Simplicité du complexe… ou l’inverse ?

American Splendor - Anthologie. Volume 1/3 (scénario d'Harvey Pekar, dessins de Robert Crumb, Gary Dumm, Gerry Shamray, Greg Budgett et Kevin Brown ; éditions çà et là)

En ce moment, je fais dans l’historique. Non pas la BD historique parce que ce n'est pas ma tasse de chocolat (je n'aime pas le thé désolé) mais je me penche sur les "grands ancêtres" de l’art séquentiel. Cette semaine, j’avais le choix entre un mangaka et un auteur underground… L'américain a gagné le pile-ou-face, je garde donc l’autre sous le clavier et la surprise pour la semaine prochaine.

Donc Harvey Pekar et l’anthologie American Splendor volume 1 (3 sont prévus par les éditions ça et là)…

Mon parcours de bédéphile amateur a rencontré Harvey Pekar lors de l’édition en français de The Quitter (Le dégonflé) en 2007 par Panini. C’est Hector, confrère et ancien chroniqueur d’IDDBD, qui nous en avait fait ici la chronique. Eminent spécialiste de comics (et de tout un tas d’autres choses), il avait été dithyrambique concernant l’œuvre de ce talentueux scénariste de la BD américaine. Et, comme très souvent (nous n’évoquerons pas la notion de roman graphique aujourd'hui), il avait raison.

American Splendor est avant tout l’histoire d’une rencontre entre un petit fonctionnaire américain, lettré, amateur et critique de jazz avec la bande dessinée underground durant les années 60. Surpris par l’approche nouvelle de ce courant et les possibilités narratives offertes par ce média, Harvey Pekar décide de poser sur le papier ses premières histoires. Encouragé par Crumb, à l'origine de sa vocation, il s’auto-édite en 1976 avec des planches signées Gary Dumm, Gerry Shamray, Greg Budgett, Kevin Brown et évidemment Robert Crumb, déjà pape de la BD underground. Le succès n’est pas immédiatement au rendez-vous, comme souvent avec les choses novatrices, mais l’importance de l’œuvre de Harvey Pekar est déjà fondamentale.

Si aujourd’hui, les autobiographies en BD sont légions, parfois au détriment d’une certaine imagination (mais ce n’est que mon point de vue personnel), c’est beaucoup moins le cas en 1976. Harvey Pekar se raconte à Cleveland : son boulot, son divorce, ses amours, ses passions, ses pulsions, ses folies, sa ville, son environnement, ses rencontres… Rien n’est laissé au hasard.
Navigant entre un monde ouvrier dont il ne voudrait surtout pas s’éloigner et un univers d’intellectuel où il ne sent pas à sa place, Pekar retranscrit cette différence dans ses récits et impulse une nouvelle façon de faire de la BD en ouvrant un champ d’action inédit. Sans détour ni ménagement parfois même avec violence, il dresse son propre portrait mais également celui d’une amérique désenchantée, moins fière de ses symboles et revenue de sa culture. Une amérique perdue ? Un homme perdu ? Non pas autant qu'il n'y parait. Harvey Pekar, américain moyen, vit et survit dans un monde qu’il observe d’une manière différente mais véritablement réfléchi, tout comme la plupart de ses choix personnels.

Hormis son héros (qui parfois change de nom), ne cherchez pas de liens entre les nouvelles de cette anthologie (regroupant des histoires parues entre 1976 et 1982). Là encore, ces histoires ont l’air d’avoir été écrites comme un journal intime, sans recul de temps, "à chaud". Cette immédiateté les rend différentes dans le ton, dans la manière de les construire mais aussi dans leur importance. Impression renforcée par les différents graphismes dus aux changements de dessinateur. Parfois fondamentales pour comprendre l’homme Pekar, parfois totalement anecdotiques et humoristiques, elles illustrent parfaitement sa devise : « La vie ordinaire, c’est un truc assez complexe ».

Pas mieux.

A lire : les chroniques d’Hector sur IDDBD consacrée The Quitter et sa chronique du Best Of American Splendor.
A voir : le site et le blog des éditions çà et là
A voir : le site des éditions Cornélius qui préparent un volume spécial de l’intégrale Robert Crumb aux années American Splendor
A voir : les images du film American Splendor sortis en 2003.

10 réflexions au sujet de « Simplicité du complexe… ou l’inverse ? »

  1. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=c9471dcc6ce724a98bd6f01a1267323c&size=40"&gt; Si ça peut te rassurer Loula, je n'aime pas le café non plus ^^ Je sais pour un fonctionnaire c'est surprenant, mais en contrepartie je mange beaucoup de chocolat…Pour Mike, merci de ce joli compliment.Pour tout avouer, comme toi, j'avais pas mal de difficulté à exprimer mon ressenti. C'est à la lecture de plusieurs articles sur Harvey Pekar et son œuvre que j'ai réussi un peu à analyser ces sensations.J'insiste encore une fois que cette œuvre est essentielle dans la compréhension de la BD américaine contemporaine. Vraiment.

  2. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=571beabe45cffd18df07c6de4b347b97&size=40"&gt; Oulalaaah, ça fait plaisir ça.Un hommage sur un autre blog, cela n'est pas si courant. J'apprécie à la juste valeur.Merci en tous cas David pour cette note qui permettra sans doute à Mr Pekar de trouver encore quelques lecteurs français supplémentaires.C'est avec plaisir pour ma part que j'achèterai sans doute ce volume.

  3. C'est pas ce lien ou alors…<img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=571beabe45cffd18df07c6de4b347b97&size=40"&gt; Hey !Après (re)lecture des redirections vers mes notes que tu proposes, je m'apperçois que tu diriges vers "the Quitter"sur IDDBD, au lieu de "American splendor".Or j'avais rectifié sur votre blog (5 Juin 2007) mon ancienne chronique du blog d'Hector. (car c'était un peu compliqué.)Le lien est là, et c'est beaucoup plus pertinent je pense que le plus vieux lien du blog d'Hector :http://iddbd.canalblog.com/archives/2007/06/05/51…Si tu peux préciser dans ta note les 2 liens IDDBD : > 1 "The Quitter", > 2 : "Best of american splendor", on gagnera en clarté je pense.Thanks pal !

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