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Chronique d’été #6 | L’illusionniste (Sylvain Chomet)

chomet_illusioniste5A la fin des années 50, un vieil illusionniste tente de continuer son métier malgré les débuts tonitruants du rock’n’roll. Peu à peu, il se fait une raison, le music-hall disparaît. Alors, de Paris à Londres, il se retrouve bientôt au fin fond de l’Écosse. Dans un pub, il rencontre Alice, une jeune femme innocente en quête de liberté. Le début d’une nouvelle vie.

Pour son deuxième long métrage d’animation, Sylvain Chomet, ancien scénariste de Nicolas de Crécy notamment sur Léon la Came, adapte un scénario inédit de Jacques Tati. Scénario hautement polémique qui serait un exutoire à un épisode familial assez sombre de la vie du grand cinéaste. Je laisserai le débat aux spécialistes du réalisateur.

chomet_illusionistePour ma part, il ne m’a fallu que quelques instants pour être pris dans cette histoire. Un grand bonhomme – Jacques Tati lui-même – nostalgique d’un paradis perdu, seul, quasi-mutique. On pourrait parler de misère et pourtant, l’atmosphère n’apparaît jamais pesante. Les décors sont beaux, changeant, tout comme la lumière qui varie tout au long du film. Ce film bénéficie effectivement d’une lumière très réussie. Entre celles du music-hall et de l’environnement écossais, il y a de la place pour un panel très large qui modifie complètement les sensations et les émotions exprimées.

Ce film est d’une rare tranquillité comparé aux grosses productions actuelles. Tout est calme pour le spectateur et pour le personnage-titre jusqu’au moment où cette jeune fille que personne ne comprend pas arrive dans la vie du vieux bonhomme. Elle est jeune et insouciante, un peu jolie. Un contact tout à fait particulier se créé entre ces deux personnages solitaires. Amour ou relation paternelle ? C’est là que la vie rejoint la fiction et que la polémique prend son envol. Je ne m’y attarderais pas plus. Côté film, je dirais que tout ceci est une affaire de destin. On aime à croire à cette histoire. Le réveil d’un vieil homme, l’épanouissement d’une jeune femme. Il y a beaucoup d’humanité et de tendresse, on reconnaît ici la marque de Jacques Tati.

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Côté dessin, le studio de Sylvain Chomet s’affranchit un peu plus de l’influence de son ancien compère Nicolas de Crécy qui avait fortement marqué ses productions précédentes (Les Triplettes de Belleville mais aussi le court métrage La Vielle dame et les pigeons) en proposant une 2D très sobre. Entre nous, on fait pire que Nicolas de Crécy comme influence. Bref, j’ai apprécié ce côté un peu désuet et la grande qualité de la colorisation. Si pour les Triplettes, le graphisme foisonnant collait parfaitement à l’univers déjanté et baroque du récit, cette forme aurait dénaturé profondément le charme réaliste de ce scénario.

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Pour conclure, L’Illusioniste porte le sceau du grand Jacques Tati dans ses parties les plus claires comme les plus sombres. Je n’ai pas lu le texte original, il me semble donc compliqué de juger l’adaptation. En revanche, le film d’animation en lui-même est d’une rare qualité qui saura vous emporter dans un tourbillon tranquille d’émotions et de sensations. Une fable, un épisode de vie, un passage de témoin. C’est quand même beau le cinéma.

La bande-annonce

illusionniste-chomet-tatiL’Illusioniste
un film de Sylvain Chomet
(France-Ecosse, 2010, 1h20)

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Biblio… | Des bulles sur le web en direct de la BPI

A défaut de chroniques – c’est pas ma faute, j’ai un peu la tête dans le théâtre cette semaine et pis, je manque d’inspiration pour une chronique digne de ce nom pour un diptyque énorme ! – je vous donne rendez-vous le 17 juin à 19h à la BPI du centre Pompidou (à Paris pour ceux qui ne voient pas) pour une rencontre avec trois damoiselles des blogs BD : l’incontournable Pénéloppe Bagieu, la marraine du prochain Festiblog Lucille Gomez et notre coup de cœur à nous, qu’on adore depuis qu’on a lu son merveilleux album, Julie Maroh herself ! Des univers assez différents pour nous parler du phénomène blogs BD.

La rencontre sera animée par Yannick Lejeune, le créateur du festiblog.

Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir la page consacré à l’événement à la BPI.

Agenda

Rencontres du 9e Art d’Aix en Provence

La 7e édition des Rencontres du 9e Art d’Aix en Provence aura lieu du 22 mars au 25 avril 2010.

La bande dessinée sera ainsi mise à l’honneur dans les musées, galeries d’art, café, ainsi que dans la Cité du livre.

Événements majeurs : les Rencontres-dédicaces organisées les 9, 10 et 11 avrll 2010. Plus de 60 auteurs vous attendrons à la Cité du livre.

Plus d’infos sur le site de l’événement.

Ferri in Fac

L’info en passant

(Ben oui, je vais pas appeler ça « Info du jour », ça sous-entendrait que je fais ça tous les jours. Alors en passant c’est plus honnête.)
L’info en passant c’est la future rencontre de haute teneur scientifique entre Jean-Pierre RIOUX, historien et directeur de recherche au CNRS (oui je sais sur un blog consacré à la BD vous cherchez où je veux en venir mais j’y arrive) et un illustre penseur de l’humour artistico-séquentiel, à savoir Jean-Yves FERRI (qu’on ne présente plus) autour du génialissime
De Gaulle à la plage.
Cette rencontre a lieu dans le cadre d’un cycle de rencontre organisé par les BU de l’université Toulouse I Capitole intitulé « Bulles savantes : quand la bande dessinée rencontre nos disciplines« .

Tout ça aura lieu le jeudi 1er mars à 18h30, pour plus d’informations, c’est ICI.

Bravo les collègues de BU et à demain pour une nouvelle chronique !

Peace and love

La Guerre du Professeur Bertenev (scénario et dessins d’Alfonso Zapico, collection Blandice, éditions Paquet)

1855, guerre de Crimée. Léon Bertenev est un simple artilleur russe. Prit entre le feu anglais et la folie de son capitaine, il voit ses compagnons mourir un à un. Fuyant la bataille, il est arrêté par un cavalier anglais, le capitaine Townsend, fine fleur des armées de sa majesté la reine Victoria.

Prisonnier de guerre, Bertenev est condamné à une mort certaine car ses compatriotes ne vont pas tarder à lui faire payer sa désertion. Léon est toutefois bien plus qu’un simple soldat et grâce à la mansuétude du capitaine Townsend, il devient interprète auprès de ses ennemis et confident de son sauveur.

Devenu traitre à sa patrie mais resté un ennemi pour les anglais, le professeur Bertenev est un apatride jetant un regard douloureux mais sans haine sur un monde violent qui ne l’a pourtant pas épargné. La grande sensibilité et l’intelligence de ce personnage égaré au milieu de la guerre irradient l’ensemble de cet album.

Ce n’est pas une BD historique sur une guerre mais plutôt le récit de relations entre des êtres que le hasard a obligé à entrer en contact. Si tout les opposent (langues, principes, visions du monde) ce sont par de

savoureux dialogues et/ou des situations extrêmes qu’ils vont peu à peu se découvrir.

Le jeune auteur espagnol Alfonso Zapico, 25 ans seulement, fait ici preuve d’une remarquable maitrise de son histoire. A l’image de son héros, il ne donne pas de leçon de vie et cherche toujours à montrer les différents points de vue d’une même situation. Au bout du compte vous voilà portés par un récit qui se déroule comme du papier à musique. Vous vous inquièterez pour ses héros et au bout du compte, vous vous attacherez.

Encore une fois, la collection Blandice des éditions Paquet offre un petit bijou. Après les albums de Renaud Dillies (Mélodie au crépuscule, Betty Blues) ou le très excellent Big Bill est mort (par Antunes et Taborda) voici une petite merveille sans prétention, intelligente, fine, et ne tombant pas dans un manichéisme facile. C’est excellent de bout en bout.

Tout ça méritait bien un petit label Recommandé.

A lire : linterview d’Alfonso Zapico sur le blog Bulle d’Encre. La transition avec l’info du jour est toute trouvée !