Archives du mot-clé thriller

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Wet moon T1 (Atsushi Kaneko)

Dans le Japon des années 60, le jeune inspecteur Sata revient d’une longue période d’absence. Qu’est-il arrivé ? Il ne le sait plus très bien. Il se rappelle de cette femme, accusé du meurtre d’un ingénieur fabriquant des modules pour un étrange programme spatial. Mais avec ce bout de métal dans son cerveau, il n’est plus sûr de rien. Une enquête entre hallucination et réalité. Continue la lecture

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Prophecy (Tetsuya Tsutsui)

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Au Japon, la jeune et séduisante lieutenant Yoshino est à la tête d’une brigade de police spécialisée dans la cybercriminalité. Un jour, son équipe remarque une vidéo postée sur Youtube par dénommé Paperboy. Il y annonce des punitions à l’encontre de personnes amorales, toutes ont un point commun, leur histoire a fait le buzz sur internet. Après avoir pris les menaces de Paperboy avec légèreté, le lieutenant Yoshino comprend qu’il n’est pas qu’un simple excentrique derrière son écran.

Freeters mon héros

Freeters. Drôle de terme, non ? Ce mot venant de l’anglais « free time » (temps libre) et de l’allemand « frei arbeiter » (travailleur libre) désigne les jeunes travailleurs japonais cumulant les petits boulots et les situations précaires. Apparu à la fin des années 80, il évoque plus largement cette frange de la population japonaise qui, volontairement ou involontairement, s’est retrouvé exclue du fameux modèle nippon. Je vous invite à découvrir le très bon documentaire Tokyo Freeters de Marc Petitjean sur ce sujet. Dans ce film, nous découvrons les conditions de vie de ces jeunes. Exploités dans des petits boulots journaliers, souvent considérés comme des parasites, parfois sans domicile, ils hantent ces cybercafés où l’on peut, pour quelques heures, dormir, manger voire prendre une douche… Des endroits qui sont au cœur de l’intrigue des 3 volumes de Prophecy.

Extrait de Tokyo Freeters de Marc Petitjean
Extrait de Tokyo Freeters de Marc Petitjean

Car, au-delà des questions habituelles des thrillers sur l’identité ou le mobile du criminel, c’est surtout l’approche sociétale de Tetsuya Tsutsui qui présente ici un véritable intérêt. Un peu comme d’habitude serions-nous tentés de dire avec cet auteur. Outre les freeters – véritable objet de débats  au Japon – on retrouve dans cette œuvre ses thèmes habituels comme Internet, les technologies de la communication, la violence du système. Si ses personnages restent toujours des exclus prenant la place d’une société incapable de réparer ses erreurs, Tetsuya Tsutsui va cette fois-ci plus loin en dénonçant les dérives de ce monde de la communication. Grosso-modo, il met l’internaute, et souvent ses propres lecteurs car il est lui-même issu du monde du web, face à ses propres contradictions. Vous savez, le fameux web 2.0 qui, derrière les écrans et l’anonymat qu’ils procurent, balance en pâture les plus faibles, les plus maladroits et transforme les moutons en loups. Ainsi, Paperboy, son héros qui porte à la fois le titre de livreur de journaux (boulot de freeter par excellence) et du célèbre héros d’un jeu vidéo éponyme, joue avec eux, avec la rapidité de leur réaction et en profite aussi pour mettre en place un plan qui dépasse l’imagination des policiers qui le poursuivent.

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Cependant, même si le scénario est plutôt bien construit, distillant peu à peu des informations, il n’en reste pas moins des plus classiques avec des forces de l’ordre qui ont toujours un coup ou deux de retard. Et c’est là que l’auteur déçoit le plus. Lui qui fut loué pour son indépendance et ses productions souvent décalées et sans concessions (cf Reset ou Duds Hunt), propose ici une histoire certes efficace mais intégrée dans un schéma trop bien établi. Il choque tout en restant politiquement correct, jouant parfois sur des clichés bien éculés (ah le fameux politicard gras et profiteur). Bref, malgré un sujet des plus pertinents, la prise de risque est minimum. Est-ce lié à l’entrée de l’auteur dans le sérail des grandes maisons d’éditions japonaises ? Je suis bien incapable de vous répondre. Cependant, au vu de l’historique de l’auteur, on pouvait s’attendre à mieux. Ici, on a juste une œuvre intéressante mais pas vraiment inoubliable.

Prophecy-couv1Prophecy (3 volumes, série terminée)
Dessins et scénario : Tetsuya Tsutsui
Editions : Ki-oon, 2013

Public : ados, adultes
Pour les bibliothécaires : Pas génial mais l’avantage d’être une série courte et efficace

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Chronique | Soil (Kaneko)

Dans la petite ville de Soil Newtown, la famille Suzushiro a mystérieusement disparu. Le capitaine Yokoï et le lieutenant Onoda du commissariat de Kamikawa sont appelés sur les lieux. Mais ce qui pourrait être une enquête classique se transforme, devant l’accumulation de preuves et de pistes étranges, en un case-tête menant dans les secrets de la ville.

Chronique d’un jeu pour les grands

Parfois, je trouve qu’il y a des instants privilégiés pour rédiger des chroniques. Dans la foulée d’une lecture lorsque nous sommes encore dans l’enthousiasme ou quelques jours après quand il s’agit de trouver des arguments… Et puis ces heures qui correspondent à l’atmosphère spécifique d’un livre. Je commence cette chronique au moment où la plupart des gens se couchent. Au début de la nuit, l’heure des loups comme on dit, quand chacun retrouve son petit univers, au moment où les songes se confondent encore un peu avec la réalité.

Il n’y a pas de meilleurs moments pour apprécier Soil. Cette ville de province, une ville nouvelle, pure création d’entrepreneurs qui l’ont depuis abandonnée, est un terrain de jeu idéal créé par l’imagination d’Atsushi Kaneko. Sorte de « monde idéal » où on n’est pas surpris de croiser la famille Ricoré de la publicité entourée de leurs gentils voisins prévenant et sympathiques. Chacun est gentil, respecte les lois et les règles de la communauté sous la houlette du délégué des habitants. Oui, ce Japon est idéal.

Et c’est justement pour cette raison que Soil est un plateau parfait pour développer cette histoire. Tenez-vous prêt à jouer car un souffle suffit et l’équilibre se brise. Pour le lecteur, tourner un page sera déjà bien suffisant pour déclencher les catastrophes dans les méandres de rues rectilignes de cette ville-décor où les secrets anciens et les rancunes cachées sont un terreau d’indices et de soupçons en tous genres. Dans Soil, tous les personnages sont des suspects, tous ont leur part de mystères.

Un monde multi-face

Dans l’univers des mangas barrés, Soil n’est pas un simple faire valoir. Cette histoire pourrait être un pur polar, un récit fantastique ou d’horreur, une chronique sociologique du japon, un roman noir, un thriller terrifiant voire une bluette pour ados… Elle est tout ça à la fois sans incarner un style en particulier. Astushi Kaneko prend divers éléments de ces catégories et en fait un grand plat non pas indigeste mais déroutant. Il explore toutes les pistes pour rendre une œuvre d’une richesse rare pour ce genre de récit. On se perd dans les méandres d’une imagination qui utilise toutes les possibilités offertes. La ville de Soil est un phénomène, un monde parfait qu’Atsushi Kaneko va prendre un malin plaisir à démonter pièce par pièce… comme un enfant qui rit aux larmes en cassant ses jouets.

Et dans le rôle de Ken et Barbie : deux policiers tout à fait opposés. Le capitaine Yokoï (dit Moumoute) est un vieux policier cynique, crade, passant la plupart de son temps à poser des questions sur la vie sexuelle de sa partenaire en se grattant tout ce qu’il est possible de se gratter sur un corps humain. Être pas forcément très sympathique au premier abord. Barbie c’est le lieutenant Onoda (dite La mocheté) : jeune policière timide en mal de reconnaissance, sa vie civile est un désastre complet. Elle est tenace et prête à tout pour résoudre l’énigme de Soil.

Ces deux personnages sont à l’image de cette histoire, tout à fait prêt à s’en prendre plein la figure. Ce qui ne va évidemment pas tarder. Ils vont être tour à tour perdus, nous aussi, exaltés, nous aussi, en danger, nous aussi. Parfois, ils vont même disparaître sans prévenir avant de nous faire signe quelques chapitres plus loin. Nous n’avions rien vu. Bienvenus dans le jeu ! La construction à multi-facettes de cette histoire se révèle diabolique et elle ne vous permettra jamais de prendre toute la mesure des événements. Bien entendu, je ne vais pas trahir le mystère de cette enquête. De toute manière, les 6 premiers volumes n’apportent que des éléments bien obscurs. Des réponses, certes, mais aucunes qui vous permettraient de résoudre cette affaire… ou alors vous êtes dans la tête de l’auteur… Et franchement, dommage pour vous !

Côté graphisme, le dessin d’Atsushi Kaneko est très plaisant. Il s’éloigne très légèrement des canons habituels du manga en adoptant un trait plutôt réaliste et épais qui correspond parfaitement à l’univers particulièrement pesant de cette série.

Vous l’aurez compris à la tombée de la nuit, je ne peux que vous conseiller cette lecture qui vous entrainera dans une enquête et un monde particulier, renfermé sur lui-même, où la ville est un gigantesque terrain de jeu, voire un personnage particulier, pour la folie créatrice de l’auteur. Une vraie bonne claque à la hauteur d’un Monster ou d’un Dragon Head. A lire… mais âmes sensibles s’abstenir !

A lire : la chronique du tome 1 sur Imaginelf et la critique de du9
A voir : la présentation vidéo sur le site d’Ankama, l’éditeur français de Soil

Soil (7/11 tomes parus)
Scénario et dessins : Atsushi Kaneko
Edition : Ankama, 2011 (8,55€)
Collection : Kuri-Seinen
Edition originale : Enterbrain

Public : Ados-adultes
Pour les bibliothécaires : une série relativement courte (11 tomes) et prenante. Une bonne série pour les adultes.

 

 

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Dimanche K.BD : Torso

Comme chaque dimanche, l’équipe de K.BD vous invite à découvrir sa nouvelle synthèse. Cette semaine, nous terminons notre mois à thème consacré aux serials killers avec Torso de Brian Michael Bendis et Marc Andreyko. Et c’est moi qui m’y colle pour la synthèse (ça m’a permis de me rattraper de la déplorable chronique faite à l’époque, mon dieu j’ai honte !)

Bref, si vous aimez l’histoire, voici le récit « presque » véridique du premier tueur en série américain. C’est par ici.

Pour retrouver les chroniques d’IDDBD consacré aux oeuvres de Bendis c’est ici !

Dimanche KBD : Monster

Encore un beau dimanche et comme chaque dimanche le collectif KBD vous propose une nouvelle synthèse.

Aujourd’hui c’est le docteur Tenma qui vous donne rendez-vous pour LE thriller manga : le très fameux Monster de Naoki Urasawa, une histoire de serial-killer comme on les aime !

>>>Pour retrouver les chroniques des oeuvres de cet auteur génial sur IDDBD c’est par ici<<<

>>> Et pour nous rendre visite sur KBD c’est par là ! <<<

Chronique | Do androids dream of electric sheep ?

d’après le roman de Philip K.Dick
Adaptation : Tony Parker
Editions : Emmanuel Proust (2011)
Collection : Atmosphériques
Edition originale : Boom ! (2010)
Public : Amateur de science-fiction et des oeuvres de Philip K.Dick
Pour les bibliothécaires : Une adaptation assez réussie (pour une fois), 3 volumes prévus donc série indispensable à mon avis. (17,90€)

« A l’origine, j’avais un véritable mouton. »

Après le cataclysme nucléaire, seuls quelques hommes vivent encore sur Terre… comme Rick Deckard, de la brigade spéciale des chasseurs de primes. Rick, ce tueur qui poursuit un rêve : remplacer son mouton électrique par un animal vivant… Mais sa rencontre avec la belle Rachel, une androïde Nexus-6 à l’intelligence supérieure, bouscule ses convictions, et va le conduire à s’interroger sur la différence entre l’homme et la machine, la manipulation, et la réalité.

Si ce pitch vous rappelle vaguement quelque chose, c’est normal. Do Androids dream of electric sheep ? est le roman qui fut adapté au cinéma par Ridley Scott en 1982 sous le titre Blade Runner (avec Harrison Ford). Malgré son succès mondial, les amateurs du roman de Philip K.Dick virent dans ce film une pâle copie de l’original. Comme souvent dans les adaptations, les choses avaient été simplifiées, les détails éliminés, les reliefs du scénario aplanis. Mais comment rendre l’ampleur de ce chef d’œuvre de la littérature ? Comment se mettre au niveau d’un des plus grands auteurs de la science-fiction, d’un des plus grands auteurs du 20e siècle ? Difficile.DADOES_02

Alors la BD peut-elle réussir là où le cinéma a relativement raté son coup ? Peut-être. On ne pouvait pas réécrire le texte sans en perdre sa qualité ? Alors Tony Parker ne se contentera « que » de l’illustrer. Oui, vous me comprenez bien, les textes lus dans cette BD, les dialogues, les cartouches sont TOUS de l’auteur original dans une traduction de 1996.

Ça marche ? Oui. Le texte de Philip K.Dick trouve un nouvel écrin dans la bande dessinée et même si les premières pages sont surprenantes, on se retrouve vite à se délecter du style, à se faire transporter dans la vie crasse de Rick Deckard. La magie opère et les pages se tournent lentement, très lentement pour une bande dessinée. On se rend alors compte du génie visionnaire de l’auteur : la disparition des espèces animales, le danger nucléaire, la solitude, les rêves consuméristes, le rejet de la différence, l’abandon des faibles, la puissance des grands groupes industriels, l’humanité. Les thèmes d’un texte écrit en 1968 résonnent encore dans nos esprits d’hommes du 21e siècle.

DADOES-plancheMalheureusement, le graphisme de Tony Parker – un trait mainstream très classique – n’atteint pas l’exceptionnelle qualité narrative de  Philip K.Dick. La BD étant un art de fusion entre l’écrit et le graphisme, ce bémol est important. Si les atmosphères sont plutôt bien rendues parfois on sent un vrai décalage entre les deux éléments. On se prend alors à rêver d’un illustrateur-créateur comme Ben Templesmith (30 jours de nuit, Fell)ou Dave McKean (Cages, les couvertures de Sandman) qui aurait apporté un élément supplémentaire. Mais peut-être auraient-ils gêné la mise en avant du texte ? Y’avait-il assez de place dans ce projet pour confronter des créatifs de cette trempe ? Peut-être pas.

Autre bémol, le choix de reprendre au mot près le roman de K.Dick est un choix courageux mais peut-être pas forcément très adapté à la bande dessinée. Je m’explique. Quand vous voyez (dessiné) un personnage pointant son doigt avec un air menaçant en direction du héros, vous vous doutez bien qu’il le désigne et qu’il n’est pas très heureux. C’est alors que vous lisez, dans un cartouche au milieu de la planche : « Il désignait Rick, le regard dur »… Oui merci, on avait compris. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je pense que dans les écoles de BD, ce genre de choses doit être appris dès la première année : on ne répète pas ce qui est déjà dessinée, on ne répète pas dans les dialogues ce qui est inscrit dans les cartouches (Le Soleil brillait …. « Tiens le soleil brille ! »). Je caricature à peine certains passages de dialogues. Ça hache considérablement la lecture et ne donne pas de possibilités à l’illustrateur.

Malgré ses imperfections, cette adaptation apporte un regard neuf sur cette œuvre et on prend tout de même plaisir à (re)découvrir l’un des plus fameux romans de Philip K.Dick. On saluera également le travail d’édition avec des textes originaux de Warren Ellis, Ed Brubaker, Matt Fraction et des planches superbes en fin d’album. Prévue en 3 volumes (le dernier à paraître en Août 2011), cette série est à suivre pour tous les amoureux de la grande science-fiction !

A découvrir : la fiche album sur le site d’Emmanuel Proust

A lire : la page consacré à Philip K.Dick sur Wikipedia

 

Chronique | Pluto

Pluto tome 1scénario et dessins de Naoki Urasawa
d’après Astro Boy : Le robot le plus fort du monde d’Osamu Tezuka
Editions Kana (2010)
Série en cours (5/8 prévus)
Public : A partir de 14 ans
Pour les bibliothécaires : Si vous hésitez à acheter Monster ou 20th Century Boys (parce que longues séries), Pluto peut être une bonne alternative pour tester votre public par rapport à l’oeuvre d’Urasawa. Série courte.

Robothriller

Dans un futur proche, les humains et les robots vivent en totale harmonie. Des lois ont été promulguées pour assurer une reconnaissance aux machines et aujourd’hui, ces dernières participent à la vie sociale au même titre que leurs créateurs. Les robots sont des sportifs, des femmes de ménage, des employés de bureau, des policiers ou des soldats…
Mais un jour, le puissant Mont-Blanc est anéanti mystérieusement. Au même moment, un membre du groupe de défense des lois sur les robots est assassiné. Y’aurait-il un lien entre les deux affaires ? Doute levé lorsqu’on on retrouve le même ornement en forme de cornes sur les lieux des crimes. L’enquête est alors confiée à l’inspecteur Gesicht, l’un des 7 robots les plus perfectionnés du monde… comme l’était Mont-Blanc.

Naoki Urasawa revient et c’est une bonne nouvelle ! Dans le monde du thriller, il a signé sans aucun doute les toutes meilleures séries du manga. Les noms de 20th Century Boys ou Monster ne vous sont certainement pas inconnu. Mais cette fois-ci, Urasawa s’attaque à Osamu Tezuka en adaptant une histoire d’Astro Boy : « Le robot le plus fort du monde ».

Honnêtement, je regrette de ne pas avoir lu le récit original de Tezuka avant de lire Pluto. Je regrette également de ne pas connaître assez bien l’œuvre du Dieu des Mangas pour pouvoir attraper au vol toutes les références que l’on devine au fur et à mesure de la lecture. Je regrette enfin de n’avoir dans la tête qu’une série d’animation (réussi ?) lorsqu’on évoque Astro Boy. Mais, est-ce que cela empêche d’apprécier la qualité de l’adaptation ? Non, car on retrouve encore une fois la patte magistrale d’Urasawa.pluto-urasawa-tezuka

Encore une fois, en avançant dans son intrigue l’auteur de Monster sème le trouble dans l’esprit de ses personnages et de ses lecteurs. Il nous lance sur différentes pistes, des pistes qui s’arrêtent en cours ou bizarrement se rejoignent pour en former une nouvelle. Ce labyrinthe va assurément vous perdre mais attention, chaque détail aura peut-être son importance ! Ces chemins sont également des prétextes pour découvrir la société futuriste telle qu’imaginée par les deux créateurs. Mais Urasawa intègre dans son intrigue des éléments contemporains tels que la guerre en Irak (et ses robots de destruction massif) ou encore l’intolérance anti-robot.

Autre aspect de l’œuvre, c’est la notion d’humanité. Ce thème récurrent dans les bons romans de SF est un des moteurs principaux de l’œuvre et peut-être même de l’intrigue. Les robots peuvent-ils ressentir les sentiments humains comme l’amour, la pitié, la peur… voire la haine ? C’est peut-être là la vraie quête de ce thriller. Le coupable est-il cette étincelle d’humanité chez ces robots ultra-perfectionnés ? Comme à son habitude, il nous donnera peut-être une partie de la réponse à la fin de son histoire… peut-être.

Naoki Urasawa frappe encore très fort avec ce thriller complexe par l’intrigue et riche par les thèmes abordés. N’ayant pas lu l’œuvre originale d’Osamu Tezuka, je ne peux pas juger de la pertinence de l’adaptation. Cependant, le récit en lui-même est (encore) d’une grande qualité et vous serez rapidement emporté dans les dédales de la pensée robotique. Un déjà classique !

J’ai découvert cette série par l’intermédiaire de Ginie de Bulles & Onomatopées (merci^^). Cette chronique entre donc dans le cadre du challenge Pal Sèches de Mo.palseches

A lire : la toujours bonne chronique de Du9.org (je vous conseille de regarder les montages avec les personnages avant et après l’adaptation)

Chronique | Doubt

scénario et dessins de Yoshiki Tonogaï
éditions Ki-oon (2008)
éditions originale Square-Enix (2008)
Public : 15-25 ans surtout, les adultes amateurs du genre.
Pour les bibliothécaires : A conseiller au public adolescent découvrant les joies des sections BD adultes. Série courte ce qui est un avantage.

« Rabbit Doubt fait fureur au Japon. Dans ce jeu sur téléphone portable, des lapins doivent débusquer le loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par une tous ses adversaires. Mais pour ces cinq fans, Rabbit Doubt ne tarde pas à virer au cauchemar. Ils se réveillent dans un bâtiment désaffecté. Tatoué sur la peau des adolescents, un mystérieux code-barres qui leur permet à chacun d’ouvrir une porte différente semble être leur seul espoir de salut. Pas de doute : un loup se cache bien parmi eux et il faudra le démasquer… avant d’être dévorer ». (synospis de l’éditeur)

C’est dans un salon du livre, très intrigué par la couverture du premier volume (retournez votre écran pour mieux voir) que j’ai commencé à feuilleter cette série. Dès les premières pages le dessin très classique  propre, plutôt aéré, agréable à première vue ne trompe personne, on sent l’espèce d’atmosphère étrange entre ces 6 inconnus liés uniquement par un jeu de dupe. Et très vite, tout bascule, pour eux comme pour nous. Le récit prend enfin sa forme véritable : bienvenus dans un huis-clos angoissant où chaque personnage est un tueur potentiel, bienvenus dans un petit monde où l’innocence a disparu, bienvenu dans Doubt ! Appréciant plutôt ce genre de manga, il m’était difficile alors de lâcher l’affaire et j’ai donc acheter (sans trop me ruiner, merci pour moi) les 4 volumes de la série…

La population visée par cette série est clairement un public de d’jeuns, les 15-25 ans se retrouveront dans les codes sociaux des personnages et la narration va dans ce sens (réaction des personnages, côté malsain pas toujours poussé à fond). Avec un peu d’habitude, de perspicacités,  de lectures des grands maîtres du thriller – on pense immédiatement à Agatha Christie et à ses « Dix petits nègres – il n’est pas très difficile de deviner qui est le coupable. Cependant, l’auteur sait jouer avec vos nerfs et poser la petite griffe du doute dans votre esprit…  et je ne vous parle même pas des personnages ! Et même quand les certitudes sont enfin établies, les surprises sont encore de taille… jusqu’à l’ultime page de l’ultime volume. L’histoire est bien bâtie et ne laisse pas de place aux approximations, vous aurez même le droit à un plan détaillé de l’entrepôt. Ici, le jeu  du chat et de la souris atteint son paroxysme.

Graphiquement, le dessin est très plaisant et dynamique. Seul reproche, la luminosité surprenante pour une série de ce genre. Heureusement,  les effets de manche sont limités au nécessaire et la constante apparition de ces masques de lapin rapiécés suffit bien souvent à poser une pression sur les épaules de chacun. Ici pas (trop) d’abus mais de vrais scènes macabres qui vous feront avaler votre salive de travers.

Si évidemment, Doubt n’atteint pas la qualité d’œuvre proche comme Dragon Head ou Monster, il reste une lecture de très bonne qualité à placer au même niveau que les mangas de Tetsuya Tsuitsui. Un  manga entre le shonen et le seinen à conseiller aux amateurs du genre. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir !

A lire : la critique de manga-news

A découvrir : les premières pages de la série sur le site des éditions Ki-oon (cliquez sur l’album Doubt)

Chronique | OVNI : l’affaire Varginha

ovni-affaire-varginhascénario et dessins de Philippe Auger
Editions Ankama, 2010
Public : Ado à partir de 14 ans, adulte amateur de phénomènes paranormaux
Pour les bibliothécaires : Vous avez peu de budget ? Passez votre chemin. Vous en avez beaucoup ? Idem

Gros Plan Paranormal

Durant l’après-midi du 20 janvier 1996, dans la petite ville de Varginha au Brésil, trois jeunes filles revenant de leur travail se figent devant un être étrange… Philippe Auger revient sur le « Roswell brésilien », un des phénomènes les plus marquants de l’ufologie moderne. (synopsis éditeur)

Avant toute chose, j’avoue être plutôt dubitatif face aux phénomènes paranormaux. Alors forcément, Philippe Auger et moi, nous n’étions déjà pas bien parti. Je souligne également son impressionnant dossier en fin d’album sur cette « affaire ». Il explore toutes les théories sceptiques ou non sceptiques. Il y a un gros travail c’est évident. Cependant à aucun moment je n’ai pris un réel plaisir à lire cet album.

La première raison étant le graphisme hésitant toujours entre deux eaux. Le découpage est influencé par le manga avec des enchainements rapides, le style oscille constamment entre réalisme et caricature, le trait est épais (ou pas) et plus proche du comics. Bref, un univers graphique en constante recherche qui finalement n’aboutit nulle part à force de transversalité. Mais mon principal reproche est cette exaspérante utilisation des gros plans et des lignes de vitesse comme pour indiquer au lecteur un peu nouille « attention, il y a de l’action !!! ». On dirait de mauvais rire dans de mauvaises séries télés. Sans mentir, 90% des planches ont au moins ce combo magique ! C’est horripilant !!!!

Quant à l’histoire, les chapitres sont relativement courts et passent de personnages principaux en personnages principaux. Les héros sont presque toujours des spectateurs (exception faite du policier et du chirurgien) qui ne comprennent rien à l’action. Du coup, ça manque cruellement de liens et on se demande parfois si nous ne sommes pas passés sur une autre histoire. Finalement, la BD est plus anecdotique que le dossier de fin de livre. A la limite, cet album serait plus un prétexte pour étaler des informations qu’une véritable œuvre.

Bref, si les Envahisseurs de David Vincent m’ont bien faire rire, ici c’est sans plaisir que j’ai parcouru cette fiction tirée de soi-disant faits réels. Mais cette « oeuvre » est plus proche de la BD promotionnelle que des grandes références du genre. C’est décevant et complétement anecdotique.

A lire : l’interview de l’auteur dans Bodoï