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Le rêve mexicain

(scénario de Ramon de Espana, dessin de Bartolomé Segui, aux éditions Paquet, collection Ink) Voilà un album à lire par un temps pluvieux, bien lové dans un canapé. Un peu comme lorsqu'on s'apprête à regarder un bon DVD à la télé. Car Le rêve mexicain ressemble furieusement à un road-movie à l'américaine, mais avec une petite spanish touch qui fait toute la différence (vous savez, ce politiquement incorrect que l'on retrouve dans les films de la movida). Remarquez, c'est plutôt normal pour un album scénarisé par un écrivain et cinéaste espagnol, Ramon de Espana (prononcez "espagna"), et dessiné par un artiste au trait nerveux et inspiré, Bartolomé Segui... Mais Le rêve mexicain n'est pas seulement un road-movie, c'est aussi une histoire de retour et de retrouvailles, puis de pertes, définitives pour certaines. Mais n'anticipons pas et commençons par le commencement... Oscar a disparu depuis huit ans. Nul ne sait où il est parti. Un beau jour, il débarque d'un bateau à Barcelone, pique une bagnole américaine (forcément !), retrouve son vieil ami Carlos, publicitaire à la dérive, et l'entraîne dans une ballade rocambolesque qui les conduira tous deux de leur ancienne école communale à l'île de Minorque, poursuivis par deux malfrats énervés. Arrivé à Minorque, Oscar retrouve sa femme et son fils... ainsi qu'une toile de grande valeur qu'il échange contre une mallette de plusieurs millions d'euros. Mallette de billets + malfrats énervés = gros pépins pour Oscar... sa femme, son fils et son ami Carlos. L'équation est imparable, tout comme le dénouement est implacable. Et Le rêve mexicain tourne rapidement au cauchemard espagnol... Le récit de Ramon de Espana est tendu comme une corde et le dénouement claque comme un fouet, de même que le très beau et très efficace dessin en noir et blanc de Bartolomé Segui. A lire : la fiche-album sur le site des éditions Paquet A lire : la bio express de Ramon de Espana et celle de Bartolomé Segui sur le site Claire de bulle. A visiter : le site de Bartolomé Segui, et plus particulièrement les fiches consacrées à l'album Le rêve mexicain (El sueno de Mexico, en espagnol) A lire (en espagnol) : l'interview de Bartolomé Segui par Extranino (bientôt traduite en français).  

Mariée par correspondance

(scénario et dessin de Mark Kalesniko, aux éditions Paquet, collection Ink Cette chronique est certainement la plus difficile que j'ai eu à écrire. J'ai l'impression d'avoir effacé mille fois mes premières phrases, d'avoir réécrit un millier de fois encore mes impressions, tout ça sans réussir à trouver les mots justes pour décrire la bouleversante beauté de Mariée par correspondance. Ce roman graphique canadien (le troisième publié par Mark Kalesniko) m'a fait l'effet d'un coup de poing. Après sa lecture, comment parler de Monty Wheeler, lâche onaniste de 39 ans, obsédé par ses fantasmes immatures d'éternel enfant, et de sa femme Kyung Seo, jeune coréenne avide de liberté, venu le rejoindre au Canada pour l'épouser après avoir été choisie sur un catalogue ? Comment décrire toute la profondeur du propos, l'intensité des émotions et des sentiments qui submergent à la fois les protagonistes et les lecteurs ? Comment dissiper ce malaise ressenti à la lecture des dernières pages, lorsqu'on prend tout à coup conscience de ce qu'a voulu nous dire Mark Kalesniko ? Alors, que dire ? Qu'il est question, dans Mariée par correspondance, de détresse morale et de renoncement. Mais attention à ne pas trop vite coller des étiquettes. Attention à ne pas se lover confortablement dans nos a priori rassurants. Bien sûr, on ressent comme une évidence la détresse morale puis le renoncement de Kyung Seo face à la cruauté égoïste de son mari. Mais la force de Mark Kalesniko est de rebattre toutes les cartes à la fin de son roman, et de nous jeter à la figure cette vérité toute simple : les apparences sont parfois trompeuses, ou tout au moins incomplètes. Sans avoir l'indécence de minimiser les douleurs de Kyung, Kalesniko nous donne à (entre)voir celles de Monty. Et même si l'on ne peut s'empêcher de mépriser cet homme, de le juger, Kalesniko nous force au moins à entendre le plaidoyer de la défense... En définitive, Mariée par correspondance est une histoire d'affrontement : celui de deux cultures, celui de deux rêves que la réalité ne peut qu'anéantir, celui de deux êtres qui ne vivent qu'à travers les fantasmes qu'ils projettent sur l'autre. Le trait de Mark Kalesniko est à l'image de son propos : violent et subtil. Là aussi, il vous demandera d'aller au-delà des apparences. Mais ensuite, quelle claque ! A lire et à voir : le pitch et un extrait sur le site des éditions Paquet A lire : l'excellente chronique de Marie sur sceneario.com, ainsi que celles, tout aussi intéressantes, d'Aurèle Wehrlin sur lafactory.com et de Cathe sur son blog Les routes de l'imaginaire. A lire : l'interview de Mark Kalesniko sur bruitdebulles.com A lire : la biographie abrégée de Mark Kalesniko sur bedetheque.com