Archives par mot-clé : Joann Sfar

Dimanche K.BD : Donjon Zénith

Oui, je sais, cette semaine IDDBD, c'est plutôt glandouille et compagnie. On va se reprendre, promis. Surtout qu'on a plein de promesse à tenir alors... Mais en attendant, nous sommes dimanche, et comme chaque dimanche, retrouvez la synthèse de KBD ! Toujours sous le signe de l'heroic-fantasy, retrouvez la synthèse d'un premier tome de Donjon Zénith, l'aventure totalement folle de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Donjon, depuis plus de 10 ans maintenant, c'est la folie des collectionneurs BD... Pour les bibliothécaires, c'est une horreur également... Pour nous, c'est un doux souvenir car Donjon est une des premières chroniques d'IDDBD (février 2006 déjà !!!)

Du grand Sf’art !

Professeur Bell (scénario de Joann Sfar, dessins de Joann Sfar et Hervé Tanquerelle, collection Machination, éditions Delcourt, 5 tomes parus) Les lecteurs réguliers et anciens d'IDDBD (ça ressemble un peu au nom d'une loge maçonnique, non ?) savent bien que lorsque je m'attaque à un album ou une série de Joann Sfar, j'ai toujours un peu le trac. Entendons-nous bien. Cela n'a rien à voir avec le statut de star que le public et les médias ont conféré à Joann Sfar. Si je dois reconnaître que je peux me montrer assez fanatique du travail d'un auteur (jusqu'à la mauvaise foi, je dois bien l'admettre...), je n'en ai pas pour autant l'âme "groupie". Ce qui m'intéresse avant tout, c'est l'oeuvre de l'artiste. Puis l'artiste le cas échéant, lorsqu'il en vaut la peine humainement. Ne fréquentant qu'une seule artiste fréquentable (mon épouse), je ne me permettrai pas d'émettre un avis sur des artistes que je ne connais pas personellement... Mais alors, me demanderez-vous, après cette (trop) longue introduction, pourquoi avoir le trac de parler de Professeur Bell, cette épatante série imaginée par Joann Sfar, dont les deux premiers tomes ont été dessinés par lui puis par Hervé Tanquerelle à partir du troisième. J'ai déjà eu l'occasion de le dire au sujet du Chat du Rabbin, chroniquer une oeuvre de Sfar, c'est toujours être en-deçà de l'intelligence du propos de ses récits et ne décrire que trop imparfaitement le talent absolu de son dessin. Bien entendu, on retrouve dans Professeur Bell, toute la finesse d'esprit de Sfar, ses obsessions aussi, qui tournent autour de la mort et de l'amour, et de la difficulté de vivre tout en sachant que la première est inéluctable alors que le second est tellement fragile. Quant au trait de Joann Sfar, reconnaissable entre mille, son "expressionnisme" rebutera les ayatollah du classicisme le plus conservateur (si, si, il y en a) et ravira les autres. Non pas les saduccéens contre les pharisiens, les anciens contre les modernes ou les nostalgiques de la ligne claire contre les tenants de la nouvelle BD française (qui peuvent parfois se révéler aussi "ayatollesques" que les conservateurs). Non, lorsque je parle des "autres", je pense à ceux qui ont suffisamment d'ouverture d'esprit pour envisager d'autres expressions graphiques dans la BD. Un peu comme en peinture lorsque les demoiselles d'Avignon foutaient un beau bordel dans le bel ordonnancement académique construit depuis cinq siècles... Bien sûr, à la fin de cette chronique, vous n'en savez pas plus sur le Professeur Bell si ce n'est que les intrigues de Joann Sfar raviront les fans de mystères, d'enquêtes à la Sherlock Holmes (mais dans l'univers de l'occultisme et du paranormal), et de philosophie appliquée. Pour le reste, je vous invite à découvrir les sites proposés en liens. Ce n'est pas de la flemme mais, au cas particulier, autant laisser parler le Maître de ses albums... A lire : les pitchs et les commentaires de Joann Sfar sur la série Professeur Bell (c'est sur son site) A lire (aussi) : une excellente critique du tome 2, Les poupées de Jérusalem, sur l'excellentissime site du9.org A lire (enfin) : une interview de Hervé Tanquerelle et une autre de Joann Sfar sur actusf.com

La fille du professeur

(scénario de Joann Sfar, dessin d'Emmanuel Guibert, collection Expresso, éditions Dupuis) Avant de dire quoi que ce soit sur cet album, une mention spéciale pour Guibert, le dessinateur : chacune de ses cases est un bijou, chacune des postures ou des expressions de la fille du professeur Bowell est une splendeur ! Pour l'histoire, on retrouve toute la folie de Joann Sfar dont la mort semble être, sinon une compagne, au moins une amie de longue date, de celles quel'on connaît bien et dont on finit par apprivoiser les traits d'humeur. C'est en tout cas ce qu'ont réussi deux des protagonistes, deux pharaons momifiés depuis plus de 3000 ans et qui continuent malgré tout à courir après la vie et l'amour. C'est aussi ça la force de Joann Sfar : l'amour triomphe toujours de la mort qui rôde. Et nous, comme des gosses, on marche pas, on court... A lire : la chronique d'Yvan sur du9.org A lire : la fiche album sur le site Expresso des éditions Dupuis

Chronique de vacances # 25 | Klezmer

(scénario et dessin de Joann Sfar, collection Bayou, éditions Gallimard)

Bande de veinards, IDDBD vous propose aujourd'hui une chronique spéciale, la chronique du Bib' de Poissy (pour ceux qui ne le connaissent pas encore, fouillez un peu les commentaires disséminés sur IDDBD et vous verrez leur qualité...). C'est une sorte de pré-rentrée avant la rentrée officielle d'IDDBD (le 4 septembre...). En attendant, merci David !

"Il y a quelques mois, IDDBD m’a proposé d’écrire une chronique sur Klezmer de Joann Sfar. Comme certaines choses ne se refusent pas et que c’est quand même mon travail de conseiller des lectures, je ne pouvais quand même pas me soustraire à cette proposition.

Alors voilà, Klezmer, c’est simple c’est l’histoire d’une rencontre entre Noé Davidovitch, un vieux musicien, Hava, une jeune femme fuyant un mariage forcée, Yaacov, un juif ayant perdu la foi et Vincenzo, un violoniste émérite, au plus profond dans la campagne Ukrainienne.

Oui et après ?

Ouvrez le livre et écoutez. Sfar a écrit dans la postface du premier tome : L’idée de faire une bande dessinée musicale m’intéresse énormément parce que la bande dessinée, c’est le monde du silence.

C’est fini, le silence a disparu car Sfar fait (encore et toujours) preuve d’un talent remarquable pour exprimer toute l’atmosphère de la musique traditionnelle des juifs Askénazes (Europe Centrale et de l’Est). Est-ce lié à son coup de crayon énergique, extravagant et surtout totalement imprévisible ? Est-ce lié à l’utilisation de l’aquarelle pour la mise en couleur, technique qui donne à cette histoire une ambiance toute particulière ? Est-ce lié à ses personnages à la fois caricaturaux, terriblement instables mais tellement attachant ? Est-ce lié à ses digressions fantastiques qu’il insère dans son récit ? En fait, c’est un peu de tout ça, une alchimie assez impénétrable pour les pauvres (mais chanceux) lecteurs que nous sommes. Mais entre nous, je crois que ce petit quelque chose fait la différence entre une bonne et une magnifique BD.

Si le premier tome de la série La conquête de l’Est pose les bases de l’histoire et se déroule comme une bonne lecture, le second, Bon anniversaire Scylla, est beaucoup plus intimiste. Il se vit comme une fête où tous vos amis seraient invités, un fil conducteur puis des intermèdes, des regards, des discussions intimes, des rencontres, parfois des prises de bec, des beuveries et surtout, surtout une conclusion magnifique et terriblement poétique qui rend la musique et les femmes encore plus belles.

Voilà, si je me suis enflammé je m’en excuse mais c’est l’esprit du Klezmer qui veut ça !

Pour finir, je soulignerai le magnifique travail d’édition fait par Gallimard. Le contenant est aussi beau que le contenu ce qui n’est pas toujours le cas. De plus retrouver une quinzaine de pages de notes et de croquis dignes d’intérêts à la fin d’un album est assez rare pour être souligné.

Conclusion : Pour moi, l’une des toutes meilleures BD de Sfar, c’est dire ! Bonne écoute !"  

Chronique de vacances # 4 | Le minuscule mousquetaire

(scénario et dessin de Joann Sfar, collection Poisson Pilote, éditions Dargaud) La sortie du tome 3 (On ne patine pas avec l'amour) de cette jouissive série de Joann Sfar, la sus-nommée Le minuscule mousquetaire, est l'occasion de vous inciter à dévorer les extraordinaires aventures de ce Don Juan impénitent qui court d'une conquête à l'autre, en même temps qu'il glisse de mondes étranges en situations rocambolesques. Vous n'avez pas tout suivi ? C'est normal, c'est le soleil... Bref, si vous êtes adeptes, en cette période estivale, du "sea, sex and sun", Le minuscule mousquetaire est assurément fait pour vous ! A lire: l'article de ToutenBD.com A lire : quelques planches sur le site de la collection Poisson Pilote  

La Vallée des Merveilles

(scénario et dessin de Joann Sfar, couleurs de Brigitte Findakly, éditions Dargaud) C'est dégueulasse ! Mais non, pas La Vallée des Merveilles, qui est un petit bijou... Non, c'est dégueulasse de voir réunis en un seul homme autant de qualités et de talent ! Joann Sfar est auteur de BD, dessinateur, scénariste, directeur de collection chez l'un des éditeurs français les plus prestigieux (Gallimard), philosophe, papa accompli, mari attentionné. Il sait vivre comme un primate (vous comprendrez en lisant la post-face de La Vallée des Merveilles, que vous pouvez lire en préface d'ailleurs...), mais il sait aussi fréquenter les salons où on cause, une coupette à la main. Bref, Joann Sfar est l'équivalent moderne du gentilhomme du XVIIIème siècle, aussi éclectique dans ses goûts que dans ses activités. Et même si la chose intellectuelle prime le plus souvent (ses références, nombreuses, à la philosophie qu'il a étudiée à Nice), il n'est pas contre un peu d'activité physique de temps en temps (un peu comme ses personnages... le Minuscule Mousquetaire entre autres...). Dans La Vallée des Merveilles, Joann Sfar réuni à nouveau tous les ingrédients qui nous font aimer ses oeuvres : un trait expressif qui se fout de plaire à l'amateur de Tintin (c'est sûr, Joann Sfar n'est pas le genre de dessinateur à dire "ouahhh ! vous avez vu comme je dessine super bien appliqué !"), un scénario qui est plus un prétexte à la mise en situation des personnages qu'une véritable histoire (et ça marche !!!), de l'humour (la façon de parler des personnages !), de la tendresse, et aussi plein d'amour... C'est peut-être ça le secret de la réussite de Joann Sfar : l'amour. Des autres, ses copains, sa famille, de lui aussi un peu... En tout cas, comme ça nous fait du bien à chaque fois que l'on reçoit l'un de ses albums... L'histoire ? Celle de deux copains (prononcez "copaingues") sur la Côte d'Azur, du côté de Nice. Leurs noms ? Pot-de-Miel et Grand-Nez-qui-déniche ! Quoi! Serait-ce des hippies ? Non, des hommes préhistoriques ! Et ils vont vivre plein d'aventures quotidiennes, simples mais tellement humaines ! Parce que nos deux copains, Pot-de-Miel et Grand-Nez-qui-déniche, ont chacun une petite famille, et que c'est pour elles qu'ils partent chasser loin, affrontant bien des dangers (dinosaures, moines guerriers, incas sanguinaires : hé oui, la préhistoire de Joann Sfar ressemble plus à la jungle du Tarzan de notre enfance qu'à celle imaginée par Yves Coppens !)... Allez, on plonge ! A voir : la video de France 2 sur La Vallée des Merveilles (une fois sur la page, vous verrez un petit encart "Vidéos" sur la droite, entre "Sommaire" et "Autres BD") A lire : l'excellente chronique sur le site SFmag.net A lire : les commentaires d'Alain Chabat, d'Yves Coppens (qui aime la BD préhistorique, voir la chronique de l'Âge de Raison de Matthieu Bonhomme), de Cédric Klapisch et de Daniel Pennac : "Comment Sfar construit-il ses histoires ? Il se lance et improvise en se laissant porter par l'aventure et les personnages ? Il a tout le découpage case par case et il sait exactement ce qu'il fait ? Je ne sais pas et ça m'est égal. Je préfère me laisser emporter par ses récits peuplés de dragons belliqueux, de rites absurdes et cruels, de quotidien préhistorique, d'enfants turbulents et de jolies filles. Merci pour ce voyage. Je serai là pour L'Ami des gorilles." Alain Chabat "Deux chasseurs rencontrant dans une même vallée d'étranges dinosaures d'avant, en train de paître, et de bizarres humains d'après, en train de cultiver, ne pouvaient être inventés que par quelqu'un de votre liberté, Joann Sfar. Merci de votre audace mais aussi de votre talent et merci de permettre à la science d'appréhender ainsi, sur vos ailes, la poésie de son propre univers." Yves Coppens "J'assiste en ce moment avec délectation au renouveau de la Bande Dessinée française. Joann Sfar est certainement un des représentants les plus actifs de ce big bang dessiné. La Vallée des Merveilles, sous son apparente naïveté, crée un langage radicalement moderne. Son style, simple, imagé et poétique, fait pétiller les neurones." Cédric Klapisch "J'ai lu La Vallée des Merveilles, le dernier roman de Sfar. Formidable - C'est pas un roman, c'est une bédé. - Oui, et c'est un essai aussi. Et un conte. Et un récit. Et un journal intime. Et un rêve. C'est bien ce que je dis : formidable !" Daniel Pennac

Donjon Potron Minet : Après la pluie (-84)

(scénario de Joann Sfar et Lewis Trondheim, dessin de Christophe Blain, couleurs de Walter, éditions Delcourt) Pour les amoureux de la série tentaculaire Donjon (dont IDDBD fait définitivement parti...), un Potron-Minet est assurément un album de choix. Continuer la lecture de Donjon Potron Minet : Après la pluie (-84)

Le Chat du Rabbin

Le Chat du Rabbin (scénario et dessin de Joann Sfar, collection Poisson Pilote, éditions Dargaud) Quelle drôle d'idée que de parler du Chat du Rabbin un jour de shabbat ? Et puis, pourquoi en parler aujourd'hui particulièrement ? Y-aurait-il une actualité ? L'annonce de la sortie prochaine du 5ème tome des aventures de ce Chat du Rabbin ? Et qui est-il au fait ce chat ? Et pourquoi ne parler de l'incontournable Joann Sfar que maintenant ? Et... Hé ho ! Ca va ! C'est bon pour les questions ! Un peu les réponses maintenant ! Parler aujourd'hui du Chat du Rabbin n'a rien à voir ni avec l'actualité, ni avec shabbat (en passant : shabbat shalom à ceux qui passent aujourd'hui et qui, normalement, ne devrait lire ces lignes que demain dimanche, mais bon, c'est vous qui voyez...). Et pour l'annonce de la sortie du 5ème tome, je ne peux rien vous dire de plus que ce qu'en dit Joann Sfar lui-même sur son site, à svoir qu'il a commencé à dessiner le 5ème tome du Chat du Rabbin le 25 avril 2006, qu'il s'intitulera "Jerusalem d'Afrique" et qu'il devrait faire au moins 64 pages. Alors pourquoi parler aujourd'hui du Chat du Rabbin ? Par timidité. Oui, vous avez bien lu, par timidité. L'oeuvre de Joann Sfar (et pas seulement le Chat du Rabbin) est tellement énorme qu'IDDBD ne se sentait pas d'en parler jusqu'à aujourd'hui. Je ne m'en sens pas plus capable mais finalement, l'envie est plus forte que le reste. Lisez du Sfar, tout le Sfar, le bon comme le moins bon, l'excellent comme le moyen. Lisez-le autant qu'il dessine et vous aurez en définitive autant de bonheur à le lire que lui à dessiner... Pour en revenir au Chat du Rabbin, je pourrais vous dire que c'est un magnifique, un sublime conte philosophique qui a pour héros un chat doté miraculeusement de la parole, que ce chat appartient à un rabbin d'Oran (l'histoire se passe en Algérie du temps de la "présence française" comme l'on dit désormais pudiquement...) et que les dialogues qui s'instaurent entre eux sont d'une finesse et d'une intelligence comme peu d'oeuvres littéraires ou d'oeuvres d'art tout court peuvent se targuer d'en avoir offert à leur public. Je n'ai pas envie de vous en dire plus. Seulement, encore une fois, de dépasser vos réticences (quelles qu'elles soient), d'aller dans votre bibliothèque préférée (la mienne, c'est Poissy, merci David le Bib) ou votre ami le libraire (y en a plein), et de prendre les quatre premiers tomes du Chat du Rabbin. C'est certainement ce que vous aurez fait de mieux ces 24 dernières heures... A lire (et à voir) : le site de Joann Sfar (pour en savoir plus sur lui, tapez son prénom et son nom dans n'importe quel moteur de recherche et piochez !) A voir (et à lire) : des planches des 4 premiers albums (T1 : La Bar Mitsva, T2 : Le Malka des Lions, T3 : L'Exode, T4 : Le paradis terrestre)

Chronique | Donjon Monsters et Crépuscule

(scénarios de Joann Sfar et Lewis Trondheim, dessins d'Andreas, Bezian, Blanquet, Blutch, Kerascoët, Killoffer, Mazan, Menu, Nine, Sfar, Trondheim, Vermot Desroches, Yoann) Au cours des précédentes semaines, nous avons exploré une bonne partie de l'univers du Donjon, en commençant l'histoire par son apogée, avec les albums des séries Donjon Zénith et Donjon Parade, puis en remontant dans le temps jusqu'avant l'émergence du Donjon, avec les albums de la série Donjon Potron-Minet. Aujourd'hui, nous clôturons notre cycle de chroniques sur ce tentaculaire univers par deux nouvelles séries : Donjon Crépuscule et Donjon Monsters. Pourquoi deux séries d'un coup ? Simple : la première décrit la lente déliquescence du Donjon et l'éclatement (au sens littéral) de Terra Amata, tandis que la seconde raconte dans chacun de ses albums, un épisode de la vie d'un personnage de l'univers Donjon. Et alors ? On y arrive : pour mieux appréhender Donjon Crépuscule, mieux vaut avoir lu les albums La carte Majeure et Le Noir Seigneur, de la série des Monsters, qui expliquent le pourquoi du comment (au moins en partie...). Autant donc parler des deux séries en une seule fois... Logique, non ? Allez, on y va... Bien, nous voici donc des années après la riante période de Zénith (et plus encore après la tourbillonante période de Potron-Minet). C'est le Crépuscule du Donjon, nommé désormais la Forteresse Noire de la Géhenne sous la férule, non plus du Gardien, mais d'un certain Grand Khan. Ce seigneur impitoyable, habité par une Entité Noire, c'est Herbert, le canard pleutre des premiers épisodes. Après avoir réussi sa quête et réuni les Objets du Destin, il est devenu ce monstre assoiffé de pouvoir et destructeur. Quant au vaillant Marvin le dragon, il est désormais faible et aveugle, et connu sous le nom de Roi Poussière. Accompagné de Pipistrelle, une chauve-souris, et Marvin Rouge, un lapin teigneux et hyper-sanguin, il doit accomplir une dernière mission pour le compte des dieux. Car Terra Amata n'est plus la charmante planète que nous avons connu. Elle s'est arrêté de tourner et ses habitants en sont réduits à vivre sur une bande de terre comprise entre un désert brûlant (carconstamment éclairé par le soleil) et une zone de nuit éternelle et glacée... Vous l'aurez compris, Donjon Crépuscule parachève l'épopée du Donjon en nous dépeignant sa déchéance. Cette série donne une dimension tragique (au sens grec du terme) à l'oeuvre. Les hommes (enfin, un canard et un vieux dragon pour l'essentiel) sont confrontés à leurs destins et à leurs natures (violence contre sagesse, pouvoir contre savoir), sous le regard des dieux (dont le rôle ne paraît pas tout à fait clair...). Le dessin de Joann Sfar ajoute encore à l'ambiance "fin de monde" de cette série qui, bien que conservant une certaine dose d'humour (souvent noir), est la plus sombre de toutes et la plus "philosophique" également (on n'en attendait pas moins de Sfar). La série Donjon Monster, quant à elle, est une suite de zooms sur les personnages secondaires du Donjon dont elle nous raconte un épisode de la vie. Ces épisodes peuvent se situer à des époques très différentes et sont tous dessinés par des auteurs différents (d'où le nombre ne noms cités dans le titre de la chronique d'aujourd'hui). Alcibiade (le médecin du Donjon) vit ainsi une aventure rocambolesque dans le Géant qui pleure alors qu'on le retrouve jeune étudiant, des années auparavant, dans La nuit du tombeur, partageant la même chambrée qu'Horous (qui deviendra le nécromancien du Donjon) et Hyacinthe de Cavallère (qui deviendra le Gardien du Donjon). Alexandra (le grand amour de Hyacinthe) nous raconte sa vie (palpitante) dans Crève-coeur, Hyacinthe rencontre Marvin le dragon et sa mère dans Mon fils le tueur... Mais mon album préféré reste tout de même du Ramdam chez les brasseurs qui met en scène Grogro, l'un des sbires du Donjon (un sbire oui, mais tellement naïf, tellement attachant !). Le dernier album publié, Des soldats d'honneur, est tout aussi excellent que les précédents mais plus dans l'esprit de Donjon Crépuscule (et que les autres Monsters de la période Crépuscule). La boucle est ainsi bouclée... au moins jusqu'au prochain album ! Merci à Joann Sfar et Lewis Trondheim (ainsi qu'à tous les dessinateurs qui ont contribué ou contribueront à l'univers Donjon) pour cette oeuvre monumentale, riche, profonde, passionnante... Vous aussi, laissez-vous emporter par le tourbillon du Donjon ! A lire : l'excellente contribution de Syd sur le forum de BD Gest A voir : les fiches des albums de la série Donjon Crépuscule et Donjon Monsters. En plus, vous pourrez découvrir quelques planches pour vous donner l'eau à la bouche... A découvrir : les murmures du Donjon. Indispensable !

Chronique | Donjon Potron-Minet

scénarios de Joann Sfar et Lewis Trondheim, dessins de Christophe Blain, couleurs de Walter, aux éditions Delcourt Nous continuons notre ballade en Terra Amata, cet univers aventureux-fantastique créé par les compères Sfar et Trondheim. Cette fois-ci, c'est Christophe Blain qui prend les pinceaux pour nous entraîner du côté d'Antipolis, la capitale, énorme cité rongée par le vice et la corruption. Envoyé par son père, le jeune et naïf Hyacinthe de Cavallère y débarque  chez son oncle, le comte Frolotte, un des personnages les plus influents (et les plus corrompus) de la ville. Le petit provincial - plein d'un idéal chevaleresque dépassé - va y découvrir l'injustice et l'amour, et se transformer en une sorte de justicier maladroit en diable dénommé "la chemise de la nuit" ! A partir de là, les aventures s'enchaînent à un rythme endiablé, entre capes et épées, cavalcades nocturnes sur les toits d'Antipolis et tavernes enfumées, jeunes filles en fleurs (Horthense, Elise...) et maîtresse femme amorale (Alexandra)... Et si, au milieu de tout ce tumulte, Hyacinthe ne renonce pas à son idéal de justice ("Soyez sans crainte, fidèle Horthense, si je me bats c'est pour le vrai, le bien et le beau, pour que l'exemple de mes vertus rende cette ville d'Antipolis plus respirable... pour le panache, Horthense."), il devra choisir entre la douce Elise, sa compagne d'étude, et la fascinante Alexandra, croqueuse d'hommes et d'or... Etrangement, je vois poindre en vous l'inquiétude... Quel rapport entre ce romanesque récit "à la Alexandre Dumas" et les héroïques épopées médiévales fantastiques du Donjon Zenith et Donjon Parade que nous avons découvertes les semaines précédentes ? Dans des lieux aussi divers qu'Antipolis (tome -99 : La chemise de la Nuit), le château de son père (tome -98 : Un justicier dans l'ennui) et d'autres villes de Terra Amata (Necroville, Zaumatauxine... dans le tome -97 : Une jeunesse qui s'enfuit), et au milieux d'une foule de personnages hallucinants (des lutins, des brous, sortes de boucs-loups garous, Jean-Michel, un chat crapuleux...), le tourbillon des aventures rocambolesques de Hyacinthe de Cavallère est en fait toute la jeunesse du Gardien du Donjon ! On assiste ainsi à sa rencontre avec Alcibiade et Horous, jeunes étudiants comme lui ! On apprend d'où lui vient sa légendaire pipe (et son fabuleux tabac...) ! Et bien d'autres détails encore qui éclairent d'un jour nouveau toutes les autres aventures du Donjon ! A la lecture de Donjon Potron-Minet, vous commencerez donc à entrevoir l'étendu du monde de Terra Amata et de l'imagination de ses créateurs. Répétons-le pour les incrédules et les sceptiques : Sfar et Trondheim ont mis à jour un univers d'une richesse et d'une cohérence digne de celui de la Terre du Milieu, rien que ça. Et comme ils savent s'entourer de bons, de très bons, de très très bons compagnons dessinateurs (Larcenet, Blain...), le résultat est tout simplement stupéfiant, réjouissant et généreux ! Généreux ? Bien entendu : comment pourrait-il en être autrement lorsque l'on sait que Donjon Potron-Minet a été inventé pour permettre à Christophe Blain de collaborer à l'aventure Donjon ! Et puis, on y retrouve les petites touches de philosophie que l'on aime chez tous les auteurs qui ont traîné du côté de l'Association (le comte Florotte, répondant à son intendant à l'occasion du carnaval d'Antipolis : "Si tu savais comme je m'en fiche, mon bon Jean-Michel. Cette débauche d'effets visuels dépourvus de signification m'ennuie chaque année un peu plus. - Mais regardez, Monsieur le Comte, les gens sont très contents. - Vois-tu, Jean-Michel, c'est ce qui m'inquiète le plus" ou Hyacinthe à son père :"Les gens de ce monde moderne considèrent leurs semblables comme des outils, l'homme est pour eux un moyen, non une fin en soi. Cela laisse bien peu de place pour l'honneur, l'élégance et le panache"). Bref, quand humour rime avec intelligence... A lire (indispensable !) : la critique de Loleck et surtout la réponse et les commentaires de Joann Sfar (himself !).