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Lily, Jeanne et les autres…

Lily Love Peacock (scénario et dessins de Fred Bernard, Casterman, Collection Ecritures, 2006) Bon je sais, les fidèles lecteurs d'IDDBD se souviennent encore de la super chronique de Mike spéciale "femmes en BD". Dans cette séléction, on trouvait déjà Lily Love Peacock. Non, je ne suis pas en panne d'inspiration concernant mes chroniques mais ma femme (que Franquin la bénisse) vient de m'offrir cet album et je dois avouer que je n'en reviens toujours pas. Les fidèles lecteurs d'IDDBD (et oui encore eux) se souviennent peut-être de la chronique sur Les aventures de Jeanne Picquigny (de Fred Bernard), jeune aventurière à la sensualité incomparable. Lily Love Peacock est la petite fille de Jeanne et elle a hérité de la grâce, de la beauté et du caractère incomparable de sa grand-mère. Lily est, au début de l'album, mannequin de classe internationale, elle sillone le monde pour les défilés, photos et autres obligations. Mais dans cet univers particulier, elle s'est perdue peu à peu. Jusqu'au jour où elle rencontre Rubis, une jeune femme blonde et coiffeuse, meneuse d'un groupe de rock. Cette rencontre emmène Jeanne... euh Lily sur les chemins d'une nouvelle vie mais aussi du souvenir et du retour aux sources. Histoire d'amitié, histoire d'un renouveau, que dire sinon qu'avec Lily Love Peacock nous tenons un chef d'oeuvre entre les mains. Encore un titre qui rejoint les 40 albums de mon Top10 ! Le dessin et le scénario de Fred Bernard sont en harmonie totale : doux, sensuel, étrange, rythmé. En ajoutant que le scénario est intelligent, fonctionnant autour des liens entre le passé (même méconnu) et le présent nous tenons la formidable histoire d'une formidable héroïne, bref un très grand moment de lecture ! C'est pour des lectures comme ça qu'on aime la BD ! A lire : un entretien avec Fred Bernard

Jolie découverte

Ce qu’il en reste (scénario de Loïc Dauvillier, dessins de Jérôme d'Aviau, Editions Les enfants rouges, février 2007) Au hasard des discussions avec des lecteurs de la bibliothèque, on a parfois de belles surprises. Certains nous parlent de leur blog et on se retrouve à écrire dedans quelques mois plus tard, d’autres nous propose des lectures. Et c’est ainsi que Ce qu’il en reste m’est tombé entre les mains. 1100 exemplaires au premier tirage, une maison d’édition inconnue (pour moi en tout cas), un format à l’italienne (plus large que haut), des cases et des textes en alternance, voilà qui aiguise la curiosité. Ce qu’il en reste raconte une relation tumultueuse ou plutôt une non-relation. Théo est un apprenti écrivain travaillant sur un premier roman. Mais son activité l’empêche de voir le monde autour de lui, et sa copine en particulier. Son incroyable immobilité (dans le fauteuil de son appart’) contraste avec les mouvements incessants de son amie. Rien de bien nouveau me dira-t-on, oui mais… La forme du récit est intéressante car cet album mêle long passage du roman écrit par Théo et pur moment de grâce graphique par l’intermédiaire de Jérôme d'Aviau. Une histoire simple mais bien menée, surprenante en tout cas que je vous conseille de lire si vous le voyez passer sous votre nez. A noter que Ce qu’il en reste est un album introductif au récit Théo prévu en 2008 (lu sur le site des éditeurs). On le suivra avec intérêt ! A découvrir : le site des Enfants rouges

Le combat ordinaire T3 : Ce qui est précieux

(scénario et dessin de Manu Larcenet, couleurs de Patrice Larcenet, éditions Dargaud) Vous le savez si vous êtes déjà venu sur IDDBD (et vous le découvrirez si c'est la première fois...) : on est FAN du travail de Manu Larcenet. La chronique que vous vous apprêtez à lire est donc non seulement totalement subjective (comme toutes les autres d'ailleurs...) mais aussi totalement dithyrambique ! Il n'empêche que tout ce que vous allez lire est totalement fondé (je sais, ça fait beaucoup de totalement mais c'est comme ça...). Ces précautions oratoires posées, le troisième tome du Combat ordinaire, intitulé Ce qui est précieux, est à la hauteur des deux précédents (ça, ce n'est pas une surprise...). Il est même un cran au-dessus en ce sens qu'il constitue une sorte de point d'orgue dans le déroulement de l'histoire de Marco Louis, ce photographe trentenaire qui vient de perdre son père dans des circonstances dramatiques (l'homme, atteint de la maladie d'Alzheimer, s'est suicidé...) et dont la compagne, Emilie, attend de lui qu'il veuille bien lui faire un enfant... Sa nouvelle rencontre avec l'ancien officier parachutiste qui avait connu son père durant la guerre d'Algérie est un autre moment crucial de l'histoire. On y apprend bien des choses sur la nature humaine, celle des autres et la nôtre (nos jugements sur les gens notamment, parfois un peu expéditifs, parfois un peu trop définitifs...). Et puis, il faudrait parler des relations avec la mère de Marco, décrites avec une délicatesse rare, et les moments de rigolades aussi, contrepoids aux planches les plus sombres d'un Manu Larcenet plus qu'inspiré, habité par son sujet. Ce qui est précieux est un peu le combat ordinaire et universel de la vie (l'enfant désiré) contre la mort (du père, des illusions, d'une part d'enfance). C'est aussi toutes ces petites choses, anodines en apparence, qui font que l'on continue à vivre malgré les pertes et les douleurs... Nous disions que Manu Larcenet est un humaniste, un vrai. Il le confirme de manière magistrale dans ce troisième tome... Cerise sur le gâteau : le DVD Des instants précieux qui accompagne l'album. Réalisé par Sam Diallo et Laurent Beaufils, il nous entraîne à la suite d'un Manu Larcenet particulièrement bavard (que c'est bon !) sur son travail, sur la façon qu'il a eu d'aborder cet album... Filmé à la manière de l'émission belge Streap Tease (c'est-à-dire sans commentaires), ce DVD est un pur moment de bonheur (y compris les bonus...) et un complément indispensabe aux fans et aux autres (c'est toujours intéressant de voir un artiste travailler...). Merci à vous messieurs Diallo et Beaufils ! A lire : la chronique d'IDDBD sur les deux premiers tomes A visiter : le blog de Manu Larcenet où l'on apprend, entre autre, que le tome 4 du Retour à la terre est fini ! On l'attend avec impatience !

L’orme du caucase

(de Jirô Taniguchi, d'après l’œuvre de Ryûchirô Utsumi, édité chez Casterman Ecritures en 2004) Vous avez certainement déjà entendu parler de Jirô Taniguchi. Même si pour certains d'entre vous son nom n'est pas familier, les titres de certaines de ses oeuvres publiées en France vous rappelleront quelque chose : L'homme qui marche, Le journal de mon père, Quartier lointain (qui a obtenu, en 2003, l'Alph'Art du meilleur scénario à Angoulême et le prix Canal BD des librairies spécialisées), Le Sommet des dieux (récompensé en 2005 où il a reçu, également à Angoulême, le prix du meilleur dessin)... Enfin, à la limite peu importe. Après avoir lu le recueil auquel s'intéresse aujourd'hui IDDBD, vous aurez de toute façon envie de découvrir tous les autres. Car Jirô Taniguchi est un grand, grand auteur contemporain. N'ayons pas peur des comparaisons : il est à la BD ce que Raymond Carver est à la littérature. Si vous en doutez, lisez-donc (ou relisez) L'orme du caucase. Ce recueil de nouvelles est scénarisé et dessiné d'après l'oeuvre de l'écrivain japonais Ryûchirô Utsumi par un Jirô Taniguchi tout en nuances, en petites touches d'émotions, fragiles et éphémères comme les feuilles de l'orme du titre. C'est une oeuvre initimiste qui explore avec délicatesse les relations familiales et le temps qui passe. C'est un chapelet d'histoires toutes plus attachantes les unes que les autres dont on ressort bouleversé. C'est aussi une très bonne introduction à l'oeuvre de ce mangaka atypique, baigné de culture européenne, dont le trait et le propos sont aux antipodes de l'image qu'ont la plupart des lecteurs occidentaux de la BD japonaise. Vous l'aurez compris, L'orme du caucase est un album indispensable. Un bijou finement ciselé. A lire : la biographie (courte) de Jirô Taniguchi sur le site de Casterman, une bibliographie (longue) surWikipédia, et un article (excellent) sur animeland.com A visiter : un site de fan sur Jirô Taniguchi