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Chronique | Doubt

scénario et dessins de Yoshiki Tonogaï éditions Ki-oon (2008) éditions originale Square-Enix (2008) Public : 15-25 ans surtout, les adultes amateurs du genre. Pour les bibliothécaires : A conseiller au public adolescent découvrant les joies des sections BD adultes. Série courte ce qui est un avantage.
"Rabbit Doubt fait fureur au Japon. Dans ce jeu sur téléphone portable, des lapins doivent débusquer le loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par une tous ses adversaires. Mais pour ces cinq fans, Rabbit Doubt ne tarde pas à virer au cauchemar. Ils se réveillent dans un bâtiment désaffecté. Tatoué sur la peau des adolescents, un mystérieux code-barres qui leur permet à chacun d’ouvrir une porte différente semble être leur seul espoir de salut. Pas de doute : un loup se cache bien parmi eux et il faudra le démasquer… avant d’être dévorer". (synospis de l’éditeur) C’est dans un salon du livre, très intrigué par la couverture du premier volume (retournez votre écran pour mieux voir) que j’ai commencé à feuilleter cette série. Dès les premières pages le dessin très classique  propre, plutôt aéré, agréable à première vue ne trompe personne, on sent l’espèce d’atmosphère étrange entre ces 6 inconnus liés uniquement par un jeu de dupe. Et très vite, tout bascule, pour eux comme pour nous. Le récit prend enfin sa forme véritable : bienvenus dans un huis-clos angoissant où chaque personnage est un tueur potentiel, bienvenus dans un petit monde où l’innocence a disparu, bienvenu dans Doubt ! Appréciant plutôt ce genre de manga, il m’était difficile alors de lâcher l’affaire et j’ai donc acheter (sans trop me ruiner, merci pour moi) les 4 volumes de la série… La population visée par cette série est clairement un public de d’jeuns, les 15-25 ans se retrouveront dans les codes sociaux des personnages et la narration va dans ce sens (réaction des personnages, côté malsain pas toujours poussé à fond). Avec un peu d’habitude, de perspicacités,  de lectures des grands maîtres du thriller - on pense immédiatement à Agatha Christie et à ses « Dix petits nègres - il n’est pas très difficile de deviner qui est le coupable. Cependant, l’auteur sait jouer avec vos nerfs et poser la petite griffe du doute dans votre esprit…  et je ne vous parle même pas des personnages ! Et même quand les certitudes sont enfin établies, les surprises sont encore de taille… jusqu’à l’ultime page de l’ultime volume. L’histoire est bien bâtie et ne laisse pas de place aux approximations, vous aurez même le droit à un plan détaillé de l’entrepôt. Ici, le jeu  du chat et de la souris atteint son paroxysme. Graphiquement, le dessin est très plaisant et dynamique. Seul reproche, la luminosité surprenante pour une série de ce genre. Heureusement,  les effets de manche sont limités au nécessaire et la constante apparition de ces masques de lapin rapiécés suffit bien souvent à poser une pression sur les épaules de chacun. Ici pas (trop) d’abus mais de vrais scènes macabres qui vous feront avaler votre salive de travers. Si évidemment, Doubt n’atteint pas la qualité d’œuvre proche comme Dragon Head ou Monster, il reste une lecture de très bonne qualité à placer au même niveau que les mangas de Tetsuya Tsuitsui. Un  manga entre le shonen et le seinen à conseiller aux amateurs du genre. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir ! A lire : la critique de manga-news A découvrir : les premières pages de la série sur le site des éditions Ki-oon (cliquez sur l'album Doubt)

Mariée par correspondance

(scénario et dessin de Mark Kalesniko, aux éditions Paquet, collection Ink Cette chronique est certainement la plus difficile que j'ai eu à écrire. J'ai l'impression d'avoir effacé mille fois mes premières phrases, d'avoir réécrit un millier de fois encore mes impressions, tout ça sans réussir à trouver les mots justes pour décrire la bouleversante beauté de Mariée par correspondance. Ce roman graphique canadien (le troisième publié par Mark Kalesniko) m'a fait l'effet d'un coup de poing. Après sa lecture, comment parler de Monty Wheeler, lâche onaniste de 39 ans, obsédé par ses fantasmes immatures d'éternel enfant, et de sa femme Kyung Seo, jeune coréenne avide de liberté, venu le rejoindre au Canada pour l'épouser après avoir été choisie sur un catalogue ? Comment décrire toute la profondeur du propos, l'intensité des émotions et des sentiments qui submergent à la fois les protagonistes et les lecteurs ? Comment dissiper ce malaise ressenti à la lecture des dernières pages, lorsqu'on prend tout à coup conscience de ce qu'a voulu nous dire Mark Kalesniko ? Alors, que dire ? Qu'il est question, dans Mariée par correspondance, de détresse morale et de renoncement. Mais attention à ne pas trop vite coller des étiquettes. Attention à ne pas se lover confortablement dans nos a priori rassurants. Bien sûr, on ressent comme une évidence la détresse morale puis le renoncement de Kyung Seo face à la cruauté égoïste de son mari. Mais la force de Mark Kalesniko est de rebattre toutes les cartes à la fin de son roman, et de nous jeter à la figure cette vérité toute simple : les apparences sont parfois trompeuses, ou tout au moins incomplètes. Sans avoir l'indécence de minimiser les douleurs de Kyung, Kalesniko nous donne à (entre)voir celles de Monty. Et même si l'on ne peut s'empêcher de mépriser cet homme, de le juger, Kalesniko nous force au moins à entendre le plaidoyer de la défense... En définitive, Mariée par correspondance est une histoire d'affrontement : celui de deux cultures, celui de deux rêves que la réalité ne peut qu'anéantir, celui de deux êtres qui ne vivent qu'à travers les fantasmes qu'ils projettent sur l'autre. Le trait de Mark Kalesniko est à l'image de son propos : violent et subtil. Là aussi, il vous demandera d'aller au-delà des apparences. Mais ensuite, quelle claque ! A lire et à voir : le pitch et un extrait sur le site des éditions Paquet A lire : l'excellente chronique de Marie sur sceneario.com, ainsi que celles, tout aussi intéressantes, d'Aurèle Wehrlin sur lafactory.com et de Cathe sur son blog Les routes de l'imaginaire. A lire : l'interview de Mark Kalesniko sur bruitdebulles.com A lire : la biographie abrégée de Mark Kalesniko sur bedetheque.com