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Chronique | John Lord (Filippi & Laumond)

(scénario de Denis-Pierre Filippi, dessin de Patrick Laumond, couleurs de Sébastien Gérard, éditions Les Humanoïdes Associés, 2 tomes parus)

La belle est la bête…

Haletant, épatant, époustouflant ! Franchement, lorsqu’on sait tout le bien que l’on pense ici (c’est un doux euphémisme…) des scénarios de Fabien Nury et Xavier Dorison en terme de talent inventif, d’efficacité narrative, et d’intrigues retorses, je n’hésite pas un quart de seconde à mettre à leur (très haut) niveau l’histoire imaginée par Denis-Pierre Filippi dans la série John Lord !

Il nous entraîne de New York en Louisiane, juste après la Première Guerre Mondiale, à la poursuite d’un étrange tueur en série qui déchiquette ses victimes comme un prédateur ses proies, sans logique apprente si ce n’est qu’il perpètre ses meurtres tous les 28 jours, que les victimes ont tous un lien en commun (que vous découvrirez peu à peu) et qu’une unité spéciale d’enquêteurs, dissoute puis reconstituée (les UPI… sans autre précision), se lance sur sa piste. De ce que l’on en sait, seuls le fameux John Lord (du titre) et Miss Clara Summers, ex-assistante d’un professeur d’université assassiné lui aussi, compose cette unité spéciale.

Le récit est finement mené, entre flash-backs et déroulement de l’enquête, les personnages sont convaincants et hauts en couleur, l’arrière-plan historique et géographique est passionnant : bref, tous les ingrédients d’une histoire haletante, épatante, époustouflante !

D’autant que le dessin de Patrick Laumond est  sublime : bien qu’original, son trait ajoute une ambiance toute particulière à l’histoire, presque onirique. Je crains d’employer ce dernier terme car je crains qu’il ne vous induise en erreur. John Lord n’est pas une série poétique. C’est avant tout un thriller comme savent nous les adresser les anglo-saxon : efficace. Justement, Patrick Laumond participe de cette efficacité, en renforçant le caractère très mystérieux et très inquiétant (parfois cauchemardesque…) de l’histoire par ses dessins, ses plans, et ses cadrages parfaitement maîtrisés. Sans parler des superbes couleurs de Sébastien Gérard, qui y contribuent également. De vrais et authentiques artistes !

Vous l’aurez compris, entre chasse au serial-killer et dessin à couper le souffle, John Lord est une série qui mérite que l’on attende le troisième tome comme sur sur des charbons ardents ! Ne soufflez pas trop fort devant votre écran, IDDBD est déjà sur les braises !

A lire : l’interview des auteurs sur actuabd.info

 

Nury/Cassaday : qui êtes-vous vraiment ?

Je suis Légion - Tome 3 : Les trois singes (scénario de Fabien Nury, dessin de John Cassaday, éditions Les Humanoïdes Associés, 2007)

Décidément, IDDBD ne vous lache pas avec le style historico-fantastique ! Après Croisade, voici le troisième et dernier tome de l’halletante série Je suis Légion. Vous ne connaissez pas ? Pas de souci, jetez un coup d’oeil à la chronique du 17 avril 2007 d’IDDBD. Pour les autres, ceux qui ont lu les deux premiers tomes, je n’ai pas besoin de faire l’article : le scénario de Fabien Nurydont l’action se déroule pendant la seconde guerre mondiale – est on ne peut plus efficace et intelligemment mené. Quant au dessin de John Cassaday, son trait et ses cadrages cinématographiques collent parfaitement à l’ambiance du récit et à l’angoisse omniprésente.

Sans rien dévoiler de ce troisième tome palpitant, sachez tout de même qu’il se révèle plus surprenant que ce que vous auriez pu imaginer à la lecture des précédents. Fabien Nury est encore une fois redoutablement efficace et son inventivité ne paraît pas avoir de limite lorsqu’il s’agit de jouer avec nos pauvres nerfs…

Que ce soit pour le récit ou le dessin de John Cassaday, vous aurez compris que la série Je suis Légion est un « indispensable » dans la liste des BD que vous vous devez de découvrir absolument … Incontournable !

A lire : la fiche album sur le sites des Humanos

A lire : l’excellente critique sur le site Actuabd (et l’interview de Fabien Nury)

Des bleus sans bobo…

Lucie s’en soucie (scénario de Catel Muller et Véronique Grisseaux, dessin de Catel, collection Tohu-Bohu, éditions Les Humanoïdes Associés, 2000)

Comment parler du cap de la trentaine, lorsqu’on est une femme seule (pardon, farouchement libre), qu’on a pas trop envie de gamins (même carrément pas !) et qu’on est entourée d’une bande de copines (voire d’amies) à qui semble tout réussir ? Vous avez le choix entre la version bobo (je ne citerai personne mais beeuuurkkk…) et Lucie s’en soucie. Personnellement, vous devinerez sans doute celle que j’ai préféré…

Car Lucie est pleine de complexes, d’angoisses, de contradictions, mais jamais artificielle. Elle est au contraire terriblement attachante car très humaine. Je ne sais pas si elle est représentative de sa génération ou d’un type de jeunes femmes, mais je pense qu’elle détesterait l’être : Lucie existe par elle-même et, souvent, juste pour elle-même. Malgré ça, si elle se donne en spectacle, en 118 pages en noir et blanc, ce n’est certainement pas par nombrilisme mais, peut-être, juste pour nous toucher… Qu’elle se rassure, elle y arrive très bien. Et quelle joie de la retrouver, après ce très bel album, dans la suite de ses aventures ! Ce n’est pas chez le même éditeur (c’est chez Casterman) mais on la retrouve avec le même plaisir. Et comme Mlles Catel et Grisseaux (les artistes restent toute leur vie des demoiselles…), Lucie a un peu mûrie… et nous avec.

A feuilleter : la fiche album sur le site des éditions Les Humanoïdes Associés

A découvrir : la série de Lucie sur bedetheque.com et sur bd.casterman.com

A lire : l’interview de Catel sur chapo.dna.fr

Les Yeux de Pandora

Les yeux de Pandora (scénario de Vincenzo Cerami, dessin de Milo Manara, éditions Les Humanoïdes Associés)

Avant de commencer la chronique, deux petites précisions. Premièrement, Les yeux de Pandora, IDDBD vous l’avait annoncé le 26 mars dernier à l’occasion d’une Info du jour qui nous avait mené sur les terres des Humanoïdes Associés (ouais, enfin, sur leur site quoi…). Deuxièmement, les fans de Milo Manara, ou plus exactement des (sublimes) femmes qu’il dessine, peuvent aller chercher une bassine d’eau froide pour se calmer tout de suite. Les yeux de Pandora n’est pas une BD érotique comme le maître italien les affectionne mais un polar dans la plus pur tradition du genre.

Certes, tout au long de l’intrigue, la Pandora du titre, une jeune femme d’à peine 18 ans, multiplie les robes et les poses suggestives. Bien sûr, Manara ne peut s’empêcher de nous dévoiler quelques parties anatomiquement attractives de l’intéressée. Mais franchement, si c’est cet aspect de l’œuvre de Milo Manara que vous recherchez, voyez plutôt du côté du Déclic (en 4 tomes ou en intégrale) ou du Parfum de l’invisible (en deux tomes)…

En revanche, vous ne serez pas déçu par le dessin de Les yeux de Pandora qui sert magnifiquement en noir et blanc une histoire qui, il faut bien l’avouer (à regrets), présente un inconvénient : celui d’être traitée de manière trop superficielle. Du coup, les évènements s’enchaînent à un rythme beaucoup trop rapide et la psychologie des personnages n’a guère le temps d’être suffisamment appréhendée par le lecteur. Un autre format et quelques centaines de pages supplémentaires (un roman graphique quoi…) aurait été peut-être plus adapté.

Quoi qu’il en soit, on retiendra deux choses de cet album : un dessin de Manara toujours aussi sublime et une première collaboration avec Vincenzo Cerami (le scénariste de La vie est belle de Roberto Begnini) qui, on l’espère, se poursuivra et se bonifiera…

A lire : le pitch de Les yeux de Pandora sur le site des Humanoïdes Associés

A lire (aussi) : la très juste critique de M. Antoniutti sur BDgest.com

A voir : le site de Milo Manara

Troubles fêtes

(scénario de Rose Le Guirec, dessin de Régis Loisel, éditions Les Humanoïdes Associés)

Bon, ces derniers jours, IDDBD vous a fait peur (Je suis légion) et vous a fait réfléchir (La gloire d’Albert). Et si on se détendait un peu ? Et quoi de mieux, pour se détendre, qu’une petite fête ? Et quand elle est dessinée par Loisel, c’est nous qui y sommes, à la fête !

Mais bien sûr, vous connaissez tous l’ami Loisel, soit par le biais de La quête de l’oiseau du temps, soit par le biais de Peter Pan ou, plus récemment, par Magasin Général, cette douce chronique québecoise… Avec Troubles fêtes, vous risquez d’être légèrement surpris. Et encore, lorsque je dis « légèrement« , c’est plutôt du lourd (en terme de qualité…) auquel on a affaire ici. Loisel y illustre magistralement trois contes érotiques mis en mots par une Rose Le Guirec inspirée qui nous ferait presque rougir. Et l’on se prend à rêvasser de ces fêtes tour à tour mythique, médiévale et carnavalesque en s’imaginant centaure, paladin et maître de cérémonie.

Bref, pour vous déstresser en ce printanier week-end, rien de tel que ce troublant Troubles fêtes

A voir : un extrait de Troubles fêtes

Je suis légion

(scénario de Fabien Nury, dessin de John Cassaday, couleurs de Laura Depuy, éditions Les Humanoïdes Associés)

Et si IDDBD vous emmenait au cinéma (ça change du restaurant !) ? Ca vous tente ? Mais rien de gnangnan (promis juré ce n’est pas encore une comédie sentimentale) ou de déjà vu (pas de western donc). Non, du vrai cinoche fantastique, de celui qui vous fait vous recroqueviller dans votre fauteuil, qui vous fait déglutir votre salive en même remps que votre pop-corn, qui vous dilatte les pupilles et fait perler la sueur sur votre front, goutte à goutte…

Le titre du film, c’est Je suis légion. Le scénariste, c’est Fabien Nury, le créateur de W.E.S.T. Le cinéaste, c’est John Cassaday, un jeune dessinateur de comics américain. Attention, la lumière s’éteint. L’écran s’illumine. Vous ouvrez les premières pages de l’album et déjà votre nuque vous picotte.

1942. La seconde guerre mondiale est à un tournant mais personne ne le sait encore. Les nazis volent de succès en succès dans toute l’Europe, l’Angleterre est pilonnée par les bombardements incessants de la Lufwaffe et les Etats-Unis viennent à peine d’entrer en guerre.
Dans l’ombre, loin des champs de batailles, des forces colossales sont à l’oeuvre. Et ces forces obscures ne sont pas seulement le fait des services secrets ou des réseaux clandestins. Non, deux frères ennemis, deux puissances fantastiques, deux entités aussi vieilles que le monde se cherchent et s’affrontent par le biais des humains qu’elles contrôlent à distance, chacune dans leur propre camp.
Comment ? Il suffit qu’un humain reçoivent un peu du sang de ces créatures ancestrales pour qu’il devienne une marionnette entre leurs mains terrifiantes. Ces êtres, les roumains les nomment strigoï. En Occident, ils sont plus connus sous le nom de vampires ou, comme le relate l’évangile de Marc, chapitre 5, verset 9, de démons (« Alors le Seigneur s’approcha de l’homme et lui demanda son nom : « Légion », dit l’homme, « car nous sommes nombreux. »).

Au moment où nous les rencontrons, les nazis tentent d’utiliser l’une de ses entités qui a pris vie dans le corps d’une petite fille roumaine, Ana. En face, infiltré dans les services secrets britanniques, l’autre créature se glisse violemment de corps en corps, à la recherche de son double…
Bien entendu, ses agissements laissent des traces sanglantes. Conduite par Stanley Pilgrim, une équipe d’enquêteurs hors normes (qui n’est pas sans rappeler l’équipe de W.E.S.T.) est chargée d’élucider cette série de meurtres horribles. Malheureusement (ou heureusement…), les policiers anglais ne savent pas encore à quoi ils s’exposent ni ce qu’ils s’apprêtent à affronter réellement…

Je vous garantis que vous ressortirez des deux premiers tomes de Je suis légion aussi terrifiés que si vous vous étiez enfermés dans une bonne vieille salle obscure. Fabien Nury nous a – une fois de plus – concocté un scénario époustouflant (histoire, personnages…), mis en dessin par un John Cassaday à la hauteur de sa réputation.
Où il est démontré – encore et toujours – qu’une bonne BD n’est pas seulement une série de petites cases dessinées. Alors quand il s’agit d’une excellente BD…

Le troisième et dernier tome de Je suis légion n’est pas encore annoncé (en 2008 ?). Ca vous laisse le temps de dévorer les deux premiers… J’ai dis « dévorer » ?

A découvrir : le site des éditions Les Humanoïdes Associés consacré à la série Je suis légion

A voir et à entendre : l’interview de Fabien Nury sur livres.tv (trouvé grâce au site sceneario.com et à ses excellentes critiques des deux premiers tomes de Je suis légion…)

Koma

4 tomes parus (scénario de Pierre Wazem, dessin de Frederik Peeters, Les Humanoïdes associés).

Ah, je sais, vous pensiez être tranquille pour un moment avec Frederik Peeters. Mais voilà, à IDDBD, quand on aime, on le dit ! Et il me restait à vous parler de Koma. Sur cette série, scénarisé par l’excellent Pierre Wazem (Week-end avec préméditation, Promenade(s), Le chant des pavots, Monroe), Peeters passe pour la première fois à la couleur.


La petite Addidas (pas comme les chaussures) travaille avec son père, un petit ramoneur. Ils vivent dans une étrange ville industrielle où il règne une atmosphère à la 1984 de Georges Orwell. Addidas est très régulièrement frappé par une sorte de coma, elle tombe d’un seul coup pour se réveiller quelques minutes plus tard. Un jour, par hasard, elle découvre un passage dans une cheminée qui l’amène dans une salle où d’énormes monstres travaillent sur des machines. Je vous laisse découvrir la suite.


Encore, une merveilleuse histoire raconté par ces deux très bons auteurs. Elle tient par cette fantaisie incroy
able qui s’en dégage, par un scénario totalement imprévisible, par ses personnages (la petite Addidas, son père et le monstre) et également par le dessin énergique et sensible de Peeters. Si certains « spécialistes » du noir et blanc perdent parfois en qualité avec la couleur, il reste égale à lui-même.

Bref, si ces deux auteurs ne s’étaient pas rencontrés, Koma aurait manqué au paysage éditorial car dans le brouhaha actuel c’est une belle série, douce et poétique, qui apporte un peu de frâicheur et d’imagination.


A lire : la (toujours) excellente chronique sur sceneario.com
A voir : les planches sur le site des humano

Vagues à l’âme

(scénario et dessin de Gregory Mardon, collection Tohu-Bohu, éditions  Les Humanoïdes associés, 2000)

Je sais, nous sommes lundi, c’est le début d’une semaine de travail acharné pour la plupart d’entre nous et Vagues à l’âme n’est peut-être pas le titre de chronique le mieux adapté pour vous redonner moral. La bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit d’une chronique du Bib de Poissy !

Quelques trous dans une toile cirée et de vieux souvenirs remontent à la surface pour Carmen. C’est une histoire simple qu’elle raconte à son petit-fils, celle d’Adolphe Hérault, garçon boucher du Nord de la France qui rêvait d’ailleurs. En prenant la mer un jour sur un bateau militaire, il accomplit son rêve…

Quand il écrit et dessine Vagues à l’âme, Gregory Mardon signe son premier ouvrage solo. Si celui-ci n’est pas un néophyte (Cycloman avec Berberian tout de même !) on peut tout de même parler de la naissance d’un véritable talent de scénariste et de dessinateur. Dans le petit format de la collection Tohu-Bohu, cette bande dessinée passe un peu inaperçue. Tant mieux car elle fait partie de ces petits trésors qui, par un heureux hasard, nous tombe dans les mains et qu’on ne souhaite plus lâcher.

D’un trait fin, tout en mouvement et dont le noir et blanc fait ressortir toute la force, Gregory Mardon évoque la vie de son héros : son grand-père. Parti un jour de sa province pour parcourir le monde et revenu, au soir de sa vie, chargé d’histoires et de passion. Ce personnage attachant, presque caricatural, est le grand-père rêvé de tous les petits enfants. Vagues à l’âme est un appel au large, empreint d’une nostalgie chargée d’épices, de soleil et de fantaisies, bref, un vrai bonheur !

Gregory Mardon a également signé Corps à Corps, un autre one-shot très remarqué dans la collection Aire Libre. Si la mise en couleur de son dessin n’est pas une réussite, son scénario reste encore très bon. Il décrit avec délice et virtuosité la vie de parisiens anonymes mais tout de même un peu particulier… Je vous laisse découvrir.

A noter deux séries chez Dupuis, Incognito et Leçons de choses (sorti le 6 septembre).

A lire : la bio de Gregory Mardon

A lire (aussi) : son interview sur ActuaBD