Archives par mot-clé : Jean Dufaux

Info du jour | Une idée bizarre… 3e !

gotcha_uneideebizarre Une idée bizarre, une idée bizarre ? Si cela ne vous dit rien c'est que vous avez la mémoire courte (petit rappel ici). Bref, cet éditeur associatif dont le concept n'est pas aussi farfelu que son nom ne l'indique nous propose cette année de redonner une suite à une série non terminée. 22 ans après le dernier album, Une idée bizarre réunit l'intégrale de la série Gotcha de Jean Dufaux et Jean-Louis Humblet avec en plus le dernier volume inédit. Tout cela dans un album luxe numéroté. Pour les bédéphiles et les bibliophiles avertis car les livres de cet éditeur sont d'une très bonne qualité. Bref, je vous invite à découvrir toutes les informations sur le site de l'éditeur. Pendant que vous y êtes aller voir aussi le blog. Je souhaite bonne chance à Patrick et à ses collègues pour cette nouvelle aventure !

Chronique | Murena

Scénario de  Jean Dufaux Dessin de Philippe Delaby Editions Dargaud Série en cours (8 publiés à ce jour) Public : ado-adultes
Ma (pauvre) culture latine a évidemment débuté par le très classique cursus... des aventures d'Asterix le Gaulois ! Outre les très nombreuses citations latines, notamment énoncées par le second du bateau pirate, j'ai pu ainsi en apprendre un peu plus sur la vie du premier César (certes, à quelques approximations près...). Bon, j'ai encore un peu patiné avec Alix et son Jules (mais non, je ne parle pas d'Enak...). Mais il restait onze autres César à découvrir, comme me le disait encore récemment Suétone ! Bien entendu, j'aurai pu vous parler d'Auguste, de Tibère ou, mieux, de Caligula, mais bon... enfin bref... J'ai choisi de passer directement à Claude et, surtout, Néron avec la superbe série de Dufaux et Delaby. Lucius Murena, qui a donné son nom à la série, est un  jeune patricien romain que la proximité du pouvoir impérial va mener du Mont Palatin aux bouges des rives du Tibre. Cette descente aux enfers est donc  l'occasion pour nous de découvrir la Rome des règnes de Claude et de Néron. Et il faut bien reconnaître (à ma grande honte) que j'en ai plus appris au cours des huits tomes de Murena que sur les bancs de l'école ! D'autant que les auteurs ont eu l'excellente idée d'ajouter, à la fin des albums, quelques notes fort instructives qui éclairent les citations, événements et situations de l'intrigue. Mais je rassure les indécrottables cancres (auxquels je m'associe avec jubilation), Murena n'est pas qu'une longue leçon d'histoire latine. C'est surtout une suite d'aventures palpitantes. Alors je sais bien que je vous l'ai déjà vendu le truc des rebondissements, des coups de théâtre, et tout le toutim... Au cas particulier, pour une fois, vous ne serez pas déçus ! Personnellement, j'ai englouti les huits tomes de Murena à la vitesse d'un char lancé au galop autour de l'arène ! Il est vrai que la Rome antique reste certainement la capitale historique et internationnale des violents coups tordus, de la corruption généralisée au plus haut niveau de l'Etat, des cruelles intrigues, j'en passe et des meilleures. Autant dire que pour un scénariste de BD, c'est de l'or en barre (seule notre vieille Vème République pourrait rivaliser dans ce domaine...). D'ailleurs Dufaux ne s'est pas privé de saisir toutes les opportunités que lui offrait ce cadre ! Quant à Delaby, son superbe dessin sait mettre en valeur toute la beauté et la majesté de Rome, sans oublier les aspects moins nobles des coulisses impériales... L'ensemble donne une série à mon sens incontournable pour tous les bédéphiles avertis, qu'ils soient amoureux de la culture classique ou fans de péplums hollywoodiens (ou les deux !)... A lire : l'excellente chronique ("y a pas photo !" comme le dirait le Professeur Sintès...) du site http://cewcalo.over-blog.com/article-bd-murena-43732125.html A voir : un résumé de la conférence "Néron en BD" à la Sorbonne A découvrir : la bibliographie "BD" sur le thème "Au temps de Rome et de l'Empire romain" proposée par le site BD-Thèque

Dufaux/Xavier : à la croisée des talents…

Croisade - Tome 1 : Simoun Dja (scénario de Jean Dufaux, dessin de Philippe Xavier, couleurs de Jean Jacques Chagnaud, éditions Le Lombard, 2007) D'ici quelques jours (vous devrez attendre jusqu'au 23 novembre...), déboulera dans les bacs de vos libraires (et très vite, dans ceux de vos bibliothécaires) le premier tome d'une série à suivre sans faute : Croisade. Aaaahhhhh ! Je vous entends déjà gémir ! "Encore une histoire de gros bourrins chrétiens affrontant de perfides Sarrasins pour le contrôle de la Terre Sainte et de ses secrets les plus ésotériques..." ou "Encore un album sur le saint triptyque Templiers-Secrets bibliques-Assassinats en série..." ou que sais-je encore ! Certes, Croisade mêle le fantastique à l'Histoire. Mais de manière habile et intelligente. Certes, il y est question - nécessairement - de l'affrontement entre les hordes chrétiennes et les hordes musulmanes. Mais, l'originalité de Croisade repose principalement sur le fait que l'histoire que nous raconte Jean Dufaux (dont le talent de conteur n'est plus à démontrer) concerne d'abord l'affrontement entre le Bien et le Mal. "Ah ? Et c'est ça l'originalité ?". Oui, car les forces du Bien et du Mal se distribuent équitablement dans chaque camps. Et le Diable, aussi nommé Qua'dj, rôde sur les champs de bataille en même temps que la Lumière des Martyrs ou les terribles Simoun Dja, ces vents violent qui dévastent et englutissent tout (même une armée) sur leur passage. Dans cette nouvelle distribution des rôles, le jeune Gauthier de Flandres répond ainsi à l'aguerri Sultan Ab'Dul Razim (mieux connu en Europe sous le redouté nom de Saladin) : ces hommes pieux (mais pas fanatiques), chefs de guerre et chefs politiques (mais ni sanguinaires, ni autocrates) jouent tous deux du côté du Bien et s'opposent - chacun à leur manière - au redoutable Duc de Tarentes, dont l'ambition meurtrière précipitera bien des hommes en enfer... Jean Dufaux réussit ainsi à parler de la troisième croisade (fin du XIIème siècle de l'ère chrétienne) sans retomber dans les poncifs du genre (les bons chrétiens contre les mauvais sarrasins). Du coup, son récit se pare de valeurs universelles bien utiles en ces périodes troublées... Pour autant, l'originalité de la trame romanesque ne nuit pas à l'action, superbement restituée par un Philippe Xavier totalement libre de son trait et de sa mise ne scène. Il nous gâte même de quelques séquences en Cinemascope et Technicolor (merci à Jean Jacques Chagnaud pour ses magnifiques couleurs...), dont certaines, au coeur de l'album, sont anthologiques ! Bref, aussi bien les fanatiques de grandes épopées historico-fantastiques que les amoureux de beaux récits trouveront leur bonheur dans Croisade, un album grâce auquel Jean Dufaux et Philippe Xavier réussisent, chacun dans leur domaine, à renouveler un genre souvent très classique. En tout cas, pour IDDBD, Croisade est sans aucun doute possible la série n°1 de sa catégorie... A savoir : du 22 novembre au 15 décembre 2007, la Librairie-Galerie "La Main Blanche" (373, chaussée de Bruxelles - 1410 Waterloo - site web : http://www.lamainblanche.com) organise une exposition consacrée à Croisade. Au menu : planches originales, croquis et dessins encrés. Le vernissage (réservations : ccrickx@hotmail.com) aura lieu le 22 novembre à partir de 19h...

A savoir (aussi) : Philippe Xavier sera en dédicace vendredi 23 novembre 2007 à BD Fugue Lille, samedi 24 novembre à BD Fugue Besançon. Le jeudi 29 novembre à BD Fugue Lyon et le vendredi 30 novembre 2007 à BD Fugue Annecy, ainsi que le 14 décembre à BD Fugue Nice, Philippe Xavier dédicacera en présence de Jean Dufaux !

A savoir (enfin) : le tome 2 de Croisade est prevu pour mai -juin 2008...

A visiter : les blogs de Philippe Xavier. Le premier a cédé la place au second, entièrement dédié à Croisade.

A visiter (aussi) : le site de Croisade chez Le Lombard

 

God save the ligne…

Les Rochester (scénario de Jean Dufaux, dessin de Philippe Wurm, éditions Dupuis)

Voilà de la BD franco-belge comme on l’aime (aussi) sur IDDBD : scénario équilibré (en 48 pages, l’histoire se tient, sans "creux narratifs"), dessin "ligne claire" classique qui devrait plaire à un large public peu coutumier (ou peu amateur) de la BD dite expressive, et personnages attachants, garants d’une bonne série.

Après ces considérations "pseudo-intellos", que dire de plus des Rochester ? Que cette série (5 tomes à ce jour) est moins lisse qu’il n’y paraît de prime abord. Certes, les personnages, John Lord et Lady Elza Rochester sont un peu caricaturaux car de natures très contrastées : alors que les manières de John ne peuvent absolument pas le faire passer pour un Lord (malgré son patronyme), Lady Rochester, elle, dispose de tous les attributs inhérents à son rang (beauté et classe naturelles, élocution parfaite, bonne manières, éducation et relations aristocratiques…). Que font donc ces deux là ensembles ? Mariés après un coup de folie de la Lady, ils se sont rapidement séparés… sauf lorsqu’il s’agit de mener l’enquête ! Cette situation de départ permet ainsi à Jean Dufaux de faire évoluer son duo de détectives dans tous les milieux sociaux qui peuplent l’Angleterre et de montrer (de critiquer ?) leurs relations (aristocrates, bourgeois, ouvriers, domestiques, immigrés…), sans que l’on sache précisément d’ailleurs s’il s’agit de l’Angleterre d’aujourd’hui, d’hier ou de demain : l’auteur mêle habilement des éléments disparates qui donnent un effet assez intemporel à la série (lui assurant ainsi de pouvoir durer plus longtemps sans se démoder…).

Outre leur aspect sociologique, les enquêtes des Rochester présentent une deuxième qualité : elles sont facilement compréhensibles par une large majorité de lecteurs potentiel. Nul besoin de se creuser la cervelle en essayant de suivre les digressions "politico-financiéro-stratégico-militaro-criminelles" de certaines série. Ici, les situations s’appréhendent aisément, les actions s’enchaînent sur un rythme qui permet de ne jamais lâcher le fil conducteur, sans pour autant que la chute soit téléphonée. En bon deus ex-machina, Jean Dufaux maîtrise ses rebondissements et ses retournements de situation, n’hésitant pas à faire disparaître (violemment) certains personnages principaux !

Si vous ajoutez à ce cocktail tonic (sans maux de tête à la clé) le dessin impeccable de Philippe Wurm, vous obtenez ce que l’on annonçait en début de chronique : Les Rochester est assurément un futur « grand classique » franco-belge, plaisant à lire, ouvert à un large public (même non bédéphile) qui y (re)trouvera ce qui faisait le sel de séries « historiques » plus anciennes…

A lire : la fiche album de la série (avec des liens vers chacun des 5 premiers tomes) sur le site des éditions Dupuis

A lire : les biographies des deux auteurs sur le site Casterman (chez qui ont été publiés les deux premiers tomes de la série ! Voyez la couverture du tome 1 à droite...)

Dixie Road

(scénario de Jean Dufaux, dessin de Hugues Labiano, couleurs de Marie-Paule Alluard, éditions Dargaud) Bien sûr qu'il y a un peu des Raisins de la Colère dans Dixie Road : comment pourrait-il en aller autrement dès lors que l'on situe une action dans cette Amérique des années 30, totalement ravagée par la misère sociale et morale qui poussent les métayers, les ouvriers agricoles, les petites gens sur la route, toujours plus loin... Bien sûr qu'il y a aussi du Bonnie Parker & Clyde Barrows dans Dixie Road : face à l'insoutenable injustice des grands propriétaires terriens, le couple Jones et leur fille Dixie représentent pour les exclus du bord de la route un espoir de liberté à défaut d'être un modèle de moralité. Ils attaquent les banques (enfin, surtout Jones) mais redistribuent leur butin tout en gardant en tête l'American Way of Life vanté sur les affiches publicitaires... Mais réduire Dixie Road à un erzats de Steinbeck ou à une ressucée de Robin des Bois moderne serait passer à côté de cette BD construite comme un véritable road movie (cadrages compris), à la fois peinture sociale des USA d'avant guerre, récit initatique pour la jeune Dixie, trimballée par des parents à la recherche d'une certaine liberté, véritable (et crédible) histoire d'amour, thriller habilement rebondissant... Le scénario de Dufaux est digne de celui d'un film américain (et c'est un compliment...) et le dessin réaliste de Labiano rend parfaitement à la fois les ambiances du Sud et l'action. Allez chers lecteurs, la route est là qui vous attend... A lire : l'interview de Jean Dufaux et Hugues Labiano sur bdparadisio.com