Archives par mot-clé : L’Association

L’enfance d’Alan (Emmanuel Guibert)

Avant de débarquer dans la France en guerre de 1944, Alan Ingram Cope a passé son enfance dans le Sud de la Californie. Portrait d'un jeune garçon dans l'Amérique des années folles, de la grande dépression et de l'Avant-Guerre. Continuer la lecture de L’enfance d’Alan (Emmanuel Guibert)

CaseDoc | Matt Konture, l’éthique du souterrain (Francis Vadillo)

konture Lozere A travers des interviews de ses proches amis, de ses relations professionnelles, de spécialistes et bien sûr de Mattt Konture lui-même, Francis Dadillo tente de dresser le portrait d'un des artistes les plus singuliers de sa génération.

Avant propos : CaseDoc, c'est quoi ?

Comme vous l'avez remarqué depuis quelques mois, IDDBD ne parle plus uniquement de bande dessinée mais aussi de cinéma, de cinéma documentaire pour être précis (avec une parenthèse animation cet été). Or, je constate que de nombreux films ont été réalisé sur ou autour de la bande dessinée. Afin de lier l'utile à l'agréable, je vous propose donc CaseDoc, des séries de chroniques autour de ces documentaires consacrés au 9e art. J'ai le bonheur de vous proposer Mattt Konture pour ce premier billet. Tout simplement l'un des membres fondateurs de la mythique Association.

Mattt Konture : l'Artiste

Qui de tête pourrait me donner les 7 membres fondateurs de l'Association sans aller faire un tour sur Wikipedia ? Essayons ensemble : David B,  Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim... Euh... ça devient plus dur ensuite... Normal, ces trois là sont les plus médiatiques. Je suis persuadé que beaucoup d'entre nous pourraient ajouté Joann Sfar en se mettant profondément le doigt dans l’œil. Pourtant, ils étaient bien 7... et pas des moindre : Patrice Killofer, Stanislas, Mokeit et Mattt Konture. Mais pourquoi parler de ce dernier ? Après tout, n'est-il pas plus intéressant de faire une chronique de la vie du protestataire Jean-Christophe Menu, par exemple ? Pourquoi faire le portrait d'un auteur qui a passé la majorité de son temps à parler de lui-même dans ses œuvres ? N'est-ce pas suffisant pour le comprendre ? Quel est l'intérêt de ce film en fait ? Konture_art Les premières minutes sont révélatrice et résume assez bien l'esprit général du propos développé par le réalisateur. L'artiste est seul au milieu de la Lozère de son enfance. Il est là avec son crayon, retranscrivant graphiquement ces quelques instants, se dessinant gentiment au milieu de ce grand espace. Son dessin est reconnaissable, joyeusement sombre. Il parle avec sérennité. On sent un peu de timidité et pourtant, il se livre avec une véritable volonté de partage. A cet instant, et ce sera le cas tout le long du film, ni la plume ni la voix de Mattt Konture ne mentent. Rare sont les artistes qui font corps avec leur art. Mattt Konture est de ceux-là. Dans son petit appart', dans sa manière d'être, dans sa manière de se vêtir, de parler, il  ne se différencie pas de son œuvre. Il est ce qu'il fait... jusqu'au bout de ses incroyables cheveux (seul partie du corps où l'on peut se permettre d'être créatif dixit l’intéressé). Il suffit de voir cette scène incroyable où il peint avec ses propres cheveux dans un petit festival de musique alternative en pleine campagne pour être convaincu du propos. Moment de folie ou d'extase artistique ?

Portrait d'un auteur libre

A travers le témoignage de ses amis et surtout de cette très belle scène - sorte de fil rouge du film - où Patrice Killofer tente (et réussi) de dessiner son camarade, on perçoit véritablement toute l'importance de ce personnage dans le monde de la bande dessinée contemporaine. Certes, comme je le disais plus haut Mattt Konture n'est pas le plus médiatique, certes il ne vend pas 100 000 albums, certes il n'a pas l'honneur des sunlights. Mais il est le créateur d'une œuvre toute particulière qui l'a conduit très tôt à se mettre lui-même en scène et par le fil du destin à évoquer sa maladie, la sclérose en plaque. D'une manière frontale, il l'évoque sans mensonge ni pathos avec toujours ce lien fort unissant travail et être profond. Par ce mouvement autobiographique, il a marqué directement ou indirectement le monde de la bande dessinée et particulièrement des auteurs de l'Association. Si l'on peut discuter de la naissance de l'autobiographie BD en France, une chose est certaine : elle doit beaucoup à Mattt Konture. konture-sclerose Mais, tout cela semble le dépasser un peu ou du moins n'en fait-il pas une montagne. On le voit, 20 ans après la création de l'Association alors que de nombreux petits camarades sont allées vers les cieux plus chauds de la BD mainstream, continuer de travailler dans le milieu underground. Fils spirituel et indirect d'un Robert Crumb, il fait ses fanzines, de la musique, se déplace dans les petits festivals, travaille avec des jeunes et les aide à porter leurs projets. On pense par exemple au collectif En Traits Libre dont Kristophe Bauer, dessinateur de Sentinelles de l'Imaginaire fait partie. Sous les yeux du spectateur, Mattt Konture apparaît comme un géant. Mais l'important n'est pas là. L'important est de continuer... toujours...

Comme une absence

Au-delà de l'artiste en lui-même, le film de Francis Vadillo montre en filigrane cette rupture qui s'est créée depuis quelques années dans le milieu de la BD. Alors qu'on s'évertue souvent à parler de la bande dessinée comme d'un média unitaire, on comprend rapidement toutes les dissensions au sein des différents mouvements qui l'animent. Après tout, la BD est maintenant considéré comme un art à part entière - enfin la plupart des gens le reconnaisse aujourd'hui - pourquoi serait-il différent des autres ? Qu'est-ce qu'il le rendrait différent ? konture-musique Ce qui frappe dans ce film c'est justement l'absence des grandes figures historiques et ancien partenaires de l'auteur Mattt Konture. Vous ne verrez jamais Trondheim ou David B., ni même des auteurs apparentés comme Sfar qui a pourtant connu des moments de gloire avec ses fameux carnets (tiens de l'autobiographie justement). En revanche, on verra Jean-Christophe Menu et sa parole toujours très marquée. Le film se déroule au moment des 20 ans de l'Association et justement ces absences font un peu mal et témoignent très indirectement des évolutions de la BD depuis 20 ans. Quelques mois plus tard, c'est la crise chez l'éditeur historique de la BD alternative... Finalement, Mattt Konture semble être un catalyseur d'une forme qui reste et restera très expérimentale et rejette toute facilité, une sorte de bohème du 9e art. Sur IDDBD, on a une tendresse particulière pour les Artistes. A travers son parcours, on ressent les évolutions de la bande dessinée underground (bien plus qu'alternative) depuis les années 80. Bref, ce film propose un point de vue intéressant pour les amateurs de 9e art. Les profanes seront peut-être un peu perdus dans les méandres de ce portrait singulier. Je regrette juste une forme cinématographique parfois un peu sage, j'aurais aimé quelques surprises à la hauteur du personnage principal. Mais après tout, c'est un format télévision. Faudrait pas trop faire peur au spectateur non plus ! Malgré cela, j'insiste sur la qualité du documentaire et sur le beau regard posé par Francis Vadillo sur cet artiste attachant. Petit post-scriptum à ma chronique : comme je vous l'expliquais, Kristophe Bauer travaille avec Mattt Konture dans En Traits Libres. Juste pour vous signaler la sortie d'un nouveau numéro Des Sentinelles de l'Imaginaire (nos premières chroniques ici). Je m'excuse car j'ai reçu le n°4 il y a déjà quelques mois et je n'ai pas pris le temps de faire un billet. En revanche je l'ai lu et ça s'améliore encore ! Bravo à eux et bonne continuation ! A voir : l'allèchant coffret Film + Comixture sur le site de l'Association Les premières minutes du film Mattt Konture - L'éthique du souterrain from Pages et Images on Vimeo.
konture-couvMattt Konture : l'éthique du souterrain un film de Francis Vadillo Production : Pages & Images / France Telévision 64mn, 2010
 

Focus sur Thomas Ott

Extrait de Cinema Panocticum (L'Association) Comme je vous l’avais dit lors de la première mini-chronique, cette rubrique me permet de parler plus légèrement de sujet, de livres ou de séries qui m’interpellent. Aujourd’hui, je me lance dans un petit focus sur un auteur : Thomas Ott, auteur suisse né en 1966. En France, ses premiers livres sont distribués par Edition moderne, un éditeur suisse de BD germanophones. Mais alors pourquoi sont-ils distribués en France ? Simplement parce que Tales of Error (1989), Greetings from Helville (1994) et Dead End (1996) sont des œuvres muettes. Ces trois livres sont republiés rapidement par Delcourt en 1997 sous le titre Exit. Dès 1995, Thomas Ott entre dans le giron de l’Association où il participe à la revue Lapin et publie deux titres dans la collection Patte de Mouche (1996). Mais c’est avec Cinema Panopticum (2005) et 73304-23-4153-6-96-8 (2008), toujours chez L’Association, que le petit monde de la bande dessinée française découvre véritablement cet auteur. Quand un lecteur ouvre un livre de Thomas Ott, il sait dès la première page que son voyage ne sera pas de tout repos. Marqué par un graphisme très sombre lié à son utilisation de la technique de la carte à gratter – qui permet de laisser le noir dominer l’image -  ses œuvres sont à la fois oppressantes et fascinantes. Les livres de Thomas Ott sont comme les films expressionnistes allemands des années 20, 30 ou 40 : ils dérangent mais donnent envie de connaître les dénouements. Quand j’ai découvert cet auteur en 2008 à la sortie de 73304-23-4153-6-96-8, j’ai immédiatement fait un rapprochement avec des réalisateurs comme Fritz Lang ou Friedrich Murnau. Par contraste, son trait réaliste donne un peu plus de vérité à ses sujets fantastiques ou surréalistes Jouant sur les visages et les expressions, il mène son lecteur vers les fonds insondables de l’esprit humain, terrifiant la plupart du temps, funestes pour ses personnages. Bref, Thomas Ott ne montre pas forcément notre meilleur côté. Mais que ce soit en format court (Exit) ou long (73304-23-4153-6-96-8), il sait construire une histoire et fouiller la psychologie de ses personnages. Évidemment, je ne conseillerai pas cet auteur à n'importe qui. Pour moi, il exige une certaine habitude du média BD. Il s'agit ici de décrypter les images, de lire au delà des centaines qui composent une simple case. Bref, Thomas Ott n’est pas un auteur grand public. Mais son utilisation d’une technique de dessin, assez proche de la gravure, lui permet de produire des œuvres originales. Une découverte essentielle pour les amateurs du 9e art. A noter que 73304-23-4153-6-96-8 fera bientôt l'objet d'une synthèse KBD. Vous pouvez déjà retrouver les avis de Mo', Champi et très bientôt notre ami Zorg (qui est plus en retard que moi).        

Dimanche KBD | Poulet aux prunes (Satrapi)

Comment bien terminer ce dimanche ? Avec la deuxième synthèse de décembre consacrée au magnifique Poulet aux prunes de Marjane Satrapi. Sacré meilleur album à Angoulême, cet album est un peu à part dans l’œuvre de l'iranienne. Album poétique évoquant l'amour, le désespoir et la musique... Ça tombe bien, ce dernier thème est justement celui de ce mois sur KBD. Allez, je vous laisse découvrir la synthèse d'Yvan.

Chronique | Daddy’s Girl (Dreschler)

Lily est un ado américaine. Elle a deux sœurs, des parents, vit sa petite vie d’ado américaine moyenne. Seulement quand la nuit tombe et que tous dorment dans la maison, son père se glisse dans sa chambre. Lily doit devenir alors la « gentille  fille à son papa »…

Dire et montrer

Debbie Drechsler est une artiste touche-à-tout, peintre, graphiste, maquettiste, illustratrice et parfois, auteure de bande dessinée. Daddy’s girl est un recueil d’histoires paru initialement dans plusieurs revues américaines entre 1992 et 1996. C’est donc un travail sur le long terme pour l’auteur de Summer of love (également chez L’Association) mais surtout un travail de mémoire. Car, si tout n’est pas autobiographique, les événements racontés ici sont largement inspirés de son histoire personnelle. Dans la bande dessinée, les malheurs de l’enfance ont parfois été abordés de manière très indirecte par de jolies allégories ou des métaphores bien choisies. Je pense par exemple aux Trois Ombres de Cyril Pedrosa. Or, dans le cas de Daddy’s Girl, il n’y a justement pas de chemins détournés. Frontal et rude, aussi présent que ce père dans la chambre de sa fille, nous entrons dans le vif du sujet dès les premiers instants par cette histoire introductive Visiteurs dans la nuit aux pages crument violentes. Le graphisme choisi est tout sauf académique. Il est sombre et torturé, tout sauf « beau ». Et heureusement. En effet, il ne faudrait pas lier ce qui est de la perversion érotique comme peuvent l’être les travaux d’un Manara par exemple, à cette machine infernale de domination et de violence. Ici les formes du corps sont absentes ou déformées, les visages serties de lèvres surdimensionnées, le travail du noir – malgré quelques histoires en couleur ou bichromie - rend à chaque fois l’atmosphère lourde. Rien n’est serein dans cet univers. Mais cela n’empêche pas un sens de la composition et du cadrage intéressant qui donne une véritable dynamique à un dessin que l’on pourrait faussement croire figé.

La mécanique du pire

En suivant le personnage de Lily sur plusieurs années, nous découvrons au gré des histoires le phénomène et son fonctionnement : la solitude de la victime, l’angoisse de la découverte, son sentiment de culpabilité et surtout l’abominable normalité de son bourreau. Car si le père n’est pas omniprésent dans ce récit, sa figure est celle d’un homme plutôt simple. On l’imagine aisément jouant son petit rôle d’américain moyen dans sa communauté, lisant son journal le matin, faisant l’aumône aux pauvres. Qui pourrait dire qu’il viole sa fille dès qu’il est seul avec elle ? Personne. Et sans même chercher à faire passer ce message, Debbie Dreschler laisse une marque dans nos esprits. Le masque ordinaire de la cruauté. Certaines histoires sont particulièrement révélatrices comme, par exemple, celle des premières relations amoureuses entre Lily et un garçon. Relation qui est évidemment assez mal vécue par le père. Celui-ci lui rappelant sans cesse qu’il sera toujours le seul et unique homme de sa vie. On est ici dans la manipulation et le lavage de cerveau le plus pervers. La grande force de cet album est de ne pas se refermer sur le seul point de vue de l’inceste. Par le format d’histoires courtes, Debbie Drechsler s’offre la possibilité d’aborder la vie de Lily sous divers aspects et même parfois sous l’angle d’un autre personnage. Ainsi, on voit la jeune femme se forger par delà son malheur, rencontrer d’autres personnes, découvrir d’autres horizons. Le lecteur peut ainsi percevoir les évolutions de l’héroïne et voir comment cette dernière grandit malgré cette menace et ce lourd secret difficile voire impossible à partager, excepté avec son journal intime… ou en la dessinant sur des planches de bandes dessinées quelques années plus tard. Œuvre forte abordant un sujet difficile et complexe, Daddy’s girl est le récit d’une âme violée, déchirée par l’enfance mais qui malgré tout réussi à se relever. Un message dur, parfois difficilement soutenable mais qui cherche à montrer que les solutions sont possibles. A lire, à faire lire, à recommander pour que ce message passe enfin. A lire : l'interview de Debbie Drechsler et la chronique de cet album sur du9 A lire : la très bonne et très fine analyse sur leblog "Les lectures de Raymond" A noter : Cette chronique s'inscrit dans le Reading Comics Challenge de Mister Zombi. Option "A mort les super-héros" encore une fois...
scénario et dessins : Debbie Drechsler Editions : L'Association (1999) Collection : Eperluette Edition Originale : Fantagraphics Books / Drawn & Quaterly (1992-1996) Public : Adulte / ados prêt à lire ce genre de livres Pour les bibliothécaires : Oeuvre sans doute pas assez connu d'une auteur de grand talent. A acheter.

Dimanche KBD : Moins d’un quart de seconde pour vivre

Dernière synthèse du mois consacré à l'Ouvroir de Bande dessinée Potentielle (alias OUBAPO) avec Moins d'un quart de seconde pour vivre de Lewis Trondheim et JC Menu. Une oeuvre surprenante qui exploite tout le potentiel de l'itération iconique. La quoi ? Pour le découvrir, je vous invite à lire la synthèse (rédigé par moi-même) sur le blog de KBD Et pendant que vous y êtes, lisez également la très ancienne chronique d'IDDBD

Anti-héros, anti-chronique

Flaschko (dessins et dialogues de Nicolas Malher, collection Eperluette, éditions L'Association)
Si vous cherchiez un anti-héros, la chronique d'aujourd'hui devrait résoudre vos problèmes. Les fidèles lecteurs d'IDDBD se souviennent peut-être de L'art selon Madame Goldgruber Nicolas Malher (unique auteur autrichien publié en France à ma connaissance) exposait avec une certaine acidité (le sous-titre était "Insulte") sa vision du rapport entre art et bande dessinée. Dans ce petit album, il y évoquait Flaschko, son personnage fétiche : l'homme dans la couverture chauffante ! Non mais revenez ! Je sais, on vous a déjà fait le coup avec Plageman : l'homme-plage de Guillaume Bouzard. Vous pensiez vous en sortir : fatal error, il y a pire ! Pour vous rassurer, cette fois-ci point de super-héros ! L'histoire se résume assez vite.
Flaschko est un jeune autrichien (il aurait pu être français, suisse, islandais...) passant sa vie assis devant sa télé dans une couverture chauffante. Sa seule compagnie est une mère castratrice, crédule, alcoolique et très préoccupé par l'avenir de son garçon. En même temps, elle n'a pas tout à fait tord.
L'album est composé de séries de strips de 3 cases regroupés par thèmes. Dans chaque thèmes, le fil conducteur est prétexte à des dialogues où bons mots, réflexions hautement philosophiques et situations improbables vous arracheront quelques bons gros sourires. Humour au décalage certain, les non-aventures de Flaschko poussent le lecteur dans les derniers retranchements de la bêtise, de l'étrange et du franchement particulier. Et le dessin très épuré de Nicolas Mahler ne viendra pas vous sauver. Alors, à cet instant vous vous dites que je viens de faire une non-chronique en descendant sans le vouloir cet album. Pourtant, à moins d'être totalement hermétique à ce genre d'humour, il se lit d'une traite. Le choix de Mahler de jouer sur des strips court est judicieux car il donne du rythme à l'ensemble. Les situations cocasses se multiplient et au bout du compte on s'aperçoit que Flaschko est l'illustration parfaite du fameux "temps de cerveau disponible" (sous réserve d'une existence validée du cerveau du dit homme-couverture). Non, Flaschko n'est pas attendrissant, il n'est pas sympathique ou quoi que ce soit d'autre, il est simplement bête comme un Bidochon. Comme ces derniers, il nous renvoie en pleine face une image pas très glorieuse de nos mauvais côtés... Une caricature doucement méchante ! Finalement, le pire dans tout ça, c'est que le second tome des aventures de l'homme dans sa couverture chauffante est sorti en février dernier ! Ah, saint PAF, priez pour nous ! A découvrir : le webzine Le Zata : curieux web-zine avec la chronique de second tome. A découvrir : la Gazette du Comptoir, le site du diffuseur de la BD indépendante avec sa présentation du second tome. A découvrir : le Mahler Museum (en allemand) A lire : la biographie de Mahler sur le site Clair de Bulle

Coucou bonheur… ou l’inverse….

Adieu Mélancolie (dessins et scénario de Daniel Goossens. L'Association. Collection Eperluette).
Goossens, président d'Angoulême en 1997, est paradoxalement un auteur assez peu lu par la jeune génération, ce qui est, comme disait une de mes anciennes prof de fac, assez regrettable. D'autant plus regrettable que lorsqu'on lit ce recueil d'histoires courtes à l'origine publiées dans Fluide Glacial entre 1986 et 1990, son s'aperçoit de la finesse d'esprit et du talent de l'individu. Avec une patte 100% Fluide (Glacial évidemment), ce dernier maltraite tour à la tour les contes de Dickens et d'Andersen (avec une version de La Princesse au petit pois assez détonante), les farces du 1er avril, la poste et même le Père Noël ! Dans Adieu Mélancolie, l'histoire éponyme du recueil, son écriture prend un ton romanesque et grandiloquent : "souvent, je préférais, étais-ce le vent, étais-ce la lune, m'allonger sur ma serviette multicolore, pendant que mes amis s'étaient jetés à corps perdu dans l'onde salée". Mais c'est toujours avec un humour très fin qu'il conserve un aspect décalé. On ne s'étonnera donc pas de la publication inédites (en album) de ces histoires par la très indépendante et exigeante Association. On ne la remerciera jamais assez pour ça. Adieu mélancolie regroupe donc de bien bonnes histoires, parfait permisse à la découverte des séries telles que L'Encyclopédie des bébés ou Georges et Louis. A découvrir : le site officiel de Daniel Goosens A lire : sa biographie sur le site du festival d'Amiens

Portraits de femmes

Une demi-douzaine d’elles 5 tomes parus (scénario d’Anne Baraou, dessins de Fanny Dalle-Rive, L’Association, Collection Mimolette) Le monde est petit. Anne Baraou et Fanny Dalle-Rive partent de cette idée simple pour chroniquer la vie de 8 femmes toutes liées les unes aux autres par une connaissance, l’amitié ou simplement une situation commune. Portraits de 8 femmes, 8 vies, plusieurs générations. On suit d’abord Armelle Naïve, trentenaire célibataire et au chômage. Armelle réfléchit beaucoup et se laisse entraîner par ses rêves. Puis c’est au tour de Marine Sex, trentenaire également, libre et largement préoccupée par un sujet dont je tairai le nom pour ne pas heurter les plus jeunes lecteurs d’IDDBD. Son problème est qu'elle ne sait pas "finir" une histoire. Michèle Roman a 40 ans, elle est prof de lettres et écrivain en manque d’inspiration. Elle fait la connaissance d’un auteur italien, rescapé des années de plomb, et tout s’enchaîne. Enfin (en fait je n’ai pas encore lu le tome 5), Véra Haine est une ado de chez ado. Elle en veut à la terre entière (et surtout à sa mère) et puis voilà... Chroniques sans prétention, chroniques intelligentes jouant sur les clichés en les détournant, Une demi-douzaine d’elles est une lecture agréable. Les filles se retrouveront un peu dans le caractère de ses héroïnes, les garçons essayeront encore de comprendre le mystère des femmes (je vous rassure mesdemoiselles, ils échoueront). Des petits formats de chez l’Association qui, sous des aspects simples, demandent une lecture attentive. Si de (trop) nombreuses séries tentent de faire des chroniques du quotidien sans beaucoup de succès, je trouve qu’Une demi-douzaine d’elles réussit son pari : nous divertir avec des états d’âmes sans pour autant se répéter. Chaque héroïne est différente (âge, situation affective, passé...) et diversifie les points de vue sur un même événement. Une demi-douzaine d’Elles est de ces séries qui forment un tout. Du coup, on relit chaque partie avec un plaisir nouveau car tous les albums enrichissent les autres. Un joli travail de scénariste ! A lire : une interview d’Anne Baraou sur BD séléction