le monde un regard d’une grande lucidité. Cynique pour les uns, charismatique pour les autres, opportuniste, vengeresse et manipulatrice, vous apprécierez sans aucun doute ce personnage finalement très humain, se laissant aller à ses envies dans l’intimité et totalement en contrôle lorsqu’elle sort dans le monde, capable de colère et d’amour sincère, capable de vengeance et d’érotisme.

Anti-héros et héroine

Mais une belle héroïne ne suffit pas pour réussir un album. Milady n’aurait pas cette présence sans la galerie de personnages issus de l’œuvre originale. Ils sont autant de miroirs déformant la belle. Et là, Agnès Maupré s’en donne à cœur joie en prenant le contre-pieds de l’imagerie populaire. D’Artagnan et ses amis mousquetaires, la Reine, le Duc de Buckingham, Constance, homme ou femme, chacun subira la férocité de la scénariste : quand la gente masculine apparait comme des phallocrates de première catégorie pris entre leurs pulsions sexuelles et leurs romantismes douteux, les femmes ne sont que manipulations, suffisances et imbécilités. L’idiotie, l’apparence et la morale sont les deux mamelles de l’univers de cet album. Finalement, un seul personnage secondaire semble s’en tirer avec les honneurs… le Cardinal de Richelieu !

Transformé en mentor (voire en double) de la belle espionne, il apparaît comme l’homme politique manipulateur et malin. Tout aussi cynique que sa protégée, on lui doit quelques unes des plus belles répliques du livre : « une homme d’état et une espionne ! Nous ne pouvons nous comporter comme si nous étions du genre humain ». Bref, un personnage plus à la hauteur de sa réputation !

Ces anti-héros apportent chacun une pierre pour comprendre le mur qui sépare notre héroïne du monde commun. Et qu’y voit-on ? Une femme résolument moderne, intrigante, contrainte par la vie à chercher une indépendance dans un monde dirigée par des lâches et des bandits. Finalement, on se pose une question : cette bd est-elle féministe ? Pour moi, c’est surtout un portrait passionnant de femme que je rapprocherai aisément de Martha Jane Canary, autre très bonne bande dessinée racontant la vie de Calamity Jane. Il y a une très grande force dans ces deux héroïnes mais chacune d’elle reste humaine et fragile même si la vie ne les y autorisent pas. C’est sans aucun doute la faiblesse du personnage de Milady mais en aucun cas de cet album.


Pour conclure, on ne peut que vous conseiller la lecture de cet album. Une adaptation originale d’une très grande qualité. Beaucoup de rythme et un vrai plaisir de lecture. Même en connaissant l’histoire originale, les surprises seront au rendez-vous ! Une très grande maîtrise de la jeune Agnès Maupré. Série et auteure à suivre… et de près !

scénario et dessins : Agnès Maupré
d’après Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas
Editions : Ankama , 2010
Public : Ado-adultes
Pour les bibliothécaires : alors que nous achetons a peu-près toutes les  catastrophiques adaptations littéraires en bande dessinée sous le prétexte que se sont des adaptations de grands livres, ne passons pas à côté de ce petit bijou !

A voir : la très bonne critique de Sébastien Naeco sur Le Comptoir de la BD
A découvrir : le blog d’Agnès Maupré
A lire : les 10 premières planches sur BD-Gest’

A noter : cette lecture ayant été conseillé par Tristan de Bulles & Onomatopées, elle entre donc dans le cadre du challenge « Pal Sèches » de Mo‘.

Chroniques BD

Rose manga

Pink ( scénario et dessins de Kyoko Okazaki, Casterman, collection Sakka ou collection Ecritures)

Après Helter Skelter, chroniqué durant le mois d’aout, voici une autre petite merveille d’une très grande dame du manga, Mme Kyoko Okazaki.
Pink raconte l’histoire de Yumi, jeune fille de 22 ans, employée de bureau le jour et prostitué la nuit. Contrairement aux apparences, Yumi a choisi cette double condition qui lui permet d’être indépendante de sa belle-mère détestée et de nourrir tranquillement son animal de compagnie : un crocodile !
Un jour, elle rencontre Haruo, un jeune étudiant, apprenti écrivain et accessoirement amant de sa belle-mère !
Vous l’aurez compris en lisant ce petit résumé, le ton de ce manga est à l’image de son héroïne largement décomplexé ! S’il avait été par un homme, sans doute l’aurait-on qualifié de machiste, sexiste etc… Mais voilà, Kyoko Okazaki est bien une femme et elle n’a pas peur d’aborder crûment, mais sans vulgarité, un thème comme la sexualité. Si de nos jours, c’est assez banal, en 1989, date de parution de Pink, c’est une première.

C’est par un ton désinvolte, comique mais aussi cynique – incarné par Keiko, la petite soeur très adulte de Yumi – que Kyoko Okazaki  aborde la société japonaise. Critique vis-à-vis du monde de l’entreprise, du culte de l’apparence (la cruelle belle-mère), de l’hypocrisie des « biens-pensants » (voir la scène très drôle où après un séance, Yumi voit un de ses clients sado-maso à la télé), du monde littéraire (avec le personnage d’Haruo, pauvre garçon très légèrement débordé par la folie douce de sa copine), elle n’oublie pas pour autant d’évoquer les rêves, les ambitions ou les douces folies de son héroïne.

Cruelle parfois, déjantée souvent, entière, l’œuvre de Kyoko Okazaki a ouvert les portes à un manga pour femmes plus adultes. Si aujourd’hui Mari Okazaki (Complèment affectif), Erika Sakurazawa (Diamonds), Fumi Yoshinaga (All my darling daughters) ou Kiriko Nananan (Blue, Everyday) et bien d’autres peuvent aborder des thèmes aussi variés dans leur josei (manga pour femmes adultes) c’est bien grâce à leur glorieuse ainée.

Pour résumé, c’est un manga incontournable à mettre entre toutes les mains. Encore une pierre contre le mur des idées reçues qui commence juste à se fendiller.
A noter : deux versions disponibles : l’une dans la collection Sakka, l’autre dans la « select » collection Ecritures.

A lire : à lire une critique du site de la collection Akata (c’est marrant ça, Delcourt fait une chronique sur un album Casterman !!! )
A lire : une critique de sceneario.com

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