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Chronique | Punk Rock Jesus (Sean Murphy)

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En 2019, un producteur de télévision a une idée géniale : cloner le Christ et en faire un héros de téléréalité ! Après avoir récupérer de l’ADN sur le célèbre Saint-Suaire de Turin, le projet J2 voit le jour. De quoi faire enrager un certain nombre de groupes intégristes…

Sombre Jesus

Punk Rock Jesus, voici un titre qui en dit long sur le degré hautement iconoclaste de cette série de Sean Murphy. Urban Comics nous proposent dans cette élégante intégrale de découvrir les 6 épisodes de ce récit d’anticipation venu tout droit de la collection Vertigo. Au programme : critique des pouvoirs religieux et médiatiques. Chouette ! En général, quand les américains traitent ces sujets, on se retrouve avec des œuvres à fort potentiel déjanté comme Preacher ou Transmetropolitan. Mais, dès les premières pages, le lecteur comprend vite que la comparaison s’arrête là. Graphiquement, on se situe plus du côté des romans noirs de B.M. Bendis avec des personnages sombres dans un graphisme sobre et réaliste. Ça sent le drame, la violence et la mort. Ça pue les manipulations, la dépression et le mal-être. Bref, on ne s’attend pas vraiment à rigoler. Et hormis le pétage de plomb de Chris – le fameux clone de Jésus (rassurez-vous je ne gâche rien, c’est sur la couv’) – il n’y a effectivement pas vraiment de raisons de se réjouir. Enfin, si, mais pas dans le sens d’un travail des zygomatiques.

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Comme toute bonne œuvre d’anticipation, Punk Rock Jesus n’est pas un outil de prédiction mais un moyen détourné pour parler de notre société contemporaine… Dans son monde, Sean Murphy décrit le poids des intégrismes religieux, l’intolérance, le contrôle des masses et en décor le danger du dérèglements climatiques. Rien de bien futuriste, non ? Dans cette série-métaphore, l’auteur évoque aussi son propre parcours. Catholique convaincu, il est devenu athée en 2003 et toute cette œuvre sonne comme un terrible pamphlet et une tentative très indirecte d’explication de la perte de ses croyances.

Intégrisme(s)

Pour cela, il abuse de personnages-clichés qui se révèlent être particulièrement pertinents dans sa démarche. Ils ont l’effet de bonnes caricatures : grossir le trait pour dénoncer. Entre le producteur machiavélique, la jeune vierge qui ne comprend que trop tard son erreur, le gros bras ancien tueur de l’IRA et la scientifique de génie se vendant afin de sauver le monde grâce à ses recherches, nous sommes amenés à voir toutes les facettes, et en premier lieu les plus sombres, de cette humanité qui bascule dans une folie religieuse de premier ordre.

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Au cours d’une histoire bien pensée où moments d’actions pures et phases d’introspection s’alternent avec un certain équilibre, les rebondissement ne manquent pas pour accompagner le lecteur. Chris est soumis aux aléas d’une existence qui le dépasse totalement. Quand il décide de prendre les choses en main, il bascule vers une réalité tout aussi crue avec toute la violence de ses 16 ans. Mais ce sont surtout les personnages et les évolutions de leurs psychologies qui présentent l’intérêt véritable de cet album. D’ailleurs et contrairement à ce que l’on pourrait penser, le personnage de Chris n’est pas véritablement un personnage principal. Il joue plutôt le rôle de plaque tournante. Tout tourne autour de cet astre, il est l’objet des désirs, des folies, des peurs et des espoirs. Car si Punk Rock Jesus est pamphlet violent (dans tous les sens du terme) contre la religion et les médias il se veut surtout une tentative d’exploration de la nature humaine. Les croyances ne sont-elles pas révélatrices de ce que nous sommes après tout ? Et avec cette fin à la fois ouverte et révélatrice, les questions ne cessent pas.

punkrockjesus_5Toutefois, je mettrais un bémol à cette lecture sur un point très précis. Il me semble que tout en basculant dans l’athéisme farouche, Sean Murphy ne peut s’empêcher de tomber aussi dans une certaine glorification de la science moderne. Et la croyance en une science toute puissante, capable de résoudre les problèmes qu’elle a elle-même créé, me semble tout aussi discutable que les croyances populaires en un messie sauveur… D’une certaine façon, on tombe d’une fascination à l’autre. Cependant, derrière toute cela, entre croyance en un dieu ou toute  puissante pensée humaine, le message final, symbolisé par le Dr Epstein, met en avant la nature profonde de l’homme…

Avec cette œuvre engagée, Sean Murphy signe une œuvre sombre et riche en débats. Dépassant le seul pamphlet, il propose une lecture des ressorts des croyances humaines. Contrat plutôt rempli au final. Sacrément fort.

A lire : les chronique de Champi et Choco

punkrockjesus_couvPunk Rock Jesus (one-shot)
Scénario et dessins : Sean Murphy
Editions : Urban Comics, 2013 (19€)
Editions originales : DC Comics (Vertigo)

Public : Adultes
Pour les bibliothécaires : une bonne référence, public plutôt ouvert nécessaire

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Dimanche KBD : Preacher (Ennis & Dillon)

Raaaah, pour terminer ce mois consacré à Dieu en bande dessinée  rien ne vaut une histoire bien trash, bien anti-conformiste, bien irrévérencieuse.

Et dans ce genre-là, Preacher est un album comme il faut ! Garth Ennis & Steve Dillon proposent avec le personnage du révérend Jesse Custer un road movie dejanté dans une Amérique entre enfer et paradis.

Une synthèse rédigée par mes soins.

Vous pouvez également retrouver la chronique sur IDDBD.

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Chronique | Habibi (C.Thompson)

Dans un pays du moyen-orient, entre modernité et tradition, la vie de Dodola et Zam est étroitement liée. L’un est un petit garçon orphelin, l’autre est une enfant qui fût vendue à son futur mari. Heureusement, ce dernier, scribe, lui a appris la lecture et de nombreuses histoires. Car la sagesse des anciens peut éclairer le présent.

Le retour du fils prodigue

J’avais quitté Craig Thompson en refermant Blankets avec un plaisir certain. Il y racontait une histoire d’amour, le choc culturel entre la croyance forte de ses parents et ses doutes de jeune homme en construction. A travers la rencontre de deux adolescents, il parlait de la découverte de l’autre. Déjà. En effet, Habibi, sous son air de conte des milles et une nuit évoque lui aussi le rapport à l’autre, au destin, à la croyance.

Mais voilà, des années sont passées depuis cet album qui avait connu un très grand succès dans nos contrées et les différences se font notables à la lecture de ce nouvel opus. Le dessin déjà a beaucoup évolué. En 2003, Craig Thompson arrivait avec un trait véritablement inspirée par le graphisme de la BD indépendante européenne, en particulier celui de David B. dans l’Ascension du Haut Mal. De grandes planches en noir et blanc, sortes de grands patchwork foisonnant, faisaient échos aux travaux du dessinateur du Cheval Blême. Dans Habibi, cette approche reste encore présente mais on y découvre aussi un style plus personnel. Une synthèse entre la BD américaine, européenne, et l’influence, volontaire vu le sujet, de l’art arabe, notamment de la calligraphie. Même si Habibi ne s’inscrit cependant pas dans une réalité géographique et historique, l’espace culturel est celui du monde arabe avec ses beautés et ses cruautés. Des décors superbes, des beautés érotiques qui sont merveilleusement rendus par le dessin tout en courbe renvoient à un personnage de Dodola magnifique. A la fois fière et fragile, elle est la lumière dans un monde muré dans l’obscurité, une espèce de prophétesse subissant les violences pour le salut de son âme sœur. On lui prend son corps pour de la nourriture, elle donne ses histoires pour nourrir les âmes.

Universalisme ?

Et là, il faut reconnaître le merveilleux travail d’érudition de Craig Thompson. Même si parfois, la multiplication de références essentiellement religieuses et le côté didactique de certains passages me gênent et m’agacent, il sait parfaitement en tirer parti. On pourrait penser que ces suites de paraboles sont un frein à la compréhension du récit. Il n’en est rien. Au contraire, elles apportent un angle nouveau et enrichissent un peu plus l’histoire (ainsi que le nombre de page de l’album : 672 planches !). Là encore, l’image du prophète accompagnant ses disciples vient à l’esprit. Habibi est une œuvre foisonnante, parfois même un peu trop tant elle est riche, abordant essentiellement le thème de l’humanité à partir de ses croyances, de ses espoirs et de ses folies (cf le personnage du pêcheur). Cependant, il évite l’écueil de l’ethnocentrisme par une approche œcuménique et non partisane. Les trois grandes religions monothéistes sont représentées et on constate avec joie qu’elles ont beaucoup en commun.

Riche par un graphisme inspiré par des multiples influences, riche par son histoire nourrie de croyances populaires et sacrées, Habibi est une œuvre se voulant universelle. Cependant, je ne suis pas certain qu’elle y parvienne au même titre que Blankets. Autobiographique, cet album touchait par sa simplicité. D’ailleurs, il a marqué beaucoup de lecteurs. Cette histoire d’amour, d’adolescence, de vie, résonnait en chacun. Au contraire, Habibi est une œuvre d’érudit. Elle manipule de nombreux concepts narratifs et graphiques qui peuvent laisser le lecteur habituel dubitatif. Autant il était facile de se laisser porter par Blankets, autant Habibi nécessite une vigilance constante de part son graphisme foisonnant et ses digressions multiples. Même s’il n’est pas nécessaire de connaître par cœur les différents livres des religions monothéistes pour le comprendre, l’universalité contée ici, ne l’est pas véritablement car il n’est pas à la portée de chacun. C’est pourquoi Habibi ne m’a pas marqué autant que Portugal ou Polina.

Habibi est un livre à découvrir par son message de tolérance et d’amour. Il s’agit d’une œuvre « cathédrale » manipulant beaucoup de concept tout au long de ses 672 pages. Malheureusement, cette érudition est parfois un peu trop prononcée et l’universalité prôné n’y trouve pas toujours sa place. Cela reste toutefois un album d’une très grande qualité.

kbdA découvrir : le site officiel du livre (en anglais)
A lire : la chronique de Lunch, celle de Mo’ et d’Oliv’
A voir : l’interview de Mediapart

A noter : ce livre fait l’objet de la lecture mensuelle de février pour KBD

 

Habibi (one-shot)
Dessins et scénario : Craig Thompson
Editions : Casterman, 2011 (24,95€)
Collection : Ecritures

Public : Adultes, ados bons lecteurs, érudits qui aiment la BD
Pour les bibliothécaires : un favori de la sélection d’Angoulême 2012, rien à dire, juste à acheter (malgré le prix !)

 

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Chronique | L’abbé Noir

dessins et scénario de Mattt Konture, Willy Tenia et Lilas
Editions Arbitraire (2011)
Collection Prompt
Public : amateur de BD alternative
Pour les bibliothécaires : petit album pas très cher (5€ seulement). Une bonne acquisition pour un fonds de BD alternative.

 

Ni père, ni fils, ni St-Esprit

Dans un monde où règnent vices, violences, corruptions, abus de pouvoir, injustices, un homme va tenter de rétablir la paix, l’amour et la justice. Cet homme c’est L’ABBE NOIR, le prêtre anarchiste…

Dans l’avant-propos de ce petit album (32 pages dans un format poche), on apprend que l’Abbé Noir est une idée d’Alysse Konture, la fille de Mattt. En fait, c’est avant tout un titre pour une BD à faire ensemble ; ensuite, c’est un impromptu de dessinateurs alternatifs, ultra-créatifs et totalement déjantés : Willy Tenia, Lilas et Mattt Konture, cultissime auteur de la bd alternative et surtout l’un des fondateurs de L’Association.

L’Abbé noir est donc une œuvre d’improvisation autour d’un personnage : un prêtre anarchiste… Et Ni Dieu ni maître alors ?! Pas d’inquiétude, nos trois auteurs ne sont pas à la peine pour trouver des explications et vous entrainer dans un univers très particulier. Tout ceux qui ont fait de l’improvisation en théâtre, musique ou danse, savent que c’est un art délicat où la nécessité du laisser aller peut vous entraîner dans des chemins divers et variés. De cette espèce de folie maîtrisée – car la technique est importante – peut jaillir du très bon comme du très mauvais, du cohérent ou de l’absurde. Et c’est bien tout l’intérêt de cet album.

A la rigueur, je dirais qu’on se fiche pas mal de l’histoire car c’est plutôt l’aspect créatif qui importe. Si vous aimez suivre les albums avec des lignes narratives excessivement claires, alors L’Abbé Noir n’est pas pour vous : arrêtez de perdre votre temps en lisant cette chronique. En revanche, si vous voulez assister à une expérience, à un laisser dessiner, alors vous serez entrainés dans ce tourbillon, rapide certes, mais qui pousse toujours le lecteur à tourner la page. Vous allez découvrir des planches particulièrement chargées, rappelant les pires bavardages de Gotlib et la construction spectaculaire d’un Robert Crumb. L’Abbé noir est de la pure bande dessinée, j’entends par là une véritable synthèse entre texte et dessin. Au fur et à mesure de l’avancée dans l’histoire, l’osmose entre les deux éléments se fait de plus en plus fort, jusqu’à cette ultime planche où on ne sépare plus éléments graphiques et textes.

Pour moi, au même titre qu’une œuvre comme Moins d’un quart de seconde pour vivre (de Trondheim et Menu), L’Abbé Noir est de ces albums qu’il est important de découvrir pour se faire une idée de ce qu’est ou peut être la bande dessinée. Ces livres qui font parti d’un parcours de découverte d’un genre, des objets qui dérangent, qui posent des questions, qu’on rejette ou qu’on adore. Ici, on parle de formes alternatives, bien loin de nos critères esthétiques habituels. Pour ouvrir et surtout apprécier un album comme celui-ci, il est nécessaire de les laisser à la porte et d’entrer sans apriori. Pas facile j’en conviens et je sais que beaucoup d’entre vous ne partagerons pas mon avis.

Peu importe, de toute façon une seule conclusion s’impose : Ni Dieu, ni maître !!!

A découvrir : le blog de Willy Tenia et le fanzine Béance Tubaire
A découvrir (aussi) : le blog de Lilas
A découvrir : le site des éditions Arbitraire

A noter : Merci aux éditions Arbitraires et Agents Littéraires pour cette découverte. Retrouvez cette chronique sur le site des Agents Littéraires.

Je suis cathare / Makyo, Calore

Je suis Cathare - Tome 2 : Impardonnable pardonné (scénario de Makyo, dessin d’Alessandro Calore, couleurs de Claudia Chec, collection Histoire & Histoires, éditions Delcourt, 2008)

C’est certain : le Da Vinci Code a largement décomplexé les opposants paranoïaques au complot apostolique romain, grand mystificateur historique et religieux pour bon nombre de mystiques illuminés. Depuis Dan Brown, les récits de méchants inquisiteurs pourfendeurs d’hérésie ont fleuri comme les plantes vénéneuses aux Enfers. Pourtant, la véritable hérésie serait de rattacher la série Je suis Cathare à cette veine largement exploitée, voire dénaturée.

Aux côtés de Guilhem Roché, vous entrez dans l’Histoire, la vraie… Certes, un brin romancée (le héros est tout de même détenteurs de pouvoirs de guérison…), mais l’Histoire tout de même. En tout cas, vous découvrirez – ou retrouverez (pour les plus érudits d’entre vous) – une page finalement assez méconnue de notre belle épopée française, celle du catharisme dans l’Occitanie du XIIIème siècle.

Evidemment, présenté comme cela, je doute que vous brûliez d’envie (sans mauvais jeu de mots s’agissant d’hérétiques…) de vous jeter sur le deuxième tome de cette série imaginée par le talentueux et imaginatif Makyo. Ce serait pourtant un impardonnable péché que de se priver de cette palpitante et mystérieuse aventure qui progresse à un rythme effréné. Car Makyo a trouvé le parfait équilibre entre l’action tourbillonnante et la psychologie de ses personnages, tous crédibles. Des réponses sont apportées, des révélations éclatent au grand jour… et de nouvelles interrogations naissent dans ce deuxième opus qui, contrairement à d’autres, n’est pas un tome de transition.

Quant au dessin de Calore, il est toujours à la hauteur de cette saga mystique : le trait et les plans servent l’histoire et nous tiennent au plus près des personnages et de l’action. Par ma foi, que voilà de la bien belle ouvrage !

A voir : les quelques planches du deuxième tome de Je suis Cathare sur le site des éditions Delcourt

A lire : huit planches sur le site BDGest 

Easy preacher

Preacher - 3 tomes parus (scénario de Garth Ennis, dessins de Steve Dillon, Panini, collection Vertigo).

J’ai enfin trouvé 3 minutes (un peu plus d’ailleurs) pour m’attaquer à la tour d’album à côté de mon lit. Le premier de la pile porte le doux nom de Preacher. La couverture nous rappellerai presque une phrase célèbre de La Divine Comédie « Toi qui entre ici abandonne toute espérance » et pour un peu…

Car amis bien pensants, aux valeurs morales et religieuses assumées et solides, voici un comics qui vous fera retrouver le noble chemin de la censure ! Voici un comics choc, un comics qui a fait date dans les années 90 ! Preacher est une grenade dégoupillée prête à éclater à tout moment !

Après tout, ça commençait pas si mal. Par un dimanche matin au beau milieu du Texas, le révérend Jesse Custer, qui la veille vient de se battre dans un bar, s’occupe de son troupeau de braves gens. Mais soudain, une comète tombe du ciel et le frappe en anéantissant purement et simplement l’église et toute sa population. Unique rescapé, Custer a fusionné avec un être mi-ange, mi-démon nommé Genesis. Au passage cet être hybride s’est un peu échappé du paradis (oui, oui le vrai !), et bien entendu, les anges qui ne sont pas des enfants de cœur aimeraient bien le récupérer (mort de préférence).
De son côté, Jesse souhaiterait bien quelques explications et, accompagné par une ex-petite amie à la gâchette facile et un irlandais tout aussi mystérieux que déjanté, entreprend un voyage encombré d’embûches et même bien plus que ça.

Autant vous prévenir, les aventures de Jesse Custer et de ses acolytes ne vous épargnera rien ! Rien excepté le bon goût peut-être. En effet entre sexe, bagarres, drogues, blasphèmes en tout genre, sang, flingues, immoralité et tout autres choses du même genre, Garth Ennis et Steve Dillon ne se sont rien refusés.

Mais attention, Preacher est loin d’être un film d’action où Jean-Claude Van Damme aurait le premier rôle. Non, les deux auteurs jouent tout en finesse et distillent avec talent des petits bouts de passé et d’explications. Bref, ils réussissent à crédibiliser leur histoire, à rendre attachant des personnages aux passés sulfureux et à l’avenir incertain et surtout, à faire rire ou trembler à chaque chapitre.

Et puis Preacher, c’est le « chat » de la « souris cliché »: il joue avec avant la croquer. Il ne fait pas bon être un personnage récurrent des films US : le super-flic ou le texas rangers, le serial-killer, le cow-boy, le journaliste et bien d’autres s’en prennent plein la tête dans une histoire mêlant western, road-movie, quête fantastique, thriller et bien entendu, catholic-fantasy. Preacher est une joyeuse cacophonie qui malgré tout, est entièrement maîtrisée. Rebondissements et suspense sont au rendez-vous de cette œuvre à part mais totalement sympathique… si vos valeurs morales ne sont pas trop susceptibles bien entendu… Mais, pour le coup je vous aurai prévenu. Trois mots pour conclure : tout simplement jouissif !

Et comme je ne conclus jamais directement, j’aimerais remercier Jimmy (qui se reconnaitra s’il passe par ici) pour ce conseil. Je n’aurai sans doute pas eu l’occasion de le lire sans lui. A charge de revanche !

A lire : la très bonne chronique sur culturofil
A voir : le site très complet du BDvore

L’Eveil… selon le dieu du manga

La vie de Bouddha - 8 tomes (scénario et dessins d’Osamu Tezuka, éditions Tonkam)

Prenez le dieu du manga, Osamu Tezuka, et confrontez-le (intellectuellement s’entend !) à l’un des personnages les plus brillants de l’histoire humaine, Bouddha. Que croyez-vous qu’il en résulte ? Tout simplement un manga en 8 volumes de près de 3000 pages pleine d’humour, de sagesse et d’humanisme !

Aux antipodes des ouvrages ésotériques, abscons ou tout simplement inaccessibles au commun des mortels occidentaux que nous sommes, Osamu Tezuka réussit l’exploit de nous passionner pour l’histoire du prince Siddhartha qui vécut au VIème siècle d’avant l’ère chrétienne au sud du Népal avant de devenir le Bouddha, l’Eveillé, que nous connaissons tous (au moins de nom), ainsi que des personnages qui ont marqué son destin, parfois même avant sa naissance (Tattha l’intouchable aux étranges pouvoirs, Chaprah l’esclave devenu guerrier, maître Asita et son disciple Naradatta… et bien d’autres).

Osamu Tezuka réussit également à nous initier à la pensée bouddhiste, en toute simplicité et avec humour (tant dans les situations que les dessins), en désacralisant ce que notre culture occidentale identifie comme sacré dès lors que l’on aborde le domaine de la spiritualité.

Car Osamu Tezuka ne s’encombre pas de tout ce cérémonial occidental : il nous raconte Bouddha et le bouddhisme comme s’il s’adressait à des enfants intelligents et malicieux. Ce qui est plutôt plaisant et flatteur pour nous lecteurs. Alors que certains « maîtres » essaient souvent d’en imposer par leur ton docte et pénétré (et je parle là pour tous les domaines, y compris la BD…), Osamu Tezukaque la renommée aurait pu faire « enfler » – conserve une gentillesse, une simplicité et un respect de ses lecteurs qui font chaud au coeur tout au long de la lecture de cette série magnifique.

Et pour les plus hésitants, les 8 tomes de cette série magnifique auront l’avantage de leur faire (re)découvrir une culture, une philosophie et une religiosité ancrée dans l’humain (au sens noble du terme) et dans l’espoir de le voir s’améliorer…

Ah ! Et si l’on vous traite encore une fois de crétin bédéphile, vous pourrez (avec humour) balancer les 8 volumes de la vie de Bouddha à la figure de l’injurieux (heu… faudra quand même que je relise certains passages moi !)…

My name is Vince…

Le Janitor (scénario d’Yves Sente, dessin de François Boucq, couleurs de Sébastien Gérard, éditions Dargaud, 2 tomes parus)

Ne me dites pas que les mystères du Vatican ne vous ont jamais intéressé ! Même pas un peu ? Vous avez tort, permettez-moi de vous le dire, surtout lorsque – grâce à la série Le Janitor – le Saint Siège lève un pan du voile qui cache d’habitude ses activités les plus… discrètes. Enfin, quand je dis le Saint Siège, c’est plutôt d’Yves Sente et de son imagination aussi débordante que talentueuse dont il faudrait parler. Le scénariste de La vengeance du Comte Starbeck pose en deux tomes le personnage de Vince, un membre des Services Secrets du Vatican, dont on ne doute pas, au vu de ses premières aventures, qu’il connaîtra le succès…

Mais qui est-il donc ce Vince ? Pas prêtre en tout cas, si l’on en juge par son comportement à l’égard des femmes qu’il croise… Un garde du corps ? Oui. Du moins avant qu’il n’intègre le service très très secrets des douze Janitors, des agents encore plus secrets que les autres, chargés de mission très délicates comme celle de repérer les membres de la curie romaine qui participent à un hold-up boursier d’une envergure tout bonnement incroyable…

Mais l’on sent également que Vince a quelquechose de plus. Il n’est pas seulement un agent secret d’élite. Une jeune enfant semble le guider et le protéger dans les phases les plus délicates de ses missions. Et il semble que cette jeune fille est un lien avec la destinée de Vince

Il y a du XIII dans cet homme là, pas seulement dans le superbe dessin réaliste de François Boucq, mais aussi (et surtout) dans les mystères qui l’entoure, dans les intrigues dont il semble être le jeu. Pour notre part, nous lui souhaitons un succès à la hauteur de celui de son illustre aîné. Juste parce que l’on sera certain, alors, de continuer à passer d’aussi bons moments d’aventures bédéphiles que lors des deux premiers tomes !

A lire : l’interview passionnante et éclairante d’Yves Sente sur le site Auracan.com

A voir : la bande-annonce de Le Janitor sur le site de Dargaud

Alim le tanneur T.3 La Terre du prophète pâle

Alim le tanneur - Tome 3 : La terre du prophète pâle (scénario de Wilfrid Lupano, dessin de Virginie Augustin, collection Terres de Légendes, éditions Delcourt, 2007)

C’est David qui a parlé pour la première fois de cette série d’heroïc-fantasy sur IDDBD (c’était le 25 septembre 2006 à l’occasion de la 200ème chronique d’IDDBD, suivie le 18 février 2007 d’une chronique sur le deuxième tome…). Les termes élogieux employés par David pour chroniquer les deux premiers tomes d’Alim le tanneur ne pouvaient laisser planer aucun doute sur le nombre incroyable de qualités réunies par cette série : originale, bien construite, graphiquement de très haut niveau, profonde sans être ennuyeuse. Bref, Alim le tanneur paraissait renouveler le genre de l’heroïc-fantasy… Je vous avoue que, bien qu’ayant une confiance aveugle dans le jugement de David, j’étais tout de même légèrement dubitatif, tant il vrai que l’heroïc-fantasy a connu quelques heures sombres (et quelques séries du même acabit…) depuis la publication de La quête de l’Oiseau du Temps de Loisel

Je dois reconnaître que mon manque de foi m’a joué un sacré tour de cochon puisque ce n’est que récemment que je me suis décidé à plonger dans les remoux de l’Empire de Jesameth, collant aux basques d’Alim et de sa fille Bul. Quel temps perdu depuis les chroniques de David ! Ne commettez pas la même erreur que moi et plongez à votre tour dans cette saga digne de figurer dans le haut du panier de votre bédéthèque !

Après les deux superbes premiers tomes d’Alim le tanneur, vous aurez ainsi le privilège de découvrir le troisième – publié en décembre 2007 – qui réussit, sans faiblir d’une seule case, à repousser encore les limites de ses prédécesseurs en nous entraînant dans un second cycle d’aventures époustouflantes ! Même si certains regretteront un album de transition, tous les thèmes abordés auparavant sont bel et bien présents dans La terre du prophète pâle, notamment la dénonciation du fanatisme religieux, la description des ressorts d’une politique théocratique, les conflits internes propres à tout gouvernement (tiens, ça ne vous rappelle rien ?)… Par ailleurs, les personnages ont tous une véritable épaisseur psychologique qui nous les rendent pour certains attachants et pour tous totalement crédibles. Enfin, ce troisième tome est toujours aussi beau (le dessin de Virginie Augustin est une petite merveille !) et intelligent (merci à Wilfrid Lupano pour son talent de conteur hors pair) que les précédents…

Aussi, même si j’ai l’impression de me répéter un peu, ne perdez pas de temps et jetez-vous sur cette superbe série ! Vous ne regretterez qu’une chose : ne pas l’avoir fait avant…

A lire et à voir : la fiche album du site Delcourt avec quelques planches à découvrir

A feuilleter : quatre planches supplémentaires sur le site de la FNAC

A lire : l’excellente critique de PlaneteBD.com