Archives par mot-clé : Mythe

Cendrillon (Théâtre) | Joël Pommerat

C’est l’histoire d’une très jeune fille, d'une promesse à une mourante, d’un malentendu, d’un deuil impossible et d’une histoire d’amitié. C’est un ancien récit, conte populaire au-delà du temps, revu et revisité par un auteur-metteur en scène talentueux. Il était une fois Cendrillon de Joël Pommerat. Continuer la lecture de Cendrillon (Théâtre) | Joël Pommerat

Ulysse, les chants du retour (Jean Harambat)

Ô  lecteur, rappelle-toi le mythe d'Ulysse retrouvant son Ithaque dévastée par la cupidité des prétendants après 20 ans d'un exil douloureux. Rappelle-toi de son arrivée grimée par Athéna sous les traits d'un pauvre berger. Rappelle-toi de la reconquête du trône et du cœur de sa bien-aimée Pénélope. Découvre une relecture à la fois fidèle et originale de ce mythe fondateur de la culture occidental. Continuer la lecture de Ulysse, les chants du retour (Jean Harambat)

Chronique | Sailor Twain ou La Sirène dans l’Hudson (Mark Siegel)

sailor-twain-Siegel3 Dans un bar, une jeune femme rencontre un marin. Ils évoquent ensemble le passé et la mort d’une personne. Qui ? Pourquoi ? Quand ? Le marin possède la vérité et décide de tout dévoiler à la simple vue d’un bijou. Quelques années plus tôt, Elijah Twain était le capitaine du Lorelei, un bateau vapeur américain naviguant sur le fleuve Hudson. Un jour, il découvrit une sirène blessé sur le pont. Le début d’une histoire fabuleuse et cruelle…

Nouveau et ancien continents

Mark Siegel est un américain qui a grandi France. Et visiblement, à la lecture de Sailor Twain, on peut légitimement se poser la question de l’impact de cette double culture sur son parcours. Après tout, il est l’un des éditeurs américains de Joann Sfar, Lewis Trondheim ou Emmanuel Guibert. Des auteurs phares de la Nouvelle BD européenne qui ont tous en commun d’avoir su à un moment de leur carrière se réapproprier les mythes et légendes populaires (aventuriers, monstres, saga de l’espace, bateaux volants…) pour nous offrir des œuvres originales. Sailor Twain dont l’action se déroule sur un bateau se nommant le Lorelei (cf la légende ici) assume complètement cette reprise des vieilles légendes. Quant au dessin, il suffit de voir le nez de Lafayette (un français évidemment) pour se rappeler d’Isaac le Pirate et y percevoir une légère filiation. Il faut reconnaître la très bonne qualité du dessin réalisé - il me semble - à la mine de plomb. L'ensemble traits des personnages, cadrages, décors est particulièrement réussi et convient bien à l'atmosphère recherchée. sailor-twain-Siegel4 Mais Mark Siegel ne se contente pas de s’appuyer sur ces références de la vieille Europe. Il y ajoute une part de nouveau monde avec ces grands fleuves et ces bateaux qui ont fait la légende de l’Amérique. Un simple vapeur et le lecteur se replonge immédiatement dans les romans de Mark Twain (non, non c’est un hasard…) et plus largement dans la littérature américaine du XIXe siècle. Une littérature – en tout cas pour les références à Twain – décrivant avec précision et dureté la société américaine de l’époque. D'ailleurs, Mark Siegel a mené un travail de recherche historique titanesque sur cette période.

De la passion aux mystères

Sailor Twain oscille donc constamment entre ces deux eaux (oui bon hein, il fallait que je la fasse) qui constituent le moteur du récit. Entre fantastique et réalisme, l’histoire romantique autour des 4 personnages développés par Mark Siegel est globalement une réussite. Et comme disait la chanson, les histoires d’amour finissent mal en général… surtout quand une sirène est dans le coin et que la passion outrepasse la raison. Mais comment ? Et Pourquoi ? Là est la question comme écrivait ce bon vieux Will Shakespeare qui en connaissait un rayon sur l'affaire. Sailor Twain et son personnage principal nous entraine donc dans une partie de chasse aux indices afin d'élucider les failles dans la normalité. Et c'est dans cet aspect que ce récit trouve toutes ses limites.Gatsby int.indd À force de s’appuyer sur des références - que je n'ai pas la prétention de toutes capter -  j'ai globalement eu l’impression de déjà-vu/lu/entendu. Même si Mark Siegel a le mérite de proposer quelques trouvailles intéressantes, le risque pour le lecteur est de sentir en filigrane cette broderie de mythes et de légendes. Danger qui n'est pour moi pas éviter. De plus, si les premiers et derniers chapitres sont réussis, on constate une belle descente de rythme au milieu de l’histoire. Elijah et le lecteur commencent à tourner en rond. Le héros cherche, cherche encore, se bat avec ses démons pendant plusieurs dizaines de planches tandis que le lecteur un peu attentif a bien senti les choses venir. Il a déjà 2 ou 3 temps d’avance et commence à regarder où il se trouve... Au milieu... Bon... Finalement, les retournements de situation sont prévisibles et le lecteur les voit presque arriver avec un certaine forme de soulagement. Quelques planches de moins pour un livre qui en compte presque 400 n’auraient pas été un mal. Mais bon, ça fait moins roman graphique c’est sûr. Non, je ne dénonce pas du tout la course à l'échalote de "plus-mes-livres-sont-gros-plus-on-les-prend-au-sérieux".Gatsby int.inddBref, Sailor Twain est une œuvre qui assume ses références et qui saura (et qui a su d’ailleurs) convaincre. C’est une histoire bien dessinée, bien pensé, bien propre… résultat un vrai travail d’orfèvre. Cependant,  il manque ce grain de folie, cette originalité qui est le moteur des grandes œuvres fantastiques. Finalement, rien de bien original dans ces planches même si Sailor Twain demeure une lecture tout à fait agréable… Mais pas inoubliable. L'histoire jugera ma chronique... (ça c'est une phrase qui a la classe pour terminer une chronique, non ?) A lire : Ah, ça me manquait de n'être pas d'accord avec Mo', je vous mets sa chronique... et puis celle de Paka, enthousiaste aussi. Je crois être un des seuls à être dubitatif sur ce livre ! A voir : la fiche album sur le site de Gallimard
sailor-twain-Siegel-couvSailor Twain ou La Sirène de l'Hudson (one-shot) Scénario et dessin : Mark Siegel (USA) Editions : Gallimard, 2013 (25€) Public : Ados-adultes, fan des mythes, des légendes... et de Tom Sawyer 🙂 Pour les bibliothécaires : Succès critique, je reste plus dubitatif sur la pérennité d'un tel livre dans un fonds. Pour moi, une étoile filante.
   

La mauvaise graine

Capucin (scénario et dessin de Florence Dupré la Tour, collection Bayou, éditions Gallimard, 2006)

Cette jeune auteur dessinatrice née à Buenos Aires en 1978 et pratiquant aujourd'hui dans la capitale des Gaules a participé à la réalisation du dessin animé Petit vampire de Joan Sfar. C'est un détail important qui explique peut-être à première vue le rapprochement graphique d'avec les bandes de l'auteur vedette, et sûrement aussi sa présence au sein de cette collection, dirigée par... Joan Sfar. Néanmoins à bien y regarder de plus près, le dessin de la jeune lyonnaise est beaucoup plus aboutit que son ainé, plus dur et beaucoup plus psychédélique, pour reprendre le terme employé dans la communication de l'éditeur. Premier étonnement. Ensuite, l'aspect scénaristique de Capucin offre une relecture osée et glauque du mythe Arthurien. Le héros, fils d'un fier chevalier de la table ronde  est un petit blondinet chevelu aux yeux disproportionnés qui se retrouve par trahison du jour au lendemain évincé de son château avec sa famille, et réduit à l'état de cerf. L'époque est dure vous me direz, mais l'histoire de Florence Dupré est sans pitié. C'est pourquoi Capucin deviendra meurtrier malgré lui, sera enrolé de force dans une armée d'enfants soldats par le traître qui a mortellement blessé son père, ceci afin de renverser un Arthur omnipotent et injuste (on croit rêver). Dans Capucin on est surpris par le ton libre, provocateur et même très dur de l'ensemble du récit, certaines scènes comme celle de la torture d'un enfant laissant perplexe sur la catégorie de lecteur visée. (néanmoins notée "pour tous" par Joan Sfar lui même), faisant de cette bande dessinée une sorte d'OVNI dans le paysage BD pourtant déjà vaste. Cependant, c'est cette dureté, associée au dessin beau, mais très particulier, ainsi qu'à la présentation soignée de l'ouvrage (chouette cartonnage format roman) qui fascine et place Capucin parmi les oeuvres à retenir. Le scénario étant très dense, on achève ce premier tome avec un désir non fein, mais un peu coupable... de lire la suite. Le tome 2, intitulé "Pour quelques coups de baguette" a paru en avril 2007... A lire : la chronique (excellente) de Chronicart.com