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Biblio… | Des bulles sur le web en direct de la BPI

A défaut de chroniques - c'est pas ma faute, j'ai un peu la tête dans le théâtre cette semaine et pis, je manque d'inspiration pour une chronique digne de ce nom pour un diptyque énorme ! - je vous donne rendez-vous le 17 juin à 19h à la BPI du centre Pompidou (à Paris pour ceux qui ne voient pas) pour une rencontre avec trois damoiselles des blogs BD : l'incontournable Pénéloppe Bagieu, la marraine du prochain Festiblog Lucille Gomez et notre coup de cœur à nous, qu'on adore depuis qu'on a lu son merveilleux album, Julie Maroh herself ! Des univers assez différents pour nous parler du phénomène blogs BD. La rencontre sera animée par Yannick Lejeune, le créateur du festiblog. Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir la page consacré à l'événement à la BPI.

Chronique | Le Bleu est une couleur chaude

scénario et dessins de Julie Maroh Editions Glénat (2010) Public : A partir de 15/16 ans Pour les bibliothécaires : cet album fait tout simplement partie de ma bédéthèque idéale. Comme ça c'est réglé. Prix du public Angoulême 2011 (14,90€)

"Si j'avais été un garçon, Clém' serait tombé amoureuse de moi quand même..."

Clémentine a 15 ans et se rend à son premier rendez-vous galant lorsqu’elle croise une jeune femme aux cheveux bleus dans la rue. Quelques mois plus tard, alors qu’elle est entrainée dans un bar gay par son meilleur ami, elle la retrouve. Elle s’appelle Emma. C'est un coup de foudre et  le début d’une histoire d’amour à la fois douloureuse et profonde entre les deux jeunes femmes… J’ai la faiblesse de croire que les livres peuvent changer l’existence des gens, de croire que l’imagination et la créativité peuvent être plus fort que mille discours moraux. Je suis persuadé que des albums comme Le Bleu est une couleur chaude peuvent apporter des réponses ou apaiser des jeunes gens qui luttent contre leur propre nature, parce qu’elle n’est pas « bien », parce qu’elle n’est pas « normale ». Pourtant, je n’ai pas non plus l’impression que cette BD ait été écrite pour prouver ou démontrer quoique se soit mais bien dans le seul but de raconter une histoire. Le Bleu est une couleur chaude est une simple histoire d'amour, plus compliquée que les autres c'est vrai, mais qui n'en demeure pas moins véritable et terriblement humaine. Cette BD n'est pas militante par son approche, elle l'est par la justesse de ses propos. Julie Maroh réussit à dépasser cette soi-disant différence pour nous montrer un véritable amour romantique. Ici, il n’est pas question de soleil illuminant les champs de blé ni de chamallows grillés au coin du feu, dans ce récit tout est digne malgré la réalité qui n’épargne pas les amours outrageants. Au bout, les sentiments affluent comme une vague… bleu évidemment. En lisant Le Bleu est une couleur chaude, vous passerez par tous les états possible. Cet album fait parti de ces œuvres qui, par on ne sait quelle magie, réussissent l’exploit de former un tout, une copie presque parfaite de l’existence, où durant quelques pages se mélangent la vie et la mort, la renaissance et l’éternité, la joie, les peines, les déceptions… Tout cela est rendu possible par les qualités d’écriture indéniables de Julie Maroh. Son style est impeccable, clair, son scénario alterne les phases d’emballement et de calmes, laissant les silences, l’attente et les sentiments s’installer. Côté graphisme, elle étonne en mélangeant des influences assez classiques (sa bichromie bleu/noir et son trait me rappelle dans une certaine mesure les Sambre de Yslaire) et une part d’onirisme magnifique (des planches pleines pages de toute beauté). Cet album, outre son titre, n’est pas non plus sans rappeler Blue, le chef d’œuvre de la mangaka de Kiriko Nananan. On y retrouve le même plaisir du silence, la même finesse de trait, la même volonté intimiste, la même force surtout. palseches Si je voulais être pénible, je dirais que Julie Maroh n’a pas encore donné toute la mesure de son talent. On peut en effet discuter de certains passages, moins brillant sur le plan graphique et/ou narratif. Mais incontestablement, avec ce premier album – son premier album – elle entre directement dans l’antichambre des grands. Si je voulais m'avancer, ses qualités graphiques et surtout d’écriture lui permettront sans doute de signer des œuvres de très hautes qualités, à la hauteur d’un Fred Peeters ou d’un Larcenet. Il suffit de lire Blast ou Lupus pour vous faire une idée de mon point de vue. Maintenant la patience est de mise. En attendant, je vous invite à relire et à faire lire cet album rare. Le Bleu est une couleur chaude a reçu le prix du public au FIBD d'Angoulême en 2011. Cet album m’ayant été conseillé par Mo’, Choco (et mon Padawan, elle se reconnaitra) il entre donc dans le challenge Pal Sèches de Mo’ (ouf plus que 2 !). Et comme Julie Maroh est une bien jolie fille, il entre également dans le cadre du challenge Women BD de Théoma. Et zou ! A découvrir : le très beau blog de Julie Maroh A voir : toujours sur le site de Julie Maroh, l'émission Un Monde de Bulles consacré à l'homosexualité dans la BD A lire : la critique de Ginie sur B&O, celle de Mo' et tiens celle de Choco aussi !

Info du jour | Angoulême 2011, le palmarès

5000kmparsecondeAh... C'est un blog sur la BD alors il faut qu'on parle du palmarès du Festival international de la BD d'Angoulême 2011 ! Oui... On s'en sort bien cette année. Art Spiegelman comme grand prix ! La classe ! C'est bizarre, je pensais qu'il lui avait déjà donné. J'ai dû me tromper. Dans l'ensemble, le palmarès a plus d'allure que les intitulés des catégories (Prix de l'audace !!!! N'importe quoi !). Le grand vainqueur est le superbe album de l'italien Manuele Fior : 5000 kilomètres par seconde. Une histoire d'amour, hymne aux voyages graphiques et colorés dans le temps et l'espace. Un très bel album c'est clair même si... Bref, je n'ai pas été transporté, touché ou frappé comme j'ai pu l'être avec des albums comme Pinnochio, Le Combat Ordinaire ou NoNonbâ... Mais peu importe après tout, le travail des éditions Atrabile mérite d'être mis en lumière. Il aurait pu l'être également avec Château de Sable étonnement absent du palmarès. Sans doute un peu trop exigeant ou, je ne sais pas... De toute façon, je me plante toujours alors 🙂 Sinon,  le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh que je n'ai pas lu mais qui est sur ma liste depuis au moins 3 mois mérite à mon avis le détour (Prix du public) tout comme l'impressionnant pavé Gaza 1956 du créateur de la BD de reportage Joe Sacco tandis que l'inévitable best de la fin d'année 2010, Asterios Polyp de David Mazzuchelli (pas lu non plus.... rooooh !) rafle le prix spécial du Jury. Fabien Nury et Sylvain Vallée touche le Jackpot avec le prix de la série pour Il était une fois en France (c'est Mike qui va être content). Nous sommes également très heureux pour les éditions çà et là qui gagne le prix révélation avec Trop n'est pas assez de l'auteure autrichienne Ulli Lust. Prix partagé avec le très bon La Parenthèse d'Elodie Durand (chez Delcourt)... Bref, cette année, un palmarès varié qui donne une bonne presse aux maisons d'éditions indépendantes. On est loin de l'abomination Pascal Brutal de l'an passé... fort heureusement. Pour connaître l'ensemble du palmarès, c'est ici !