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Info blog & Dimanche KBD : Kililana Song

Bonjour les IDDBDiens et IDDBDiennes, Comme vous avez pu le constater cette semaine, c'est un peu morte plaine sur le blog. Je m'en excuse, je suis juste très pris par le boulot, novembre étant pour moi la grosse période avec Le Mois du film documentaire. D'ailleurs, si vous avez envie de sortir, il y a certainement une projection près de chez vous. Si vous voulez découvrir le programme national c'est par là. Bref, tout ça pour vous dire qu'il est possible que le blog soit un peu sur ce rythme pendant quelques semaines encore. IDDBD n'est pas mort mais le rédacteur est un peu crevé 🙂 Mais, ça n'empêche pas KBD de continuer sa marche inexorable. Si pour moi, Novembre est signe de cinéma pour l'équipe c'est le départ vers l'Afrique. L'album phare du mois est Kililana Song de Benjamin Flao. Je ne reviens pas dessus, vous pouvez relire notre chronique récente. Pour découvrir la synthèse rédigée par Oliv' c'est par ici. Bonne semaine !

Chronique | La Revanche de Bakamé

couv_la-revanche-de-bakamescénario de Pieter Van Oudheusden dessins de Jeroen Janssen Editions La Boîte à Bulles (Contrepieds), 2010 Public : Adulte Pour les bibliothécaires : une approche intéressante d'un graphisme africain. Pas forcément un album référence.

Lièvres, Hyènes, Cochons

Après avoir été berné par le lièvre Bakamé, Mpyisi la hyène décide de se venger. Pour cela, il abandonne femme et enfant pour trouver Bwana Kero, un sorcier à l’obscure réputation. La revanche de Bakamé est une surprise. Bonne je n’en suis pas totalement convaincu mais c’est assurément un objet rare dans le petit monde de la BD. Publié par la Boîte à Bulles, cet album a l’allure des BD africaines tant sur le plan narratif – le scénario est l’adaptation d’une fable africaine – que graphique. En effet, le dessin avec son trait épais, cette caricature à outrance (en particulier dans les attributs sexuels des personnages), cette couleur quasiment directe, un remplissage très chargé de l’espace rappelle sans cesse les affiches africaines. Pourtant, les deux auteurs sont… flamands et hollandais !!!! Pour pénétrer dans cet album, il faut s’attendre à être bousculé dans ses principes. Principes graphiques évidemment car nous nous éloignons de nos habitudes occidentales (et même orientales car nous sommes ici aux antipodes du manga) mais aussi principes moraux car, outre la fable , les auteurs de cet album nous invite à lire une histoire et à juger les personnages d’une manière bien inhabituelle. C’est à mon avis la grande qualité de cette BD. Mais pour tout vous avouer, j’ai mis un peu de temps à pénétrer dans cet univers. Même si le graphisme ne m’a jamais empêché de lire une bande dessinée, j’avoue qu’il m’a fallu bien une dizaine de planche pour m’adapter. Cette multiplication des couleurs et ce graphisme baroque me faisait un peu peur. Et pourtant, peu à peu, la magie de la fable opère et nous voilà entrainé dans cet univers de petites lâchetés, d’égoïsmes et d'attrape-nigauds où la moralité semble bien éloignée des préoccupations des auteurs et des personnages. Sous l’apparence d’une fable coquine et humoristique, ce récit dresse un portrait pas toujours très glorieux de la société. La politique, la fidélité, l’amitié, la parole donnée, tout ça est passé à la moulinette… mais avec un humour second degré. Une vision très "africaine" je dirais. Il n’y a rien de bien sérieux dans cette histoire, pas même le tragique. En fait, La revanche de Bakamé, c’est un peu Aya de Yopougon mais en version bien plus trash. Ici, les personnages, mélange d’animaux et d’êtres humains, laissent parler leurs instincts les plus primaires, en particulier sexuels, ce qui les conduit dans des situations parfois cocasses et même souvent cruelles. Après, vous dire que c’est un incontournable… Je n’irais pas jusqu’à franchir le pas. D’habitude dans les fables le lecteur s’identifie un peu aux personnages et ici, c'est extrêmement difficile… à moins de particulièrement se détester car, dans l’ensemble, ils sont tout de même très antipathiques. A part ce bémol, La Revanche de Bakamé est une œuvre intéressante, surprenante sur le fond et la forme. Il manque un petit quelque chose pour faire rentrer l’album dans la catégorie des incontournables. Il reste cependant une bonne lecture, sous réserve qu’on arrive à passer l’obstacle des premières planches. Cette chronique a été réalisée pour l’opération Masse Critique. Merci à Babélio et aux éditions La Boîte à Bulles pour la découverte de ces auteurs africains du Nord (de l’Europe) ! A lire : l'interview des auteurs sur sceneario.com A lire : les autres critiques sur Babelio A découvrir : la fiche album sur le site des éditions La Boîte à Bulles

Rêver c’est déjà ça…

Malamine : un africain à Paris (scénario de Edimo, dessins de Simon-Pierre Mbumbo, éditions Les Enfants Rouges)

C’est au détour d’un salon du livre que j’ai rencontré le dessinateur Simon-Pierre Mbumbo. Grand gaillard au sourire avenant, grand bavard à la mine de crayon-bille acéré, capable de vous faire une dédicace tout en vous parlant des coûts exorbitants des impressions au Cameroun, son pays natal. Passionné et enthousiaste, bourré d’idées pour développer la BD en Afrique, j’étais persuadé, en lisant les premières planches, que je vous en parlerai de son album sur  IDDBD. Pour une fois, j’avais vu juste !

Docteur en économie, jeune intellectuel enthousiaste, Malamine aspirait à un horizon doré dans son pays d’Afrique noire. Mais voilà, né dans la mauvaise tribu, bloqué par un ministre, il a dû repartir en France. C’était il y a 10 ans et depuis, il vit dans une chambre d’étudiant sous les combles. Obnubilé par son passé, il lutte pour se faire une place "digne de son statut" dans une société européenne qu’il méprise. Devenu brancardier, il refuse d’oublier l’Afrique et tente d’ignorer les "tentations" des blancs.

Dès les premières planches et les premières scènes de cette histoire d’immigrant, on remarque la justesse du ton et du trait. Un dessin simple, presque crayonné, en noir et blanc, un découpage efficace et rythmé, jouant sur les décors et les plans rapprochés lors des dialogues, couplé avec une mise en place rapide des lieux, des événements et des personnages. Entre les amis du cercle, les collègues blancs de l’hôpital, son futur éditeur et les exaltés rencontrés par leur anti-héros, Edimo et Simon-Pierre Mbumbo dresse le portrait de toute une communauté. Noirs intégrés (que Malamine méprise autant que les blancs), intellectuels africo-centristes aux grands discours théoriques et altermondialistes, jeune femme en situation irrégulière, ils sont bien là, chacun avec sa part de galère, de souffrance ou d’oubli.

Évidemment, Malamine possède également sa propre part de frustration. Symbolisée par ses rêves étranges, cette frustration et ce dégoût de soi est caché par son mépris affiché pour le reste du monde. Mais au fil de l’histoire, ce verni craque et Malamine devient touchant de par sa naïveté et son aveuglement. Incapable de faire face au monde dans son univers de grands discours, il se montre, comme la plupart des hommes du récit bien incapable de comprendre les événements. Mais je n’irais pas plus loin pour ne pas vous gâcher le plaisir d’une très bonne et très intelligente lecture.

Encore une fois, il faut remercier le magnifique travail de la petite (mais talentueuse) maison d’édition Les Enfants Rouges. Sur IDDBD, c’est une maison d’édition que l’on aime bien (pas seulement parce que nous avons des parts chez eux hein !) car ils dénichent régulièrement pour notre plus grand plaisir de très bons auteurs. Encore une fois, cette vérité se justifie avec Malamine.

A voir :
la fiche album sur le site des Enfants Rouges

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD !

Africa Queen

Aya de Yopougon (scénario de Marguerite Abouet, dessin de Clément Oubrerie, collection Bayou, éditions Gallimard) IDDBD vous avait entraîné en Afrique en suivant la trace du talentueux Pahé, ce jeune gabonnais qui nous racontait sa jeunesse africaine et française sur un ton plutôt détonnant ! Et bien c'est reparti ! Non pas avec Pahé mais avec Marguerite Abouet, dont la verve est ici illustrée par un Clément Oubrerie particulièrement inspiré côté dessin. Nous rejoignons Aya, jeune fille de 19 ans, habitante de Yopougon, l'un des quartiers les plus chaud d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. Vous ferez également connaissance avec sa bande de copines (Bintou et Adjoua, Féli et les autres...) et toute la cohorte des personnages hauts en couleur qui peuplent se coin d'Afrique plein de soleil, de "palabres", de joie de vivre, de fête, de musique... Comme avec notre ami Pahé, vous oublierez tous les clichés d'occidentaux bon tein qui nous encombrent la tête. Et croyez-moi, ce n'est qu'à regret que vous refermerez le troisième tome de cette série magnifique ! Marguerite Abouet a un talent rare pour nous dépeindre et nous faire aimer cette Afrique des années 70/80 où l'insouciance des jeunes de Yopougon répond avec insolence à celle, parfois plus complexe, des "vieux". Tout ce petit monde se croise, se cotoie, s'entrechoque dans une ambiance que Clément Oubrerie nous dépeint d'un trait instinctif et vivant. On y est ! On s'installe à Yopougon ! Aya et les autres nous deviennent peu à peu familiers et tellement attachants. On partage alors, comme des invités privilégiés, leurs moments de fête, leurs angoisses (jamais désespérées comme ici), leurs colères, leurs rires... Aya de Yopougon, c'est juste un morceau de vie qui nous est offert en trois tomes dans lesquels on plonge corps et âme. Et lorsque vous entendrez parler de l'esprit de Noël, cette période bénie de fraternité, d'amitié et de chaleur humaine que nous vendent à grand renfort de pathos nos médias occidentaux et notre société consumériste, vous ne pourrez vous empêcher de comparer avec la spontanéité simple des sentiments de vos amis de Yop City... Mon Dieu ! Combien il nous reste encore à apprendre de cette Afrique méprisée, berceau de l'humanité... dans tous les sens du terme... A visiter : le site de la collection Bayou des éditions Gallimard A lire : les chroniques des excellents sites Krinein et du9.org et celle, indispensable, du site afrik.com

Allah est-il le plus grand et Abdallahi est-il son apôtre ?

Abdallahi - Tomes 1 & 2 (scénario de Christophe Dabitch, dessin de Jean-Denis Pendanx, éditions Futuropolis,  2006) Futuropolis, maison d'édition culte parisienne ayant participé largement au renouveau de la bande dessinée à la fin des années 70 s'est réveillée transformée après des années de sommeil. Sa nouvelle politique éditoriale depuis septembre 2005 ne pouvant reproduire ce qui a déjà été fait prouve néanmoins que son nom prestigieux n'est pas usurpé; ceci à l'aide d'une certaine exigence de qualité sur les titres proposés. C'est le cas de ce superbe dyptique, haut en couleurs dans tous les sens du terme. Je ne connaissais pas ces deux auteurs, apparemment plus tournés vers l'illustration jeunesse pour Pendax, mais cette adaptation du récit de voyage de René Caillé, premier homme blanc a avoir pu visiter la ville mythique de Tombouctou et en être ressorti vivant en 1828 est une belle réussite. René Caillé, fils de bagnard charentais part en 1824 à l'âge de 24 ans afin de traverser l'Afrique. Il feint de se convertir à l'islam en apprenant le Coran et en se donnant  un nouveau nom : "Abdallahi", puis pendant un an au départ de St Louis du Sénégal sur la côte ouest intègre tout d'abord la tribu Maure des Braknas en Mauritanie afin de s'immerger. Il revient en 1827 et part cette fois de Kakondy en Guinée pour traverser à pied l'Afrique centrale, passant par le Niger, le désert saharien avant d'arriver enfin à Tanger dix huit mois plus tard. Un périple proche de l'enfer, le scorbut ayant failli l'emporter. Le style graphique de Pendax cède souvent le pas à l'imagination, avec des peintures parfois floues remplies de couleurs magnifiques, tandis que le scénario et les dialogues de Dabitch parsemés de citations du livre de Caillé nous immergent au coeur du personnage central... nous faisant nous identifier parfaitement à celui-ci. Rappelant certains Corto Maltese (Les Ethiopiques par exemple) de part sa poésie, son aspect contemplatif, ses dialogues et sa documentation, ou parfois  Les Tours de Bois Maury lorsqu'il aborde l'aspect islamique sous son angle le plus familier ... , cette adaptation sent bon le vécu, et on imagine sans mal que de grands auteurs comme Hugo Pratt ou bien Hermann ont tous deux été aussi inspirés par ce récit initiatique. Abdallahi fascine par la magie qui exulte de ses tableaux somptueux et de son souffle épique, et par là même se présente comme une oasis pour tout amateur de bande dessinée et de récits d'aventures. Chef d'oeuvre !! (photos du livre de Caillé tirées de : http://www.sahariens.info) A visiter : le site de Futuropolis A lire : la page consacrée à Pendanx sur BDGest A dévorer : le périple de René Caillé sur Herodote.net ps : Audrey, merci pour cette belle découverte !

Les enfants

(scénario et dessin de Jean-Philippe Stassen, collection Aire Libre, éditions Dupuis) Quoi ? Encore un album de Jean-Philippe Stassen ? Et bien oui. Encore un album de Jean-Philippe Stassen. Pourquoi ? Parce qu'IDDBD vous disait hier à propos de Deogratias convient tout autant à cet album. Certes, nous ne sommes plus au Rwanda mais dans un pays indéterminé de l'Afrique noire, dans une ville où des assaillants mènent une guerilla toute proche, où les habitants vivent au quotidien entre les tirs sporadiques et le bistrot du coin, où des enfants orphelins sont pris en charge par une ONG... Parmi eux, Mongol, un jeune enfant particulièrement touchant, enfermé dans son monde pour échapper à la violence du monde qui l'entoure, ou Black Domino qui s'invente une vie entre le Canada et l'Australie, ou encore Airbus, un solide gaillard toujours à la limite... Et autour d'eux, des adultes à la dérive ou un peu paumés comme Colombo, le commissaire de police, Nefertiti, un trav un peu spécial, ou Anika, la responsable locale de l'ONG... Les enfants est un album profond, émouvant, sensible, aux antipodes de ce que l'on pourrait attendre d'une BD traitant de l'Afrique, de ses problèmes, de sa réalité et de son avenir. Comme Deogratias, Les enfants est une BD importante pour qui veut mieux prendre conscience de notre monde. Indispensable. A lire : la très bonne critique de Gilles sur BDsélection.com L'info du jour La pub pour l'abonnement à Fluide Glacial, le mensuel "d'Umour et de bandessinée", me fait mourir de rire... Et vous ? Evidemment, c'est du Ferri... A visiter : le site de Fluide Glacial sur le ouèbe

Deogratias

(scénario et dessin de Jean-Philippe Stassen, collection Aire Libre, éditions Dupuis) Il est des BD comme ça, que l'on reçoit comme coup de poing, qui vous prennent aux tripes, vous bouleversent. Tel est le cas de Deogratias ou le destin d'un jeune homme Hutu avant, pendant et après le génocide Tutsi, au Rwanda... Des critiques plus professionnels, mieux informés, plus talentueux décortiqueront cet album certainement mieux que je ne pourrais jamais le faire (voir l'excellente critique sur du9.org). J'ai juste envie de vous conseiller la lecture de Deogratias comme ça, sans trop intellectualiser, pour mieux ressentir à défaut de mieux comprendre, pour commencer à prendre conscience à défaut de compatir. Laissez-vous emporter par le dessin aux traits épais de Stassen, plongez dans son Afrique, dans son histoire, suivez Deogratias, ce jeune homme devenu fou de la folie des hommes et qui rejoint, la nuit, les chiens, plus humains. Lisez Deogratias et réfléchissez après. Prenez votre temps, revenez plusieurs fois sur les flash back qui émaillent le récit, détaillez les cases, ressentez l'Afrique, sa douceur, ses douleurs. Bref, pour une fois, comme ça, débranchez le cerveau pour laisser d'abord aller le coeur. A lire (avant Deogratias) : l'excellente critique de Vincent sur BDsélection.com A lire (après Deogratias) : l'excellente critique de du9.org