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Dimanche KBD : Le retour à la terre

Une nouvelle année pour KBD commence avec un mois consacré à la « BD en strip« . La semaine dernière Badelel vous proposait sa chronique sur Sha et Salomé. Aujourd’hui, il s’agit du Retour à la terre, la bien connue série de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet.

Quelques mots sur le « strip« . A la base, c’est une bande de plusieurs cases racontant un mini-récit souvent humoristique. Ce genre  est apparu dans les journaux  et constitue l’une des premières formes de bande dessinée. Mais ne vous laissez pas abuser par son format court, le strip est une forme particulièrement exigeante qui nécessite une grande qualité d’écriture et parfois même de composition. Bref, le « comic-strip » est le haïku de la poésie.

Des grands noms du strip ? Charles M. Schulz  et ses Peanuts, Quino et Mafalda, Liniers et ses Macanudo, Bill Watterson et Calvin & Hobbes, Ferri évidemment… J’en passe mais KBD vous invite à en découvrir d’autres tout au long du mois de janvier.

La synthèse de la semaine signée Champi

La chronique de Mike sur le retour à la terre.

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Chronique de vacances #5 | Blast au cinéma ?

Lu sur Bodoï, Manu Larcenet aurait pour projet d’adapter sa dernière série, le très fameux et très obscur Blast.

Nouvelle aussi surprenante qu’enthousiasmante, tant Manu Larcenet n’a jamais été un grand admirateur du travail en grosse équipe. Mais il est vrai que de tous ces livres, Blast est sans doute celui qui peut le mieux s’adapter au cinéma : une histoire sombre, aux rebondissements infinis et surtout un anti-héros à la présence certaine. Et puis rappelez-vous la bande annonce du tome 2, hum ? Ça donnait déjà envie, non ?

Une expérience unique pour lui et qui n’en appellera certainement pas d’autres  «  ce sera probablement ma seule expérience en la matière. Je vais mettre dans ce film tout ce dont j’ai rêvé et que j’aime dans au cinéma : Jim Jarmusch, les frères Coen, des documentaires… Je serai sans doute vidé ensuite, et très content de revenir à la BD. »

En attendant le tome 3 de cette énorme série, on rêve un peu…

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Chronique | Dallas Cowboy

dallas_cowboy_larcenetscénario et dessins : Manu Larcenet
Éditions : Les Rêveurs (1997)
Collection : On Verra bien
Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : Important pour une bédéthèque de grande taille, plus anecdotique pour les moyennes, à oublier pour les petites.

« la nuit, il se passe des trucs étranges »

Au départ, j’avais envie de faire une chronique du second volume de Blast. Puis, j’ai lu les nombreuses critiques qui ont déjà été faites un peu partout. La plupart sont, à juste titre, dithyrambiques et beaucoup de belles analyses ont rendu hommage à une série qui, c’est mon humble avis, confirme mon impression initiale. Blast marquera pour très longtemps l’œuvre de Manu Larcenet.

Ainsi, plutôt que de répéter des choses qui ont déjà été évoqués en mieux, je préfère consacrer ma chronique (et mon temps qui vaut ce qu’il vaut mais quand même) à un album qui date de 1997. Le siècle dernier donc. C’était bien avant la reconnaissance du grand public avec Le Combat Ordinaire ou le Retour à la terre. Il date d’une époque où Blast n’aurait pu sortir chez un éditeur comme Dargaud et où Larcenet était en froid avec les indépendants. La solution était toute trouvée, publier soi-même ses livres.

Dallas Cowboy fait donc partie des premiers titres parus chez Les Rêveurs (de runes à l’époque). Dallas Cowboy, L’artiste de la famille, On fera avec, Presque… Dans ces premiers livres, Manu Larcenet adopte un ton très différent, en tout cas très différent des albums d’humour qu’il créé à l’époque. Introspectifs, ils sont à chaque fois des réflexions sur son passé, sa condition d’artiste, sur ce qui l’a marqué en tant qu’homme. On découvre avec étonnement un autre Larcenet, au graphisme sombre. Mais c’est surtout l’écriture de l’auteur qui frappe, cette plume qui lui permet de mettre les mots sur ses maux et de toucher avec justesse le cœur des événements et des lecteurs. Bien entendu, nous ne sommes pas encore au niveau de Blast.

Dans Dallas Cowboy, Manu Larcenet cherche le sommeil à l’heure où Juvisy se réveille. A la lueur des premiers rayons de soleil, il laisse aller son esprit, sa mémoire et ses angoisses. Et déjà les mots frappent : « Quand j’étais petit j’étais heureux ? Mmh… non… J’étais gros… déjà ! ». Oui, de là à franchir le rubicon de la comparaison avec Blast… Non sans moi. Alors , où le petit Manu arborant fièrement le T-Shirt des Cowboys de Dallas nous emmènera-t-il ? Loin, très loin dans l’esprit du personnage/auteur, entre le présent moite d’une chambre où le sommeil tarde à pointer et le passé ingrat fait d’humiliations et de souvenirs sombres. Ce court récit oscille sans cesse dallas_cowboy_larcenet_3entre ces états et sont marqués par un changement de style graphique. D’un dessin gros pif proche de celui de Bill Baroud on passe à des masses noires formant des personnages aux traits cadavériques et des paysages inquiétants. Ici, seul le présent apparaît comme réel, le reste, le passé, n’est constitué que de figures floues et malsaines. Pour le lecteur, ce n’est pas facile d’être dans la tête de ce Manu Larcenet là. Il est sans concession et cherche à expliquer… Quoi ? La question est bonne. Elle est sans aucun doute le moteur principal de l’intérêt du récit. On ne pourra pas répondre, les albums de BD ne remplace pas une psychanalyse.

Soyons clairs. Ne cherchez pas dans cette chronique une tentative pour lier Dallas Cowboy à l’œuvre actuelle de Manu Larcenet. Cet album et les autres ne sont pas des prémisses à Blast, pas plus que ceux d’un Combat Ordinaire. Ils ne vous révéleront pas les clefs de l’esprit de Polza Mancini, pas plus que celui de l’auteur de ces magnifiques albums. Ils sont pourtant à mon avis, non pas essentiels, mais important pour comprendre et prendre la pleine mesure des évolutions d’un auteur devenu un incontournable. Pour détourner un peu la célèbre phrase de Mère Thérèsa : « ce ne sont que quelques page dans un livre mais si elles n’étaient pas là, elles manqueraient… »

A consulter : la fiche album sur le site des Rêveurs

A lire : la chronique (de 2006) de Mike consacré à Presque… D’ailleurs il rend hommage à un certain bibliothécaire ;-)

A voir : la vidéo d’Un Monde de Bulles consacrés à Blast et à Larcenet (entres autres)

Explosion artistique

Blast T.1 Grasse carcasse (scénario et dessins de Manu Larcenet, Dargaud)

Avant de commencer à écrire cette chronique je me suis dit : est-ce vraiment la peine de parler de Blast ? L’un des albums qui a sans doute eu la plus grosse couverture médiatique de l’année 2009 (mais quand même moins que le « machin » gaulois) ? Doit-on ajouter notre pierre à la muraille de la critique/chronique bédéphile ? Et puis je me suis souvenu de la devise IDDBDéiennes, « Chroniquois ce qu’il te plaira » (ou un truc du genre je me souviens plus bien) en me disant que les ayatollahs de la bonne morale cyberBD, auquel nous avons déjà eu à faire il y a quelques temps, nous traiterais encore de vendus à la gloire de l’anti-édition-alternative. Mais, en faisant fis de ces imbéciles, BD alternative ou pas,  j’ai aimé cet album. Et c’est bien la seule réponse intéressante.

Si ces derniers mois, vous avez vécu dans une bulle (jeu de mot foireux nous voilà) alors je vous fais un petit topo sur l’histoire. Dans un commissariat de police, un homme est interrogé par deux policiers. Il a fait quelque chose de grave. Quoi ? On le devine rapidement mais la question est surtout de savoir pourquoi. Et justement, les policiers et le lecteur sont là pour écouter l’histoire de Polza, écrivain/chroniqueur gastronomique, qui du jour au lendemain a choisi de devenir clochard. Et pour comprendre ce personnage difforme d’obésité, il faudra prendre son temps et s’armer de patience.

Je ne connais pas personnellement Manu Larcenet. Je l’ai vu et entendu à Angoulême lors d’une très intéressante rencontre  avec Gotlib, lu pas mal de ses albums (de Dupuis à Fluide en passant par les Rêveurs et Dargaud), ainsi que son blog et différentes interviews, et enfin parcouru ses réactions souvent orageuses sur les forums. Je peux donc effleurer la possibilité de penser connaître un minimum l’artiste. Et Blast est l’album d’un Larcenet qu’inconsciemment (ou pas) je souhaitais voir apparaître un jour. Il pouvait le faire, oui, mais… Avait-il la possibilité de passer outre les angoisses et l’extrême sensibilité que l’on ressent chez l’homme derrière l’auteur de BD ?

Bien sûr, j’aurais beau jeu de faire une post-analyse des albums précédents : remontant à Presque, faisant référence au Combat ordinaire, à La Ligne de front, invoquant les forces obscures du graphisme et la noirceur des scénarii….Pfffff !!!! Je n’ai rien vu venir oui !!!! Je laisse les prédictions aux prétentieux et les analyses aux laborantines. Car du début à la fin de ce premier volume, j’ai été surpris. Surpris par un Larcenet lâchant complètement les chevaux de sa créativité. Si on retrouve ses thèmes de prédilection (l’image du père, la condition sociale, le rapport au monde…), le  graphisme sombre de l’album frappe et peut tout à fait calmer les ardeurs des habitués du gentil Larcenet du Retour à la Terre (avec le génialissime Jean-Yves Ferri).  Mais dans Blast, même les quelques traits de couleurs ne sont pas là pour rassurer. Au contraire, il participe à cette folie sous-jacente, à cette différence, à cette volonté de s’affranchir, tout comme le héros s’affranchit de son corps pour voir son esprit s’envoler et ressentir le monde. J’aime particulièrement le passage de la première nuit de Polza dans la forêt où, couché par terre, il perçoit pour la première fois la présence des insectes et des animaux de la nuit. Tout est là, dans cette scène. Les descriptions narratives et graphiques sont précises, détaillées, justes. Car incontestablement, Larcenet n’est pas qu’un dessinateur. C’est également un formidable écrivain. Il n’aimera peut-être pas ce terme (sous réserve qu’il lise un jour cette chronique) mais c’est le seul que j’ai trouvé. Manu Larcenet est l’un de ces auteurs de BD capable de poser admirablement les mots puis de se taire, laissant leurs dessins parler pour eux. L’écriture est belle sans être complexe et le dessin est accompli. J’ai ressenti dans Blast une espèce de sérénité chez l’artiste, une plénitude peut-être.

Bien entendu, certains m’accuseront de fanatisme, trouvant dans mes propos un manque de nuance. Pourtant, je reste critique vis-à-vis de certains de ses derniers albums (les très décevants « Les aventures rocambolesques… » ou même le dernier Combat Ordinaire qui m’a laissé une impression bizarre). Et c’est vrai, nous n’avons ici que la première partie d’un triptyque. Attendons la suite. Mais après tout peu importe. Avec ce premier volume de Blast, Manu Larcenet entre dans une autre sphère, celle des très grands auteurs. Et j’en suis très heureux pour lui… et très égoïstement, pour nous aussi.

A voir : la bande annonce

Il était une fois Les révolutions

Le retour à la terre - Tome 5 : Les révolutions (scénario de Jean-Yves Ferri, dessin de Manu Larcenet, éditions Dargaud, 2008)

C’est l’hiver. Dehors, le temps paraît gelé et figé comme la végétation environnante. A l’intérieur, c’est un bon feu de cheminée, un fauteuil confortable et un tas de BD fraîchement sorties des étals qui m’attendent. Dans le tas, le cinquième tome de la série Le retour à la terre et sa belle couverture bleue sur laquelle Larssinet (le double « bédé » de Manu…), sa compagne Mariette, et sa fille Capucine volent, accrochés à un parapluie, sous le regard bienveillant de l’Hermite.

C’est cela Le retour à la terre, des scénettes et des tableaux pleins de poésie douce, décalée, parfois surréaliste, où l’on retrouve les personnages que l’on a découvert et aimé tout au long des quatre premiers tomes, de Monsieur Henri à la Mortemont. Sans oublier l’épicier et le maire, qui assurent dans Les révolutions, une bonne partie de l’animation aux Ravenelles, entre élections muncipales, connivences avec la grande distribution, magouilles et intimidation des électeurs… Et croyez-moi, lorsque vous habitez vous-même un petit village, la ressemblance avec des faits et des personnages existants est tellement troublante que l’on ne peut s’empêcher de faire des parallèles…

Mais c’est aussi cela qui nous touche dans Le retour à la terre : chacun de nous peut s’y retrouver, au détours d’une situation, d’une expression ou d’un détail dans ces histoires d’anciens urbains confrontés au monde parfois (souvent ?) déroutant. Et ça marche ! Quant aux situations les plus invraisemblables, elles ne nous rendent les personnages, petits ou grands, que plus attachants. Décidément, si ce cinquième tome ne révolutionne pas la série, il l’a poursuit admirablement.

Ah ! Dernier message pour M. Ferri : continuez à scénariser Le retour à la terre, mais… oubliez l’héroïc fantasy gothique noire ! 

700ème chronique d’IDDBD !

Le combat ordinaire - Tome 4 : Planter des clous (scénario et dessin de Manu Larcenet, éditions Dargaud, 2008)

Dans sa première chronique consacrée à la série Le combat ordinaire, IDDBD parlait d’une oeuvre tout à la fois humaniste, émouvante, tendre, sensible, grave, drôle, attachante, rageuse, désespérée… Comme la vie, quoi… Au quatrième et dernier tome (et oui, tout a une fin…), intitulé Planter des clous, ses adjectifs conviennent encore plus que jamais pour décrire Le combat ordinaire.

Marco, le héros, a grandi, passant d’un état de post-adolescent à celui d’homme au travers d’épreuves (ses crises d’angoisse, la mort de son père notamment) et d’expériences sentimentales nouvelles (l’amour, la paternité). Et ce qui aurait pu n’être qu’une série certes intimiste mais nombriliste – devient, sous le crayon (talent), le cerveau (intelligence) et le coeur (émotion) de Manu Larcenet, une description magnifique de ce qui nous fait « humain ». Chacun de nous peut se retrouver à un titre ou à un autre dans Marco ou l’un des personnages qui l’entoure.

Cette universalité, c’est la marque des grandes oeuvres d’art. Le combat ordinaire est une grande et magnifique oeuvre d’art. Quant à Manu Larcenet, il est un grand et magnifique artiste…

Le quatrième tome du Combat ordinaire sera dans vos bacs le 7 mars

A visiter (en attendant de lire le quatrième tome du Combat ordinaire) : le (très beau) site de Manu Larcenet

A lire : la fiche album sur le site Dargaud, ou vous pourrez découvrir 5 planches

A lire : l’interview de Manu Larcenet dans le magazine Avant-Première (éditions Dargaud)

Les dossiers de l’écran…

La loi des séries (scénario et dessin de Manu Larcenet, éditions Fluide Glacial)

Il y a des petits bonheurs comme ça dans la vie. Lesquels ? Par exemple, celui de tomber – au détour d’une étagère de sa médiathèque – sur un album de Manu Larcenet d’il y a quelques années, un peu oublié, seul dans son coin… La couverture colorée attire l’oeil, le nom de l’artiste aiguise votre appétit, quelques pages feuilletées à la volée vous font saliver : vous êtes prêts à succomber à l’humour ravageur d’un des auteurs les plus drôles de ces dernières années, Manu Larcenet pour ne pas le citer.

Bien sûr, vous savez qu’IDDBD est capable de la plus parfaite mauvaise foi lorsqu’il s’agit de vous inviter à (re)découvrir les albums de ses auteurs fétiches ! Sachez que vous n’aurez pas à vous forcer pour dévorer ces quelques histoires qui vous ramèneront quelques années en arrière, dans l’univers merveilleux de vos émissions et feuilletons télévisés préférés. La loi des séries, c’est Starsky et Hutch, L’homme qui valait 3 milliards, Les brigades du Tigre, Les envahisseurs, Colargol, Alerte à Malibu, L’Ile aux Enfants et Au nom de la loi revisités par l’ami Larcenet.

Hutch se tranforme en Freud dans un improbable épisode d’une rare violence. Steve Austin est un looser en survêt’ que Robin des Bois remettra à sa (juste) place. Terrason, Pujol et le commissaire Valentin auront fort à faire face à Merlin l’Enchanteur. David Vincent les a vu. Qui ? Les envahisseurs bien sûr, autrement dit « les gens qui n’ont rien à foutre là« . Colargol, ivrogne, has been, sera rejoint par Rick Hunter dans le canniveau social. Image de la déchéance. La même que celle (morale) de Paul Emile Victor, échoué sur les plages de Malibu. Quant à Josh Randall, sa chasse à la prime le conduira jusqu’à Casimir et Garcimore, autre figure récurrente de La loi des séries (avec Maëster et quelques autres auteurs que vous vous amuserez à retrouver en background…).

Vous l’aurez compris, La loi des séries est un joyeux fatras comme les aime Larcenet. Pour l’apprécier, il vous suffit d’un peu d’imagination pour que tout auprès de vous poussent des fleurs, des rires et des chansons. La loi des séries, c’est comme un pays joyeux des lecteurs heureux et des artistes gentils, oui c’est un paradis !

Attila le Hun, le trois…ième tome des aventures rocambolesques…

Le fléau de Dieu - Une aventure rocambolesque d’Attila le Hun (scénario de Manu Larcenet, dessin de Daniel Casanave, couleurs de Patrice Larcenet, collection Poisson Pilote, éditions Dargaud, 2006)

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’il adviendrait de vous si vous aviez pu obtenir tout ce que vous souhaitez, là, d’un seul coup ? Oh, je devine votre réponse : « Trop de la balle ! », « Mazette, mais je serais positivement comblé ! », « Zarma, comment que j’me la pèterais, zyva ! », etc, etc… Ne vous emballez pas trop vite, chers lecteurs, ou vous pourriez connaître le triste sort d’Attila le Hun ! Attila le Hun ? Le fléau de Dieu ? Quel rapport entre ce (déjà) sauvageon massacreur de civilisations (et accessoirement de civilisés) et votre situation de nabab doté d’un coup de maguette magique de tout ce qu’un être humain normalement constitué peut souhaiter ?

Le rapport, c’est justement l’album scénarisé par Manu Larcenet : il s’introduit dans la vie mouvementé du « Round Up » des Steppes au moment précis où celui-ci finit son Grand Oeuvre, à savoir la conquête du monde connu de l’époque. Ce moment émouvant se situant dans la Beauce, c’est à partir de cette morne plaine que l’on va suivre la rocambolesque aventure d’Attila. Car, une fois que l’on a réalisé tous ses rêves (en l’occurence de conquête, mais je compte sur vous pour y coller vos propres fantasmes…), ce qui guette l’heureux élu du destin… c’est la dépression !

Plus aucun but dans la vie (ah ! Conquérir le monde !), plus de défi à relever (la prochaine province sera-t-elle mieux préparée que la précédente à la vague d’assaut des pullulants Huns ?), aucun challenge à l’horizon (on ne va quand même pas réattaquer les provinces conquises, non ? Si ?) et voilà notre Premier des Huns avec le moral dans les chaussettes. L’errance commence, parfois accompagné (son dernier des fidèles vaut le coup, ou plutôt les coups devrais-je dire !), souvent seul. Puis c’est l’introspection qui finira par l’ultime défi qu’a trouvé à relever le Fléau : conquérir Dieu lui-même !

Contrairement à ce que vous pourrez lire ici ou là, je trouve cet album à la hauteur des deux précédentes aventures rocambolesque (Freud et Van Gogh) : on y retrouve l’intelligence du propos de Manu Larcenet et aussi beaucoup de la qualité de son dessin (assuré cette fois par Daniel Casanave). Et comme d’habitude, le récit présente différents niveaux de lecture, ce qui permettra à chacun d’y trouver son plaisir…

A voir : quelques planches sur le site de la collection Poisson Pilote

De mon chien comme preuve irréfutable de l’inexistence d’un dieu omniprésent

De mon chien comme preuve irréfutable de l’inexistence d’un dieu omniprésent (scénario et dessin de Manu Larcenet, collection Lépidoptère, éditions 6 pieds sous terre)

Allez hop, je balaie d’un geste les critiques qui accuseront IDDBD de faire du favoritisme et d’avoir déjà consacrer un nombre incalculable de chroniques aux albums de Manu Larcenet et à son actualité. Oui, IDDBD est un blog de parti-pris (ce qu’il y a de bien, c’est que nous avons chacun le ou les nôtres…). Ceci étant dit, passons au vif du sujet…

Le problème des philosophes patentés et des blogs, c’est qu’ils « blablattent » beaucoup trop, souvent en s’écoutant parler ou se regardant écrire, et qu’ils finissent par noyer leurs auditeurs ou lecteurs (sans masochisme, IDDBD fait partie du lot…).

Au milieux de ce torrent verbeux, un artiste, parfois, impose un moment de grâce, silencieux. Et son art vaut alors bien mieux que tous les discours prononcés et toutes les pages écrites avant lui. Tel est le cas du dernier album publié par Manu Larcenet, De mon chien comme preuve irréfutable de l’inexistence d’un dieu omniprésent.

Sans un mot, au moyen de quelques dessins faussement simples mettant en scène son chien dans ses activités quotidiennes les plus triviales, Manu Larcenet réussit plus qu’à nous faire entrevoir la vacuité de la condition humaine : son album est une démonstration philosophique époustouflante, lumineuse, modeste et puissante à la fois. Sans pour autant renier l’humour qui le caractérise. Du grand art…

Ce qui m’inquiète juste un peu, c’est le commentaire de ma femme après qu’elle ait lu De mon chien comme preuve irréfutable de l’inexistence d’un dieu omniprésent : « Vu par une femme, le chien de Manu m’a fait penser aux comportements des hommes en général… et de toi en particulier ! ». Mince…

A lire et à voir : la fiche album et huit planches sur le site des éditions 6 pieds sous terre

A visiter : le blog de Manu Larcenet

Les pénibles aventures de Critixman le super héros super suffisant

(scénario et dessin de Manu Larcenet, éditions Les rêveurs, 2006)

Je viens de recevoir MON exemplaire (je dis bien le mien, dans ces cas-là on est un peu égoïste) de Critixman.

Pour ceux qui ne serait pas au courant (malgré les recommandations d’IDDBD), Critixman est un mini album (petit format poche) publié chez les Rêveurs et disponible uniquement à la commande. Une quinzaine de pages sont tirées de son blog, les autres sont totalement inédites.

Dans ce produit bassement consumériste, préfacé par Joann Sfar s.v.p,  Manu Larcenet narre les aventures de Jean-Laurent Grimmeau, chantre de « l’avant-garde conceptuelle du 9e art séquentio-narratif » qui le soir de poussé de suffisance devient Critixman, donneur de leçons et d’avis.

Et ce sont justement les donneurs de leçons, les moralistes de la bande dessinée, les ayatollah de la BD d’avant-garde (nous ne citerons pas de noms) qui en prennent pour leur grade dans cette BD remplie d’acide et d’humour. On peut penser qu’il exagère peut-être mais en tout cas, Manu Larcenet ne se prend pas au sérieux, et dans ces cas là, il s’affirme comme un très grand ! Un peu de bouffonnerie dans ces querelles de clochers, voilà qui remet la BD à sa place ! Merci pour ça !

Bon toutefois, Manu, tu avais écris que le premier tirage serait signé, ce n’est pas le cas de mon album (ou alors j’ai de mauvais yeux). Ca me donne une bonne excuse pour venir te voir à Angoulême !

David Donnat

L’info du jour

Puisque David a parlé de Joann Sfar dans sa chronique, signalons au passage la sortie du cinquième tome du Chat du Rabbin (la Jérusalem d’Afrique)…