Archives par mot-clé : Heroic fantasy

Chronique | Légendes de la Garde : la Hache Noire (David Petersen)

Des décennies avant les évènements de l'année 1152, Celanawe, soldat aguerri de la Garde du royaume des souris, est envoyé à la recherche de la mythique hache noire. Une quête légendaire qui le mène bien au-delà de la mer et de ses propres interrogations. Continuer la lecture de Chronique | Légendes de la Garde : la Hache Noire (David Petersen)

Mini-Chronique | Übel Blatt T.11 (Shiono)

Il est de retour !

Après 2 ans et demi de pause -  et donc d’attente pour ses lecteurs - Etorouji Shiono renoue avec Übel Blatt, sa série fétiche de Dark Fantasy. Pour plus d’informations concernant cette série, je vous invite à relire notre chronique consacrée aux volumes précédents. Selon ses propres déclarations, l’auteur avait besoin d’un break pour retrouver l’inspiration. Il était arrivé à un tournant de l’histoire. Et en effet, ce nouvel opus semble bien ouvrir un nouveau cycle  avec l’apparition d’un héritier légitime à notre héros. Les cartes sont donc redistribuées tandis qu’un refrain ancien est entonné sous les yeux des protagonistes. Ce tome 11 est donc un nouveau départ et comme souvent, cela signifie replacer les pions avant de faire avancer l’histoire. Quasi-retour au tome 1. Mais, on sent l’auteur impatient et du coup, je reprocherais le côté rapide (voire bâclé) de certaines situations qui auraient méritée peut-être un peu plus de développement. Visiblement, il a eu du mal à retrouver ses habitudes dans les premiers chapitres même si le plaisir revient au fur et à mesure. Cet univers est bouillant et on sent que les possibilités sont multiples. Reste à connaître les choix de scénario, toujours surprenant dans cette série. Il manque quand même le héros, désespérément absent au cours de ce volume.  Pourtant, Koinzell est toujours là, prêt à prendre les armes contre les fameux héros qui l’ont trahi… enfin ceux qui restent. Pas de doutes, la force de cette histoire tient autant à son héros qu’à ses multiples rebondissements. Je ne vais pas trop spoiler sinon je vais m’attirer les foudres légitimes du lecteur déçu. Une histoire qui se relance mais qui n’est pas encore à la hauteur des volumes précédents. On ne s’impatiente plus, mais on veut vite la suite… pour être sûr et certain qu’Übel Blatt soit véritablement une référence.
Übel Blatt (12 volumes, série en cours) Scénario et dessins : Etorouji Shiono Editions : Ki-oon, 2012 (7,50€) Editions originales : Square Enix Public : Ados-Adultes Pour les bibliothécaires : une série référence dans le genre. En espérant que le tome 12 ne tarde pas.

Chronique | Légendes de la Garde T.2 Hiver 1152 (Petersen)

Après un automne qui a vu l’un des leurs se rebeller et tenter de prendre le pouvoir, la Garde est soumise aux rigueurs de l’hiver. Alors que les stocks de vivres et de médicaments s’épuisent, Gwendolyn, la matriarche, décide d’envoyer des émissaires dans les cités du Territoire dont la Garde assure la sécurité. Un voyage long et difficile attend les valeureux soldats, surtout quand ces derniers sont… des souris ! Légendes de la Garde est un subtil mélange d’influences variées, une cuisine dont les ingrédients sont connus de tous. Il nous permet de nous exclamer « Ah ! Tiens il y a comme un goût de… ». Mais, comme par enchantement sorti d’un chapeau d’archimage, on ne trouve jamais véritablement la recette qui rend cette lecture pourtant unique. Tentative de décryptage.

La mini fantasy

Tout au long de ma lecture de ce second volume (et je n’avais même pas lu le premier), j’ai convoqué tour à tour la Garde de la Nuit du Trône de Fer avec sa fantasy-réaliste (sans vraiment de magie), la dimension épique d’un Tolkien ou d’un Robert E. Howard (Conan), l’anthropomorphisme poétique d’un De Capes et de Crocs ou celui plus sérieux d’un Blacksad. Bref, Légendes de la Garde c’est un peu tout ça… mais pas complètement. Au milieu de tous ces grands noms de la BD et de la littérature, les vaillantes petites souris se sont frayées un chemin dans la neige de cet hiver 1152 et dans mon esprit de bédéphile amateur de fantasy. Moi qui pensait qu’il en faudrait beaucoup pour m’émerveiller de nouveau pour ce genre malmené par le marketing. Mais comment David Petersen a-t-il réussi à me passionner pour des êtres de 4 cm de haut (pour les plus grands) affrontant des hiboux ? Ça le fait quand même un peu moins que des dragons ! Nous pourrions évoquer la transformation des protagonistes habituels. En effet, adieu les humains, elfes, orcs, nains, dragons pour souris, lièvres, belettes ou chouettes. Approche originale qui apporte un regard neuf sur le genre et relativise la portée « épique » des exploits. Mais après tout, ces héros n’ont-ils pas autant de mérite à affronter des « monstres » de notre quotidien ? Assurément, leur courage nous parle sans doute davantage. Mais il serait idiot de limiter la qualité de cette série à cette simple transposition qui s’avère surtout importante pour mettre en avant l’essence même de ce style de littérature. Je ne vais pas reprendre ce que j’ai pu écrire plusieurs fois (cf la synthèse d’ouverture du mois heroic-fantasy sur KBD) sur la relative dégradation de la qualité de ces récits en BD. David Petersen ne cède aucunement devant la demande « gros bill ». Ici, pas de grosses épées, ni de filles dénudées (tout le monde est à poil mais ça reste soft…). Non, l’importance est dans le récit lui-même, dans son déroulement et dans l’interaction des personnages avec l’univers créé.

Univers et héros

Un univers auquel on croit immédiatement grâce à la grande qualité graphique de l’auteur. Son trait réaliste lorsqu’il dessine des décors bourrés de détails donne une grande force aux attitudes humaines de ses personnages souris. Il suffit de regarder Celanawe, le vétéran de la Garde, en couverture pour s’en persuader : droit, attentif, fort devant la tempête, un charisme, une présence… Cette grande qualité graphique est renforcée pour le sens de la composition de David Petersen. Il ouvre ses cases sur des paysages, donne du rythme en changeant sans cesse ses angles de vue.  Cette approche presque cinématographique permet de percevoir le Territoire dans toute sa diversité. Dois-je aussi parler de la couleur souvent somptueuse ? Non ? Alors je continue. Dans la recette de la fantasy, développer un bon univers est essentiel. Mais cela ne suffit pas pour réussir son plat. Il faut également ne pas prendre son lecteur pour un imbécile. Et là, devant la banalité de l’histoire on se dirait presque dommage. En effet, c’est une histoire de base pour rôliste débutant (ou maître de jeu fainéant) : aller d’un point A à un point B et revenir à A dans un temps limite. Mais on tombe de nouveau dans le piège. Légendes de la Garde reprend certes un schéma classique de la quête, une narration déjà utilisée dans des œuvres comme La Quête de l’Oiseau du temps ou Légendes des Contrées Oubliées, mais comme dans ces derniers les rebondissements sont nombreux et le rythme ne baisse jamais. L'auteur s'amuse à détourner le classique pour nous emmener un peu plus loin. Cette histoire tient tout autant au charisme de ses personnages qu’à son scénario. Là encore, nous avons les figures classiques : le soldat intrépide, le stratège, le sage, le jeune premier et le vieux briscard… bref de quoi voir venir. Mais là encore, nous sommes pris dans la quête générale et personnelle de ces personnages. Chacun devra vaincre ses démons, chacun trouvera une grâce dans leurs errances et le danger. Mais c’est à ce moment que je m’arrête car finalement, à trop réfléchir à cet album, on commence à se poser trop de questions. Peut-être est-il juste nécessaire de se laisser porter plus loin, dans les contrées du Territoire, de se laisser porter par les chroniques des scribes et les chants des héros. C’est beau et ça nous suffit. Réussi Légendes de la Garde ? Clairement ! Et pourtant, j’ai entamé ma lecture par le second volume. Un série réunissant tout les poncifs de l’heroic-fantasy mais qui réussit à les dépasser avec beaucoup d’élégances. Un récit de très grande qualité graphique et narrative qui ne se perd jamais dans la facilité même s’il reste très simple. A lire pour les amateurs du genre, une porte ouverte pour les autres. A lire : l’avis de Theoma et d’Emmyne A voir : le site officiel
Scénario et dessins : David Petersen Édition : Gallimard (2011), 20€ Titre original : Mouse Guard - Winter 1152 Édition originale : Archaia Entertainement (2009) Public : Jeune public et + Pour les bibliothécaires : Essentiel, un livre référence dans ce genre là. Les livres d'HF de qualité pour le jeune public sont suffisamment rare pour ne pas passer à côté. A noter : cette série a reçu deux Eisner Awards en 2008
 

Dimanche K.BD : Donjon Zénith

Oui, je sais, cette semaine IDDBD, c'est plutôt glandouille et compagnie. On va se reprendre, promis. Surtout qu'on a plein de promesse à tenir alors... Mais en attendant, nous sommes dimanche, et comme chaque dimanche, retrouvez la synthèse de KBD ! Toujours sous le signe de l'heroic-fantasy, retrouvez la synthèse d'un premier tome de Donjon Zénith, l'aventure totalement folle de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Donjon, depuis plus de 10 ans maintenant, c'est la folie des collectionneurs BD... Pour les bibliothécaires, c'est une horreur également... Pour nous, c'est un doux souvenir car Donjon est une des premières chroniques d'IDDBD (février 2006 déjà !!!)

Übel Blatt

Ubel Blattscénario et dessins de Etorouji Shiono Editions Ki-oon 11 volumes (T0 à T10) série en cours

Lance de la vengeance

Il y a 20 ans, quatorze guerriers furent envoyés dans une mission périlleuse afin de sauver l’empire. Sept d’entre eux revinrent, trois avaient péri au combat tandis que quatre autres avaient trahi l’empire pour rallier la cause de l’ennemi. Ces lâches furent nommés lances de la trahison. Voici l’histoire officielle, celle écrite par les vainqueurs. Mais aujourd’hui, à la frontière de l’empire, un étrange guerrier est apparu. Sous les traits d’un jeune semi-elfe se faisant appeler Koinzell, il pourrait bien bouleverser la paix instaurée dans l'empire depuis le retour des sept "héros". Amateur d’héroïc-fantasy, voici une œuvre de Dark Fantasy qui pourrait bien vous réconcilier avec un genre usé jusqu’à la corde ! En tout cas en BD européenne. Car il faut l’avouer, en matière de manga ce genre est en concurrence directe avec son cousin asiatique : le récit de samouraï. Autant les grandes sagas de sabre sont légions (Kenshin le vagabond, Lone Wolf and Cub, Musashi, L’Habitant de l’infini…) autant les histoires de dragons, de nains, d’elfes et d’épées magiques ne sont ni nombreuses, ni incontournables (Les chroniques de la Guerre de Lodoss : La dame de Falis, Berzerk...). Mais ici… Ah fidèles lecteurs d’IDDBD, voici une véritable quête avec des personnages, des héros et des lâches et de nobles valeurs obscurcies par un côté sombre (et réciproquement) ; voici un scénario aux rebondissements multiples, où de vraies surprises vous attendent, où les attentes se figent dans des moments de tensions, où le relâchement laisse la place aux découvertes, où les flashbacks dévoilent d’improbables secrets, cases après cases… On retrouve évidemment les normes du genre : le héros très fort et blessé dans son âme, la copine agréable à regarder, l’apprenti-héros, le jeune chevalier, l’ennemi mortel, les méchants méchants et la petite fille à protéger. Parlons aussi des tenus sexys, voire de l’absence de tenue ou de l’utilisation du string un peu trop prononcée sur des héroïnes à l’apparence parfois fort jeune, pour moi le seul bémol au tableau. Je ne défendrai pas ce choix de l’auteur car c’est un peu agaçant... et surprenant car ce dernier n’abuse pas trop des grands poncifs habituels : grosses épées, gros dragons et très grosses batailles. En tout cas, leur utilisation est toujours dans le souci de l'intégrer parfaitement au récit, pas comme une obligation pour ados boutonneux ou no-life en mal de sensations. Et ça marche ! Dans l’ensemble l’histoire et l’univers dans lequel évolue les héros sont parfaitement cohérents, n’abusant ni de personnage, ni de nom de région biscornue (un peu mais pas trop). Toujours agrémenté par les souvenirs et les doutes, cette quête vengeresse d’un homme seul contre un empire résonne comme les belles et grandes histoires du genre, on pense évidemment aux récits de personnages écrits par Tolkien (Les enfants de Hurin en particulier pour le côté très sombre de l'univers). Bref, celles que tout bon rolistes bardes qui se respectent rêveraient de conter à ses condisciples. Ah oui, j’ai oublié de parler du style. Un trait classique pour du manga, des scènes de combats pas trop chargés et relativement lisibles (pas toujours le cas), l’abus de string peut nuire à la santé mental des boutonneux les plus fragiles mais dans l’ensemble ça reste du très très bon. Attention cependant à ne pas se laisser prendre par le dessin naïf, certaines scènes de combat ou de sexe pourrait choquer les plus prudes d'entre vous. Übel Blatt est un vrai seinen ! Un petit recommandé ? Evidemment, car de l'heroic-fantasy qui prend le temps de bâtir autre chose qu'une suite de cliché c'est assez rare et très précccccccccccieeeeeeeeuuuxxx ! (oups) A voir : un portail consacré à Übel Blatt et au genre Dark Fantasy (en manga) A lire : le dossier spécial sur manga-news Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD  

Alim le tanneur T.3 La Terre du prophète pâle

Alim le tanneur - Tome 3 : La terre du prophète pâle (scénario de Wilfrid Lupano, dessin de Virginie Augustin, collection Terres de Légendes, éditions Delcourt, 2007) C'est David qui a parlé pour la première fois de cette série d'heroïc-fantasy sur IDDBD (c'était le 25 septembre 2006 à l'occasion de la 200ème chronique d'IDDBD, suivie le 18 février 2007 d'une chronique sur le deuxième tome...). Les termes élogieux employés par David pour chroniquer les deux premiers tomes d'Alim le tanneur ne pouvaient laisser planer aucun doute sur le nombre incroyable de qualités réunies par cette série : originale, bien construite, graphiquement de très haut niveau, profonde sans être ennuyeuse. Bref, Alim le tanneur paraissait renouveler le genre de l'heroïc-fantasy... Je vous avoue que, bien qu'ayant une confiance aveugle dans le jugement de David, j'étais tout de même légèrement dubitatif, tant il vrai que l'heroïc-fantasy a connu quelques heures sombres (et quelques séries du même acabit...) depuis la publication de La quête de l'Oiseau du Temps de Loisel... Je dois reconnaître que mon manque de foi m'a joué un sacré tour de cochon puisque ce n'est que récemment que je me suis décidé à plonger dans les remoux de l'Empire de Jesameth, collant aux basques d'Alim et de sa fille Bul. Quel temps perdu depuis les chroniques de David ! Ne commettez pas la même erreur que moi et plongez à votre tour dans cette saga digne de figurer dans le haut du panier de votre bédéthèque ! Après les deux superbes premiers tomes d'Alim le tanneur, vous aurez ainsi le privilège de découvrir le troisième - publié en décembre 2007 - qui réussit, sans faiblir d'une seule case, à repousser encore les limites de ses prédécesseurs en nous entraînant dans un second cycle d'aventures époustouflantes ! Même si certains regretteront un album de transition, tous les thèmes abordés auparavant sont bel et bien présents dans La terre du prophète pâle, notamment la dénonciation du fanatisme religieux, la description des ressorts d'une politique théocratique, les conflits internes propres à tout gouvernement (tiens, ça ne vous rappelle rien ?)... Par ailleurs, les personnages ont tous une véritable épaisseur psychologique qui nous les rendent pour certains attachants et pour tous totalement crédibles. Enfin, ce troisième tome est toujours aussi beau (le dessin de Virginie Augustin est une petite merveille !) et intelligent (merci à Wilfrid Lupano pour son talent de conteur hors pair) que les précédents... Aussi, même si j'ai l'impression de me répéter un peu, ne perdez pas de temps et jetez-vous sur cette superbe série ! Vous ne regretterez qu'une chose : ne pas l'avoir fait avant... A lire et à voir : la fiche album du site Delcourt avec quelques planches à découvrir A feuilleter : quatre planches supplémentaires sur le site de la FNAC A lire : l'excellente critique de PlaneteBD.com

Tempus maledictus fantasisticus

Chaosland - Tome 1 (scénario de Scénarisatron 2000, dessins de Mojojojo et Ancestral Z, couleurs de Mojojojo, éditions Ankama, 2007) Je vous promettais avant-hier une chronique en bonne et due forme de Chaosland. Chose promie, chose due (et rapidos avec ça) ! Voici que déboule sur vos écrans hallucinés Chaosland ! A partir de maintenant, oubliez toute idée de rationnalité, jetez aux orties toutes vos certitudes en matière de BD, plongez corps et âmes dans l’enfer d’un premier album totalement déjanté. Vous entrez dans un monde d’héroïc-fantasy créé par deux jeunes auteurs qui, à l’évidence, ne boivent pas que de la limonade et ne fument pas que du tabac blond de Virginie. Un monde peuplé de personnages plus étranges les uns que les autres (qui ne sont pas sans rappeler à la fois certains personnages de la série Donjon et de Plus fort que le fromage...), un monde où les héros - si l’on peut nommer ainsi une bande d’abrutis et d’écervelées - se sont engagés dans une aventure d’une banalité à pleurer des crocodiles (sauver le monde du chaos ! non mais vous vous rendez compte ! sauver le monde du chaos !), un monde où le méchant de l’histoire (si l’on peut encore parler d’histoire dans ce récit sans queue ni tête...) se prénomme Jean-Luc et porte des lunettes de soleil réfléchissantes (ce sont d’ailleurs les seules qui réfléchissent quoi que ce soit dans cet album...), et où la fin de la quête (temporaire puisqu’il s’agit d’un premier tome...) ferait hurler tous les scénaristes (même en grèves) d’Hollywood ! Bref, Chaosland, pas de doute, c’est le chaos du 9ème art, la calamité faite bande dessinée, le stade terminal de l’aventure phylactèrophile...

Avec tout ça, vous vous dites qu’IDDBD a pété les plombs et qu’il est impossible que nous vous recommandions la lecture (mais peut-on encore parler de lecture...) de Chaosland ! Vous avez raison cher lecteur, nous vous devons une petite explication...

Vous savez que l’éclectisme est le maître mot des choix d’IDDBD en matière de bande dessinée. Nous sommes capables de vous parler à la fois de purs chef d’oeuvres, tels que Le Roi des Bourdons de David de Thuin, d’oeuvres de purs chefs, tels les albums de Kokor, Sfar, Trondheim, Larcenet, Blain, Blutch, David B. et bien d’autres, en passant par des chefs de pures oeuvres, tels tous les auteurs que je n’ai pas cité précédemment mais dont IDDBD a chroniqué au moins un album. En un mot comme en cent, IDDBD aime tous les styles de BD, passionnément, sans restriction... Et bien Chaosland, aussi incongru soit-il, trouve sa place sur IDDBD dans la catégorie des albums potaches qui vous feront oublier, le temps de leur lecture (mais peut-on encore...), que vous êtes un adulte normalement sain de corps et d’esprit. Lire Chaosland (mais...), c’est se retrouver avec 12 ans d’âge mental, à rigoler avec ses potes de blagues à deux balles, sans prise de tête et sans se prendre au sérieux. Suivre les aventures (mais...) de Morigan, Elisabeth, Petit-Jacques, Crevette, Magic Jardak, c’est se prendre une grande goulée d’air frais en pleine face, bien revigorante. C’est une petite pause sur la longue route des chefs d’oeuvres du 9ème art que nous tentons d’explorer inlassablement... Chaosland, c’est le repos du guerrier intellectuel de la BD... L’ultime limite du vide cérébral... La « mitcho class » en bande dessinée... Un must quoi !

Tempus benedictus fantasisticus

Légendes des contrées oubliées : édition intégrale ( scénario de Bruno Chevalier, dessins de Thierry Ségur, Delcourt, 1989)
De la ville de Gaedor à la Gorge des vents brûlants, du pays des Songes au Pic de la mer, cinq voyageurs,en quête d'un nouveau roi, s'avancent en terres inconnues et réveillent à leur passage les haines ancestrales des anciennes puissances. Leur odyssée est devenue une légende.
   Une quête, trois nains, un voleur elfe (un Lin), un barbare, de la magie, des puissances divines et voilà posés les jalons de la fantasy. Si comme moi, vous êtes nostalgiques d'une époque où ce genre n'était pas un catalogue de clichés pour "Gros Bill" basés sur la notion de toujours plus (de monstres, de magies , d'humours, de glandes mammaires), époque où les scénaristes enrichissaient leur univers sans réutiliser systématiquement les mêmes formules commercialement viables, bref, si vous aimez la fantasy, la vraie, alors Légendes des contrées oubliées est pour vous. Proche de la pure illustration le dessin rappelle que cette série en 3 tomes date de la fin des années 80, il peut décontenancer mais très vite on y trouve un réel intérêt. Ne serais-ce que par cet univers unique qu'il crée peu à peu. Le scénario est, quant à lui, digne des plus grands récits de fantasy. Sans s'écarter des schémas classiques du genre, il donne pourtant au lecteur sa leçon de récit bien bâtit. Bien sûr, nous n'allons pas vous révéler ici la moindre parcelle du mystère entourant la quête des nains. Ce serait un affront au talent des auteurs. Personnellement, je n'avais pas lu une œuvre aussi abouti (en BD) depuis le dernier tome du premier cycle de la Quête de l'oiseau du temps. Car bien entendu, la comparaison avec la mythique série du talentueux Loisel est incontournable. Et à la lecture, il est bien difficile de les départager. Dans l'une comme dans l'autre, on revient aux origines. La quête et l'aventure ne sont plus prétexte aux errements militaro-simplistes de ces dernières années, mais bien une découverte de l'univers, de soi-même et des autres. Les personnages, bien qu'issues directement de la tradition - comme Hûrl le chevalier-tonnerre ou Bragon le héros de la Quête - ne sont plus des caricatures
mais bien des éléments d'un univers aux équilibres subtiles et compliqués qu'on ne peut résumer aux luttes entre bien et mal. Chaque personnage subira à son tour les aléas du destin.
Plus fort que tout, cette BD nous rappelle pourquoi, un jour, on a aimé la fantasy : pour ses nobles sentiments, ses élans chevaleresques et romantiques issus des romans médiévaux et des contes, pour ses messages positifs et humanistes, pour cette curiosité inhérente au genre. Voici, une BD digne de cet héritage
et qui est indispensable à toute bédéthèque !
Pour finir, je dois remercier un des lecteurs de la médiathèque (encore un qui me prouve combien mon métier est formidable), futur très grand auteur de BD, pour ce conseil. J'ai  malheureusement oublié son nom... Mais on en reparlera.
A découvrir : le mini-site de présentation du jeu de rôle issu de la BD

Alim le tanneur

(scénario de Wilfrid Lupano, dessin et couleurs de Virginie Augustin et Geneviève Penloup (couleur), 2 tomes parus, collection Terres de Légendes, éditions Delcourt)

  Pour la 200ème chronique d'IDDBD (depuis le 31 janvier 2006), le Bib de Poissy nous fait le plaisir de partager un de ses coups de coeur. Et croyez-moi (je parle d'expérience...), un coup de coeur du Bib de Poissy (nous autorisera-t-il un jour à donner son vrai nom ?), ça ne se refuse pas. Alors toi aussi, fais-nous confiance et va chercher bonheur...

Quel bonheur de tomber sur des bandes dessinées fraîches renouvelant des genres un peu trop usés comme l’heroic-fantasy. Alim le tanneur est un grand coup de cœur trouvé au détour du hasard (merci Maman !).

L’histoire la voici :

« Dans l’empire de Jesameth, être un hors caste, c’est ne pas être tout à fait un homme. Alim est de ceux-là. Tanneur de profession, il a la charge de recycler les corps sans vie des sirènes tueuses qui viennent s’échouer sur les plages de la cité impériale. Mais le destin redistribue parfois les rôles. Un soir pas comme les autres, l’océan vient confier au plus humble des hommes le plus grand des secrets » (4e de couverture du tome 1)

Dans un monde au carrefour des civilisations indiennes et moyen-orientales, l’histoire de ce petit homme confronté aux méandres du destin et au fanatisme religieux est une vraie réussite. Partant d’un  postulat assez simple et classique, le petit qui ne demande rien à personne trouvant par hasard des objets qui pourraient changer la face du monde, le scénario n’est que rebondissements et surprises agréables. Le plus fort étant sans doute, les relations entre les personnages (Alim, Bul sa fille, Pépé et Soubyr, le moine-soldat) et surtout la terrible description du fanatisme religieux. En harmonie avec le scénario, les couleurs chaudes et le dessin sont tout a fait splendide (Bul est véritablement craquante) et donne toute sa profondeur à cette histoire réussie. J’insiste sur le magnifique travail de mise en couleur.

Malheureusement, je n’ai pas lu le tome 2 (honte à moi). Donc je n’en dirai rien.

Bref, pour ceux qui en ont marre des séries clones d’heroic-fantasy et qui cherche une lecture agréable… C’est pour vous ! Un bonheur !

A découvrir : le coup de projo sur la série dans BD’Gest

Chronique de vacances # 7 | Les royaumes engloutis

(scénario de Roke, dessin d'Elias Sanchez, couleurs d'Olivia, éditions Paquet) Bon, je ne connais pas trop l'histoire de ce diptyque mais le dessin m'a bien plu lorsque j'ai reçu la newsletter des éditions Paquet qui annonçait la sortie du tome 2. Alors voilà, je soumets Les royaumes engloutis à votre jugement. J'espère le lire d'ici la rentrée et vous le chroniquer en septembre mais en attendant, n'hésitez pas à laisser vos commentaires ici même. Ah ! Dernière précision : les éditions Paquet vendent un coffret rassemblant les deux tomes, avec un poster offert. A lire : la fiche album sur le site des éditions Paquet A lire : le pitch sur le site sceneario.com

"Le monde d’Oriskar est divisé en deux mondes : celui des démons et celui qui englobe les royaumes fertiles de plusieurs races. Un jour, deux hommes réveillèrent un Dieu endormi, qui donna la puissance à leur peuple, la tribu du Roxland. Grâce à cette puissance, les démons furent vaincus et repoussés. Mais la puissance divine fut si dévastatrice qu’une partie du royaume fut détruite par les tremblements de terre et les inondations. Et cela continue… Mais plus que tout, les démons, et Serk leur roi en premier lieu, ne sont pas totalement détruits. Pour l’empereur Elnar, le royaume ne sera jamais en paix tant que subsisteront ces créatures..."