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Chronique | Evil Heart (Tomo Taketomi)

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Umeo Masaki est un jeune garçon à problèmes. Dès ses premiers jours au collège, il commence par se battre avec des élèves plus âgés. Taciturne et violent, il n'arrive pas à se faire accepter. Il vit seul avec sa grande sœur, âgée de 16 ans, car sa mère est en prison. Mais sa vie bascule un jour en passant devant le gymnase. Il découvre une drôle de discipline, l'Aïkido, et un drôle de personnage, un étranger, le professeur Daniels.

Du sport, oui mais...

Petite anecdote pour commencer cette chronique. Quand j'ai animé la formation manga en septembre dernier, j'ai fait choisir en début de séance un album à chaque participant. J'avais pris soin de glisser parmi eux, Vitamine de Keiko Suenobu, un one-shot dont la couverture pouvait laisser à penser qu'il s'agissait d'un pur shojo de collégienne. Or, c'est un manga très dur sur le phénomène de l'Hijime. Ce petit piège avait pour but de démontrer qu'en matière de manga, il ne faut pas se fier aux apparences du graphisme. On pourrait qualifier ce genre de « faux-amis ». Evil Heart fait complètement parti de cette catégorie. Il a tout du shonen-manga de sport et je dirais même du shonen-manga de sport romantique. S'il en reprend les bases, à savoir le jeune garçon perdu qui s'épanouit dans l'amitié (voire l'amour) dans une discipline et qui dépasse ses limites dans une compétition, cette série de Tomo Taketomi dépasse largement l'idée de base et ne cesse de surprendre son lecteur. evilheart5 Car le sujet principal d'Evil Heart est bien moins le sport que la violence familiale et ses conséquences. En effet, on apprend rapidement qu'Umeo (dit Ume) a subi ainsi que sa sœur et sa mère, la violence d'un père puis d'un grand frère. D'ailleurs, notre jeune héros ne pratique pas l'aïkido pour les joies de l'amitié, mais bien pour être prêt à défendre ses proches contre tous les dangers... et en particulier la figure de Shigeru, son frère, à la fois démon intérieur et lourde réalité. D'autant plus que se pose la question de la transmission quasi-génétique de cette violence qui pèse sur ses épaules. La joie, l'amitié, le dépassement de soi ne font pas partie de ses préoccupations. Quant à la compétition... evil_heart_daniels

Une autre philosophie

Pour ceux qui connaissent cet art martial, l'Aïkido n'utilise que des techniques de défenses. Par ce simple état de fait, Evil Heart se démarque déjà de tous les autres mangas sportifs. Alors qu'on ne peut plus lever un orteil sans parler compétition de nos jours, ce manga apparaît donc comme un rafraîchissement en faisant de l'autre non plus un adversaire mais un partenaire. Tomo Taketomi s'appuie donc sur une philosophie différente pour bâtir son histoire car l'entraide et la communication sont au cœur même du récit. Moins d'actions, plus d'interactions entre ses personnages et surtout des questions sans cesse renouvelées. Dans les pages de ces 6 volumes, les certitudes sont rares et bien souvent synonymes de dangers. Ainsi, le lecteur alterne donc entre calme et grosse tempête... de quoi relancer régulièrement son intérêt. Mais plus que le rythme, l'auteur prend le temps de décortiquer les peurs, les espoirs et l'évolution lente de son héros à travers son évolution de pratiquant d'Aïkido. Si l'humour et la légèreté font partie du voyage – en particulier avec le Pr. Daniels, figure classique du sage qui ne se prend pas au sérieux - on se retrouve confronté sans mesure aux différentes réalités du personnage. Une réelle empathie se créé non seulement avec lui, mais aussi avec les autres acteurs de cette histoire finalement touchante et particulièrement bien pensée. evilheart3 Car Tomo Taketomi a eu deux bonnes idées. La première a été de ne pas faire une série à rallonge qui, aurait trop usé la corde. Ce qui arrive malheureusement trop souvent. Cette série a été écrite en plus de 5 ans, ce qui est un délai rare dans un manga. La deuxième idée a été de ne pas multiplier les personnages importants, lui permettant de mieux maîtriser le caractère complexe de chacun tout en se renouvelant. J'avoue que ce dernier aspect m'a beaucoup surpris et qu'il est pour moi un point important de la réussite de sa série. En effet, tout en se focalisant toujours sur le héros principal, il a su tour à tour laisser une place à chacun des protagonistes, de Machiko à Shigeru lui-même en passant par des personnages beaucoup plus obscures dont je tairais le nom pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture. evilheart4 Côté Aïkido, mon spécialiste maison n'a pas eu l'air de trop rechigner à la vue des images dessinées. Pour ma part, j'ai trouvé les dessins plutôt réussi mais dans une forme très classique. Par quelques traits, la famille Masaki a un réel lien de parenté sans forcément être des clones. Pour le coup, la lecture est très agréable et fluide. Rien de bien révolutionnaire là-dedans, on sent que l'attention première a été porté comme souvent sur la réussite du scénario. Bref, si vous aimez le manga de sport, vous pouvez tenter Evil Heart. Mais vous êtes prévenus. Evil Heart dépasse complètement ce genre et devient un vrai manga de société et dans une certaine mesure, propose une philosophie de vie différente où l'autre n'est pas un concurrent mais un partenaire... Une chouette leçon pour une chouette série ! Un must have comme on dit chez les iroquois. A lire : le dossier spécial sur manga news
EvilHeartJaquetteT1.inddEvil Heart (6 volumes - série terminé) Scénario et dessins : Tomo Taketomi Éditions : Kana (2005-2011), 7,50€ Public : Ado-Adultes (c'est un seinen) Pour les bibliothécaires : une série courte & de qualité. Pas d'excuses pour ne pas l'avoir dans votre mangathèque.

Chronique | Lorsque nous vivions ensemble (Kamimura)

Cette chronique n'est pas une première main, j'entends par là qu'elle a déjà été publié sur le très bon site Culturopoing.com. Je voulais la rapatrier ici histoire de... Bref, c'est un peu comme acheter un livre qu'on a déjà lu, histoire de l'avoir près de soi. J'aime beaucoup cette série. Du coup, ça m'a permis de prendre quelques jours de congés après la merveilleuse discussion dans les commentaires de Morphine. Au passage, les commentaires ne sont plus modérés. Je vous expliquerai pourquoi dans un billet futur. En attendant bonne lecture !

L'amour est une fumée faite de la vapeur des soupirs (W.Shakespeare)

Étonnamment, malgré la multiplication des prix et le travail de parutions/traductions de certains éditeurs français, le manga traîne encore cette réputation de sous-BD industrielle, sans saveur ni grande qualité artistique, incapable de renouveler les codes instaurés par Osamu Tezuka. Comme si la BD européenne, je ne parle même pas de l’américaine, n’avait pas elle-même son lot de pseudo-albums à normes établies. Heureusement, les chefs d’œuvres et les grands auteurs existent, il suffit de peu de choses pour les rencontrer.
Il ne faut parfois pas plus qu’une alchimie de messages paradoxaux pour être curieusement attiré par un livre sur les étagères d’une librairie. Un dessin de couverture joyeux, respirant un bonheur simple, aux allures presque « chabadabadesques » ; un titre intriguant, mélange de nostalgie, de regrets et de drames ; et me voici, sortant de mon dealer de bonnes histoires narrativo-séquentielles avec Lorsque nous vivions ensemble dans un sac (recyclable évidemment, mes libraires sont des gens bien). Dans les années 1970, Kyôko et Jirô vivent en couple dans un petit appartement tokyoïte. Elle est graphiste, lui est illustrateur. Tous les deux travaillent durs sans pour autant voir leurs efforts récompensés. Mais peu leur importe, ils vivent ensemble, sans tirer de plan sur l’avenir, parce qu’ils sont jeunes, parce qu’ils s’aiment. Un détail cependant, un simple détail : ils ne sont pas mariés. Si à notre époque cet état a une importance cruciale pour un nombre assez limité de personnes et de fonctionnaires du FISC, dans la société nippone des années 70, il n’en est pas ainsi. Mentant sur leur relation, se cachant aux yeux des « gens bien », ce « déshonneur » est une charge lourde à porter, pour lui, pour elle, pour eux. Il suffit de voir la conjugaison du verbe dans le titre pour comprendre l’importance de cette charge, qui forcément, pèsera de tout son poids au moment de faire des choix primordiaux.
Paru en 1972, ce gekiga, forme ouvertement opposée à la notion de manga par l’approche réaliste de ses histoires, est sans aucun doute l’une des œuvres la plus importante de Kazuo Kamimura. Surtout connu dans le monde pour le dessin de Lady Snowblood (scénarisé par le maître Kazuo Koike) manga qui aurait inspiré Kill Bill, mais aussi en France pour la magnifique fresque féministe Le Fleuve Shinano (éd. Asuka), c’est avec cette œuvre monumentale (près de 1600 pages en 3 volumes !) chroniquant une jeunesse nipponne à la fois torturée et magnifique que Kamimura entre dans la sphère des auteurs incontournables.Cependant, ce dernier ne reste pas prisonnier de ses héros principaux. La richesse de cette œuvre provient également de la galerie de personnages secondaires, du petit voisin au patron, du médecin à la folle, du collègue « intéressé » aux parents manipulateurs. Par les yeux de ses deux protagonistes, Kamimura dresse un portrait cruel, violent, sexuel aussi, parfois morbide mais sans détour ni facilité d’une société japonaise dénuée de compassion. Kamimura n’épargne rien, ni à ses lecteurs, ni à ses personnages. En substance, son message à la jeunesse de son époque est peu optimiste mais assez clair : Kyoko et Jirô, tels des Roméo et Juliette, séparés par une société où ni la jeunesse ni la modernité ne peuvent l’emporter sur les traditions, n’ont qu’à se battre avec leurs propres démons pour assumer leur liberté. Quitte bien entendu à se perdre en chemin.Si la galerie de personnages disparaît peu à peu avec la montée en puissance de l’intrigue, atteignant son paroxysme avec un deuxième volume absolument remarquable, l’histoire gagne en introspection, le dessin se fait symbolique et les voix intérieures de Kyoko gagnent sur le silence de Jirô. Le combat s’intensifie quand les solutions se réduisent.
Graphiquement, le dessin de Kamimura est de ces dessins dont la simplicité cache l’absolue maîtrise. De ces dessins dont un seul trait peut être plus évocateurs que mille pages noircies. Un dessin faisant de Lorsque nous vivions ensemble un de ces livres qui frappent, choquent, marquent. De ces livres qui n’ont pas peur d’aller au bout d’eux-même. Pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. A lire : la chronique de Choco et l'excellente analyse du site Littérature Graphique.
Lorsque nous vivions ensemble (3 volumes, séries terminées) Scénario et dessins : Kazuo Kamimura Editions : Kana, 2009 Collection : Sensei Public : adulte Pour les bibliothécaires : fait partie des essentiels dans une collection manga pour adultes.

Chronique | Kuzuryû (Shôtarô Ishinomori)

Kuzuryû est un apothicaire itinérant. Dispensant ses services aux quatre coins du Japon de l’ère Edo (1603-1868), il peut, moyennant 90 ryô, devenir un tueur à gages. Mais sous ce paradoxe se cache en réalité une quête plus complexe, celle de son passé et de son avenir…

Un maître du manga moderne

Publié à partir de 1971 dans le magazine bimensuel Big Comic, Kuzuryû fait partie des œuvres majeures de Shôtarô Ishinomori, auteur important du manga moderne. Élève puis collègue de Tezuka, il signe notamment Cyborg 009 (disponible chez Glénat) ou Hokusaï (Kana). Hors bande dessinée, il est également le créateur de San Ku kaï, la première série japonaise débile à succès comme nous les aimions (l’ancêtre de X-Or et autres Bioman). Disparu en 1998, Shôtarô Ishinomori laisse derrière lui une œuvre foisonnante dont je ne vais pas faire le détail ici. Je vous laisse découvrir.

Comme le souligne Karyn Poupée dans la postface de cette intégrale de plus de 650 planches, Kuzuryû s’inscrit dans la grande tradition japonaise du Jidaïgeki Jidaïmono pour les mangas – ou plus simplement drame historique. Véritablement ancré dans l’époque Edo qui précède l’industrialisation massive du Japon (ère Meiji), ces histoires sont pour les japonais une manière de s’inscrire dans leurs traditions et constituent un retour aux sources. N’oublions pas que cette série a été écrite seulement 25 ans seulement après la fin de la seconde guerre mondiale dans un japon qui recherche encore des repères.

Ainsi, Kuzuryû repose sur des normes très établies : précision dans le détail historique, dans les descriptions des pratiques sociales, des combats de sabre... Mais la figure héroïque demeure l'élément le plus important. A la différence du Gekiga (littéralement dessin dramatique), il ne s’agit pas ici de montrer le rapport d’un individu commun face à une société  contemporaine cruelle mais de plonger une figure héroïque dans un tourbillon de rebondissements (au sens théâtral du terme) entrainant avec lui le lecteur. En orfèvre du manga, Shôtarô Ishinomori maitrise parfaitement cette démarche.

La voie du héros

Kuzuryû, le personnage principal remplit particulièrement bien son rôle. Charismatique, il répond parfaitement à l’idée que l’on peut se faire du héros japonais. Dans un certain sens, on retrouve les traits de Zatoïchi ou de Miyamoto Musashi . Vagabond sans attache, humain recherchant l’excellence, il est à la fois guérisseur et meurtrier. Il bénéficie d’une aura de mystères et de contradictions qui s’effrite au fur et à mesure de l’avancée du livre. Comme tous les héros, il doit dépasser ses limites physiques et psychologiques pour atteindre son but. Sa quête personnelle s'en trouve renforcée. Mais cette tâche s'annonce compliquée. Kuzuryû traverse 25 chapitres plutôt longs qui permettent de se ménager du temps pour développer de vrais petites histoires. Là encore, Shôtarô Ishinomori s’inscrit dans la grande tradition du manga classique : une histoire principale qui avance par touches successives avec des chapitres relativement indépendant mais se nourrissant des précédents. Et effectivement, si chaque partie possède sa propre intrigue, toutes servent l’histoire principale par un détail, un personnage récurrent ou une avancée majeure. Résultat, ça  progresse et il difficile se sortir du tourbillon des aventures de l’apothicaire-tueur à gages. Physiquement, le poids du livre et sa longueur peuvent être dissuasifs (je l’ai lu en 2 soirs). Cependant, cette volonté constante de faire progresser l’histoire sans pour autant sacrifier à la précision de l’intrigue rend l’ensemble passionnant. L’univers est riche à la fois de sa multitude personnage mais aussi de l' imagination d'un auteur qui paraît sans cesse se renouveler. Les surprises sont donc de mises. La vie et la mort sont le lot quotidien des personnages, bons ou mauvais. Folie, mort, traitrise, perversion sont au rendez-vous et tout cela décrit parfois d'une manière très crue. Dans Kuyzuryû, il n'y a pas beaucoup d'instant de relâche. Tout est très sérieux ici, la dérision n’existe pas. Graphiquement, le temps a fait un peu son œuvre. On sent l’influence d’Osamu Tezuka avec un certain nombre de codification graphique et une composition parfois un peu désuète. Mais la série a 40 ans, ne l’oublions pas. J’ai particulièrement apprécié les adaptations du trait en fonction des besoins. Réaliste et précis en accord avec les principes du Jidaïgeku – un genre qui se veut narratif et descriptif – et plus figuratif quand il se dépouille pour se recentrer sur les pensées, les rêves ou les actions des personnages. Bref, un dessin en harmonie avec son sujet. Le signe d’une grande maîtrise de l’artiste. Kuzuryû est une œuvre intéressante et passionnante. Intéressante pour son caractère patrimonial évidemment, passionnante par la grande qualité de sa réalisation. Un univers riche créé par un auteur historique du manga moderne. Bref, à lire absolument par sa culture de bédéphile ou pour son plaisir personnel… ou les deux ! A lire : la chronique de BDGest' et celle d'Yvan
Kuzuryû (one-shot) Scénario et dessin : Shôtarô Ishinomori Editions : Kana, 2011 (18€) Collections : Sensei Public : Adulte, amateur de récit de samouraï Pour les bibliothécaires : un one-shot intéressant pour un fonds se voulant très représentatif. Pas indispensable pour les petites structures (sauf si vous avez des amateurs de manga plus anciens)

Chronique | Le Sommet des dieux (Taniguchi & Baku)

Dans une petite boutique népalaise, Fukamachi tombe sur un appareil photo qui pourrait bien être celui de George Mallory, le célèbre alpiniste qui fut le premier à essayer de vaincre l'Everest. Mallory disparût avec Andrew Irvine, lors de cette ascension en 1924, sans que l'on puisse savoir s'ils sont parvenus au sommet. Et si c'était seulement lors du chemin du retour qu'ils avaient eu cet accident fatal? (synospis BD Gest’)

Retour aux origines

Séquence nostalgie. Le sommet des dieux fut l’une de mes premières lectures de manga. C’est dire si ça commence un peu à dater ! A l’époque, les bibliothécaires se demandaient encore si ces drôles de BD, écrites à l’envers, avaient leur place dans leurs rayonnages. Où devaient-on poser ces fichus code-barres d’ailleurs ! Nous avions perdu nos repères, c’était terrible ! Oh, ça va, on ne se moque pas, hein ! C’est facile avec le recul. Mais heureusement, Jirô Taniguchi était là pour nous rassurer. Le sommet des dieux avait tout pour apaiser les défenseurs de la BD franco-belge que nous étions. Un trait plus proche de nos habitudes et loin de nos idées reçues : pas de petites culottes volantes ni de violences gratuites, aucuns grands yeux ni personnages stéréotypés... Heureusement avec de la curiosité et du temps, nous avons appris à apprécier la bd asiatique dans toutes ses qualités. Je remercie mes petits camarades de KBD pour cette occasion de me replonger dans cette série. Pour la petite histoire, Le Sommet des dieux est d’abord un plaisir personnel de Jirô Taniguchi. En effet, ce dernier rêvait d’adapter en manga le roman éponyme de Yumemakura Baku, véritable best-seller au Japon. Ce récit à tout pour plaire : quête identitaire du héros, mystères historiques, figure héroïque - voire mystique - en quête d’absolu et enfin, ce rapport, très japonais, entre l’homme et la nature.

Au-delà du sommet

Encore fallait-il que Taniguchi réussisse son adaptation ! A l’époque, avec la morgue du débutant pensant tout connaître parce qu’il a lu 3 mangas (dont le fantastique Quartier Lointain), je doutais de sa capacité à traiter un récit de sport à cause de son graphisme et de sa façon très personnelle de raconter ses histoires. Mais si Le Sommet des dieux parle d’alpinisme, il raconte surtout, à travers les souvenirs de Fukumaru, l’histoire et la quête de Habu, espèce de génie (des alpages) associable et attachant. D’ailleurs, avec le recul, si l’alpinisme avait été l’unique sujet, je n’aurais sans doute pas été au bout des 5 longs tomes. Mais voilà, qui d’autre que Taniguchi pouvait raconter avec une telle maîtrise cette espèce d’aventure intérieure, cette absolue nécessité d’aller plus haut – au sens propre comme au figuré – de se dépasser ? Doué pour décrire les émotions de ses personnages, j’ai découvert avec Le Sommet des dieux un auteur capable de dessiner les grands espaces, les vides profonds et les horizons lointains avec une qualité remarquable. Il se place ainsi dans la lignée des artistes japonais qui ont fait de l’utilisation de l’espace une marque de fabrique. De plus, par un souci extrême du détail, il évite non seulement l’écueil de la lourdeur d’une partie non négligeable des dessinateurs réalistes franco-belges mais surtout nous emmène dans les plus grands massifs du monde tant en montrant l’homme dans toute sa petitesse face à la montagne. Mais ce manga n’est pas uniquement une suite de vastes planches de paysages montagneux, il est aussi un manga d’action. Habu, Fukumura et tous les autres subissent les joies et les peurs de l’alpinisme : chutes, avalanches et j’en passe pour ne rien dévoiler. Le réalisme extrême rend très fort les instants de tension et Le Sommet des dieux promet son lot de rebondissements. Là encore, le dessin s’adapte. Taniguchi change son rythme en rétrécissant les cases ou en ajoutant des gros plans, bref en accélérant la narration. Résultat, l’histoire ne souffre pas de grands ralentissements et les non-initiés (comme moi) trouveront un vrai plaisir à suivre les aventures de ces alpinistes. Pour les pro-montagnes, c’est le plaisir absolu ! Avec Le Sommet des dieux, Jirô Taniguchi a réussi le pari d’adapter un roman à succès japonais. Prouvant sa très grande technique, il offre au public une œuvre à la fois dynamique et profonde, tenant en haleine sur plusieurs centaines de planches. L’une des œuvres majeures de l’un des auteurs « passerelles » entre les sphères asiatiques et européennes. A lire absolument.
Le Sommet des dieux (5 volumes, série terminée) d'après le roman de Yumemakura Baku adaptations et dessins de Jirô Taniguchi Éditions : Kana, 2004 Public : Ado-adulte Pour les bibliothécaires : Incontournable dans la bibliographie de Jirô Taniguchi.

Chronique | Solanin T.1 (Asano)

Taneda et Meiko débutent dans la vie. Jeune couple, ils découvrent les joies et les problèmes de la vie à deux et du monde du travail. Ils n’ont rien d’extraordinaire mais rêvent d’une vie loin du train-train quotidien… comme tous leurs amis.

Simple, beau...

Je commence souvent mes chroniques en vous disant que le hasard fait parfois bien les choses. J’aime bien prendre un album, ne rien en connaître et puis découvrir son histoire et son auteur. Chacun sa façon de se balader dans les rayons d'une bibliothèque. On y rencontre parfois de belles choses. Alors, qu’est-ce qui m’a attiré chez Solanin ? Déjà le titre qui m’a rappelé l’un de mes films préférés de Takeshi Kitano (Sonatine). Oui, je sais, c’est un critère un peu spécial mais que voulez-vous, l’effet madeleine de Proust oblige ! Bon d’accord, les deux œuvres n’ont strictement rien à voir. J’avoue. Ensuite, la couverture que je trouve très belle par sa simplicité et son originalité. Un jeune couple au loin dessiné sur une photo avec en filigranes quelques traits blancs. En ouvrant, on constate un dessin classique pour du manga. Mais ce dernier dispose d’un trait un peu particulier, me rappelant le dessin de Hisae Iwaoka (La cité saturne, Yumenosoko). L’auteur joue aussi beaucoup sur la lumière. Bref, j’ai apprécié ce que j’ai vu. Et sur ce point, je reste convaincu des qualités de cet auteur.

...mais creux.

En revanche, côté histoire, soyons clair d’entrée (enfin de milieu de chronique plutôt), il me semble avoir vu tous les poncifs du manga certes gentil (si ce n’est gentillet) mais pénible sur la longueur. Mais pourquoi tant de haine ? Non ami mangaka, je ne te hais point… Ton traducteur peut-être car quand je lis des phrases du type « Si jamais tu doutes de ton idéal parce qu’il te paraît irréaliste… il vaut toujours mieux risquer d’avoir des regrets en essayant que regretter de ne pas avoir essayé ». Et encore, là je fais dans la sobriété car il y a des grands moments de réflexions transcendantales destinées à comprendre la théorie générale de l’univers de mon 9m² avec cuisine. C’est simple, on dirait du Pascal (Obispo). Désolé si je suis un peu méchant - oui parce que quand j'évoque Obispo, en général, ce n'est pas un compliment - mais, je m’étonne qu’en 2006, on puisse encore nous servir ce genre d’album dont les principaux codes narratifs reposent encore sur ceux des années 80. Certes le dessin est moderne, certes nous parlons de jeunes des années 2000 mais globalement, en grattant un peu, on retrouve les mêmes préoccupations que dans un Maison Ikkoku (Juliette je t’aime). C'était bien à l'époque, mais depuis le monde de la bande dessinée a un peu changé. La comédie romantique c'est bien, mais pourquoi ne pas réfléchir à une façon nouvelle et élégante de présenter la chose ? On n'évite rien ! Les doutes s'enfilant sur des pages et des pages, le lacrymal en mode gros plan, le groupe d’ami avec le vieil étudiant, la copine dynamique, le rebelle, le faux dur… Bref, toute la famille est là ! Sous d’autres traits, mais toujours bien présent. Et je ne parle même pas des rebondissements (et de cette fin de premier volume surtout !!!!!) dont on se demande presque comment il a osé le faire tellement c’est du vu, revu et rerevu ! Lourd dans le plus mauvais sens du terme.

A trop tortiller

Comment ne pas comparer à Kazuo Kamimura et à son Lorsque nous vivions ensemble. Une oeuvre des années 70 évoquant un couple de jeune vivant sans être marié et dont les codes traditionnalistes de la société japonaise les brûlent peu à peu. Certes, c'est une œuvre qui est destiné à un public plus âgé, qui est un drame. Mais sur tous les plans, les qualités narratives rendent à cette histoire japonaise une universalité marquante. C'est une oeuvre dans son sens le plus noble. Avec Solanin, œuvre pour vieuex ados, on a juste envie de secouer un peu les personnages tout en se disant qu’ils sont un peu la victime d'un créateur qui a voulu ratisser large pour toucher un maximum de public. On navigue entre les berges du manga pour ados à succès (un brin de rêve de musique comme dans Nana ou Beck), de la comédie sentimentale classique et de la chronique de société (façon Everyday de Kiriko Nananan) sans jamais de véritable maîtrise. Résultat : on touche ces bords avec un tel fracas qu’il est impossible au bout d'un moment de ne pas voir les ficelles. Simplement puéril. Vous l’aurez compris, Solanin n’est pas une œuvre qui se retrouvera dans mon panier de père Noël. Une œuvre aux beaux atours mais qui supportent assez mal la comparaison avec les références dont elle semble s’inspirer. Beaucoup trop de clichés pour se sentir concerner par l’histoire de ce jeune couple. En tout cas, je ne perdrais pas mon temps à lire le tome 2... ou alors vous serez convaincant dans les commentaires !
2 volumes (séries terminées) scénario et dessins : Inio Asano Editions : Kana (Dargaud), 2006 Collection : Made In Edition originale : Shogakukan, 2006 Public : ados à partir de 14 ans Pour les bibliothécaires : franchement inutile

Chronique | Pluto

Pluto tome 1scénario et dessins de Naoki Urasawa d'après Astro Boy : Le robot le plus fort du monde d'Osamu Tezuka Editions Kana (2010) Série en cours (5/8 prévus) Public : A partir de 14 ans Pour les bibliothécaires : Si vous hésitez à acheter Monster ou 20th Century Boys (parce que longues séries), Pluto peut être une bonne alternative pour tester votre public par rapport à l'oeuvre d'Urasawa. Série courte.

Robothriller

Dans un futur proche, les humains et les robots vivent en totale harmonie. Des lois ont été promulguées pour assurer une reconnaissance aux machines et aujourd’hui, ces dernières participent à la vie sociale au même titre que leurs créateurs. Les robots sont des sportifs, des femmes de ménage, des employés de bureau, des policiers ou des soldats… Mais un jour, le puissant Mont-Blanc est anéanti mystérieusement. Au même moment, un membre du groupe de défense des lois sur les robots est assassiné. Y’aurait-il un lien entre les deux affaires ? Doute levé lorsqu’on on retrouve le même ornement en forme de cornes sur les lieux des crimes. L'enquête est alors confiée à l’inspecteur Gesicht, l’un des 7 robots les plus perfectionnés du monde… comme l’était Mont-Blanc. Naoki Urasawa revient et c’est une bonne nouvelle ! Dans le monde du thriller, il a signé sans aucun doute les toutes meilleures séries du manga. Les noms de 20th Century Boys ou Monster ne vous sont certainement pas inconnu. Mais cette fois-ci, Urasawa s’attaque à Osamu Tezuka en adaptant une histoire d’Astro Boy : "Le robot le plus fort du monde". Honnêtement, je regrette de ne pas avoir lu le récit original de Tezuka avant de lire Pluto. Je regrette également de ne pas connaître assez bien l’œuvre du Dieu des Mangas pour pouvoir attraper au vol toutes les références que l’on devine au fur et à mesure de la lecture. Je regrette enfin de n’avoir dans la tête qu’une série d’animation (réussi ?) lorsqu’on évoque Astro Boy. Mais, est-ce que cela empêche d’apprécier la qualité de l’adaptation ? Non, car on retrouve encore une fois la patte magistrale d’Urasawa.pluto-urasawa-tezuka Encore une fois, en avançant dans son intrigue l’auteur de Monster sème le trouble dans l’esprit de ses personnages et de ses lecteurs. Il nous lance sur différentes pistes, des pistes qui s’arrêtent en cours ou bizarrement se rejoignent pour en former une nouvelle. Ce labyrinthe va assurément vous perdre mais attention, chaque détail aura peut-être son importance ! Ces chemins sont également des prétextes pour découvrir la société futuriste telle qu’imaginée par les deux créateurs. Mais Urasawa intègre dans son intrigue des éléments contemporains tels que la guerre en Irak (et ses robots de destruction massif) ou encore l'intolérance anti-robot. Autre aspect de l’œuvre, c’est la notion d’humanité. Ce thème récurrent dans les bons romans de SF est un des moteurs principaux de l’œuvre et peut-être même de l’intrigue. Les robots peuvent-ils ressentir les sentiments humains comme l’amour, la pitié, la peur… voire la haine ? C’est peut-être là la vraie quête de ce thriller. Le coupable est-il cette étincelle d’humanité chez ces robots ultra-perfectionnés ? Comme à son habitude, il nous donnera peut-être une partie de la réponse à la fin de son histoire… peut-être. Naoki Urasawa frappe encore très fort avec ce thriller complexe par l’intrigue et riche par les thèmes abordés. N’ayant pas lu l’œuvre originale d’Osamu Tezuka, je ne peux pas juger de la pertinence de l’adaptation. Cependant, le récit en lui-même est (encore) d’une grande qualité et vous serez rapidement emporté dans les dédales de la pensée robotique. Un déjà classique ! J’ai découvert cette série par l’intermédiaire de Ginie de Bulles & Onomatopées (merci^^). Cette chronique entre donc dans le cadre du challenge Pal Sèches de Mo.palseches A lire : la toujours bonne chronique de Du9.org (je vous conseille de regarder les montages avec les personnages avant et après l'adaptation)

Un monde précieux

La cité saturne (scénario et dessins de Hisae Iwaoka, Kana, série en cours)

Dans un futur plus ou moins proche, la terre est devenue une zone inhabitable. Les habitants se sont donc réfugiés dans un anneau orbital entourant la planète à plusieurs millieurs de kilomètres de distance. Cet anneau est divisé en 3 niveaux, correspondant chacun à une strate sociale. Le niveau supérieur est composé des plus hauts dirigeants et des personnes les plus riches, les niveaux inférieurs étant réservés aux "gens du commun". C’est dans le niveau intermédiaire que Mitsu termine ses études. A peine sorti du collège, le voici recruté par le syndicat des laveurs de vitres. A priori, un petit job tranquille ? Sauf, qu’il ne s’agit pas de laver les carreaux de mamie ! Non, Mitsu et ses collègues sont chargés des vitres extérieures de la méga-structure. Autant dire que ce n’est pas un travail de tout repos ! Entre les chutes d’objet stellaires, les glissades, les UV et les vents, ce travail est même dangereux. D’ailleurs, 5 ans auparavant, le propre père de Mitsu est tombé. Depuis, le syndicat refusent systématiquement les contrats rares mais trop dangereux émanant du niveau inférieur. Ce dernier est donc condamné à la crasse des poussières stratosphériques. Voici donc Mitsu, avec le souvenir de son père en tête, faisant l’apprentissage d’un monde professionnel propre à ces métiers durs, où honneur, courage & humilité sont au rendez-vous.

Malgré des normes graphiques historiquement établies, l’univers du manga possède des dessinateurs avec des traits particulièrement reconnaissables. Je songe en particulier à des auteurs comme Taniguchi, Kiriko Nananan, Ebine Yamaji, Hiroaki Samura (L’habitant de l’infini). Au hasard de mon butinage hebdomadaire dans ma librairie, j’ai entr’aperçu ce petit manga au dessin arrondi et immédiatement un doute m’a assailli… J’avais déjà vu ça ! Ce dessin faussement naïf mais fourmillant de détail, cette atmosphère particulière plongée dans un univers cotonneux prenant, attirant, une atmosphère où réalisme et songe se retrouvent. Ah oui j’avais déjà vu ce dessin ! J’ai acheté ce premier volume et ce n’est que rentré chez moi que j’ai levé le mystère : YumenosokoHisae Iwaoka était donc cette formidable mangaka qui m’avait enchanté il y a deux ans avec ce one-shot déjà enthousiasmant !

C’est donc avec un apriori favorable que j’entamais complètement la lecture de cette Cité Saturne… et c’est avec ce même sentiment que je la refermais. Ce premier volume est assez classique pour un manga. Il pose les jalons de l’univers, situant les personnages principaux et secondaires et déroulant le fil rouge de l’histoire : le mystère entourant la chute de son père et indirectement la fascination du père et du fils pour la planète originelle. Mais la grande force de ce manga tient tout autant à sa construction solide qu’à la multiplication de trouvailles farfelues et poétiques symbolisés par les multiples découvertes de notre héros. L’extérieur regorge de détails et finalement, ce no man’s land apparaît bien plus peuplé que prévu. De souvenirs évidemment, mais aussi de rencontres avec les êtres improbables le peuplant et surtout avec les clients. Entrant indirectement dans l’intimité de ces gens, ces laveurs de carreaux bénéficient d’une liberté aérienne qui font d’eux des êtes à part dans cette civilisation enfermée et constituent peut-être un élément lui permettant de rester liée. Mais en ont-ils conscience ? Pas sûr. Certainement pas. Et pourtant, même s'il se l'explique mal, tous ces travailleurs de l'extrême sont attachés à cette façon de vivre un peu particulière. Finalement, avant d'être de la SF, La Cité Saturne parle avant tout de l'humain, de la vie.

Cette improbable histoire de laveurs de carreaux stratosphériques est entrainante, surprenante et d’une poésie qui semble propre aux œuvres d"Hisae Iwaoka. Une œuvre légère, simple mais loin d'être superficielle. Bref, une série à suivre (tome 3 prévu début mai 2010) et comptez sur nous pour ça !

Jamais trop tard

Pour Sanpei (scénario et dessins de Fumiyo Kouno, Kana, Collection Made In, série complète, 2 volumes) « Sanpei est un sexagénaire à la retraite, un peu bougon et renfermé de nature. Après la mort de sa femme, il emménage chez son fils. En triant ses affaires, il tombe par hasard sur un carnet, une sorte de journal de bord tenu par sa femme. A sa lecture, Sanpeï découvre que Tsuruko a pris le temps de mettre par écrit tout ce qui pourrait être utile à son époux afin de lui faciliter la vie, afin qu’il puisse vivre plus en harmonie avec son entourage : les goûts de sa petite-fille, le caractère de son fils, les recettes de cuisine essentielles… C’est maintenant à lui de se débrouiller… » résumé de couverture (quand il est bien fait, pourquoi se priver ?) Après une chronique "sang et castagne", nous voici de retour, comme promis lors de nos précédentes aventures (j’aime bien dire ça, ça fait dessins animés des années 80), dans un genre que j’affectionne beaucoup plus : le portrait. Pour Sanpei est une micro-histoire, celle d’un homme qui n’a pas toujours été à l’écoute des siens. La vie et le temps faisant son œuvre il se retrouve étrangement seul au milieu des autres, de sa famille en fait. Le hasard d'un rangement et l’apparition d’un livre consciencieusement rédigé par sa femme disparue est le début de sa transformation. Regorgeant de conseil sur la vie domestique mais aussi sur la relation à entretenir avec ses proches, ce cadeau de survie pour le monde est le détonateur intérieur du viel homme. Et oui, même à plus de 60 ans, la vie peut encore nous en apprendre quelques unes (enfin, rendez-vous dans un peu plus de 30 ans pour que je vous le confirme). Mais avouons-le, ce livre n’a pas la prétention de porter un regard large sur "les vieux" comme disait le grand Jacques. Non, c'est un portrait, tout en nuance et en sensibilité d'un personnage complexe, emprunté parfois et en proie au doute. Un être très humain. Mais heureusement pour lui, Sanpei est un homme dynamique et vif. Celui-ci n'est en effet pas au bout de ses surprises entre Shirô (son fils), Reika (sa belle-fille), Nona (sa petite-fille passionnée par les insectes) et un autre personnage dont je ne vous parlerai pas (ne voulant pas vous gâcher le plaisir). Cherchant sa position dans la vie de ses enfants, Sanpei alterne gaffes, malentendus, moments de doutes, rêveries et nostalgies. Capables de jouer entre moments d'intimité et de franches cocasseries, Fumiyo Kouno prouve encore sa grande qualité de mangaka grâce à cette série sans prétention méritant de figurer en bonne place sur vos étagères. Sympathique, drôle et d’une remarquable finesse, cette courte série est vraiment attachante. Une très très bonne surprise qui lui vaut un Recommandé IDDBD ! (et ça c'est la classe !) A lire du même auteur : l'excellent Le Pays des cerisiers A lire : les excellentes chroniques de lecteur sur Mangavoraces PS : Pour l’instant, je me tiens à une chronique par semaine. Je n’ai malheureusement pas le temps d’en faire plus. J’espère que les fidèles lecteurs d’IDDBD ne m’en tiendront pas trop rigueur.  

Entre deux mondes : Yumenosoko

Yumenosoko : au plus profond des rêves (scénario et dessins d’Hisae Iwaoka, collection Made In, éditions Kana)
Au gros réveil devant moi, il est 22h45, je devrais aller me coucher – hé oui, les journées sont longues, même pour un bibliothécaire ! – mais voilà, je viens de fermer Yumenosoko et l’envie de prendre une feuille (puis mon clavier) est bien trop forte.
Yumenosoko fait partie de ces albums qui irrémédiablement vous obligent à tourner ses pages. Hypnotisé par une atmosphère particulière et un récit très original, vous voici projeté entre deux univers. Mais plantons le décor avant d’aller plus loin. Une petite fille souhaite une bonne nuit à sa mère. Soudain, elle marche
dans le noir et se retrouve seule dans une rue, face à un konbini (une superette japonaise). Elle rentre et découvre un petit personnage discutant avec de minuscules êtres. Ce personnage est le patron et les êtres, des livreurs. Mais attention, pas de pizzas ou de produits de superettes, non, ce sont des livreurs de rêves. La petite fille est au centre d’un monde normalement impénétrable aux humains, tout près de l’endroit où se construisent les rêves, entre le Paradis et la Terre, un monde où les êtres qui sont encore attachés au réel recherche la paix.
Engagée comme employée du konbini, la petite fille découvre vite les règles de ce petit monde et devient l’actrice d’une incroyable et utopique pièce. Tel une scène de théâtre où le petit peuple des songes déverse ses espoirs et ses tragédies, le magasin est un monde entre deux mondes. Silencieuses, fantasmagoriques, ils règnent dans ses limbes, où les êtres sont en quête de repos, une langueur sereine magnifiquement rendue par un mangaka tout en retenu. Hisae Iwaoka ne brise jamais ce rythme en ne livrant les histoires de ses personnages qu’au compte-goutte. Poignantes et magnifiques, elles vous laisseront songeur.
A n’en pas douter, les plus jeunes pénètreront sans difficulté dans ce monde, les adultes, devenus adultes, y retrouveront peut-être leur âme d’enfant. Quant à moi… il est 23h15. PS : spéciale dédicace à Grande Mei
pour cette magnifique découverte.
 
 

 

Journal d’une disparition

(scénario et dessins de Hideo Azuma, Kana, Collection Made In, 2006) Journal d'une disparition, c'est l'histoire presque autobiographique d’un auteur de manga qui tout à coup "pète" les plombs, ne supporte plus le rythme de travail et "disparaît" laissant tout le monde sans nouvelles…(Synopsis de l’éditeur) Hideo Azuma est un mangaka reconnu. Mais voilà, en 1989, la pression devient trop forte il laisse tout tomber. Il part, laissant femme, enfants, travail et éditeur derrière lui. Il raconte tour à tour diverses périodes de sa vie : ses deux « fugues », où il est parti sans laisser d’adresse et a vécu dans la rue ; sa vie comme ouvrier spécialisé dans les conduites de gaz, sa vraie profession d’auteur de manga (assez incroyable) et surtout son alcoolisme. Sous un dessin très classique (pour un manga) presque comique, très proche du trait de Tezuka (on apprend qu’Azuma a travaillé avec le maître), Hideo Azuma raconte sans remords ni honte, les travers de sa propre existence. Il ne prend pas de gant, ni avec lui-même, ni avec les autres, et dépeind un univers du manga difficile, où la pression est sans cesse plus forte. Journal d’une disparition est le témoignage d’un mal-être et d’une détresse. Heureusement, la grande qualité narrative de cet auteur chevronné ne rend pas l’histoire pathétique. On s’accroche, on rigole parfois, on s’étonne souvent et au bout de la lecture on voudrait encore en savoir plus sur cette vie étrange. Description sociale d’une profession entr'aperçue de l'intérieure, Journal d’une disparition est un vrai manga d’auteur qui donne une fois de plus ses lettres de noblesse au genre. A faire lire au sceptique. A noter, cet album a reçu le prix Tezuka 2007 (le plus prestigieux au Japon) A lire : la critique de Krinein.com A lire : la biographie de Hideo Azuma sur le site de l’éditeur