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Billy Brouillard : le don de trouble vue

Billy Brouillard Le don de Trouble vuescénario et dessins de Guillaume Bianco
Editions Soleil
2 tomes parus
public : Pour les enfants les moins impressionables à partir de 8 ans

Au-delà de la nuit

« On m’appelle Brouillard, Billy Brouillard… Allez savoir pourquoi… Peut-être parce que je préfère les nuits obscures aux jours de clarté… la pluie froide au bleu du ciel… »
Voici les premières phrases de cet album ô combien particulier écrit et dessiné par Guillaume Bianco. Pour tout vous dire, sans les copains de kbd et le challenge de Mr Zombi (où la clause « Warrior » m’engage à lire un album que je n’aurais pas ouvert en temps normal) je n’aurais sans doute jamais pris la peine d’ouvrir cet espèce de recueil anti-Cédric (l’archétype de la BD jeunesse qui m’agace). Ouf, je ne suis pas passé à côté et c’est tant mieux !
Si des albums pour adultes comme Trois Ombres de Cyril Pedrosa ou Les Funérailles de Luce de Benoît Springer abordaient avec réussite le thème de la mort et du deuil par les chemins détournés de la métaphore, ici il n’en est rien ! L’histoire s’ouvre par l’image du cadavre du chat de Billy, tombé raide mort dans la forêt (humour noir le chat s’appelle Tarzan). Le ton est donné et le talent d’écriture de Guillaume Bianco fait le reste.
  
Il nous plonge alors dans un univers métaphysique où les formes narratives changent d’une page sur l’autre. Ainsi dans cet album vous trouverez poèmes, coupures de La gazette du bizarreLa rédaction en ébullition décrypte pour vous les mystères d’aujourd’hui pour que vous ne soyez pas surpris demain ! (ça j’adore !) mais aussi des extraits de l’Encyclopédie curieuse et bizarre de Cryptozoologie où vous en apprendrez de bonnes sur les créatures peuplant l’imagination populaire passée à la moulinette de Guillaume Bianco, tout cela entrecoupé de vrais bonnes planches de BD. Toutes ces formes d’écritures nourrissent un univers très riche et rendent tout à fait crédible l’ensemble du récit. Cependant, elles peuvent dérouter et casser le rythme de lecture car elles obligent à changer constamment sa façon de lire. D’où parfois des difficultés en pénétrer totalement dans le récit. Difficultés qui disparaissent dès l’apparition d’histoires longues car la grande qualité de Guillaume Bianco, hormis son écriture que je trouve très fine, est sa capacité à faire entrer directement le lecteur dans son histoire. Quelques bulles, quelques dessins et c’est parti ! J’aimerais vraiment lire un album long pour voir ce que ça pourrait donner.

Mais ce que j’ai vraiment aimé dans Billy Brouillard, c’est ce thème caché sous celui de la mort : l’enfance. Finalement, la mort serait presque la métaphore de l’angoisse et les êtres peuplant les nuits de Billy seraient ses cauchemars et ses rêves. Malgré ce don, directement issus de son imagination (à vous de juger), Billy est un petit garçon comme tous les autres, maltraitant sa sœur, intrépide et insouciant quand il le faut, avec ses faiblesses, sa sensibilité et sa vision naturelle mais pas simpliste des choses. Comme il le dit lui-même :  

les adultes sont des assassins, ils ont tué l’enfant qu’ils ont été. Leur monde est trop banal, trop convenu… Trop prévisible.

« Prévisible » n’est sans doute pas le terme à utiliser pour qualifier cet album d’une remarquable finesse, un genre de Calvin et Hobbes en plus trash ! Mais tout à fait sympathique ! J’ai bien envie de lire le tome 2 paru en novembre 2009 !

A découvrir :
le blog de Guillaume Bianco
A lire : la critique enthousiaste de Scifi
 

 Attention : cette chronique s’inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD.

Au sombre héros…

La Tour Sombre - Tomes 1, 2 et 3 (scénario de Peter David, dessin de Jae Lee, d’après le roman de Stephen King, collection Fusions Comics, éditions Soleil, 2008)

IDDBD vous présentait, le 18 avril 2008, le premier tome de cette épopée adaptée avec succès du roman de Stephen King. Deux tomes plus tard, l’aventure BD s’achève sur le troisième opus de la série, sorti aujourd’hui.

L’adaptation est une réussite totale, tant en ce qui concerne le scénario (chapeau à Peter David !) que le dessin (sublime de Jae Lee), ce qui n’était pas gagné tant l’histoire imaginée par Stephen King est à la fois complexe et subtile (et les lecteurs exigeants !). Comme nous vus le disions, adapter une BD est souvent un exercice risqué. Les auteurs de La Tour Sombre s’en sorte haut la main !

A visiter : le fan-site de La Tour Sombre (le roman)

A voir (également) : le site consacré à l’oeuvre de Stephen King (en français)

Sous le Soleil de Satan…

Le curé (scénario et dialogues de Christian De Metter et Laurent Lacoste, dessin de Christian De Metter, collection Triskel, éditions Soleil, 2003)

Après la petite pause désaltérante d’hier, nous voici revenu sur la route des chefs d’eouvres du 9ème art avec Le curé, ce magnifique diptyque de Christian De Metter et Laurent Lacoste.

Lorsque vous feuillèterez l’un ou l’autre des deux tomes (intitulés La confession et Le jugement…), vous ne pourrez qu’admirer le dessin de Christian De Metter. L’utilisation par cet artiste magnifique de la technique de peinture directe transforme chaque case en véritable tableau, chaque tome en une suite d’oeuvres d’art d’une beauté à couper le souffle.

Quant au récit, il pourrait être l’adaptation en bande dessinée d’une oeuvre littéraire romanesque (balzacienne) éblouissante de sensibilité et de talent. Il en contient en tout cas tous les ressorts dramatiques et toutes les vérités intimes des personnages qui le peuplent. Ces vérités, nous les découvrons peu à peu, sans grands effets de manche mais plutôt de manière subtile, comme les coups de pinceaux sur les toiles qui forment l’armature graphique de ce chef d’oeuvre. Le curé est assurément l’un des exemples les plus remarquable des émotions que peut procurer l’union du dessin et du texte poussée au plus haut niveau artistique. A mon sens, et dans le genre propre à cette BD, seuls les albums de Hermann avaient réussi cet exploit. Un moment de grâce, rare et précieux…

A lire : la très belle et très instructive chronique de Vincent sur Bdselection.com

A lire (aussi) : l’excellent dossier de universbd.com sur L’Eglise et la bande dessinée

Thriller pas catholique… enfin si…

Révélations : intégrale ( scénario de Paul Jenkins, dessins de Humberto Ramos, couleurs de Leonardo Olea, éditions Soleil)

Charlie Nothern a 45 ans, flic désabusé de Scotland Yard, il est célibataire, athée et passionné par la lecture sur les théories du complot. Un soir, un ami d’enfance vient frapper à sa porte en lui demandant d’enquêter sur une mort suspecte. Rien de bien original sauf que l’ami en question est cardinal. Le mort était pressenti pour devenir le futur pape. Charlie prend donc l’avion en direction du Vatican.

Soleil réunit les deux volumes de Révélations dans cette édition intégrale. Bonne idée car nous pouvons suivre sans coup d’arrêt ce passionnant catholic-thriller ! Je sais vous vous dites, depuis le Da Vinci Code – et même bien avant en BD : Le Décalogue, Le Troisième Testament, Le Triangle secret – la mode de l’aventure ésotérique est au plus haut. Soleil surfant sur la vague ne nous rate pas avec une théorie du complot de plus ! Et bien oui mais voilà.

Première surprise : le dessin. Si chez Soleil, on est un peu habitué à une certaine forme de dessins et de couleurs (marque de fabrique de l’éditeur), avec Révélations on prend une vraie claque. Agressif, aux angles aigues, nerveux et dynamiques, le style graphique de Humberto Ramos oscille sans cesse entre un comics classique et la caricature. Cette ligne créé un malaise et rend bien souvent les personnages surréalistes voire déshumanisés. D’où des héros avec de vrais « gueules » et un sentiment bien étrange accentué par une couleur efficace, des cadrages soignés et une mise en scène portant la patte Made In US tant elle se rapproche du cinéma d’action.

Seconde surprise : le scénario. Là encore, les scénar’ américains sur la religion, on les connait, c’est du déjà vu ! Et bien prenez la peine de lire Révélations et faites-vous balader comme Charlie Northern. Vous avez de la chance, cette sale gueule, cette mauvaise foi personnifié (c’est le cas de le dire) prendra les coups à votre place. Mais jusqu’au mot fin, vous aurez, comme Charlie, l’impression d’avoir la solution sous le nez sans parvenir à la découvrir. Rassurez-vous, je ne vous dévoile rien en vous disant que vous aurez raison ! Prenez conscience que les certitudes, les principes et les apparences sont trompeuses et apprenez que le talent de scénariste se joue des formules éculées.

Vous l’aurez donc compris, Révélations, c’est du très bon. Sa force principale résidant dans sa parfaite osmose entre dessins, couleurs et scénario. Rythmé, angoissant, intelligent, vous voilà entrainé dans une des toutes meilleures BD du genre, loin devant le Da Vinci Code (qui n’est pas une BD je vous l’accorde). A (re)découvrir frénétiquement !

PS : Merci à Julian, libraire BD de la librairie Le Pincerais à Poissy pour le conseil !

A lire : un critique du site sceneario.com

A lire : les biographies de Paul Jenkins (en français sur le site Arcanes.org et en anglais sur Wikipedia) et de Humberto Ramos sur Wikipedia.

A découvrir : le blog de Humberto Ramos (en anglais).

Petite fille de l’île d’Yeu

Edlyn (scénario et dessin de Cécile Brosseau, couleurs de Sébastien Bouet, éditions Soleil, 2007)

Vous savez quoi ? Et bien notre Mike a vraiment du nez. Le 12 mai, il nous faisait une info du jour spéciale Soleil. Dans cette chronique, il signalait déjà la sortie de Edlyn. Et là, mon cher Mike, désolé de te prendre de cours mais arpès avoir lu cette BD, j’ai bondi vers mon clavier et en trois mots : elle est magnifique !
Pour résumer un peu l’histoire (si vous n’avez pas lu l’info du jour du 12 mai), Edlyn a sept ans et vit sur l’île d’Yeu. Sa mère est douce, elle a une sœur et un petit frère. Mais son père, marin, est autoritaire et souvent méchant. Un jour, alors que le bateau paternel prend le large, elle rencontre un petit garçon bien étrange.

Cet album est tout simplement magique. Son dessin simple, dépouillé, un peu naïf, brille par une incroyable expressivité. Quelques traits de Cécile Brosseau et tout devient vivant. Des couleurs magnifiquement appliquées par Sébastien Bouet et voici une couverture merveilleuse ! Et ce n’est pas valable que pour la couverture !
Cette histoire bénéficie également d’un scénario digne de ce nom. A l’image de son dessin, Cécile Brosseau a construit un récit simple mais touchant. Elle sait distiller avec talent les tristesses, les mélancolies, les joies et les mystères.
Edlyn est magnifiquement vivante et les émotions, sans effusion mal placée, sont à fleur de peau.

Mélancolique et sensible, cette histoire fera rêver les plus jeunes et s’émerveiller les adultes. En tout cas, je la considère déjà comme une de mes toutes meilleurs lectures BD de l’année. Incontournable !

Vincent mon frère mort-vivant

(scénario de Jean-Marc Mathis, dessin de Thierry Martin, collection Latitude, éditions Soleil)

Lorsque votre mère est taxidermiste et que votre père est fossoyeur, il peut sembler naturel que vous puissiez voir et parler avec votre grand frère décédé. C’est ce qui arrive à Antoine, un petit garçon qui traîne tous les jours dans le cimetière de son village pour jouer avec Vincent, son frère mort-vivant. Surtout que Vincent est plutôt du genre marrant : un peu simplet, sa grande spécialité est de gober les mouches ou de faire des farces à son petit frère. La dernière en date est d’entraîner Antoine dans le royaume des morts. Car Vincent a une faculté unique : celle de pouvoir ouvrir des portes entre le monde des vivants et celui des morts ! S’ensuit une aventure trépidante au cours de laquelle Antoine rencontrera un cow-boys maudit, le diable lui-même (aussi bon que dans Lincoln, pour les connaisseurs…), son vieil oncle… et une tripotée d’Ombres, des créatures à tête de crâne de crocodiles !

Si vous aimez l’univers de Tim Burton (je ne sais pas si le prénom Vincent du grand frère d’Antoine a ou non un rapport avec le personnage du premier court-métrage professionnel de Tim Burton…), celui de Ted Naifeh (l’auteur de Courtney Crumrin et les Choses de la Nuit), ou celui de Joann Sfar (notamment les aventures de Petit Vampire), vous ne pourrez que tomber sous le charme de Vincent, mon frère mort-vivant.
L’intrigue est finement menée (de façon moins morbide que chez Burton, Naifeh ou Sfar), les sentiments sont exprimés avec subtilité et intelligence (l’amour que se portent les deux frères est très émouvant) et le dessin de Thierry Martin est très très beau. Mention spéciale également pour les couleurs, réalisées par les deux auteurs et qui collent parfaitement à l’histoire.

Vincent, mon frère mort-vivant est une excellente BD que vous ne régretterez pas de posséder dans votre collection ou d’emprunter à votre bibliothèque préférée. Et merci aux éditions Soleil pour cette superbe collection Latitude qui permet aux auteurs de s’exprimer sur des formats plus longs (78 pages au cas particulier) et avec une belle qualité d’impression (papier, couleurs…).

A lire : l’interview de Thierry Martin sur le site sceneario.com

Chronique | Luuna

Luuna (scénario de Didier Crisse,dessin de Nicolas Kéramidas, couleurs de Bruno Garcia, aux éditions Soleil)

Dans les westerns hollywoodiens, les indiens connaissaient deux états naturels.
Dans le premier, chevauchant leurs mustangs, ils ululaient en poursuivant un train ou une diligence, brandissant leurs tomahawks, leurs arcs et leurs flèches ou, quand ils avaient de la chance (et un peu de pognon…), leurs fusils…
Dans leur deuxième état naturel, les indiens d’Hollywood, ils étaient morts…
Heureusement, le cinéma américain s’est rendu compte par la suite que les indiens pouvaient aussi avoir des sentiments humains (des trucs comme souffrir, aimer, être joyeux ou tristes…), voire une certaine forme de sagesse (et pas seulement en dansant avec des loups d’ailleurs…)!
La BD, quant à elle, s’en était rendu compte bien avant (IDDBD consacrera une prochaine chronique sur ce sujet)…

Les quatre tomes de la série Luuna (le dernier est sorti le 25 janvier 2006) s’inscrivent dans cette vision humaniste de l’amérindien, avec un « je ne sais quoi » en plus qui la distingue des autres… Enfin, vous vous doutez bien qu’IDDBD a un avis sur ce « je ne sais quoi » !

Il me semble que l’un des intérêts majeurs de Luuna, outre les superbes dessins de Kéramidas et les couleurs somptueuses de Garcia, c’est que Crisse (efficace, comme d’hab’… quoi qu’en disent certains) nous raconte une histoire d’indiens d’avant les « visages pales« . Et çà, ça change tout !

Avec Luuna, cette jeune squaw, on remonte aux sources pour découvrir le monde des « natives« , un univers riche où les esprits, les hommes, les animaux ne forment qu’un tout inextricablement mêlé. Et l’on n’a aucun mal à suivre notre jeune héroïne dans son voyage initiatique. En plus, comme Crisse est un garçon intelligent, il a parfaitement su doser l’humour, l’action et la réflexion, ce qui fait de Luuna une série attachante, à plusieurs niveaux de lecture, qui plaira donc autant aux jeunes lecteurs (la série a été récompensée par l’Alph Art Jeunesse des 9/12 ans à Angoulême, en 2004) qu’aux autres (moins jeunes, forcément…).
Bon, je ne vous fait pas plus l’article, il suffit de regarder les superbes planches de l’album (quel talent ce Kéramidas quand même !)… Le quatrième tome est sorti le 25 janvier 2006… L’aventure continue ! Et à IDDBD, on aime (des fois que vous n’auriez pas bien compris !).

A lire : la quatrième de couv’ du premier tome
« Dans les légendes indiennes, la tribu mythique des Paumanoks était le lien entre le monde des dieux, celui de la nature et le monde des hommes. Luuna, la fille du grand Sachem des Paumanoks, est victime de la malédiction d’Unkui, le génie maléfique de la nuit. Il l’a affligée de deux totems. L’un bon, et l’autre non, car les nuits de pleine lune, Luuna fera le mal. Seuls les sorciers des grandes tribus du Sud, par-delà les déserts, pourront la guérir de ce sort. Suivez la route de Luuna, et découvrez la magie des mythologies indiennes. »

A lire : dans le magazine BullDozer de février 2006, un dossier sur Luuna et son dessinateur, Nicolas Kéramidas (sur lequel IDDBD reviendra prochainement)

A visiter : le site des éditions Soleil et la page consacrée à Luuna

Présentation | éditions Soleil

Dans notre série « les éditeurs de BD qui nous plaisent bien et que l’on aimerait présenter au grand public », nous partons aujourd’hui à la rencontre de la maison Soleil

Ces bien nommées éditions ont été créées en 1988 sous les cieux cléments et lumineux de Toulon par Mourad Boudjellal, un vrai passionné de BD (organisation de son premier festival BD à l’âge de 15 ans et ouverture, en 1982, de la librairie spécialisée Bédulle).

Certes, les premières publications de Soleil ne sont en fait que des rééditions des mythiques séries Rahan, Mandrake, Tarzan ou le Fantôme (qu’IDDBD a découvertes dans les années 70 grâce à son tonton Julien…). Mais très vite, la jeune maison d’édition noue des liens avec de jeunes auteurs débutants (souvent du sud) qui vont rapidement confirmer leur succès et surtout lui rester fidèles.

Quelques très bons albums (Juif-Arabe de Farid Boudjellal, le frère de Mourad, les Maîtres Cartographes et Leo Loden de Christophe Arleston…) précèdent la sortie, en 1994, du premier tome de la série Lanfeust de Troy. Ceux qui ne connaissent pas encore Lanfeust dooivent absolument savoir que cette BD est aux éditions Soleil ce qu’Astérix a été pour Dargaud, ou Tintin pour Casterman : une vraie locomotive ! Les huit tomes de la série initiale ont même été complétés de trois séries parallèles (Trolls de Troy, Lanfeust des Etoiles et Les Conquérants de Troy) auxquelles il faut ajouter Lanfeust Mag, une revue de BD éditée par Soleil !

A partir de là, les éditions toulonaises vont connaître une croissance exponnentielle, surtout dans le domaine de l’heroïc fantasy qui va devenir leur fer de lance (c’est le cas de le dire…) avec des séries telles que Marlysa, Atalante ou Le fléau des dieux… Ce succès leur permettra de se diversifier (dans la science-fiction avec Universal War One, par exemple, le manga ou l’humour avec la collection Start!). Dans l’intervalle, la maison de Mourad Boudjellal s’associe en 2003 avec celle de Guy Delcourt (que nous évoquions la semaine dernière) pour fonder Delsol, la société qui assure désormais la diffusion de leurs albums. Voilà pour l’histoire…

Alors, qu’est-ce qui nous plaît tant à IDDBD ? Des choses comme le sud, le fait que l’ont sente les auteurs prendre du plaisir à faire les BD que Soleil publie, et surtout la passion. La passion de Mourad Boudjellal pour la BD qui lui a fait faire le même pari insensé que Guy Delcourt : ouvrir une maison d’édition à une époque où les géants de la BD occupaient un marché sinon confidentiel du moins sans rapport avec ce qu’il est aujourd’hui. A l’évidence, le pari est réussi !

A fouiller (sans retenue) : le site des éditions Soleil

A explorer : le site de Lanfeust Mag

Chronique | Petit Polio

dessin et scénario de Farid Boudjellal, aux éditions Soleil

Il y a mille façons de se battre contre l’intolérance, le racisme et, d’une manière générale, la bêtise humaine (pour ne pas dire, la c…….).
Farid Boudjellal, lui, a choisi de dessiner des BD. Nous, nous pouvons choisir de les lire. C’est aussi une façon de lutter. Peut-être pas la plus spectaculaire, je vous l’accorde. En attendant, par les temps qui courent, tous les contre-poisons sont bons à prendre…

Avec Petit Polio, Farid Boudjellal nous raconte une tranche de la vie de Mahmoud Slimani (son double quasi auto-biographique), un petit garçon de 8 ans qui vit heureux et sans soucis au milieu de ses nombreux copains, de ses soeurs (Fouzia, l’aînée, Djamilah et Ratiba, les cadettes) et de ses petits frères (Abdelramane puis, un peu plus tard, Mouloud), sous le regard plein d’amour et de sagesse d’Abdel et Salima, ses parents. Bon, c’est vrai que Mahmoud boîte pas mal et porte de lourdes chaussures orthopédiques depuis qu’il a contracté la polio (d’où son surnon dans le quartier…). C’est vrai aussi que Mahmoud est algérien, qu’il vit dans un quartier populaire de Toulon et que nous sommes entre 1958 et 1960. De l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie, c’est la guerre.

Tout ça c’est vrai et pourtant Petit Polio ne perd pas sa joie (sa soif) de vivre. C’est même une formidable leçon de vie et d’optimisme. Même lorsque la grande Histoire le rattrappe, lorsqu’il voit un homme se faire battre à mort, sans raison si ce n’est qu’il est algérien. Même lorsque la maman de son meilleur ami, Rémy, disparaît. Même lorsque son grand-père à lui meurt.

Il faut dire aussi que Mahmoud a des antidotes aux douleurs de la vie et à la méchanceté des hommes : l’amour de sa famille, l’amitié, sa grand-mère… et ses bandes dessinées ! Et aussi le regard qu’il porte sur les gens, les évènements et les choses qui l’entourent, le regard d’un enfant de 8 ans. Le secret de Farid Boudjellal, c’est que lui, il ne l’a pas oublié ce regard là.

A ne pas rater : l’interview de Farid Boudjellal par Gilles Ratier
A lire : les résumés et les critiques des trois tomes, écrits par Marie, sur sceneario.com. Tout simplement excellent.
A déguster (en kémia) : quelques pages des trois albums, juste pour vous donner l’envie

Mention spéciale aux pages 8 et 9 du toisième tome (« Mémé d’Arménie ») d’une sobriété mais d’une émotion stupéfiantes.