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Pedro & moi / Judd Winick (çà et là)

Pedro & Moi (scénario et dessin de Judd Winick, éditions ça et là, 2006)

En 1993, Judd Winick, un jeune auteur de comics participe à un reality show, The real world, dans lequel 7 jeunes partagent une maison durant 6 mois. Il partage sa chambre avec Pedro Zamora, 22 ans, d’origine cubaine, homosexuel et séropositif. Pedro utilise cette émission pour sensibiliser les américains à la prévention et à la lutte contre le SIDA.

Mise en image d’une histoire vraie, Pedro & Moi fait partie de ces albums qui tordent le coup aux idées reçues sur le SIDA et l’homosexualité (sur la téléréalité aussi mais on s’éloigne des sujets importants). Loin du misérabilisme et du voyeurisme, Pedro & Moi est le récit d’une amitié entre deux hommes que tout oppose. Brillant (à l’image de Pedro), remarquablement dessiné (un style strip avec de légères déformations quand les personnages sont heureux ou tristes) et mis en page avec efficacité (les cadrages sont pensés à merveille), ce récit nous fait entrer dans l’intimité même des personnages et l’on partage un peu de cette chaleur qui les unit. Au sortir de cet album, une information sur le SIDA, sur les préjugés l’entourant, et plus que tout, une magnifique aventure humaine.

« Il a rendu le monde meilleur qu’il ne l’était à sa venue. C’est la chose la plus noble que l’on puisse faire de sa vie. » Je n’ai rien de plus à ajouter pour vous convaincre.

Juste pour faire le lien, quelques très bonnes lectures (ou rappel de bonnes lectures) sur ce(s) thème(s) :

Blue de Kiriko Nananan (voir la chronique d’Everyday du 15 septembre ) et Love my life, d’Ebine Yamaji. L’homosexualité féminine au japon (oui, oui ce sont des manga...).

Pilules bleues de l’incontournable Frederik Peeters. (cf chronique du 9 septembre)

Un monde de différence d’Howard Cruse. Un roman graphique (un vrai ! 3 heures de lecture sans s’en détacher) sur la vie d’un homosexuel dans les années 50 aux sud des Etats-Unis. Promis, je ferais une chronique dès que possible !

Pilules bleues

(scénario et dessin de Frederik Peeters,  collection Flegme, éditions Atrabile, 2001)

Ca aurait pu être une simple histoire d‘amour. Nous sommes à Genève, un auteur de bande dessinée entre dans la vie d’une femme et de son fils. Mais voilà, les pilules bleues compliquent tout. Chaque jour, pour l’enfant et sa mère, cette toxicomanie vitale rappelle la réalité : celle du sida.

Oula ! Pas drôle IDDBD aujourd’hui ! Oui mais attendez, je parle de Frederik Peeters là ! Et pour évoquer cet auteur, j’ai choisi de vous résumer l’un de ses plus beaux albums. Pilules bleues constitue sa première incursion dans le genre autobiographique. Sur 200 pages, il pose la complexité des relations humaines. L’intimité, la sexualité, la maladie et les angoisses résultantes sont abordées avec simplicité et parfois humour. Avec son trait épais en noir et blanc, Frederik Peeters croque simplement la vie : le sourire des amants, le visage d’une mère inquiète, les yeux globuleux d’un enfant accroché à son biberon de lait. Rien de spectaculaire mais il est difficile de rester de marbre face à ce récit mené avec autant d’intelligence. Une vraie réflexion sur la vie et une vraie claque à la première lecture.

Je ne cacherais pas que, pour moi (et j’assumerai mon opinion), Frederik Peeters est l’un des auteurs de BD les plus doué et important de sa génération. A vrai dire, si je devais le comparer à d’autres, il aurait l’intelligence narrative d’un Trondheim et la puissance évocatrice d’un Blutch. Oui, j’ai dit que j’assumerai ! Malgré le flot de nouveautés, c’est quand même assez rare de fermer une BD et de se sentir plus intelligent. A ce niveau-là, on est loin des stéréotypes héroïques et gonflés d’hormones des grandes sagas médiévales fantastiques ou des super-héros-milliardaires bondissants (pour reprendre une expression de Larcenet), on lit de la bande dessinée (je n’ai pas mieux comme compliment).

Je n’aime pas affirmer des évidences ainsi, je vous laisse lire ce petit passage (pp 82-83) :

De toutes les fois où j’ai pu aimer, je n’ai jamais ressenti de réelle admiration. Je ne parle surtout pas de fascination, ou de vénération, mais de cette admiration qui inspire le respect comme quand quelqu’un accomplit quelque chose dont on reconnaît, avec une moue de la bouche et un hochement de tête, qu’on en serait soi-même incapable…de cette admiration qui donne de la joie et l’envie d’offrir son aide… A la longue, j’ai réussi à me débarrasser définitivement de la moindre trace de pitié que je trimbalais comme un caillou dans ma chaussure.

A vous de juger.

A lire aussi, Koma (4 tomes) aux Humanos avec Pierre Wazem, Lupus (4 tomes) chez Atrabile qui fera sans doute l’objet d’une chronique à venir et Constellation chez L’association

A lire : l'interview de Frederik Peeters chez sceneario.com

A voir : l’ancien site de Frederik Peeters (il a fermé mais l’animation vaut quand même le coup d’œil)