Archives par mot-clé : Milan

Chronique | Jacaranda

Jacarandascénario et dessins de Shiriagari Kotobuki Milan (collection Kanko), 2006 (2005 VO) Public : Adulte et amateur de graphismes surprenants Pour les bibliothécaires : un OVNI, pas simple à intégrer dans un fonds. Digne d'intérêt car c'est un auteur à part.

Catastrophe naturéelle

Un beau matin, au milieu de Tokyo, une petite pousse de Jacaranda perce et émerge du trottoir. La pousse devient arbuste, l'arbuste devient un arbre mais n'arrête pas de grandir et provoque bientôt des accidents à la chaîne. Rapidement, la panique s'installe pour laisser place à une catastrophe apocalyptique...
jacaranda-arbre
Ma première lecture de cet album date de sa première publication en 2006. A l'époque, j'avais été fasciné par le dessin très haché, très agressif, tout en trait et en énergie. Un dessin pas "beau" mais entraînant, prenant au fur et à mesure de l'histoire une part prépondérante jusqu'à rendre l'album quasiment muet. Un dessin à l'image du déroulement de l'histoire. Comme dans les films catastrophes, tout commence normalement : le métro-boulot-dodo quotidien d'une grande ville, une vie quotidienne un peu dérisoire, une vie "normale"... Le dessin est alors propret, les dialogues sont encore légions. Puis c'est l'instabilité progressive, le trait se trouble, les dialogues disparaissent et tout l'album se dirige vers l'explosion. Une progression permanente vers l'horreur sous les coups de butoir de l'arbre et de la nature. Graphiquement, le lecteur est alors abandonné au milieu des morts et de la destruction, au milieu de planches quasi-abstraites, un feu d'artifice permanent. Puis c'est l'apaisement, le calme, et une conclusion typiquement japonaise que les plus critiques percevront comme moralisatrice. Jacaranda-3Argument recevable mais l'important n'est pas forcément ici. Catastrophe naturelle, destruction massive, perte de vie humaines... provenant d'une vague ou de racines géantes, il n'y a qu'un pas entre la réalité et la fiction contée dans Jaracanda. C'est d'ailleurs cette réalité qui m'a rappelé cet album. En 2005, Shiriagari Kotobuki dressait  un portrait Jacaranda2acerbe de la société japonaise et décidait de la détruire. Dans son histoire, il  laisse beaucoup de place à l'interprétation. Chacun sera libre d'y répondre. Que voir dans cette destruction du monde moderne par la nature ? Un message ? Un appel ? Certain y percevrons l'occasion de repartir du bon pied, d''autres la fin de l'humanité. Des explications, l'auteur n'en donne pas et nous laisse avec ces séries d'images étourdissantes et une absence presque totale de repères. Jacaranda n'est pas un album simple. Si sa structure est linéaire, elle ne se positionne pas sur un plan classique du manga. Ici pas de héros, pas d'histoire ou de rebondissement. Une simple est pure destruction massive, un lâcher prise de l'auteur qui, comme il l'indique dans son introduction, s'est véritablement défoulé sur ces planches, mais au final un ovni. Un album différent qui résonne avec d'autant plus de force que sa vision a pris forme. Troublant. A lire : la brillante chronique de du9.org

Trois jours en Europe

(scénario d'Anthony Johnston, dessin de Mike Hawthorne, collection 13 Etrange, éditions Milan) Allez fidèles lecteurs d'IDDBD, vous le savez : la kryptonite, le talon d'Achille, le péché mignon de votre serviteur, ce sont les comédies sentimentales (aaahhhh, ça faisait longtemps qu'on en avait pas parlé !). Et si elles sont américaines, c'est un pur bonheur ! Et si elles datent des années 50, c'est un must ! Sachant cela, IDDBD ne pouvait pas passer à côté de Trois jours en Europe ! Imaginez un couple new-yorkais qui, pour reprendre un peu de poil à la bête, organise chacun de son côté un week-end en amoureux pour faire plaisir à son (sa) fiancé(e). Imaginez que ces week-end secrets tombent au même moment et que l'un (Jack Pentura) et l'autre (Jill Boscombe) se retrouve respectivement à Paris et Londres. Vous avez là la trame d'une comédie sentimentale avec juste ce qu'il faut d'humour, de chassés-croisés, de quiproquos qui vous assurent de passer un bon moment. Certes, c'est un peu téléphoné et (parfois) un peuconvenu. Mais n'est-ce pas là la loi du genre ? Alors, quand on aime, on ne compte pas les 138 pages de ce petit bijou dont on ne se lasse pas... En plus, cerise sur le gâteau, le graphisme de Mike Hawthorne est un délice de style années 50 (ça, c'est l'autre péché mignon d'IDDBD)... Allez, on ne boude pas son plaisir et on se laisse glisser avec volupté dans cette petite histoire distrayante. Un bon moment en perspective, douillettement installé dans son canapé. Un petit bonheur simple comme Trois jours en Europe...

Le cirque aléatoire : Eleuthère Sombre

(scénario de Sylvain Ricard et Christophe Gaultier, dessin de Christophe Gaultier, couleurs de Marie-O. Galopin, collection Treize étrange, éditions Milan) Vous vous rappelez de la chronique de WEST ? Non ? En deux mots : une équipe d'agents très spéciaux, recrutés dans tous les milieux (surtout les moins honnêtes...), oeuvrent pour le compte du président des Etats-Unis, à la fin du XIXème siècle, pour éradiquer le mal... Les références aux Mystères de l'Ouest, cette mythique série américaine des années 60, étaient légion, bien qu'implicites. Au moins avec Le cirque aléatoire , ces références sont explicites : l'action se déroule à la fin du XIXème siècle, aux USA où un jeune imigré clandestin de 10 ans rencontre le célèbre Artemus Gordon puis le non moins célèbre James West, les duettistes du Secret Service aux ordres du président Ulysse Grant. Du premier, Eleuthère Sombre (c'est le nom du jeune...) apprend l'art du transformisme (rappelez-vous d'Artemus en demoiselle, en chef indien, en dandy, en vieux loup de mer...). Du second, il apprend l'art de la castagne (rappelez-vous du générique de la série...). Et côté rencontres, ce n'est pas tout : il y aura aussi les Silencios, accrobates et hommes canons, M. Zou, dompteur, et Hyphigénia, écuyère et femme à barbe ! Tout ce petit monde va constituer Le cirque aléatoire et vivre des aventures ébouriffantes, à la limite du possible ! Et tout cela, Mesdames et Messieurs, sous vos yeux éberlués ! Alors retenez votre souffle, ouvrez grand vos mirettes et entrez, oui entrez Mesdames et Messieurs, dans l'inénarable, le mystérieux, l'inquiétant, le formidable Cirque Aléatoire ! Une série de superbes petites BD racontées et dessinées avec un grand, très grand talent : ce soir dans votre ville, tout de suite sur IDDBD... A savoir : Le cirque aléatoire est d'abord une série de BD grand format racontant les aventures de la bande à Eleuthère Sombre à travers le monde (en France, en Sibérie...). Mais c'est aussi une série de petites BD qui reviennent sur chacun des personnages, un peu à la manière des Comix américains. La chronique d'aujourd'hui concerne plus particulièrement Eleuthère Sombre . Découvrez-vite les autres ! L'info du jour IDDBD se prend quelques semaines de vacances ! Et oui ! On est humain aussi ! Nous nous retrouverons donc avec plaisir le 4 septembre pour nos chroniques quotidiennes ! Dans l'intervalle, IDDBD publiera des chroniques "light" et peut-être pas tous les jours... En attendant, bon été, bonnes vacances à tous et au 4 septembre ! Moi aussi je reviendrai le 4 septembre et peut-être même dans l'intervalle aussi ! Professeur Sintes

Le voyage d’Esteban T1 : le baleinier

(scénario et dessin de Matthieu Bonhomme, collection Capsule Cosmique, éditions Milan) Après L'âge de raison et les aventures du Marquis d'Anaon, voici donc la dernière livraison de Matthieu Bonhomme : Le voyage d'Esteban. Certes, le public visé n'est pas le même que celui de ses précédents travaux. Cette nouvelle série s'adresse clairement à un public jeune (d'où la collection et l'éditeur...). Et pourtant, cela n'a pas empêché IDDBD d'y trouver un plaisir qui n'est pas sans rappeler ces vieux films d'aventure des années 50-60 que l'on découvrait, fascinés, lors de la Dernière scéance de FR3, le mardi soir... On retrouve dans Le voyage d'Esteban tout le sel de ces histoires de navigateurs, d'aventuriers, et de découvreurs qui ont nourrit notre imagination pendant des années, parfois jusqu'à fort tard d'ailleurs ! Loin des effets spéciaux (cases destructurées, couleurs criardes, dessins à l'ordinateur...), Matthieu Bonhomme nous offre une première histoire formidable dont la simplicité n'est qu'apparente. On y découvre l'Esteban du titre, jeune indien d'Amérique du Sud, qui s'embarque, à la fin du XIXème siècle, sur le "Léviathan", un baleinier en partance pour le Cap Horn. Et dès le départ, tous les ingrédients de l'aventure et du mystère sont superbement posés dans ce premier album. De la bien belle ouvrage ma foi ! Aussi, plus d'hésitations moussaillons : on embarque tous avec Matthieu Bonhomme. Sans se préoccupper de savoir si cet album est pour les jeunes ou les autres. Ressortez de la boîte à émotions celles que vous ressentiez il n'y a pas si longtemps que ça finalement ! Et ne boudez pas le plaisir de vous croire, l'instant d'une BD, harponneur en plein océan, cotoyant la grande baleine bleue... Allez compagnons, le Baleinier n'est que le début de l'aventure... A lire : la fiche de l'album sur le site des éditions Milan A lire (aussi) : la critique de Vincent sur le site BDsélection L'info du jour : on en rajoute un Paquet ! Vous le savez, IDDBD en a déjà parlé, le 10ème anniversaire des éditions Paquet bat son plein. Et ce week-end, c'est la fête à Genève, avec plus de 30 auteurs présents ! Où ça ? A Genève ! Oui, mais où ? A la Bibliothèque de la Cité (centre ville, Confédération Centre), Place des Trois-Perdrix. Mais quand ? Samedi de 10h à 19 h et dimanche de 10h à 18h ! Et rappelez-vous : pour l'achat de 2 albums Paquet, vous recevrez un recueil de souvenir constitué de dessins et de strips, plus un poster inédit signé De Vincentiis et Von Kummant (précision : IDDBD ne gagne rien dans l'histoire... c'est juste pour vous...).