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Chronique | Wanted (Millar & Jones)

Petit employé harcelé par sa patronne, cocufié par son meilleur ami, souffre douleur d'une bande de rue, Wesley Gibson mène une existence qu'il qualifie lui-même de merdique. Mais un jour, Fox débarque dans sa vie et lui apprend la vérité. Il est le fils d'un super-vilain et doit hériter de son père qui vient de se faire assassiner. Mais pour toucher plusieurs millions de dollars, il lui faut devenir à son tour un super-méchant. Pas facile quand on a été militant pacifiste et victime toute sa vie...

Fuck Superman

Ami de la poésie, arrêtez tout de suite de lire cette chronique et ne prenez même pas le temps d'ouvrir ne serait-ce que la page de titre de ce one-shot ! Sachant qu'un joli doigt vous attend dès la premières planches et que put*** est le mot le plus utilisé dans cet album, vous comprendrez que je ne vous le conseille pas. Je ne m'en suis jamais caché. La bande dessinée super-héroïque n'a jamais été ma tasse de thé. Même si on ne peut que reconnaître la grande évolution des super-héros depuis les années 80 avec notamment des auteurs de grands talents comme Alan Moore, BM Bendis, Frank Miller, c'est un genre qui, par son manichéisme un peu trop prononcé et sa bonne morale, ne m'a jamais transporté. J'ai eu beau lire les Strange de mes grands-frères quand j'étais plus jeune, j'en suis resté là, peut-être à tord. Mon intérêt pour la BD américaine n'est venu que plus tard avec des auteurs comme Seth, Harvey Pekar, Crumb et bien sûr Spiegelman. Et c'est sans doute pour ça que j'ai pris un put*** de pied avec cet album ! Wanted est de la même trempe que des séries comme Transmetropolitan ou Preacher. On y retrouve la même irrévérence pour les figures héroïques de la culture populaire américaine. Mark Millar et JG Jones s'attachent à perpétrer la tradition de leurs petits camarades de jeu. Ainsi graphiquement, on retrouve le style plutôt académique du mainstream avec une composition qui met à l'honneur l'action et le rythme. Le scénario quant à lui est ponctué de guerre des gangs et de jeu à celui qui sera le plus pourri. C'est comme souvent dans ce cas, un concours de celui qui aura la plus grosse. No comment.

Sous le crado, le père...

Mais là encore, Mark Millar joue avec les codes pour nous permettre de voir dans cette suite de coup de feu et de mots ordurier quelque chose de bien plus intéressant. Il faut gratter le gras et le visqueux pour découvrir un peu de brillant. Déjà, au premier niveau de lecture, Wanted est un défouloir et sur ce point, c'est une vraie réussite. Qui n'a pas eu envie un jour de mettre des claques au super-héros ? C'est chose faite avec cet album. Ensuite, Wanted n'est pas qu'une suite de bagarre, c'est aussi une jolie parabole sur l'éducation et son héritage. La première partie de l'album correspondant à l'apprentissage de Wesley se révèle être un moment intéressant malgré toute sa violence. Élever par sa mère dans un souci de respect des codes sociaux, le voici rééduquer pour développer ses dons naturels en devenant une machine à tuer. Ainsi, on voit le processus qui lui permet de prendre conscience de ce qu'il est véritablement. Mais est-il un tueur né ou s'agit-il simplement d'un lavage de cerveau digne des plus belles pages de l'histoire de l'endoctrinement ? That is the question comme disait Rambo ! Qui est le plus heureux, celui qui respecte ou celui qui transgresse ? Je vous laisse découvrir la réponse. Wanted porte également un point de vue intéressant et pour le coup à 200 millions d'années lumières d’œuvres comme Little Star, Le fils de son père ou Chaque Chose. Ici, on parle de la paternité d'un super-vilain, du cas de conscience et de l'amour presque impossible que cela suppose. Et comment s'en sort-il ? En lui proposant de devenir comme lui ! Le pire des pères qui impose sa façon d'être ! La paternité d'un méchant est un angle d'attaque qui, à ma connaissance, n'avait jamais été abordé dans une bande dessinée (hormis peut-être le Peter Pan de Loisel). Évidemment, on pense à Darth Vador mais je ne sais pas si le rapprochement est valable pour le coup.

Méchant contre méchant

Si la partie « apprentissage » est bien plus jouissive qu'à l'accoutumée, en général chez les super-héros la découverte des pouvoirs est une période plutôt laborieuse pour tout le monde, ce one-shot souffre malheureusement d'une chute de rythme et retombe un peu trop rapidement dans un schéma « superhéroïque » plus classique. Car après le temps de je-deviens-un-méchant vient celui de l'affrontement. Affrontement un peu spécial entre moins pourri et plus pourri, encore un peu manichéen même si, pour le coup, il n'y a que le côté méchant qui joue. Je regrette un peu cette chute et aurait aimé un scénario moins conventionnel qu'on aurait été en mesure d'attendre au vu du départ même si les rebondissements spectaculaires ne sont jamais très loin dans cet album. Quant à la fin, elle est à la hauteur des espérances de départ, originale quoiqu'un peu démago. Wanted est donc un album qui se situe entre la vague mainstream et la bd d'auteur. A la hauteur de ses petits camarades de jeu comme Preacher ou Transmetropolitan, c'est un album absolument jouissif et défouloir qui permet par le biais de clin d'oeil bien placé de mettre un peu en boîte les héros populaires de la bd américaine. Il souffre toutefois d'un petit essoufflement en cours de récit. Mais c'est un album qui vaut le détour pour son côté transgressif. Pour lecteur averti et si possible non-psychopathe ! A lire : la chronique de Scifi-Universe et du blog La Loutre Masquée A découvrir : une présentation en parralléle du film et du comics sur le Figaro A noter : Cette chronique s'inscrit dans le Reading Comics Challenge de Mister Zombi
scénario de Mark Millar dessins JG Jones et Dick Giordiano couleurs Paul Mounts Edition : Delcourt, Collection Contrebande (2008) Edition originale : Top cow Productions (2005) Public : Adulte, lecteurs avertis Pour les bibliothécaires : Un One-shot à avoir dans une collection BD US de qualité. A éviter pour les petites structures avec des lecteurs un peu "pointilleux"