Archives par mot-clé : Vertige Graphic

L’info du jour : Cerebus de Dave Sim enfin publié en France

dave_sim_high_society_cerebus300 numéros étalés de 1977 à 2004, plus de 6000 pages et une œuvre culte de la BD indépendante nord-américaine. Voilà enfin en France, Cerebus, roman graphique iconoclaste et surprenant du canadien Dave Sim. Durant plusieurs années, l'auteur avait refusé toute traduction. Seul les imbéciles ne changeant pas d'avis, c'est avec bonheur que Vertige graphic adapte en français High Society, le second volume de l'oryctérope le plus célèbre (et sans doute le seul) de la bande dessinée. Dans le monde imaginaire d'Estarcion, Cerebus est un personnage haut en couleur, parfois pape, mercenaire, politicien, tenant de bar ou simplement messie... Bref, Cerebus : High Society est dans les bacs depuis le 26 août 2010, alors ne le ratez pas ! A voir : les 30 premières pages en preview sur BD Gest'

Un monde de différence

(scénario et dessin d’Howard Cruse, Vertige Graphic, paru en France en 2001, paru aux USA en 1995).

Dans les années 60, Toland Polk vit dans une petite ville (imaginaire) du sud des Etats-Unis. Jeune homme de la classe moyenne américaine, il baigne dans la violence ordinaire faite aux noirs et comme beaucoup n’en a malheureusement pas vraiment conscience. Pourtant en grandissant, lui aussi est obligé d’assumer sa différence. Homosexuel, il découvre l’injustice et les combats à mener. Si beaucoup de bande dessinée se nomme à tord « roman graphique », ce n’est pas le cas de ce petit chef d’œuvre à l’histoire dense et profonde. L’histoire de Toland Polk est aussi celle du combat pour les droits civiques des minorités noirs et homosexuelles. Les rencontres, les discussions et les expériences de ce héros contribuent à forger sa conscience et ses idéaux. A travers ce long récit et ce personnage, c’est la grande histoire qui nous parle, un témoignage important pour une reconnaissance qui ne l’est pas moins.

Aidé par un dessin en noir et blanc rappelant Crumb, Un monde de différence est un album indispensable. L’atmosphère magique, enfumée et teintée de blues de certains passages ne nous fait pas oublier l’essentiel.

A lire : la très bonne analyse sur BDParadisio A méditer : la notion de roman graphique sur wikipedia

Gen d’Hiroshima

(scénario et dessin de Keiji Nakazawa, éditions Vertige graphic) Il y a quelques semaines, IDDBD vous parlait de Maus, le témoignage en bande dessinée d'Art Spiegelman sur l'extermination des juifs par les nazis. Ce même Spiegelman a préfacé un manga japonnais, Gen d'Hiroshima, qui constitue certainement l'un des témoignages les plus poignant et terrifiant qu'il m'ait été donné de lire sur le bombardement atomique d'Hiroshima, le 6 août 1945. Certes, le trait fait débat. Les puristes regretteront le style manga des années 70 (époque de la première publication, au Japon, de Gen aux pieds nus). Des coups de poings caricaturaux (avec d'énormes bosses qui apparaissent subitement...), des postures étranges lorsque les personnages sautent de joie, etc... Mais bon, il vous faut absolument dépasser ce qui se révèle, en définitive, un atout : le décalage entre le dessin un peu naïf (ou tout au moins exagéré parfois) et le propos renforce ce dernier et amplifie le malaise qui nait de la lecture de cette oeuvre majeure (10 albums, 2700 pages en tout...). Le premier tome présente la vie de Gen, un jeune garçon de 10 ans, et sa famille à Hiroshima, durant les derniers mois de la seconde guerre mondiale. Personnellement, je n'avais jamais réalisé que si nous fêtons en Europe la fin de la guerre le 8 mai, le conflit avait duré bien au-delà au Japon. La vie des japonnais est alors misérable, surtout lorsque, comme le père de Gen, on est un pacifiste convaincu, seul au milieu d'une société hyper-militarisé. Chaque jour est une lutte pour trouver de la nourriture, ne pas se faire arrêter par la police, ne pas se faire enrôler dans l'armée pour aller mourir en martyr quelque part dans le Pacifique ou la mer de Chine... Puis vient l'explosion de la bombe atomique. L'horreur. Un flash, une chaleur intense, la dévastation du souffle puis l'incendie, les radiations, les morts et, pire que les morts, les survivants dont certains voient leur peau fondre sur eux... Gen a eu de la "chance" (si l'on peut dire) dans le terrifiant malheur qui accable Hiroshima : il n'a perdu que son père, sa soeur, son petit frère... et ses cheveux. Mais l'enfer ne fait que commencer pour les hordes de rescapés : vomissements, brûlures, malnutrition, violence, mépris et cynisme de l'armée japonnaise. Le tableau est véritablement apocalyptique et se déroule, là, sous nos yeux... Gen d'Hiroshima est, au même titre que Maus, une oeuvre essentielle. On n'en sort pas intact et le regard que l'on porte sur les Etats-Unis, le nucléaire, la guerre ne peut plus jamais être le même. Aussi, dépassez vos préjugés et lisez, lisez, lisez Gen d'Hiroshima. Ne serait-ce que pour savoir à défaut de ne pas oublier...   A lire : la chronique d'Océane Brunet sur Parutions.com