Archives par mot-clé : Sexe

City Hunter (Tsukasa Hojo)

Quand vous n’avez plus d’espoir, que la justice ou la police ne peuvent plus vous aider, alors laissez le message XYZ à la gare de Shinjuku. Car dans la jungle du quartier tokyoïte, le duo City Hunter règle les affaires sensibles. Derrière ce pseudonyme se cache le sage Hideyuki Makimura et l’exubérant Ryo Saeba. Un duo de choc dans une ville menacée par les cartels de la drogue sud-américains. Continuer la lecture de City Hunter (Tsukasa Hojo)

Chronique | Sexe, amour et déconfiture (Tarrin)

… où l’on découvre les événements érotico-amoureux (et surtout foireux) d’un lémurien et de son groupe d’amis, trentenaires et urbains évidemment… En 2008, Fabrice Tarrin connaît le succès public avec Le Journal d’un Lémurien, forme papier du Tarrinblog ouvert depuis 2006. Dans ce dernier, il se représente sous la forme de ce petit primate sympathique et puise l’inspiration dans sa vie personnelle, ses souvenirs et sa vie amoureuse (tumultueuse déjà). Pourtant, à la différence de Laurel, Margaux Mottin ou Pénélope Bagieu – j’exclus Boulet de cette liste car il dessinait déjà des séries avant bouletcorp - Fabrice Tarrin n’est pas tout à fait issu de la génération blog. En effet, en 1991, il participe à l’atelier Nawak et fonde l’atelier des Vosges. Pour celles et ceux qui ne connaîtrait pas, disons simplement que les cofondateurs s’appellent Emmanuel Guibert, Joann Sfar, Emile Bravo… En fait, c’est l’un de lieu de création mythique de la Nouvelle BD dont on a tant parlé à la fin des années 90. A l’époque, Fabrice Tarrin est jeune mais il est présent dans le petit monde de la BD. Depuis, il a travaillé avec Tronchet ou, pour une reprise de Spirou, avec Yann. Des auteurs qu’on ne peut pas vraiment classer dans la Nouvelle BD ni dans la blog génération, celle des auteurs nés avec une souris et une tablette graphique. Alors entre les deux Fabrice Tarrin ? Oui et non. Non car son travail sur cet album est véritablement marqué par la génération web : histoires courtes, dynamiques, pas ou peu de cases, composition minimaliste. Oui car on sent l’influence de ses glorieux aînés. Il est un grand fan du travail de Franquin (sur Spirou notamment). Son dessin, sans arriver au niveau de détails du maître, est très précis. Les décors, et en particulier les scènes extérieures sont particulièrement réussis. Cela lui permet de gérer ses personnages anthropomorphiques avec une réelle liberté. On y croit parce que tout n’est pas dans la caricature. Bref, l’esprit ligne claire hérité d’Hergé mais surtout de la BD belge des années 70-80 (les auteurs Dupuis surtout). Sorti du constat des influences, on passe au contenu de ce livre intitulé sobrement Sexe, Amour et déconfiture… Tout est dans le titre. Ça parle de sexe évidemment mais pas seulement. Notre héros recherche l’âme sœur, les bons et les mauvais coups… du sort. Pour raconter tout ça, il garde une formule qui marche et s’inspire de ces expériences personnelles et de celles de ses amis, d’ailleurs la première planche est un remerciement général.

Ensuite, faut-il chercher un propos plus tenu ? Pas vraiment et l'idée n’est pas là. Sexe, amour et déconfiture est totalement dépourvu de profondeur. Ici, nous sommes dans de l’humour simple et direct. C’est un choix honorable, le seul but de ce livre étant de faire rire. Malheureusement, Fabrice Tarrin n’évite pas toujours les clichés du genre et du thème : le copain dominé par sa femme, la pimbêche, celle qui refile des trucs pas clairs, la mytho, le mauvais plan internet… Bon, pas de grandes surprises… mais on sourit et le but est atteint. Honnêtement, je n’ai pas franchement éclaté de rire comme j’ai pu le faire parfois avec Boulet par exemple. Mais cet album est plaisant, se lit très vite. De là à dire qu’il est passionnant. Non, pas vraiment. Nous ne sommes pas devant un monument de l’humour. Pourtant, j’ai une pointe de regret en fermant ce livre. Malgré le sujet, nous restons dans un politiquement correct où l’autodérision ne dérangera personne. C’est gentil, parfois mignon mais jamais vraiment cruel. Et pourtant, ce sujet est propice à de belles situations ! Personnellement, les choses qui me font rire, de l’absurdité acide d’un Plageman à la poésie d’un Macanudo de Liniers en passant bien entendu par le Franquin morbide des Idées Noires ou le Franquin artiste de la blague dans Gaston, sont vraiment éloignées de cette forme d’humour. Et puis, il y a toujours ce côté agaçant du trentenaire célibataire urbain etc… A croire que cette génération d’auteurs a dû mal à sortir de ces histoires. Pour conclure, Sexe, amour et déconfiture est un album pour faire rire dans les chaumières. Même si le sujet ne s’y prête guère, nous sommes ici dans un style d’humour familial. Ça ne vous rendra pas plus intelligent, ça vous confortera dans vos idées reçues mais ça ne fait de mal à personnes. Bref, (tiens d’ailleurs ça me fait penser à la série – que j’adore d’ailleurs - de Canal) un album qui plaira aux amateurs d’humour gentil et un peu coquin. Bon, il faut aimer les animaux mais après ça ne me regarde plus… Moi ici, je parle de BDs.
Sexe, amour et déconfiture (one-shot) scénario et dessins : Fabrice Tarrin Editions : Marabulles, 2012 Public : Adultes, grands ados Pour les bibliothécaires : Dispensable à mon avis.

Chronique | La Revanche de Bakamé

couv_la-revanche-de-bakamescénario de Pieter Van Oudheusden dessins de Jeroen Janssen Editions La Boîte à Bulles (Contrepieds), 2010 Public : Adulte Pour les bibliothécaires : une approche intéressante d'un graphisme africain. Pas forcément un album référence.

Lièvres, Hyènes, Cochons

Après avoir été berné par le lièvre Bakamé, Mpyisi la hyène décide de se venger. Pour cela, il abandonne femme et enfant pour trouver Bwana Kero, un sorcier à l’obscure réputation. La revanche de Bakamé est une surprise. Bonne je n’en suis pas totalement convaincu mais c’est assurément un objet rare dans le petit monde de la BD. Publié par la Boîte à Bulles, cet album a l’allure des BD africaines tant sur le plan narratif – le scénario est l’adaptation d’une fable africaine – que graphique. En effet, le dessin avec son trait épais, cette caricature à outrance (en particulier dans les attributs sexuels des personnages), cette couleur quasiment directe, un remplissage très chargé de l’espace rappelle sans cesse les affiches africaines. Pourtant, les deux auteurs sont… flamands et hollandais !!!! Pour pénétrer dans cet album, il faut s’attendre à être bousculé dans ses principes. Principes graphiques évidemment car nous nous éloignons de nos habitudes occidentales (et même orientales car nous sommes ici aux antipodes du manga) mais aussi principes moraux car, outre la fable , les auteurs de cet album nous invite à lire une histoire et à juger les personnages d’une manière bien inhabituelle. C’est à mon avis la grande qualité de cette BD. Mais pour tout vous avouer, j’ai mis un peu de temps à pénétrer dans cet univers. Même si le graphisme ne m’a jamais empêché de lire une bande dessinée, j’avoue qu’il m’a fallu bien une dizaine de planche pour m’adapter. Cette multiplication des couleurs et ce graphisme baroque me faisait un peu peur. Et pourtant, peu à peu, la magie de la fable opère et nous voilà entrainé dans cet univers de petites lâchetés, d’égoïsmes et d'attrape-nigauds où la moralité semble bien éloignée des préoccupations des auteurs et des personnages. Sous l’apparence d’une fable coquine et humoristique, ce récit dresse un portrait pas toujours très glorieux de la société. La politique, la fidélité, l’amitié, la parole donnée, tout ça est passé à la moulinette… mais avec un humour second degré. Une vision très "africaine" je dirais. Il n’y a rien de bien sérieux dans cette histoire, pas même le tragique. En fait, La revanche de Bakamé, c’est un peu Aya de Yopougon mais en version bien plus trash. Ici, les personnages, mélange d’animaux et d’êtres humains, laissent parler leurs instincts les plus primaires, en particulier sexuels, ce qui les conduit dans des situations parfois cocasses et même souvent cruelles. Après, vous dire que c’est un incontournable… Je n’irais pas jusqu’à franchir le pas. D’habitude dans les fables le lecteur s’identifie un peu aux personnages et ici, c'est extrêmement difficile… à moins de particulièrement se détester car, dans l’ensemble, ils sont tout de même très antipathiques. A part ce bémol, La Revanche de Bakamé est une œuvre intéressante, surprenante sur le fond et la forme. Il manque un petit quelque chose pour faire rentrer l’album dans la catégorie des incontournables. Il reste cependant une bonne lecture, sous réserve qu’on arrive à passer l’obstacle des premières planches. Cette chronique a été réalisée pour l’opération Masse Critique. Merci à Babélio et aux éditions La Boîte à Bulles pour la découverte de ces auteurs africains du Nord (de l’Europe) ! A lire : l'interview des auteurs sur sceneario.com A lire : les autres critiques sur Babelio A découvrir : la fiche album sur le site des éditions La Boîte à Bulles

Chronique | Comédie Sentimentale Pornographique

scénario et dessin Jimmy Beaulieu (Québec) Editions Delcourt (2011) Collection Shamphooing Public : Adultes Pour les bibliothécaires : un très bon album d'un auteur québécois. Pas essentiel dans un fonds moyen.

Histoire de Q

Je ne partage pas vraiment l’enthousiasme des foules sur le retour de la BD érotique. C’est vrai que  ça revient à la mode, d’ailleurs même les éditeurs de BD bien commerciales vendues chez Carrefour entre les légumes et les pots de haricots verts (bios de préférence) s’y sont récemment remis… Comme quoi les popotins, ça marche toujours. Bref, c’est vous dire, si le titre « Comédie sentimentale pornographique » ne me donnait pas franchement envie de découvrir pour la première fois l’œuvre du québécois Jimmy Beaulieu. Mais ne cherchez pas, en ce moment je suis difficile. La preuve, j’avais tord. Comédie Sentimentale Pornographique est même une très agréable découverte. Je ne sais pas dans quelle mesure Jimmy Beaulieu a été influencé par la "Nouvelle BD" européenne mais une chose est sûre, son album entre dans la droite ligne éditoriale de la collection dirigée par Trondheim. On retrouve un trait faussement simpliste, très énergique et expressif. Jimmy Beaulieu fait surtout preuve d’un réel talent d’écriture. Il fait cohabiter deux histoires qui ont uniquement deux points communs : une femme et un livre. La femme c’est Corrine, petite amie de Louis Dubois, réalisateur de film pour l’argent et auteur de BD pour le plaisir. Tous les deux sont fans des romans de Martin Gariépy, lui-même amoureux d’une lesbienne nommée Annie qui est en fait l’ex de …. Corrine ! Ah oui, j’oubliais, Louis quitte Montréal pour s’affranchir de la civilisation dans un hôtel perdu (qu’il vient d’acheter) d’une région perdue. Comédie sentimentale pornographique est donc une suite de scènes et une série de portraits liées par ces hypothétiques fils rouges que sont l'amour, les souvenirs, les fantasmes, une sexualité très assumée. Mais ici, le sexe n’est pas bardé de toute moralité ou immoralité. Il est vécu bien simplement, à la fois comme plaisir, dialogue et terreau de créativité. En fait, l'album est bien plus "érotique" que "pornographique". Car la créativité est aussi un thème récurrent de cet album. Entre l’écrivain et le dessinateur, l’un se nourrissant du souvenir fantasmagoriques de la petite amie de l’autre, la différence n’est finalement pas si grande. La présence d’un extrait du roman écrit par Martin à chaque début de chapitre fait écho à l'une des scènes où Louis parle de son travail à Corrine. Je ne résiste pas à vous retranscrire le dialogue :
-    Sérieux ! J’comprends pas pourquoi tu t’entêtes à faire un nouveau livre ! T’en as déjà fait 10000 ! -    Pffff ! C’est du dessin ! ça intéresse personne! Les gens veulent qu’on leur raconte des histoires! -    Mais c’est super beau ! -    Beau, beau… on s’en fout que ce soit beau… il y tellement plus que ça dans le dessin quand on a appris à regarder au-delà de la surface.
Si au début de l’album on se dit : où va-t-on ? On se laisse entrainer peu à peu par ces vagues de sentiments et de situations contradictoires. C’est très plaisant de parcourir les envies et les sentiments de ces personnages. Et pour reprendre les propos de Louis, sous le vernis du dessin érotique on trouve une grande pudeur chez des personnages auxquels on s’attache très rapidement. Si tous ont des manières différentes de chercher, tous sont en quête de sens  par l'écriture, l'isolement ou l'amour. Pour conclure, Jimmy Beaulieu rejoint la longue liste des auteurs de BD québécois que je relirais avec plaisir ! Avec Comédie sentimentale pornographique, il signe un album d’une extrême finesse où vulgarité et voyeurisme sont complètement absents. Un très bel album où poésie et onirisme règnent en maître. Merci à Babelio et à leur opération Masse Critique de m’avoir fait découvrir cet album ! A découvrir : le blog de Jimmy Beaulieu A lire : la chronique de Sud-Ouest A lire : un entretien (rapide) avec Jimmy Beaulieu A noter : cette chronique a été faite dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio... Cliquez ici pour voir les autres critiques sur cet album

No sex in New York

(scénario et dessin de Riad Sattouf, collection Poisson Pilote des éditions Dargaud) Cet album est un best-seller. Si vous n'en avez pas entendu parler, c'est que que vous étiez prisonnier à Guantanamo ou en train de faire comme Isaac Asimov depuis des mois et des mois (vous comprendrez en lisant l'album...). Attendez ! Tout le monde en a parlé ! C'est pas possible que vous n'en ayez pas entendu parlé quand même ! Même une pub chez ... Quoi ? On s'en fout ? Tout ce qu'on veut c'est que tu nous parles de No sex in New York de Riad Sattouf (l'auteur des impayables Pauvres aventures de Jérémie...)? Ah bon, d'accord... Ben, y suffisait de le dire... Well, well, well... Hum, hum... Bon, comme l'indique Riad Sattouf lui-même (dans l'avant-propos dessiné de sa BD), No sex in New York est né d'une idée de reportage pour Libération (vous connaissez Libération au moins... OK, OK...). Du 15 juin au 4 juillet 2004, Riad devait dessiner un strip quotidien pour rendre compte de l'ambiance à NY et de ce qu'il voyait autour de lui. Le résultat, pour le coup, c'est pas du "13 heures de JP Pernault" ! C'est intelligent, bien vu et surtout tordant ! Tout les travers de la société new-yorkaise y passent mais surtout les rapports humains (?) entre les gens, et plus particulièrement les célibataires à la recherche de l'âme soeur. Riad Sattouf nous dépeint une galerie de portraits de frenchies expatriés et de (quelques rares) autochtones tous plus pathétiques les uns que les autres, alors qu'ils affichent (ou tentent d'afficher surtout) les signes extérieurs de la réussité. Certes la France est "pourrie-caca" mais au moins on peut aborder une nana ou un mec sans devoir passer par tout le code comportemental à la noix des amerloques ! Au-delà du propos évident de l'album, No sex in New York remet aussi un peu les pendules à l'heure dans une époque qui ne rêve que d'american dream. Parfois, le dormeur doit se réveiller... A lire : une bio super express de Riad Sattouf sur ToutenBD.com et deux petites interviews sur France 5 et sur sceneario.com A voir et à mater : des planches de No sex in New York sur le site Dargaud