Archives par mot-clé : Science-fiction

Chronique | Terra Formars (Sasuga & Tachibana)

En 2599, le vaisseau Bugs 2 est envoyé sur Mars pour accomplir la dernière phase de la terraformation : éliminer la vermine envoyée 500 plus tôt par les scientifiques pour accélérer le processus. Mais à leur arrivée, les 15 jeunes nettoyeurs sont confrontés à un danger imprévu… et mortel. Les cafards ne semblent pas vraiment prêts à se faire massacrer. Continuer la lecture de Chronique | Terra Formars (Sasuga & Tachibana)

Chronique | Knights of Sidonia (Tsutomu Nihei)

sidonia1 An 3394 de l’ère commune, le dernier contact du Sidonia avec un autre vaisseau humain date de plus de 700 ans. Voici plus d’un millénaire que ce vaisseau-monde ère dans l’espace. 1000 ans que la Terre a été détruite par les Gaunas, une race d’extraterrestres avec laquelle les terriens n’ont jamais pu entrer en contact. Et même si aucune attaque n’a été répertoriée depuis longtemps, ces êtres restent encore une menace pour le vaisseau et l’existence même de l’humanité. Seuls les pilotes des sentinelles armés d’Aristats peuvent combattre ces envahisseurs. L’histoire débute quand Nagate Tanikaze, un jeune homme sorti des tréfonds de la colonie, est capturé après un vol de riz. Ayant vécu ses premières années isolé du reste de Sidonia, il découvre peu à peu ce monde. Mais qui est-il vraiment ? Pourquoi lui confie-ton immédiatement un ancien modèle de Sentinelle ? Quel est son rôle dans l’avenir de Sidonia ? Toute saga a son héros.

Nihei pour les nuls

« En a-vant combatant de la lumièèèèè-re, notre vie vous l’avez entr-e vos… » Euh… Désolé. En relisant Knights of Sidonia j’ai immédiatement eu un petit coup de revival version Robotech. Ah, Robotech ! THE anime avec des pilotes d’avions-robots combattants des extraterrestres ! Ça ne date pas d’hier certes mais les mechas est un peu au manga ce que le jeu de mot est à Astérix, une base incontournable. Celui qui n’a pas lu ne serait-ce que quelques pages ou vu quelques séries de ce genre, ne peut pas affirmer sans rougir connaître la bande dessinée ou l’animation japonaise. Pourtant, j’ai été surpris de voir Tsutomu Nihei se lancer dans une longue série (déjà 11 volumes au japon) de ce style. Tellement surpris que je suis même allé vérifier si mon cerveau ne me jouait pas des tours. Tsutomu Nihei, auteur du mythique Blame ou du court Abara… C’était bien lui. Un auteur dont l’univers pourrait aisément se qualifier de SF punk apocalyptique. Un univers toujours particulier qui fait appel aux angoisses, aux songes, se basant souvent sur des métaphores plus complexes. Bref, dans mon monde de lecteur, Nihei est un chaînon entre la BD grand public et indépendante, un créateur exigeant demandant des efforts à son lecteur. Il m’a d’ailleurs bien souvent laissé à la porte.
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Un Gauna sous une forme humanoïde

Ultra-monde et... litchi

C’est vous dire si j’avais quelques appréhensions à l’entame de ma lecture de cette saga spatiale. Mais très vite, j’étais rassuré par un départ plutôt classique : un vaisseau perdu, une menace qui plane, un jeune héros… Tout commençait bien même si le trait des visages et la multiplication des personnages rendaient parfois la lecture un peu complexe. C’est du Nihei me disais-je, un petit effort. Nous découvrons donc Sidonia en même temps que notre héros. Un monde vaste, riche et surprenant, ponctué d’humains androgynes, de clones et de manipulation génétique. Durant mille ans, la technologie humaine a bien évolué. Mais son monde, recréé de toute pièce dans le ventre de Sidonia (avec même un véritable monde marin, c’est vous dire la taille du vaisseau), est encore assez proche de la Terre des origines. D’ailleurs, l’auteur nous gratifie entre les chapitres de quelques Vues de Sidonia montrant ainsi toute la diversité de ce monde.
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Ballade dans le monde marin
Très vite, l’histoire ne tarde pas à se mettre en route. Une action forte, teintée de peur et je dirais même d’horreur car ces fameux gaunas sont monstrueux et mortels aussi bien sur le plan scénaristique que graphique. Là encore c’est une marque de fabrique de Tsutomu Nihei qui nous a toujours habitués à des monstres aux traits très percutant.  Comment vous les décrire d’ailleurs ? Euh… c’est ridicule mais bon. Grosso-modo, le gauna, structurellement parlant, c’est un peu un litchi. Le gros noyau à l’intérieur est le corps, la partie vulnérable. Ce dernier est protégé par l’Amnios, une matière blanchâtre quasiment indestructible qui l’entoure et prend n’importe quelle forme. Et quand je dis n’importe laquelle… Bref, je vous laisse la surprise mais je peux vous affirmer qu’il ne vous viendrait pas à l’idée de traiter un gauna de litchi si vous en croisez un dans la rue… Mais je m’égare.
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Une sentinelle ? Vraiment ?

Le diable est dans les détails

Partant de ce principe de départ, l’auteur ponctue donc son récit de combat épique avec ces êtres venus d’ailleurs. Sans surprise, Nagate répond aux attentes placées en lui par la mystérieuse Amiral de Sidonia. Mais Knights of Sidonia n’est pas qu’une suite très classique de combats et de lasers dans l’espace. S’ils font partie du décor, les scènes à l’intérieur de Sidonia ont une importance croissante. Ceux qui ont déjà lu Tsutomu Nihei savent qu’il ne peut se contenter d’une ligne droite dans son scénario, ou du moins pas sous cette forme. Au fur et à mesure de la lecture, l’histoire gagne en effet en épaisseur et ce qui apparaissait jadis comme une partie du décor devient peu à peu un élément important d’une intrigue qui dépasse plus largement la guerre contre les Gaunas. Quant à Nagate, son attirance-répulsion pour ces extraterrestres interroge sur la nature même de ces derniers… Bref, nous entrons donc dans une sorte de jeu de guerre, jeu politique, thriller qui rend l'ensemble à la fois plus complexe et plus passionnant.
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Le clonage c'est fantastique
Si Knights of Sidonia représente sans aucun doute l’une des portes les plus simples pour accéder à l’œuvre d’un auteur à l’univers très riche, elle n’en demeure pas moins une série fascinante. Comme toute bonne œuvre de SF, elle ouvre la voie vers de nombreux sujets (clonage, science, dialogue entre les peuples, ambition politique...). On s’attache à ce héros naïf et au destin de cette colonie futuriste, dernier bastion connu de l’humanité. Bref, un manga dans la plus pure tradition mais qui n'en reste pas moins passionnant… A recommander !
sidonia5Knights of Sidonia (6 volumes parus, série en cours au japon) Scénario et dessins : Tsutomu Nihei Editions Glénat, 2013 Public : Ados-Adultes Pour les bibliothécaires : une série qui a déjà dépassé les 10 volumes au Japon. Mais l'auteur n'est pas un habitué des séries à rallonge. A mon avis série importante dans ce genre.
 

Mini-chronique | Les sentinelles de l’imaginaire T3 (Jouvert & Kristo)

Retour à Townsville avec Nathanaël, agent du CEC, dont la mission est de rétablir l'ordre dans cette ville du futur. Mais le peut-il vraiment ? L'arrivé d'un nouveau personnage et la lutte des deux entités autrefois amies ouvrent de nouvelles perspectives... En février dernier, j'ai chroniqué les deux premiers épisodes d'un comic book français créé par Kristophe Bauer et Jan Jouvert. Vous qui suivez IDDBD depuis un certain temps connaissez mon amour incommensurable pour les super-héros. Bref, ce n'était pas gagné d'avance. Et pourtant, avec une certaine surprise, je me suis accroché à cette histoire. Faisant appel à de multiples références du genre, prenant parfois des airs "Alan Mooriens" de Watchmen, cet univers futuriste emporte. Dans ce nouvel épisode, après un flashback posant les bases de l'histoire, nous revenons dans le "présent". Les auteurs en profitent pour injecter un nouveau personnage : Rose Darling, une femme flic coriace qui présente la caractéristique d'être là au mauvais moment. De quoi faire basculer sa vie et donner un élan à ce troisième opus. Elle apporte surtout son regard et une autre dimension à l'univers. On découvre un peu plus les différences entre la Townsville moderne et la Townsville Vintage, lieu de pauvreté et forcément de délinquance... voire de révolte. Sans relire les deux premiers volumes, j'ai retrouvé rapidement mes repères. Signe que sous un apparent chaos, ce scénario est parfaitement en place. Le puzzle s'imbrique peu à peu, les événements s'enchainant avec du rythme. Un petit bémol cependant. Parfois, je trouve que quelques cartouches de textes sont superflus. Le dessin gagnant en précision et s'affinant de plus en plus au fil de l'histoire, la voix off pourrait disparaître dans certaines situations sans pour autant gêner la lecture. Mais là, je chipote car globalement, sur les plans graphiques et narratifs, on sent que les auteurs trouvent leurs marques et s'amusent avec leur publication. Bref, cette mini-chronique pour vous dire que ça continue dans ce même élan positif. On a envie de connaître la suite car comme leurs collègues américains, Jan Jouvert et Kristophe Bauer ont l'art de laisser les situations en suspens... Grrrrrr ! Merci à eux pour l'envoi de ce 3e volume (et la citation en 4e de couv', c'est le début de la célébrité !). Bonne continuation et rendez vous sur le site des Sentinelles de l'imaginaire.

Dimanche KBD : Les derniers jours d’un immortel

Nous continuons l'exploration de la galaxie et des univers futuristes avec un album qui a connu une vraie reconnaissance critique lors de sa sortie. Les derniers jours d'un immortel de Fabien Velhmann (au scénario) et Gwen De Bonneval (dessins) est un album surprenant qui laisse une impression particulière après lecture. Il n'y a pas encore de chroniques sur IDDBD mais Oliv' pour KBD s'est chargé de vous faire une belle synthèse de tout ça. Bravo à lui, car pour une première, c'était du costaud. Bon dimanche à tous !

Dimanche KBD : L’incal (Jodorowsky & Moebius)

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Quand on évoque la science-fiction et la bande dessinée, le nom de Moebius, alias Jean Giraud, apparaît comme incontournable. Alors nous ne pouvions pas passer à côté dans notre mois Bienvenue dans la 4e dimension.

Mais voilà, comme un pied de nez au destin - dont Moebius était friand - Jean Giraud a rejoint hier l'Olympe des très grands auteurs du 9e art. En compagnie d'Hugo Pratt, Eisner, Hergé, Tezuka ou Franquin, il nous fait un petit signe. En effet, depuis plus de 2 mois, nous avions prévu de vous faire une synthèse de son œuvre - enfin de l'une de ses œuvres - les plus marquantes : L'Incal. Alors pas besoin d'en rajouter aujourd'hui, L'Incal est un monument à redécouvrir sous la plume de Mitchul, l'homme synthétiseur. Sur IDDBD, nous sommes un peu triste même s'il nous reste toutes ces bonnes BD à lire, à relire... Chapeau bas, Monsieur ! La bio de Jean Giraud sur wikipedia  

Chronique | Les Sentinelles de l’imaginaire n°1 & 2 (Jouvert & Bauer)

Nous sommes en 2087, le monde est devenu une dictature informatique où les hommes sont reliés entre eux par une base de données commune. Dans ce monde, le CEC est chargé de veiller à la bonne marche de cette mémoire collective en gérant distractions et plaisirs. Mais lorsque, dans la rue, une caméra prend un homme en train de sourire, l’inquiétude gagne les instances dirigeantes. Pas de doute, la peur d’installe sur la ville et Nathanaël, agent spécial, est chargé de découvrir le secret qui se cache au fond des esprits et rêves. Les Sentinelles de l’Imaginaire est une création de l’atelier En Traits Libres de Montpellier - où travaille entres autres Matt Konture - et plus particulièrement de Kristophe Bauer au dessin et de Jan Jouvert à l’écriture. Les deux premiers numéros de cette série sont publiés dans un format semblable aux comics américains. D’ailleurs, cette ressemblance est tout à fait assumée car les deux compères se réclament complètement du charme désuet de l’âge d’or (pardon d'argent) du comic book. En effet, dans le train noir et blanc de Kristophe Bauer comme dans la présentation générale de l’œuvre, on sent cette filiation. On retrouve avec un certain sourire, ce côté grand spectacle qui faisait le charme de ces publications.  N’hésitant jamais à faire dans l’allégorie, je pense à la « momie » dont l’ombre traine sur la ville dès la première planche, c’est par un découpage classique que l’on pénètre dans cet univers. Les deux auteurs ont décidé, avant de mettre complètement leur histoire en marche, de prendre leur temps et de poser les situations. En tout cas, c’est l’impression que j’ai eu tout au long de cette double lecture.  Durant le premier épisode, nous suivons Nathanaël, agent de la CEC, cherchant à élucider le mystère de l’homme qui sourit. En revanche, dans le second volume apparaît deux nouveaux personnages apportant un angle de lecture différent. De quoi surprendre le lecteur et lui permettre de comprendre que non, tout n'est pas aussi balisé qu'on n'aurait pu le penser au départ. Pourtant, nous avons bien le triptyque habituel du bon, du méchant et de l'officier de police. Pensez à Batman, le Joker et l’inspecteur Gordon et même, encore plus éloigné, à Sherlock Holmes, Moriarty et l’inspecteur Lestrade et nous voici de retour dans les rouages du genre enquête/action. Là encore, il s’agit d’un choix, d'une démarche assumée qu’on ne pourra pas leur reprocher. Sur les premiers chapitres, elle permet de poser tranquillement l'histoire afin de jeter les pièces du puzzle une à une sur la table. Il y a une montée en puissant d'une intrigue qui se veut à la fois simple et complexe. Simple par son schéma plutôt classique (mais ça nous l'avons déjà dit) et complexe car basée sur des narrations multiples. Ainsi, on passe des points de vue des personnages assez rapidement et on finit, même si parfois on se demande où l’on va, par se laisser porter. Comme un jeu d’échec, les pièces sont posées, avancées. Il ne reste plus qu’à les combiner afin de parvenir à ses fins. Mais là, tout reste à faire car les deux auteurs travaillent actuellement sur le volume 3 de cette histoire et je ne peux donc pas encore commenter totalement cette histoire. Pour moi qui part toujours d’un point de vue assez critique quand il s'agit de comics, je suis plutôt agréablement surpris par le résultat. Toutefois, nous n'en sommes qu'au début de cette saga fantastique dont l'idée de départ est séduisante. Il ne tient qu’à Kristophe Bauer et Jan Jouvert de nous emmener encore plus loin, dans leur monde fantasmagorique où, on le devine, les événements vont finir par s’enchaîner. Comme dans un bon comics, j’ajouterai… To be continued (désole pour mon accent) ! A découvrir : le blog officiel du projet A voir : le blog de l'atelier En traits libres Le Teaser des Sentinelles de l'imaginaire :
Les Sentinelles de l’imaginaire Scénario : Jan Jouvert Dessins : Kristophe Bauer Éditions : Les Éditions du Voyeur, 2010 (6€) Public : Amateurs de SF et de comic books Pour les bibliothécaires : Pas facile à se procurer hors marché, mais pour les bibs de la région de Montpellier, ça vaudrait sans aucun doute le coup de soutenir une belle initiative comme celle-ci pour qu'un jour tout le monde puisse en profiter.

Chronique | Aâma T.1 (Frederik Peeters)

C’est au sommet d’un cratère volcanique sur une terre inconnue que se réveille Verloc. Il ne se souvient de rien, ou presque… Quand un étrange singe androïde prénommé Virgile le rejoint, il répond à ses questions en lui tendant un petit carnet. Un journal de bord écrit de la main même de Verloc… Une aventure qui débute dans un caniveau… Entamer la lecture d’un nouvel album de Frederik Peeters, c’est toujours un moment d’excitation pour moi. C’est un auteur qui m’accompagne maintenant depuis très longtemps. Un auteur que j’ai découvert quand j’ai commencé à travailler en bibliothèque et que j’ai toujours suivi depuis. Moi, je suis toujours bibliothécaire, lui est toujours explorateur d’horizon nouveau. Mais vous êtes bien placé pour le savoir car vous lisez IDDBD depuis longtemps (si, si !)

Retour vers le futur ?

Avec Aâma, l’auteur suisse revient à la SF, un genre qui lui avait plutôt réussi avec sa série Lupus. Pourtant, les liens entre les deux séries ne se font pas vraiment. Pourquoi ? La couleur déjà. Alors que Lupus était en noir et blanc, avec un trait épais et virevoltant dans des circonvolutions parfois étranges, Aâma est une œuvre au dessin réaliste (pour du Peeters) et composée dans une large gamme de couleur. Ce choix permet à Fred Peeters de donner une profondeur nouvelle à son récit car la couleur tend à créer des univers uniques, parfois saisissant, alors que son dessin s’est épuré depuis Lupus. On serait toutefois tenté de lier les personnages de Lupus et Verloc. Il est tout à fait possible d’y trouver des points communs : leur utilisation répétée de la drogue pour fuir la réalité (le shia), l’image du père, l’attachement à un côté désuet, le départ... Mais est-ce suffisant ? A trop vouloir de ressemblances ne risque-t-on pas de passer à côté d’Aâma ?

Sciences humaines

Ce premier chapitre ne nous ne donne qu'une partie les clefs d’une intrigue complexe. Débutant comme un pur récit de science fiction, Fred Peeters y ajoute l’ingrédient essentiel de toutes ses œuvres : l’humain. Si l’humanité est au centre du récit, sa frontière est extrêmement floue. En effet, les êtres vivants sont pour la plupart bourrés d’implants leurs permettant de contrôler leurs équipement mais aussi de survivre dans des environnements hostiles ou devenus instables pour leurs survies. Cette humanité est symbolisée par les trois personnages principaux : Verloc qui a décidé de retirer ses gadgets, le singe-robot fumeur de cigares Churchill et Conrad, l’étrange frère de Verloc, qui semble parfois le plus artificiel des trois avec ses vêtements rétro et son attitude froide. Chacun présente un visage bien particulier, un visage d'une humanité évoluée, un visage qui risque bien de changer dans les tomes suivants. Mais ce changement, on ne peut que le constater dès le début de ce premier volet. Quant à savoir comment ? Le lecteur est comme le personnage principal, il découvre le récit au fur et à mesure par les flasbacks successifs des lectures du journal de bord de Verloc. Un journal écrit sur un vrai carnet en papier dans un monde où les livres papiers sont devenus des pièces d’antiquité. D’ailleurs Verloc est libraire, chacun appréciera le clin d’œil (surtout en ce moment). Mais voilà, ce ne sont que des premières pièces et en refermant ce livre il nous tarde d’en savoir plus. On a la sensation que cette histoire ne sera définitivement close qu’en bas de l’ultime planche de l’ultime volume. Et encore… quand on connaît les albums précédents chargés de questions en suspens... Bref, j'avoue pour une fois ma frustration face à un album de Peeters. Ce n'est pas mauvais mais ce n'est pas fini... Je veux la suite (là vous devez m'imaginer en train de pleurer en trépignant sur mon clavier - j'ai pris des cours avec mes filles). Que vous dire de plus ? Si vous avez aimé Lupus, lisez Aâma. Nous sommes ici dans un registre à la fois identique et fort éloigné. Un livre qui s’inscrit dans la tradition de l’œuvre de Frederik Peeters mais aussi dans celle de la pure SF où la part philosophique n'est pas exclue. Mais c'est un livre frustrant car il constitue la première (et pour l’instant unique) pièce d’un puzzle ambitieux et passionnant, une aventure extra-terrestre qui nous entrainera loin dans les profondeurs de l’âme humaine. Œuvre majeure ou pas ? Patience… A voir : l'interview réalisée par BD Maniac à Saint Malo A lire : l'interview réalisé par Angles de vue A lire : l'analyse des planches par Fred Peeters sur Télérama A découvrir : le projet Aâma, blog tenu par Frederik Peeters  
scénario et dessins : Frederik Peeters Éditions : Gallimard (2011) Public : Adulte, amateurs de SF. Pour les bibliothécaires : sauf mauvaise surprise un futur must. A acheter si vos lecteurs apprécient cet auteur, sinon vous pouvez attendre la suite.

Chronique | Do androids dream of electric sheep ?

d'après le roman de Philip K.Dick Adaptation : Tony Parker Editions : Emmanuel Proust (2011) Collection : Atmosphériques Edition originale : Boom ! (2010) Public : Amateur de science-fiction et des oeuvres de Philip K.Dick Pour les bibliothécaires : Une adaptation assez réussie (pour une fois), 3 volumes prévus donc série indispensable à mon avis. (17,90€)

"A l'origine, j'avais un véritable mouton."

Après le cataclysme nucléaire, seuls quelques hommes vivent encore sur Terre… comme Rick Deckard, de la brigade spéciale des chasseurs de primes. Rick, ce tueur qui poursuit un rêve : remplacer son mouton électrique par un animal vivant… Mais sa rencontre avec la belle Rachel, une androïde Nexus-6 à l’intelligence supérieure, bouscule ses convictions, et va le conduire à s’interroger sur la différence entre l’homme et la machine, la manipulation, et la réalité. Si ce pitch vous rappelle vaguement quelque chose, c’est normal. Do Androids dream of electric sheep ? est le roman qui fut adapté au cinéma par Ridley Scott en 1982 sous le titre Blade Runner (avec Harrison Ford). Malgré son succès mondial, les amateurs du roman de Philip K.Dick virent dans ce film une pâle copie de l’original. Comme souvent dans les adaptations, les choses avaient été simplifiées, les détails éliminés, les reliefs du scénario aplanis. Mais comment rendre l’ampleur de ce chef d’œuvre de la littérature ? Comment se mettre au niveau d’un des plus grands auteurs de la science-fiction, d’un des plus grands auteurs du 20e siècle ? Difficile.DADOES_02 Alors la BD peut-elle réussir là où le cinéma a relativement raté son coup ? Peut-être. On ne pouvait pas réécrire le texte sans en perdre sa qualité ? Alors Tony Parker ne se contentera "que" de l’illustrer. Oui, vous me comprenez bien, les textes lus dans cette BD, les dialogues, les cartouches sont TOUS de l’auteur original dans une traduction de 1996. Ça marche ? Oui. Le texte de Philip K.Dick trouve un nouvel écrin dans la bande dessinée et même si les premières pages sont surprenantes, on se retrouve vite à se délecter du style, à se faire transporter dans la vie crasse de Rick Deckard. La magie opère et les pages se tournent lentement, très lentement pour une bande dessinée. On se rend alors compte du génie visionnaire de l'auteur : la disparition des espèces animales, le danger nucléaire, la solitude, les rêves consuméristes, le rejet de la différence, l’abandon des faibles, la puissance des grands groupes industriels, l’humanité. Les thèmes d’un texte écrit en 1968 résonnent encore dans nos esprits d’hommes du 21e siècle. DADOES-plancheMalheureusement, le graphisme de Tony Parker – un trait mainstream très classique - n’atteint pas l’exceptionnelle qualité narrative de  Philip K.Dick. La BD étant un art de fusion entre l’écrit et le graphisme, ce bémol est important. Si les atmosphères sont plutôt bien rendues parfois on sent un vrai décalage entre les deux éléments. On se prend alors à rêver d’un illustrateur-créateur comme Ben Templesmith (30 jours de nuit, Fell)ou Dave McKean (Cages, les couvertures de Sandman) qui aurait apporté un élément supplémentaire. Mais peut-être auraient-ils gêné la mise en avant du texte ? Y’avait-il assez de place dans ce projet pour confronter des créatifs de cette trempe ? Peut-être pas. Autre bémol, le choix de reprendre au mot près le roman de K.Dick est un choix courageux mais peut-être pas forcément très adapté à la bande dessinée. Je m’explique. Quand vous voyez (dessiné) un personnage pointant son doigt avec un air menaçant en direction du héros, vous vous doutez bien qu’il le désigne et qu’il n’est pas très heureux. C’est alors que vous lisez, dans un cartouche au milieu de la planche : « Il désignait Rick, le regard dur »… Oui merci, on avait compris. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je pense que dans les écoles de BD, ce genre de choses doit être appris dès la première année : on ne répète pas ce qui est déjà dessinée, on ne répète pas dans les dialogues ce qui est inscrit dans les cartouches (Le Soleil brillait …. « Tiens le soleil brille ! »). Je caricature à peine certains passages de dialogues. Ça hache considérablement la lecture et ne donne pas de possibilités à l’illustrateur. Malgré ses imperfections, cette adaptation apporte un regard neuf sur cette œuvre et on prend tout de même plaisir à (re)découvrir l’un des plus fameux romans de Philip K.Dick. On saluera également le travail d’édition avec des textes originaux de Warren Ellis, Ed Brubaker, Matt Fraction et des planches superbes en fin d’album. Prévue en 3 volumes (le dernier à paraître en Août 2011), cette série est à suivre pour tous les amoureux de la grande science-fiction ! A découvrir : la fiche album sur le site d'Emmanuel Proust A lire : la page consacré à Philip K.Dick sur Wikipedia  

Un monde précieux

La cité saturne (scénario et dessins de Hisae Iwaoka, Kana, série en cours)

Dans un futur plus ou moins proche, la terre est devenue une zone inhabitable. Les habitants se sont donc réfugiés dans un anneau orbital entourant la planète à plusieurs millieurs de kilomètres de distance. Cet anneau est divisé en 3 niveaux, correspondant chacun à une strate sociale. Le niveau supérieur est composé des plus hauts dirigeants et des personnes les plus riches, les niveaux inférieurs étant réservés aux "gens du commun". C’est dans le niveau intermédiaire que Mitsu termine ses études. A peine sorti du collège, le voici recruté par le syndicat des laveurs de vitres. A priori, un petit job tranquille ? Sauf, qu’il ne s’agit pas de laver les carreaux de mamie ! Non, Mitsu et ses collègues sont chargés des vitres extérieures de la méga-structure. Autant dire que ce n’est pas un travail de tout repos ! Entre les chutes d’objet stellaires, les glissades, les UV et les vents, ce travail est même dangereux. D’ailleurs, 5 ans auparavant, le propre père de Mitsu est tombé. Depuis, le syndicat refusent systématiquement les contrats rares mais trop dangereux émanant du niveau inférieur. Ce dernier est donc condamné à la crasse des poussières stratosphériques. Voici donc Mitsu, avec le souvenir de son père en tête, faisant l’apprentissage d’un monde professionnel propre à ces métiers durs, où honneur, courage & humilité sont au rendez-vous.

Malgré des normes graphiques historiquement établies, l’univers du manga possède des dessinateurs avec des traits particulièrement reconnaissables. Je songe en particulier à des auteurs comme Taniguchi, Kiriko Nananan, Ebine Yamaji, Hiroaki Samura (L’habitant de l’infini). Au hasard de mon butinage hebdomadaire dans ma librairie, j’ai entr’aperçu ce petit manga au dessin arrondi et immédiatement un doute m’a assailli… J’avais déjà vu ça ! Ce dessin faussement naïf mais fourmillant de détail, cette atmosphère particulière plongée dans un univers cotonneux prenant, attirant, une atmosphère où réalisme et songe se retrouvent. Ah oui j’avais déjà vu ce dessin ! J’ai acheté ce premier volume et ce n’est que rentré chez moi que j’ai levé le mystère : YumenosokoHisae Iwaoka était donc cette formidable mangaka qui m’avait enchanté il y a deux ans avec ce one-shot déjà enthousiasmant !

C’est donc avec un apriori favorable que j’entamais complètement la lecture de cette Cité Saturne… et c’est avec ce même sentiment que je la refermais. Ce premier volume est assez classique pour un manga. Il pose les jalons de l’univers, situant les personnages principaux et secondaires et déroulant le fil rouge de l’histoire : le mystère entourant la chute de son père et indirectement la fascination du père et du fils pour la planète originelle. Mais la grande force de ce manga tient tout autant à sa construction solide qu’à la multiplication de trouvailles farfelues et poétiques symbolisés par les multiples découvertes de notre héros. L’extérieur regorge de détails et finalement, ce no man’s land apparaît bien plus peuplé que prévu. De souvenirs évidemment, mais aussi de rencontres avec les êtres improbables le peuplant et surtout avec les clients. Entrant indirectement dans l’intimité de ces gens, ces laveurs de carreaux bénéficient d’une liberté aérienne qui font d’eux des êtes à part dans cette civilisation enfermée et constituent peut-être un élément lui permettant de rester liée. Mais en ont-ils conscience ? Pas sûr. Certainement pas. Et pourtant, même s'il se l'explique mal, tous ces travailleurs de l'extrême sont attachés à cette façon de vivre un peu particulière. Finalement, avant d'être de la SF, La Cité Saturne parle avant tout de l'humain, de la vie.

Cette improbable histoire de laveurs de carreaux stratosphériques est entrainante, surprenante et d’une poésie qui semble propre aux œuvres d"Hisae Iwaoka. Une œuvre légère, simple mais loin d'être superficielle. Bref, une série à suivre (tome 3 prévu début mai 2010) et comptez sur nous pour ça !