Chronique | Une histoire d’hommes (Zep)

unehistoiredhommes_bandeau Il y a 16 ans, Yvan, JB, Franck et Sandro formaient les Tricky Fingers, un groupe de rock qui commençait à avoir du succès. Mais un soir, dans les studios de la BBC à Londres, le destin changea leur histoire. Sandro devint une megastar... pas les autres. Des années plus tard, les 4 hommes se retrouvent dans le manoir de ce dernier. De quoi parler du passé, de musique, de cicatrices et de secrets inavoués. Je suis bien embêté pour rédiger cette chronique. A ma première lecture, j'avais mon opinion bien arrêtée. Je savais où j'allais. Mais voilà, sans lire sa chronique, les deux pouces en l'air de Mo' m'ont titillé le cervelet. Si nos mauvaises fois légendaires se sont souvent affrontés, je me suis tout de même poser des questions. Alors, j'ai relu ce livre avant de rédiger cette chronique et mon avis s'est un peu modifié. Contrairement à beaucoup qui ne voient dans Zep que le papa de Titeuf, j'apprécie son travail et ne me limite pas qu'à son seul héros médiatique. D'ailleurs, je l'aime bien moi, ce petit monstre à mèche jaune ! A ma relecture, je dois bien l'avouer : Une histoire d'hommes est un bon livre. Le déroulement du récit est agréable et fluide. Les dialogues sont dynamiques, animés, drôles quand nécessaire, émouvants au besoin. Les rapports, passés et présents, entre les personnages sont bien tissés et clairement établis. Leurs places respectives sont plutôt claires, parfois même un peu trop. Zep maîtrise son récit du début à la fin et nous offre une histoire d'amitié teintée de nostalgie. Côté graphisme, c'est une vraie-fausse surprise. Effectivement, le dessin ne répond pas aux canons habituels de l'auteur. Nous sommes plus proches d'un JC Denis à l'héritage ligne claire assumé qu'un graphisme à la Tchô, patte personnelle de Zep qu'il utilisait même dans ses œuvres pour adultes plus récentes. C'est un peu surprenant de sa part mais avec ce travail, il prouve toute l'étendue de sa palette. Bref, d'un point de vue de la qualité de l’œuvre, Une histoire d'hommes se situe dans la droite ligne du récit de vie noir et blanc que l'on connaît depuis maintenant pas mal d'années. unehistoiredhommes2 Et c'est justement ce qui me chiffonne le plus dans ce travail. Cet album n'est ni original, ni nouveau. La seule véritable originalité est un approche « roman graphique » d'un auteur habitué à faire du « gros nez ». Désolé, mais si j'ai une mémoire de poisson rouge sur beaucoup de choses, ce n'est absolument pas le cas pour mes lectures. Et il y a plus de 10 ans, je lisais avec bonheur Week-end avec préméditation de Wazem et Tirabosco (2002) ou encore Quelques jours avec un menteur d'Etienne Davodeau (1997). Ces auteurs nous proposaient alors des histoires d'hommes fragiles, en huis-clos noir et blanc, avec des secrets, des interprétations, des rebondissements et des personnages émouvants. Si ça vous rappelle quelque chose, faites-moi signe. Certes, il est possible de juger cette œuvre à sa simple lecture. De ce côté-là, je vous l'ai dit, cette BD est réussie. Mais si on se place dans un point de vue plus large, on peut se poser la question de l'intérêt de cette œuvre. Après tout, Zep est considéré par ses pairs comme un auteur important. Il a été Président du festival d'Angoulême tout de même ! Et il prend également un virage. Mais pour un passage au « roman graphique », on pouvait s'attendre quelque chose de beaucoup plus... fort ? Différent ? Je n'ai pas le mot et certainement pas le talent de Zep pour trouver cette petite étincelle qu'il nous a si souvent habitué à produire (Titeuf, Le guide du Zizi sexuel, Happy Sex...) unehistoiredhommes3 Si je voulais être un peu dur, je pourrais comparer ce changement aux acteurs comiques se mettant aux monologues dramatiques en théâtre. Sans renier leur talent, on a parfois l'impression qu'ils recherchent une certaine légitimité, une forme d'adoubement de la classe pensante de leur art. Histoire qu'on arrête de les prendre pour des guignols. Pourtant, je ne trouve jamais Zep aussi bon que quand il ne se prend pas au sérieux, jamais aussi émouvant que quand il sait se moquer de lui-même ou de ce qu'il voit. Pour preuve, Découpé en tranches qui me semblent contenir tout ce qu'il fait de mieux et qui reste pour moi son meilleur album. D'ailleurs, dans les dialogues d'Une Histoire d'hommes, les traits d'humour font mouche et son personnage de Franck, batteur bourrin à l'auto-dérision affirmé est – malgré certaines traits caricaturaux (mais c'est le cas de tous les personnages dans ce récit) - l'un des plus réussi. Suis-je un lecteur aigri comme m'avait si bien dit un gentil un gentil troll dans ma chronique de 3 secondes ? Peut-être. Mais j'attends d'une lecture qu'elle me retourne un peu, qu'elle me transporte. Là, j'ai vu un bel exercice de style, une histoire bien racontée mais pas plus. Du coup, cet album est donc à la fois une lecture plutôt agréable mais également une source de frustration. Malgré mes remarques, Une histoire d'hommes est un livre réussi et assez fin sur les relations d'amitié. Cependant, on pouvait s'attendre à une vraie claque de la part d'un auteur de la classe de Zep. Nous avons seulement le livre phare d'un nouvel éditeur. Bon... Je remercie Decitre pour la découverte de cet album. N'hésitez pas à consulter la fiche auteur et la fiche album. A lire : les chroniques de Mo' et de Ginie sur B&O
unehistoiredhommes_couvUne histoire d'hommes (one-shot) Scénario et dessins : Zep Editeurs : Rue de Sèvres, 2013 (18€) Public : Adultes Pour les bibliothécaires : bon, c'est Zep quoi ! Peut-être un outil intéressant pour faire passer les amateurs de BD classique à une BD un peu plus exigeante.
 

8 réflexions au sujet de « Chronique | Une histoire d’hommes (Zep) »

  1. Je n’ai pas encore écrit ma chronique mais je te rejoins sur le fond, bien que je n’ai pas eu ta déception. Un beau roman graphique qui ne révolutionne pas le genre certes mais qui m’a aussi fait penser au travail de Jim : Ce genre d’histoires de trentenaires /quadra qui réfléchissent à leur vie et qui s’inscrit en totale opposition avec des œuvres précédentes. Perso, j’apprécie assez.
    La promotion du titre est grande et d’après ce que je constate en terme de vente, ça va être un flop. Il a été vendu, survendu comme un album de ZEP, papa de titeuf, et pour autant, le public visé est selon moi confidentiel. Rue de Sèvres a peu parié gros avec ce titre…

    1. Roman graphique, roman graphique c’est vite dit 🙂
      On peut toujours discuter du terme. Bon Ok c’est en noir et blanc et ça parle de l’intime mais comme je le disais dans ma chronique c’est plus proche de JC Denis que de Fred Peeters.
      Pour moi, ça reste plus proche de la BD classique.
      Je n’ai pas dit que je n’appréciais pas le genre, juste que je ne trouve plus ça très original. 10 ans avant j’aurais fait une super chronique dessus. Aujourd’hui c’est d’une banalité…
      Quoi que… je trouve vraiment que ça manque de force. Il a le pathos un peu facile je trouve.

      Après, je ne sais pas. Tu es bien mieux placé que moi pour le savoir. Je me dis que ça peut permettre de faire découvrir une autre forme de BD à des lecteurs non habitués. Bon je rêve sans doute car j’ai échoué à faire découvrir le manga d’auteur à des fans de BD franco-belge alors…

  2. Bon, j’ai vraiment bien aimé de mon côté. Par contre, je suis totalement d’accord avec vous deux sur le fait que cette histoire ne révolutionne pas le genre. Pas lu le « Découpé en tranches » auquel tu fais référence mais ça ne saurait tarder vu que tu as titillé un point sensible ^^
    Par contre, ce que j’apprécie, c’est qu’un auteur accepte de se mettre autant à poil. Parce que oui, il a effectivement une place bien assurée dans les albums de « gros nez » mais par contre sur ce registre, je pense qu’on est nombreux à l’avoir attendu au tournant et qu’il est loin de décevoir. S’il s’agissait d’un album d’un jeune auteur, on aurait crié haut et fort que c’est un talent à surveiller.
    Globalement ce que tu dis, c’est que quand on a fait ses preuves et que l’on est reconnu pour un genre d’albums, mieux vaut s’y cantonner ? 😛

    1. Rooooh, je suis choqué par ta dernière phrase que je sens volontairement polémique 🙂
      En plus, je n’ai pas écrit ça… du tout.
      Mon point de vue est que quand on est un auteur de la classe et du talent de Zep, se contenter de reprendre des schémas vieux de 10 ou 20 ans, c’est juste dommage voire raté. Pour moi cet album manque clairement d’une petite étincelle d’originalité et même d’émotion pour que l’on dépasse le très classique « tranche-de-vie ».
      Après, on peut se contenter d’attendre des reprises de reprises de reprises. Mais bon, on va vite s’ennuyer dans la BD franco-belge (déjà que… bref). Je ne nie pas la qualité de réalisation, juste ce manque de prise de risque dans le récit. Vouloir faire de la BD pour adultes légitimes, pourquoi pas ? Moi je m’en fous qu’il fasse du gros pif ou de l’underground, tant qu’il me surprend et me titille un peu l’imagination. En toute honnêteté, toi qui lis pas mal d’albums de ce genre, est-ce qu’à un moment donné tu as eu une réelle surprise dans le déroulement du récit ? C’est très bien réalisé et j’entends bien l’idée que si c’était un jeune auteur, on se dirait « pas mal c’est à suivre ». Sauf que ce n’est pas le cas et ça fait toute la différence. Comme je l’écrivais, on peut tout à fait prendre l’album seul et se dire qu’il est pas mal ou le regarder par rapport au passé de l’auteur, à l’évolution de la BD depuis 1980 et se dire qu’il n’apporte pas grand chose. Personnellement, j’opte le plus souvent pour la 2e solution quand je rédige une chronique… enfin, j’essaye au moins.

      Et S’il s’agissait d’un jeune auteur, on ne crierait rien du tout car on n’en entendrait même pas parler dans la vague de nouveauté de la rentrée.

      C’est bon, j’ai bien mis les deux pieds dans ta polémique 🙂

  3. 😀

    Alors oui, j’ai été surprise non pas par l’orientation du récit mais par la manière dont il avait traité son sujet. Je ne m’attendais pas à ce qu’il fouille autant le côté psychologique des personnages. Je ne l’imaginais pas les mettre autant à nu et je n’ai finalement pas vu venir les choses concernant le père. Sincèrement. Donc oui, en cela, je trouve que Zep a bien mené son sujet parce que la fin n’était pas si évidente que ça. Après, ce n’est que mon point de vue hein ^^ Et même si effectivement, cette question des quadra qui marquent un temps d’arret pour regarder un petit coup dans le rétro a déjà été traitée (j’ai souvent pensé à l’album de davodeau pendant ma lecture), je trouve qu’il y a une grande part de sincérité dans le scénario de Zep. Je n’ai pas fini en pleurs à la fin de l’album mais quand même, je ne peux pas dire que cet album a glissé comme une tranche de vie banale

    (c’est cool, une battle ^^)

    1. Bon, on entre tous les deux dans le domaine du ressenti.
      Hormis Yvan, je n’ai pas trouvé les personnages véritablement fouillé du point de vue de la psychologie. En fait, ça m’a plutôt fait penser aux trois mousquetaires (qui étaient 4 bien entendu) avec chacun un caractère (des caractéristiques) très affirmé. Il joue un peu chacun un rôle déterminé. Les relations humaines sont un petit peu plus subtile que : le gros rigolard un peu lourd (Franck/Portos), le mec mesuré (JB/Aramis), le sombre (Yvan/Athos) et le 4e qui est dans le groupe mais un peu en dehors (Sandro/D’Artagnan).
      Enfin, je reste sur mon idée d’un canevas déjà bien établi. Après, il remplit bien l’ensemble mais ça reste un canevas.

  4. Je n’avais pas fait le parallèle avec les Mousquetaires mais effectivement, c’est bien vu !
    Bon, j’entends tout ce que tu me dis mais de mon côté, cette lecture m’a remuée. J’étais surprise de constater, en fin de lecture, que j’avais la gorge serrée au moment où les 3 mousquetaires sont repartis pour la France, laissant ainsi d’Artagnan seul avec sa célébrité… mais sa nostalgie aussi

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