Archives par mot-clé : Seinen

La fille de la plage (Inio Asano)

Dans une petite ville de province japonaise, Koume Satô et Isobe Kosuke, collégiens de dernière année découvrent les joies et les plaisirs de l'amour charnel. Cependant, leur relation n'est pas basée sur l'amour mais plutôt sur le partage d'un mal-être. Inio Asano renoue avec le thème de la jeunesse en quête de repères dans un manga érotique de grande qualité (et pas seulement pour son côté érotique). Continuer la lecture de La fille de la plage (Inio Asano)

Wet moon T1 (Atsushi Kaneko)

Dans le Japon des années 60, le jeune inspecteur Sata revient d'une longue période d'absence. Qu'est-il arrivé ? Il ne le sait plus très bien. Il se rappelle de cette femme, accusé du meurtre d'un ingénieur fabriquant des modules pour un étrange programme spatial. Mais avec ce bout de métal dans son cerveau, il n'est plus sûr de rien. Une enquête entre hallucination et réalité. Continuer la lecture de Wet moon T1 (Atsushi Kaneko)

Chronique | Knights of Sidonia (Tsutomu Nihei)

sidonia1 An 3394 de l’ère commune, le dernier contact du Sidonia avec un autre vaisseau humain date de plus de 700 ans. Voici plus d’un millénaire que ce vaisseau-monde ère dans l’espace. 1000 ans que la Terre a été détruite par les Gaunas, une race d’extraterrestres avec laquelle les terriens n’ont jamais pu entrer en contact. Et même si aucune attaque n’a été répertoriée depuis longtemps, ces êtres restent encore une menace pour le vaisseau et l’existence même de l’humanité. Seuls les pilotes des sentinelles armés d’Aristats peuvent combattre ces envahisseurs. L’histoire débute quand Nagate Tanikaze, un jeune homme sorti des tréfonds de la colonie, est capturé après un vol de riz. Ayant vécu ses premières années isolé du reste de Sidonia, il découvre peu à peu ce monde. Mais qui est-il vraiment ? Pourquoi lui confie-ton immédiatement un ancien modèle de Sentinelle ? Quel est son rôle dans l’avenir de Sidonia ? Toute saga a son héros.

Nihei pour les nuls

« En a-vant combatant de la lumièèèèè-re, notre vie vous l’avez entr-e vos… » Euh… Désolé. En relisant Knights of Sidonia j’ai immédiatement eu un petit coup de revival version Robotech. Ah, Robotech ! THE anime avec des pilotes d’avions-robots combattants des extraterrestres ! Ça ne date pas d’hier certes mais les mechas est un peu au manga ce que le jeu de mot est à Astérix, une base incontournable. Celui qui n’a pas lu ne serait-ce que quelques pages ou vu quelques séries de ce genre, ne peut pas affirmer sans rougir connaître la bande dessinée ou l’animation japonaise. Pourtant, j’ai été surpris de voir Tsutomu Nihei se lancer dans une longue série (déjà 11 volumes au japon) de ce style. Tellement surpris que je suis même allé vérifier si mon cerveau ne me jouait pas des tours. Tsutomu Nihei, auteur du mythique Blame ou du court Abara… C’était bien lui. Un auteur dont l’univers pourrait aisément se qualifier de SF punk apocalyptique. Un univers toujours particulier qui fait appel aux angoisses, aux songes, se basant souvent sur des métaphores plus complexes. Bref, dans mon monde de lecteur, Nihei est un chaînon entre la BD grand public et indépendante, un créateur exigeant demandant des efforts à son lecteur. Il m’a d’ailleurs bien souvent laissé à la porte.
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Un Gauna sous une forme humanoïde

Ultra-monde et... litchi

C’est vous dire si j’avais quelques appréhensions à l’entame de ma lecture de cette saga spatiale. Mais très vite, j’étais rassuré par un départ plutôt classique : un vaisseau perdu, une menace qui plane, un jeune héros… Tout commençait bien même si le trait des visages et la multiplication des personnages rendaient parfois la lecture un peu complexe. C’est du Nihei me disais-je, un petit effort. Nous découvrons donc Sidonia en même temps que notre héros. Un monde vaste, riche et surprenant, ponctué d’humains androgynes, de clones et de manipulation génétique. Durant mille ans, la technologie humaine a bien évolué. Mais son monde, recréé de toute pièce dans le ventre de Sidonia (avec même un véritable monde marin, c’est vous dire la taille du vaisseau), est encore assez proche de la Terre des origines. D’ailleurs, l’auteur nous gratifie entre les chapitres de quelques Vues de Sidonia montrant ainsi toute la diversité de ce monde.
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Ballade dans le monde marin
Très vite, l’histoire ne tarde pas à se mettre en route. Une action forte, teintée de peur et je dirais même d’horreur car ces fameux gaunas sont monstrueux et mortels aussi bien sur le plan scénaristique que graphique. Là encore c’est une marque de fabrique de Tsutomu Nihei qui nous a toujours habitués à des monstres aux traits très percutant.  Comment vous les décrire d’ailleurs ? Euh… c’est ridicule mais bon. Grosso-modo, le gauna, structurellement parlant, c’est un peu un litchi. Le gros noyau à l’intérieur est le corps, la partie vulnérable. Ce dernier est protégé par l’Amnios, une matière blanchâtre quasiment indestructible qui l’entoure et prend n’importe quelle forme. Et quand je dis n’importe laquelle… Bref, je vous laisse la surprise mais je peux vous affirmer qu’il ne vous viendrait pas à l’idée de traiter un gauna de litchi si vous en croisez un dans la rue… Mais je m’égare.
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Une sentinelle ? Vraiment ?

Le diable est dans les détails

Partant de ce principe de départ, l’auteur ponctue donc son récit de combat épique avec ces êtres venus d’ailleurs. Sans surprise, Nagate répond aux attentes placées en lui par la mystérieuse Amiral de Sidonia. Mais Knights of Sidonia n’est pas qu’une suite très classique de combats et de lasers dans l’espace. S’ils font partie du décor, les scènes à l’intérieur de Sidonia ont une importance croissante. Ceux qui ont déjà lu Tsutomu Nihei savent qu’il ne peut se contenter d’une ligne droite dans son scénario, ou du moins pas sous cette forme. Au fur et à mesure de la lecture, l’histoire gagne en effet en épaisseur et ce qui apparaissait jadis comme une partie du décor devient peu à peu un élément important d’une intrigue qui dépasse plus largement la guerre contre les Gaunas. Quant à Nagate, son attirance-répulsion pour ces extraterrestres interroge sur la nature même de ces derniers… Bref, nous entrons donc dans une sorte de jeu de guerre, jeu politique, thriller qui rend l'ensemble à la fois plus complexe et plus passionnant.
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Le clonage c'est fantastique
Si Knights of Sidonia représente sans aucun doute l’une des portes les plus simples pour accéder à l’œuvre d’un auteur à l’univers très riche, elle n’en demeure pas moins une série fascinante. Comme toute bonne œuvre de SF, elle ouvre la voie vers de nombreux sujets (clonage, science, dialogue entre les peuples, ambition politique...). On s’attache à ce héros naïf et au destin de cette colonie futuriste, dernier bastion connu de l’humanité. Bref, un manga dans la plus pure tradition mais qui n'en reste pas moins passionnant… A recommander !
sidonia5Knights of Sidonia (6 volumes parus, série en cours au japon) Scénario et dessins : Tsutomu Nihei Editions Glénat, 2013 Public : Ados-Adultes Pour les bibliothécaires : une série qui a déjà dépassé les 10 volumes au Japon. Mais l'auteur n'est pas un habitué des séries à rallonge. A mon avis série importante dans ce genre.
 

Chronique | Evil Heart (Tomo Taketomi)

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Umeo Masaki est un jeune garçon à problèmes. Dès ses premiers jours au collège, il commence par se battre avec des élèves plus âgés. Taciturne et violent, il n'arrive pas à se faire accepter. Il vit seul avec sa grande sœur, âgée de 16 ans, car sa mère est en prison. Mais sa vie bascule un jour en passant devant le gymnase. Il découvre une drôle de discipline, l'Aïkido, et un drôle de personnage, un étranger, le professeur Daniels.

Du sport, oui mais...

Petite anecdote pour commencer cette chronique. Quand j'ai animé la formation manga en septembre dernier, j'ai fait choisir en début de séance un album à chaque participant. J'avais pris soin de glisser parmi eux, Vitamine de Keiko Suenobu, un one-shot dont la couverture pouvait laisser à penser qu'il s'agissait d'un pur shojo de collégienne. Or, c'est un manga très dur sur le phénomène de l'Hijime. Ce petit piège avait pour but de démontrer qu'en matière de manga, il ne faut pas se fier aux apparences du graphisme. On pourrait qualifier ce genre de « faux-amis ». Evil Heart fait complètement parti de cette catégorie. Il a tout du shonen-manga de sport et je dirais même du shonen-manga de sport romantique. S'il en reprend les bases, à savoir le jeune garçon perdu qui s'épanouit dans l'amitié (voire l'amour) dans une discipline et qui dépasse ses limites dans une compétition, cette série de Tomo Taketomi dépasse largement l'idée de base et ne cesse de surprendre son lecteur. evilheart5 Car le sujet principal d'Evil Heart est bien moins le sport que la violence familiale et ses conséquences. En effet, on apprend rapidement qu'Umeo (dit Ume) a subi ainsi que sa sœur et sa mère, la violence d'un père puis d'un grand frère. D'ailleurs, notre jeune héros ne pratique pas l'aïkido pour les joies de l'amitié, mais bien pour être prêt à défendre ses proches contre tous les dangers... et en particulier la figure de Shigeru, son frère, à la fois démon intérieur et lourde réalité. D'autant plus que se pose la question de la transmission quasi-génétique de cette violence qui pèse sur ses épaules. La joie, l'amitié, le dépassement de soi ne font pas partie de ses préoccupations. Quant à la compétition... evil_heart_daniels

Une autre philosophie

Pour ceux qui connaissent cet art martial, l'Aïkido n'utilise que des techniques de défenses. Par ce simple état de fait, Evil Heart se démarque déjà de tous les autres mangas sportifs. Alors qu'on ne peut plus lever un orteil sans parler compétition de nos jours, ce manga apparaît donc comme un rafraîchissement en faisant de l'autre non plus un adversaire mais un partenaire. Tomo Taketomi s'appuie donc sur une philosophie différente pour bâtir son histoire car l'entraide et la communication sont au cœur même du récit. Moins d'actions, plus d'interactions entre ses personnages et surtout des questions sans cesse renouvelées. Dans les pages de ces 6 volumes, les certitudes sont rares et bien souvent synonymes de dangers. Ainsi, le lecteur alterne donc entre calme et grosse tempête... de quoi relancer régulièrement son intérêt. Mais plus que le rythme, l'auteur prend le temps de décortiquer les peurs, les espoirs et l'évolution lente de son héros à travers son évolution de pratiquant d'Aïkido. Si l'humour et la légèreté font partie du voyage – en particulier avec le Pr. Daniels, figure classique du sage qui ne se prend pas au sérieux - on se retrouve confronté sans mesure aux différentes réalités du personnage. Une réelle empathie se créé non seulement avec lui, mais aussi avec les autres acteurs de cette histoire finalement touchante et particulièrement bien pensée. evilheart3 Car Tomo Taketomi a eu deux bonnes idées. La première a été de ne pas faire une série à rallonge qui, aurait trop usé la corde. Ce qui arrive malheureusement trop souvent. Cette série a été écrite en plus de 5 ans, ce qui est un délai rare dans un manga. La deuxième idée a été de ne pas multiplier les personnages importants, lui permettant de mieux maîtriser le caractère complexe de chacun tout en se renouvelant. J'avoue que ce dernier aspect m'a beaucoup surpris et qu'il est pour moi un point important de la réussite de sa série. En effet, tout en se focalisant toujours sur le héros principal, il a su tour à tour laisser une place à chacun des protagonistes, de Machiko à Shigeru lui-même en passant par des personnages beaucoup plus obscures dont je tairais le nom pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture. evilheart4 Côté Aïkido, mon spécialiste maison n'a pas eu l'air de trop rechigner à la vue des images dessinées. Pour ma part, j'ai trouvé les dessins plutôt réussi mais dans une forme très classique. Par quelques traits, la famille Masaki a un réel lien de parenté sans forcément être des clones. Pour le coup, la lecture est très agréable et fluide. Rien de bien révolutionnaire là-dedans, on sent que l'attention première a été porté comme souvent sur la réussite du scénario. Bref, si vous aimez le manga de sport, vous pouvez tenter Evil Heart. Mais vous êtes prévenus. Evil Heart dépasse complètement ce genre et devient un vrai manga de société et dans une certaine mesure, propose une philosophie de vie différente où l'autre n'est pas un concurrent mais un partenaire... Une chouette leçon pour une chouette série ! Un must have comme on dit chez les iroquois. A lire : le dossier spécial sur manga news
EvilHeartJaquetteT1.inddEvil Heart (6 volumes - série terminé) Scénario et dessins : Tomo Taketomi Éditions : Kana (2005-2011), 7,50€ Public : Ado-Adultes (c'est un seinen) Pour les bibliothécaires : une série courte & de qualité. Pas d'excuses pour ne pas l'avoir dans votre mangathèque.

Chronique | Blessures Nocturnes (Mizutani & Tsuchida)

Dans les nuits de Yokohama, un professeur cherche à sauver des enfants et des adolescents en pleine perdition. Portrait d’un homme, portrait d’une société entière et de leurs blessures.

Les profondeurs de la nuit

Comment choisit-on un livre dans une bibliothèque ? Parfois en se basant sur ses goûts, parfois au hasard. J’aime bien la seconde méthode, parfois de belles surprises qui m'amènent à chroniquer de très bons albums. Et Blessures nocturnes fait partie des très très bonnes surprises ! Le 10e et ultime volume est paru récemment, mettant un terme à l’histoire de Mizutani, un professeur de lycée du soir cherchant à aider les jeunes en difficulté. Ce dernier se fait appeler le guetteur. Mélange de légende urbaine et de héros nocturne, il est une figure connu des bandes de motards et des gangs de jeunes. Ce manga est adapté par Seiki Tsuchida du roman d’Osamu Mizutani. Et si vous vous demandez si ce Mizutani est le même que le héros, je vous répondrais oui. Toutes les histoires racontées sont basés sur des faits réels. De quoi faire très peur.

Car les auteurs dressent un constat particulièrement sombre de la jeunesse japonaise : abandon, mauvais traitement, harcèlement à l’école, drogues, viols, course à la réussite, pauvreté… Voici une liste non exhaustive (je n’ai lu que les 5 premiers volumes) des sujets abordés au cours des pérégrinations nocturnes du héros. Parfois, l’espoir est au bout. Mais il n'y a rien de systématique. Contrairement aux superhéros, le personnage principal ne gagne pas toujours à la fin. Erreur, mauvaise gestion, malchance, incompréhensions… par les défaites du héros, Blessures Nocturnes apparaît encore plus comme une fable humaniste. L’intérêt de cette série se trouve justement dans cette démarche. Constitués de nouvelles allant d’un unique chapitre à 3 ou 4, les histoires racontées ne sont jamais joués d’avance. Quel sera le dénouement ? L'angoisse est là, la réponse ne viendra que dans les ultimes pages. On ressent l'inquiétude empathique du héros. Finalement, on se surprend à enchainer les chapitres, puis les histoires, tout est très cohérent malgré l'effet nouvelle. La lecture est fluide, agréable… presque surprenante !

Le pacte

Effectivement, je ne pensais pas être transporté de la sorte avec un sujet comme celui-ci. Et pourtant, j’ai dévoré les deux premiers volumes puis m’en suis voulu d’avoir laisser les autres à la médiathèque. Alors tour de force ou de passe-passe de la part des deux auteurs ? Blessures Nocturnes ne glissent jamais dans les pentes savonneuses des pièges de ce genre de récit : la sensiblerie et le glauque. Le dessin de Seiki Tsuchida y est pour beaucoup. Si on lui reprochait parfois le côté glacial et figé de son trait (notamment dans Under the Same Moon), j’ai beaucoup apprécié sa précision presque chirurgicale. Tout est très propre, bien composé, lumineux et surtout très sobre. Il joue parfois la rupture et se laisse aller à de belles doubles planches. Mais le dessin est toujours au service du récit. Les personnages sont expressifs sans tomber dans un abus d’émotions. Il y a peu de visages en gros plan emplies de larmes. Je pense à une série comme Ikigami qui multipliait un peu trop ces effets à mon goût. On ne tombe jamais non plus dans le franchement pourri. Même dans les situations les plus compliqués, l’espoir est possible. Les univers décrits ne sont pas borderline. Blessures nocturnes est notre quotidien - enfin celui des japonais plutôt - rien de glauque, juste du réel. Dans cette série, on ne cherche pas à braquer vos émotions. Les auteurs font leur travail en racontant leurs histoires. Ils les transmettent avec tacts car elles sont déjà suffisamment tragiques pour ne pas faire de surenchères. Seules les interludes baptisés Soi toi-même avec de courtes phrases sont un peu moralisatrices mais ne gâchent pas vraiment l’ensemble. La traduction y est peut-être pour beaucoup. Globalement, j’ai eu l’impression qu'un pacte inconscient avait été scellé entre Seiki Tsuchida, Osamu Mizutani et leurs lecteurs : « faites-nous confiance, laissez-nous vous raconter, à vous de voir ce que vous pourrez en tirer ». Quelle confiance dans son lectorat ! Mais plus j’avance dans cette histoire, moins cela me paraît surprenant tant elle correspond aux valeurs prônées tout au long de ce livre par cet héros du quotidien. Le Mizutani de papier force le respect. A l’écoute, ouvert, empathique, il n’impose pas, réussi à convaincre de l’intérêt de s’en sortir, et dispose lui aussi de son petit lot de souffrances qui le rend imparfait. Je ne connais pas l’impact de ce livre au Japon. J’ose croire qu’il a pu être utile à quelqu’un. En tout cas, si je ne le conseille pas aux plus jeunes, le mettre dans les mains d'ados me paraîtrait assez intelligent. C’est beau un livre qui permet de réfléchir à la vie.
Blessures nocturnes (10 volumes - série terminée) d'après le roman de Osamu Mizutani Scénario : Osamu Mizutani Dessins et adaptation : Seiki Tsuchida Éditions : Casterman, 2008 (6,95€) Titre original : Yomawari Sensei Éditions originales : Shogakukan, 2005 Public : Ado (mature) et adulte Pour les bibliothécaires : une excellente série plutôt courte (10 volumes seulement). Des volumes qui peuvent se lire séparément le cas échéant. Idéal !
 

Chronique | Vinland Saga

vinland-saga9  volumes (séries en cours) scénario et dessins de Makoto Yukimura Edition française : Kurokawa (2009 pour le vol.1) Edition originale : Kondasha (2005 pour le vol.1) Public : A partir de 16 ans Pour les bibliothécaires : une série intéressante, à rallonge sans aucun doute, sélectionnée pour le prix ACBD asiatique 2011.
En l'an mil, Thorfinn, un jeune guerrier viking, écume les mers et les rivières d'Europe dans des campagnes de pillages dignes de la réputation des hommes du nord. Si celui-ci fait partie de l'équipage d'Askelaad, ce n'est pas par loyauté envers son chef mais bien dans l'espoir de le tuer en combat singulier. En effet, ce dernier a tué son père lorsqu'il était enfant. A travers cette histoire de vengeance, Vinland Saga est un récit épique sur ces guerriers du froid qui nous entraîne de l'Islande à l'Angleterre jusqu'aux mythiques terre du Vinland, de l'autre côté de l'océan. Vinland Saga fait partie de ces grands récits d'aventures typique du manga. Un seinen (manga pour hommes) tout en puissance où l'intrigue se joue entre luttes de pouvoir, trahison et grosses épées. Nous ne sommes pas dans la poésie et dans la finesse, les amateurs de fleurs bleues risquent de ne pas trouver leur compte. Mais il faut avouer que tout cela est très efficace et les amateurs d'histoire et d'aventure devraient trouver ce qu'il cherche. Outre un graphisme tout à fait agréable et pour une fois lisible dans les phases de combat, la réussite de Vinland Saga tient avant tout à la vraie présence de ses personnages principaux et secondaires (et ils sont nombreux). Même si ces derniers répondent aux critères habituels des récits d'aventure historique, ils ne sont pas non plus des pions qui se baladent sans réfléchir. Ainsi, les rythmes de l'histoire se basent sur leurs décisions. Des chapitres entiers peuvent être tendus comme un arc alors que d'autres seront bien plus calmes laissant l'histoire suivre son cours. Les nombreux focus et flashbacks enrichissent l'ensemble du récit et surtout apportent une profondeur d'âme aux différents protagonistes. De plus, leurs positions sont rarement figées. Les limites, un peu trop manichéenne dans ce genre d'histoire, sont vite gommées par le jeu des rebondissements et des alliances... parfois inattendues. Bon, avouons-le quand même, les rebondissements sont tout de même parfois un peu gros, je ne dévoilerais rien mais on sent que le besoin de relancer le récit à de temps en temps amené l'auteur à tirer un peu sur la corde. De plus, je trouve ces vikings et leurs échelles de valeurs assez proches du samouraï... un peu trop proche même pour des occidentaux. Je ne suis pas du tout un spécialiste des mœurs des combattants médiévaux (mon truc à moi c'est la BD) mais la notion d'individualité du guerrier, avec ces grands chefs de guerre capables de transformer par leur seule présence des batailles entières, des guerriers légendaires capables de tuer 30-40-50 guerriers à eux seuls, me semble un peu éloigné non seulement de la réalité historique (bon c'est une fiction, ok) mais aussi des notions occidentales. Parfois, j'ai eu l'impression de lire un manga de samouraï et de retrouver en Thorfinn des archétypes comme Ken Le Survivant (qui aurait décidé Makoto Yukimura à devenir mangaka), Naruto et tous les célèbres guerriers de la bande dessinée japonaise. Toutefois, Makoto Yukimura ne tombe pas non plus dans ce qu'on reproche, parfois à tord, à ce genre de manga. A savoir, une certaine célébration de la violence. Au contraire Vinland Saga, avec des scènes parfois difficile et sous les traits de son personnage principal, dénonce l'absurdité de la guerre et de la vengeance. Point de vue courageux et contradictoire et avouons-le plutôt réussi. Il faut également reconnaître le travail énorme de documentation effectué par l'auteur sur cette période historique. Il a en effet décrypté leur société, prenant le partie de certaines théories ou non (les fameux mercenaires Jomsvikings dont la réalité fait débat) et a intégré tout cela dans un récit qui est tout de même assez passionnant et original par son contexte et sa géographie exotique (pour un manga). Bref, Vinland Saga est une lecture des plus agréable, bien construite sans pour autant être d'une révolution folle. Un très bon seinen qui se plonge dans une réalité historique parfois cruelle (même très dure dans certains chapitres). Bref, un très bon moment de lecture avec du sang, des tripes, mais aussi des doutes, des larmes, de la poussière, des embruns et... du casque à cornes. Bref, tout ce qu'on aime quoi ! A lire : la fiche album sur manga-news A lire : une chronique intéressante sur le site Journal du Japon

Chronique | Doubt

scénario et dessins de Yoshiki Tonogaï éditions Ki-oon (2008) éditions originale Square-Enix (2008) Public : 15-25 ans surtout, les adultes amateurs du genre. Pour les bibliothécaires : A conseiller au public adolescent découvrant les joies des sections BD adultes. Série courte ce qui est un avantage.
"Rabbit Doubt fait fureur au Japon. Dans ce jeu sur téléphone portable, des lapins doivent débusquer le loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par une tous ses adversaires. Mais pour ces cinq fans, Rabbit Doubt ne tarde pas à virer au cauchemar. Ils se réveillent dans un bâtiment désaffecté. Tatoué sur la peau des adolescents, un mystérieux code-barres qui leur permet à chacun d’ouvrir une porte différente semble être leur seul espoir de salut. Pas de doute : un loup se cache bien parmi eux et il faudra le démasquer… avant d’être dévorer". (synospis de l’éditeur) C’est dans un salon du livre, très intrigué par la couverture du premier volume (retournez votre écran pour mieux voir) que j’ai commencé à feuilleter cette série. Dès les premières pages le dessin très classique  propre, plutôt aéré, agréable à première vue ne trompe personne, on sent l’espèce d’atmosphère étrange entre ces 6 inconnus liés uniquement par un jeu de dupe. Et très vite, tout bascule, pour eux comme pour nous. Le récit prend enfin sa forme véritable : bienvenus dans un huis-clos angoissant où chaque personnage est un tueur potentiel, bienvenus dans un petit monde où l’innocence a disparu, bienvenu dans Doubt ! Appréciant plutôt ce genre de manga, il m’était difficile alors de lâcher l’affaire et j’ai donc acheter (sans trop me ruiner, merci pour moi) les 4 volumes de la série… La population visée par cette série est clairement un public de d’jeuns, les 15-25 ans se retrouveront dans les codes sociaux des personnages et la narration va dans ce sens (réaction des personnages, côté malsain pas toujours poussé à fond). Avec un peu d’habitude, de perspicacités,  de lectures des grands maîtres du thriller - on pense immédiatement à Agatha Christie et à ses « Dix petits nègres - il n’est pas très difficile de deviner qui est le coupable. Cependant, l’auteur sait jouer avec vos nerfs et poser la petite griffe du doute dans votre esprit…  et je ne vous parle même pas des personnages ! Et même quand les certitudes sont enfin établies, les surprises sont encore de taille… jusqu’à l’ultime page de l’ultime volume. L’histoire est bien bâtie et ne laisse pas de place aux approximations, vous aurez même le droit à un plan détaillé de l’entrepôt. Ici, le jeu  du chat et de la souris atteint son paroxysme. Graphiquement, le dessin est très plaisant et dynamique. Seul reproche, la luminosité surprenante pour une série de ce genre. Heureusement,  les effets de manche sont limités au nécessaire et la constante apparition de ces masques de lapin rapiécés suffit bien souvent à poser une pression sur les épaules de chacun. Ici pas (trop) d’abus mais de vrais scènes macabres qui vous feront avaler votre salive de travers. Si évidemment, Doubt n’atteint pas la qualité d’œuvre proche comme Dragon Head ou Monster, il reste une lecture de très bonne qualité à placer au même niveau que les mangas de Tetsuya Tsuitsui. Un  manga entre le shonen et le seinen à conseiller aux amateurs du genre. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir ! A lire : la critique de manga-news A découvrir : les premières pages de la série sur le site des éditions Ki-oon (cliquez sur l'album Doubt)

Übel Blatt

Ubel Blattscénario et dessins de Etorouji Shiono Editions Ki-oon 11 volumes (T0 à T10) série en cours

Lance de la vengeance

Il y a 20 ans, quatorze guerriers furent envoyés dans une mission périlleuse afin de sauver l’empire. Sept d’entre eux revinrent, trois avaient péri au combat tandis que quatre autres avaient trahi l’empire pour rallier la cause de l’ennemi. Ces lâches furent nommés lances de la trahison. Voici l’histoire officielle, celle écrite par les vainqueurs. Mais aujourd’hui, à la frontière de l’empire, un étrange guerrier est apparu. Sous les traits d’un jeune semi-elfe se faisant appeler Koinzell, il pourrait bien bouleverser la paix instaurée dans l'empire depuis le retour des sept "héros". Amateur d’héroïc-fantasy, voici une œuvre de Dark Fantasy qui pourrait bien vous réconcilier avec un genre usé jusqu’à la corde ! En tout cas en BD européenne. Car il faut l’avouer, en matière de manga ce genre est en concurrence directe avec son cousin asiatique : le récit de samouraï. Autant les grandes sagas de sabre sont légions (Kenshin le vagabond, Lone Wolf and Cub, Musashi, L’Habitant de l’infini…) autant les histoires de dragons, de nains, d’elfes et d’épées magiques ne sont ni nombreuses, ni incontournables (Les chroniques de la Guerre de Lodoss : La dame de Falis, Berzerk...). Mais ici… Ah fidèles lecteurs d’IDDBD, voici une véritable quête avec des personnages, des héros et des lâches et de nobles valeurs obscurcies par un côté sombre (et réciproquement) ; voici un scénario aux rebondissements multiples, où de vraies surprises vous attendent, où les attentes se figent dans des moments de tensions, où le relâchement laisse la place aux découvertes, où les flashbacks dévoilent d’improbables secrets, cases après cases… On retrouve évidemment les normes du genre : le héros très fort et blessé dans son âme, la copine agréable à regarder, l’apprenti-héros, le jeune chevalier, l’ennemi mortel, les méchants méchants et la petite fille à protéger. Parlons aussi des tenus sexys, voire de l’absence de tenue ou de l’utilisation du string un peu trop prononcée sur des héroïnes à l’apparence parfois fort jeune, pour moi le seul bémol au tableau. Je ne défendrai pas ce choix de l’auteur car c’est un peu agaçant... et surprenant car ce dernier n’abuse pas trop des grands poncifs habituels : grosses épées, gros dragons et très grosses batailles. En tout cas, leur utilisation est toujours dans le souci de l'intégrer parfaitement au récit, pas comme une obligation pour ados boutonneux ou no-life en mal de sensations. Et ça marche ! Dans l’ensemble l’histoire et l’univers dans lequel évolue les héros sont parfaitement cohérents, n’abusant ni de personnage, ni de nom de région biscornue (un peu mais pas trop). Toujours agrémenté par les souvenirs et les doutes, cette quête vengeresse d’un homme seul contre un empire résonne comme les belles et grandes histoires du genre, on pense évidemment aux récits de personnages écrits par Tolkien (Les enfants de Hurin en particulier pour le côté très sombre de l'univers). Bref, celles que tout bon rolistes bardes qui se respectent rêveraient de conter à ses condisciples. Ah oui, j’ai oublié de parler du style. Un trait classique pour du manga, des scènes de combats pas trop chargés et relativement lisibles (pas toujours le cas), l’abus de string peut nuire à la santé mental des boutonneux les plus fragiles mais dans l’ensemble ça reste du très très bon. Attention cependant à ne pas se laisser prendre par le dessin naïf, certaines scènes de combat ou de sexe pourrait choquer les plus prudes d'entre vous. Übel Blatt est un vrai seinen ! Un petit recommandé ? Evidemment, car de l'heroic-fantasy qui prend le temps de bâtir autre chose qu'une suite de cliché c'est assez rare et très précccccccccccieeeeeeeeuuuxxx ! (oups) A voir : un portail consacré à Übel Blatt et au genre Dark Fantasy (en manga) A lire : le dossier spécial sur manga-news Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD  

Fight Mangas !

Reset et Duds Hunt (scénarii et dessins de Testuya Tsutsui, Ki-oon) Dans ma dernière chronique sur Vitamine (à lire absolument, le manga hein, pas forcément la chronique), j’évoquais le nom de Tetsuya Tsutsui. J’avoue avoir lâchement préparé le terrain pour cette double chronique. Les plus curieux d’entre vous (où les moins pressés) sont peut-être aller voir sur la toile ou chez leurs libraires spécialisés préférés (moi c’est L’Orielle à Evreux) pour découvrir ce jeune mangaka iconoclaste. Pour l’instant, j’avoue n’avoir lu que Reset et Duds Hunt mais ces deux one-shot d’action pure m’ont largement marqué. Dans Duds hunt, Nakanishi, jeune délinquant en réinsertion, s’ennuie fermement dans son nouveau travail. En surfant sur le web, il rencontre Eksam qui lui propose de participer à un genre de jeu assez nouveau, un survival game urbain où le but est de récupérer un émetteur. La seule règle est que tous les coups sont permis. Très vite, Nakanishi y prend goût et retrouve les anciens travers de son passé. Dans Reset, Testuya Tsutsui nous plonge dans un jeu en ligne qui conduit certains de ses participants au suicide lorsque ces derniers voient le message de fin de jeu : Votre vie est un échec, appuyez sur Reset. Quand le mari d’Hitomi saute par la fenêtre, cette dernière tente de résoudre l’affaire et rencontre Junsuke, un jeune hacker de génie. Tous les deux vont se plonger dans Dystopia pour découvrir la vérité. Assurément violent et immoral, l'univers de Tsutsui n’a rien à voir avec les mangas que vous avez déjà lu Décalé, marginaux et mal-à-l’aise dans une société ordonné, ses personnages tentent d’évoluer dans un monde parallèle, virtuel (comme dans Reset) ou réel (Duds Hunt). D'ailleurs, Tsutsui est lui-même un auteur indépendant qui s'ést fait connaître par le web. Mené à un rythme d’enfer, ces deux mangas vous tiendront en haleine jusqu’au bout. Privilégiant l’action pure, Tetsuya Tsutsui dit s'inspirer de sa société. Il donne donc une image très rude et sans concession du japon contemporain. D’où de nombreuses critiques et polémiques sur son œuvre. Bon, nous on aime en tout cas ! A voir : la galerie d'image de son site

Vitamine

(scénario et dessin de Keiko Suenobu, Panini Comics, 2005)

Jeunesse japonaise

Sawako a 15 ans et comme tout bon élève japonais travaille d’arrache-pied pour faire plaisir à ses parents et décrocher ainsi la meilleure place dans le meilleur des lycées. Mais un jour, la jeune fille cède aux avances de son petit ami et se retrouve dans une position assez délicate dans une salle de cours. Ils sont très vite découverts par un autre élève. Mais ce n’est que le lendemain que le cauchemar commence pour Sawako. Elle devient la souffre-douleur de la classe tandis que son ami la rejette complètement. Attention claque assurée si vous vous décidez à lire ce petit bijou. Sous ces doux airs de shojo, Vitamine remue son petit monde. Récit initiatique évoquant un double phénomène fréquent au japon, la violence à l’école (ijimé)et l’absentéisme qui en découle, Keiko Suenobu dresse un portrait à l’acide de la société nippone. Elle ne prend pas de gants pour décrire la faillite d’un système qui empêche les jeunes de s’épanouir. Entre les cours du soir, les activités en club et la pression des parents, les jeunes ont trop peu de temps pour se retrouver face à eux-mêmes. Et tout peut déraper facilement et il n’y aura personne pour vous rattraper. Dans cette société où l’élitisme et l’individualisme sont rois, il y a peu de place pour le rêve. A méditer. Je meurs d’envie de vous en dire plus mais ce n’est pas possible sans dévoiler la conclusion. Les 200 pages de ce petit one-shot se dévorent à la vitesse de l’éclair, idéal pour faire découvrir un manga brillant d’une toute jeune mangaka toute aussi brillante. Keiko Suenobu fait partie de cette nouvelle génération qui révolutionne peu à peu l’image d’Epinal du manga (avec Testuya Tsutsui entre autres). Une mangaka à suivre donc et un manga à relire sans modération ! A lire : l’excellente analyse sur Orient Extreme.net avec en particulier une explication du phénomène de l’Ijimé.