Archives par mot-clé : Humour

Carnet du Pérou (Fabcaro)

En juillet 2012, Fabcaro entame un voyage vers le Pérou. Au grès de ses déplacements, il découvre un pays, un peuple et une culture qui lui étaient encore inconnus. De ce voyage est né un carnet. Un regard neuf d’occidental sur un monde nouveau. Une vision inédite et personnelle… Personnelle, oui, c’est bien le mot. Continuer la lecture de Carnet du Pérou (Fabcaro)

Maurice & Patapon (Charb)

Maurice & Patapon sont un peu comme Johan et Pirlouit Laurel & Hardy, Véronique & Davina, Black & Decker ou encore le père Lustucru et la mère Michèle. Ils forment un couple indissociable dans nos esprits instruits d’amateurs des belles choses, un grand couple de la littérature graphique française contemporaine, une des formes les plus méritoires de la bandéssinitude du 21e siècle, héritier direct de Töpffer, Pratt ou autres Moebius… Bref, c’est l’ultime forme de l’art séquentiel. Continuer la lecture de Maurice & Patapon (Charb)

Les vieux fourneaux (Lupano & Cauuet)

Antoine, Emile et Pierre sont de vieux amis, de très vieux amis, de très très très vieux amis même. Ancien syndicaliste, vieil aventurier ou anarchiste profond, ils ont tous les trois des personnalités et des caractères bien particuliers. A la mort de Lucette, la femme d’Antoine, ils se retrouvent après des années sans se voir… mais ce n’est pas l’unique évènement. En effet, un secret vieux de plusieurs dizaines d’années se révèle… et lance nos camarades sur les routes accompagnées de Sophie, petite-fille d’Antoine, enceinte… et qui a hérité du bon caractère de sa grand-mère (c’est de famille). Continuer la lecture de Les vieux fourneaux (Lupano & Cauuet)

City Hunter (Tsukasa Hojo)

Quand vous n’avez plus d’espoir, que la justice ou la police ne peuvent plus vous aider, alors laissez le message XYZ à la gare de Shinjuku. Car dans la jungle du quartier tokyoïte, le duo City Hunter règle les affaires sensibles. Derrière ce pseudonyme se cache le sage Hideyuki Makimura et l’exubérant Ryo Saeba. Un duo de choc dans une ville menacée par les cartels de la drogue sud-américains. Continuer la lecture de City Hunter (Tsukasa Hojo)

Chronique | GTO : Great Teacher Onizuka (Toru Fujisawa)

Eikichi Onizuka, 22 ans, toujours puceau ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie. Par un improbable concours de circonstance, il devient enseignant stagiaire dans un collège privée très réputé ? Mais comment lui, issu d'une université de 5e catégorie, ancien chef de gang bosozoku (motards), va-t-il faire face aux élèves, enseignants et parents qui veulent tous sa peau ? Avec fantaisie, humour, inventivité... et pas mal de surprises. Continuer la lecture de Chronique | GTO : Great Teacher Onizuka (Toru Fujisawa)

Le guide du mauvais père T1 & 2 (Guy Delisle)

Guy Delisle est un artiste- voyageur-dessinateur. Entre BD et animation, il s'est promené sur toute la planète et s'est lui-même mis en scène dans des albums autobiographiques. Mais qui est-il dans l'intimité ? Avec sa famille ? Et surtout quel père est-il ? Voici un début de réponse… Continuer la lecture de Le guide du mauvais père T1 & 2 (Guy Delisle)

Chronique | Machine Gum (John Martz)

machine_gum3 Un petit robot traine au milieu d'une planche, il est seul. Devant lui, il y a un dessinateur un peu fou qui va lui faire vivre un tas d'expériences farfelues. Bref, Machine Gum est un livre à part. Pas tout à fait un comics strip, pas tout à fait un recueil de dessin c'est... Machine Gum quoi ! Quand j'ai reçu par la poste ce petit livre vert avec le tampon La Pastèque, j'ai été intrigué : format poche, pas de textes, bichromie et une sorte d'empilage de formes géométriques pourvu de 4 membres comme personnage principal. Je ne sais plus quand j'ai lu ce livre, ni où, mais je me souviens très bien de mes impressions de lecture. Au début, j'étais vaguement intéressé. Le petit robot marche avec un walkman sur les oreilles et tombent ensuite dans un trou... d'accord... Ok... J'espère que ça va évoluer parce que bon... J'ai autre chose à lire là. Quelques pages plus loin, le robot est juste un point noir, se tranforme en point noir entouré d'un cercle, puis un cercle avec des bras et des jambes, tout cela jusqu'à reprendre sa forme normale. Le robot avait grandi sous mes yeux en 6 petites cases. Je trouvais cela simple mais très juste, sans fausses notes. La magie commençait. Ma lecture continua, je ne vais pas vous en faire un résumé, mais peu à peu j'étais entrainé dans un univers un peu fou où ce petit robot devient un sujet de pure expérience pour son dessinateur. J'étais, pas vraiment conquis, mais fasciné par cette suite de saynètes joyeusement dérangés, drôles et sans véritables fils conducteurs et surtout, par le plaisir visible de l'auteur. Un vrai jeu graphique.
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Je crois qu'on appelle ça déconstruire le personnage

John Martz, auteur de bande dessinée et surtout illustrateur pour le Globe and Mail, un grand journal canadien anglophone de Toronto, propose donc un petit OVNI avec ce Machine Gum sorti dont ne sait où. Du canada encore. Comme le souligne Mitchull dans sa chronique d'Alex de Kalesniko (spéciale dédicace à Mo'), ce pays nous propose depuis plusieurs années des auteurs particulièrement intéressants. Je vous laisse le lire, il écrit beaucoup mieux que moi à ce sujet.
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C'était l'histoire de l'illustrateur fou

Pour en revenir à Machine Gum, John Martz nous propose surtout un exercice de style sympathique et audacieux qui joue avec les codes de la bande dessinée sans se prendre au sérieux. On sent la maîtrise du genre, du style, du dessin mais ici, pas l'ombre d'une Oubapo, juste le plaisir de faire, de jouer comme un gosse avec un personnage de papier. Il n'y a aucune contrainte dans son travail, il peut passer d'une planche à une autre d'une case unique à des strips de 2, 3, 4, 6 cases ou même complètement déborder ces dernières. Ce travail fait juste plaisir à voir même si ce genre de livre a besoin de plusieurs lectures - ou disons parcours de lecture - pour être pleinement apprécié. Mais heureusement, cela se lit très vite et il est facile d'en picorer des petits moments à vos heures perdues. Évidemment, ce titre ne va pas révolutionner la bande dessinée mais il vous permettra de passer un moment qui vous flattera l’œil en même temps que le cerveau sensible, celui qui oublie un peu la raison. Et de nos jours, ça ne peut pas faire de mal.

Pour finir, au même titre que la collection de flip-book des éditions FLBLB, Machine Gum est aussi un livre parfait pour faire découvrir une forme différente de BD aux plus jeunes. Le message est simple, drôle et en plus, le robot est plutôt attachant. En tout cas, mes filles ont adoré.
Un petit ex-libris de Michel Rabagliati pour fêter ça !
Un petit ex-libris de Michel Rabagliati pour fêter les 15 ans de l'édteur
Je profite de cette première chronique de la saison pour souhaiter un très bon anniversaire aux éditions La Pastèque. 15 ans que l'éditeur québecois nous fait découvrir la crême de la BD canadienne ! Je prends toujours un certain plaisir à découvrir leurs livres, non seulement parce qu'ils ont bon goût mais qu'en plus ils ont le souci du travail d'éditeur bien fait. Beau dedans, beau dehors. Chapeau bas à ces messieurs-dames et à dans 15 ans ! A découvrir : la fiche auteur sur le site de La Pastèque (profitez-en pour regarder leur catalogue, je ne dis pas QUE des bétises !) A voir : la partie du site de Johan Martz consacré à Machine Gum machine_gumMachine Gum (one-shot) Scénario et dessins : John Martz (Canada) Editions : La Pastèque, 2013 Public : Tout public Pour les bibliothécaires : Un bon petit livre, pas simple à faire sortir. Moi, je dis oui mais avec un budget correct et un public "ouvert"

Chronique | Boris : l’intégrale (Rémy Simard)

boris-couv_bandeauBoris est un bébé comme les autres. Enfin... Sa sœur cherche à l’éliminer, il parle avec sa plante carnivore et son bonhomme de neige qui ne fond jamais… Son créateur - non pas son père - est l’une des figures de la bande dessinée québécoise. Dans la grande tradition du comics strips, Rémy Simard nous offre les mini-aventures d’un mini-héros.

Une grande figure de la BD québecoise

Bon j’avoue, je ne connaissais pas Rémy Simard avant d’aller consulter sa biographie sur BD gest’ en préparant cette chronique. Et j’ai été très surpris ! En effet, à la lecture de Boris, je ne pensais pas découvrir un auteur avec autant d’expérience. Son trait est en effet très moderne et j’irais même jusqu'à dire quasi-informatique. J’ai même pensé à un moment à une forme de dessin vectoriel. Noir, gris et bleu, voici les seules couleurs qui ornent les planches des aventures de ce petit garçon.

En fait, Rémy Simard a tout fait en bande dessinée, en littérature jeunesse et en pleins d'autres choses ! Éditeurs, illustrateurs, romanciers, président de l’association des auteurs de bande dessinée québecoise, bref cet auteur est un grand "monsieur" outre-Atlantique. Je suis assez loin du jeune créateur débordant d’énergie et de motivation que j’imaginais.boris-strip2

Strip toujours

Vous qui suivez IDDBD depuis longtemps, savez que le strip est un des genres que j’apprécie le plus. Pour moi, c’est le haïku de la BD, l’optimisation de l’humour en quelques cases. Les grands auteurs sont légions et nombreux sont à mon panthéon personnel. Pêle-mêle on citera Liniers (chez La Pastèque également), Quino (Mafalda, la meilleure BD du monde), Charles M.Schulz (et ses Peanuts, la meilleure BD du monde… oui celle-ci aussi)… Allez, je passe sur la question mais c’est dire si je porte un regard curieux sur les nouveaux albums de cette forme. Rémy Simard nous fait entrer dans cette grande tradition en maniant un humour très particulier basé sans cesse sur le décalage. Entre le comique de situation, Boris s’imaginant sa vie d’adulte avec sa vision d’enfant, et une espèce de folie douce qui fait partir les mini-récits dans l’absurde. Le lecteur se retrouve baladé dans des séries de strips qui se répondent et ajoutent encore un peu plus des situations cocasses à des jeux de mots qui parfois laissent le lecteur non-québecois un peu sur la touche. C’est un peu le problème du genre, il s’inscrit souvent dans la culture populaire de son pays.boris-strip1

Une fleur nommée Paulette

Et Boris est véritablement une œuvre de comics strip. Jamais on ne sort du schéma 2, 3 ou 4 bandes. Ce qui est d’ailleurs un peu la limite de cette œuvre. Cette intégrale compte 204 planches de 3 strips. Je vous laisse faire le calcul. Du coup, parfois, la cadence peut provoquer l’ennui. Oui, malgré la qualité de l’auteur, je n’ai pas réussi à lire l'album d’une seule traite. Pourtant, Rémy Simard, même s’il joue parfois sur le comique de répétition, ajoute pas mal de détails qui transforment peu à peu les aventures de Boris. Pour preuve, l’étonnante galerie de personnages secondaires. On part de la famille proche, les parents et la sœur (la plus mauvaise élève du Québec sans doute), pour aller vers le bonhomme de neige, un orignal qui se prend pour une truite et une plante carnivore prénommée Paulette... Et non, je n'ai absolument pris aucun psychotropes en rédigeant la phrase précédente. Je remercie les éditions La Pastèque pour cette découverte d’un auteur majeur de la bande dessinée québecoise. Avec Boris, vous passerez un bon moment si vous appréciez le genre comic-strip. Toutefois, la lecture doit se faire par touches car l’univers est quand même bien particulier.
boris-couvBoris : l’intégrale (one-shot) Dessins et scénario : Rémy Simard (Canada, Québec) Editions : La Pastèque, 2012 Public : enfants, ados, adultes, ça dépendra des histoires Pour les bibliothécaires : une bonne façon de faire découvrir un auteur québecois important.

Chronique | Boule à Zéro T.1 (Serge Ernst & Zidrou)

Comment aborder des sujets difficiles comme la mort ou la maladie quand ils touchent les enfants ? Avec gravité à la manière d’un Cyril Pedrosa ou avec légèreté ou humour comme dans Boule à Zéro. Pari risqué pour le duo Ernst et Zidrou.

Je vous parle d’un temps…

Je crois que je vieillis. Au temps de ma splendeur, jamais au grand jamais je n’aurais enchaîné deux véritables chroniques sur des albums jeunesses. Ou alors c’est la faute de ma douce, bibliothécaire jeunesse de son état, qui m’influence un peu trop dans mes lectures ces derniers temps. Non, j’aime à croire que c’est un hasard qui m’a poussé à ouvrir cet album. Pourtant, graphiquement il baigne dans l’esprit « BD-à-papa » des années 80-début 90. Genre qui m’attire de moins en moins. Même les pseudos de ses auteurs ont un petit goût de madeleine de Proust rappelant l’époque où je lisais les albums Dupuis avec la liste des séries classées par héros à la fin des albums. Entre Tif et Tondu, Poussy, Yoko Tsuno… à l’époque les Tuniques bleues n’avaient qu’une petite dizaine de tomes. Je vieillis, vous dis-je ! Et pourtant, nous sommes pas chez Dupuis mais chez Bamboo. Là encore, vous m'auriez dit il y a quelques années que je ferais des éloges à un album de cette maison d'édition... Mais là, il faut reconnaître le très bon choix de cet éditeur. Soyons honnête et reconnaissons notre mauvaise foi légendaire. Mais revenons au dessin car Ernst s’inscrit directement dans la mouvance graphique de cette époque plus ancienne par son classicisme absolu dans l’imaginaire humoristique de la BD franco-belge. Même si au premier abord je ne suis plus vraiment amateur de ce genre de dessin, je dois reconnaître son efficacité et surtout la stabilité qu’il apporte dans une histoire tout à fait particulière par son thème et la manière de l'aborder.

Urgences (sans George mais le cœur y est…)

Durant le premier volume de cette série, nous rencontrons une petite héroïne bien particulière. Elle s’appelle Zita, dite « Boule à Zéro ». Cette fille de 13 ans vit à l’hôpital La Gaufre depuis plusieurs années car elle est atteinte d’une leucémie. Ouah ! Mais dans les bandes dessinées de ma jeunesse, les héroïnes étaient toujours fraîches et en forme ! Elles gambadaient dans des petites robes (ou en scaphandre spatial), elle attrapait un méchant, rarement un rhume et au grand jamais une maladie grave. Quand je vous disais que le scénariste prenait des risques. Ici, Zita est chez elle. Elle connaît tout le monde et tout le monde la connaît. Ses amis, tous malades également, portent tous des surnoms amusants (Supermalade qui a une maladie rare, Wilfrite le grand brûlé, Puzzle…). Cette année, Zita fête ses 13 ans et parcourt l’hôpîtal entier pour distribuer ses invitations pour sa fête d’anniversaire. Prétexte entendu pour nous faire découvrir le petit monde de l’hôpital, véritable ville dans la ville, et surtout pour enchainer gags et bons mots à la vitesse de l’éclair. Il y a du rythme, on se laisse porter car cette bande dessinée destinée à un jeune public est une vraie réussite. Comme vous avez pu le constater son histoire est très simple et tiens surtout sur le personnage de cette petite fille malade à la fois joyeuse et tourmentée, vivante et pourtant proche de la mort (d’ailleurs la lettre d’introduction à Madame la mort est magnifique). Cette petite Zita, on l’aime pour son caractère et son inventivité. Elle représente bien cette communauté. Car, ce qui frappe dans Boule à Zéro, c’est cette énergie et cet espoir qui en émanent. Il y a une forme d’attitude positive en même temps qu’une vigilance de tous les instants. Non, ce n’est pas rose mais il y a de la joie quand même. Le message est positif car au-delà de la maladie et de la mort, c’est l’amitié, l’amour, le rire, bref la vie qui ressortent. Zidrou, connut surtout pour son élève Ducobu (et les Crannibales) montrent toute l’étendue de son talent de scénariste dans ce premier volume. Sélectionné dans les albums de l’été par l’ACBD en 2012, on devrait retrouver Boule à Zéro dans la sélection jeunesse d’Angoulême. Pour moi, un album jeunesse incontournable. Un vrai coup de cœur !
Boule à Zéro, T.1 Petit coeur chômeur (série en cours) Scénario : Zidrou Dessins : Serge Ernst Éditions : Bamboo, 2012 Public : Jeunesse... et adultes Pour les bibliothécaires : Incontournable. Un album qui dérangera certainement plus les parents que les enfants. A lire et faire lire.

Chronique | Ghostopolis

Avec Ghostopolis, Doug TenNapel nous fait faire un plongeon la tête la première dans le royaume des morts. Quand un ado atteint d’une maladie incurable est recherché par un chasseur de fantôme fatigué amoureux d’une jolie spectre, on se dit que les vivants et les morts ont encore des choses à se dire…

Priorité aux personnages

Au départ, tout paraît simple dans cette histoire. Le dessin est inspiré d'une ligne claire dépouillée dans un style que j’ai trouvé assez proche d’une série comme Seuls. La couleur est elle aussi particulièrement simplifiée (mais pas simpliste). Les décors du monde humain sont eux aussi assez minimalistes.  Quant aux personnages : Frank Gallows, le chasseur de fantôme déprimé, a tout du privé cynique à l’américaine tandis que Garth est l’ado boutonneux un brin scatophile de service. Bref, Ghostopolis se présente comme une bonne BD ado fantastique relativement classique et efficace. Mais la maladie incurable de Garth, le condamnant quasi-irrémédiablement à une mort certaine, creuse une première fissure dans ce récit… une fissure que Doug TenNapel ne cesse de creuser par la suite. Au moment où Garth est expédié par mégarde dans le royaume des morts par Frank, ce n’est pas seulement l’intrigue principale qui se lance mais toute la galerie de personnages. Ghostopolis peut se lire comme un récit d’aventure-fantastique. Mais outre l’histoire qui se veut assez classique, le vécu antérieur des personnages (le background pour mes amis rôlistes) apportent une vraie finesse à l’ensemble. Dans des récits mal pensés, les personnages sont des marionnettes sans passé voire sans avenir une fois lue la dernière page de l’album. Bien souvent, ces histoires sont construites autour d’un ou deux personnages principaux, dédaignant les seconds rôles. Mais pas Ghostopolis. Au contraire, Garth, Frank, Claire, Vaugner et les autres sont tous des éléments d’un même récit. Chacun a sa place, chaque place est importante. Résultat, le scénario s’en trouve enrichi. Finalement, tout cela semble logique car Ghostopolis parle avant tout de l’être humain.

Une fable moderne et farfelue

Et oui ! Parler du monde des morts est un moyen malin d’évoquer la condition humaine. Non, je ne prendrais pas des airs à la Malraux. Mais, au cours de leurs aventures dans le royaume des morts, nos protagonistes se retrouvent face à face avec leurs propres contradictions… sans oublier celles de leurs aïeux… Et bien oui, ne croyez pas que les morts oublient ! Je ne trahirais pas les multiples intrigues, les tenants et les aboutissants de l’ensemble de cette œuvre, ce serait vous gâcher le plaisir. Car se promener dans ce monde est un vrai plaisir. Ghostopolis, la capitale du royaume des morts, constitue un ensemble de trouvailles farfelues. Du simple sourire au franc éclat de rire, Doug TenNapel a créé un univers joyeux habité par des peuples haut-en-couleur (plus ou moins belliqueux), des dangers symbolisés par des prédateurs assez surprenant et ses propres règles (méta)physiques. Par exemple, les vivants ne sont pas soumis aux normes habituelles de la physique terrestre. En gros, les vivants sont des fantômes au pays des morts. Simple, mais un élément de scénario original. Tout au long du récit, l'auteur joue avec les mythes... et leur fait des misères dès qu’il le peut tout. Il multiplie les bonnes répliques sans jamais en abuser. Ces dernières tombent au bon moment et ne semblent pas faire partie d’un cahier des charges. L’art du comique est de parfois ne pas trop en abuser sous peine d’écoeurement. Mais hors de ces dialogues et de cet humour noir  parfaitement taillés, l’auteur possède un don pour les enchainements de situations. Les temps morts sont peu nombreux et le récit se déroule très naturellement. Les intrigues se dénouent et les vérités éclatent les unes après les autres… de quoi tenir en haleine. Finalement, Ghostopolis apparaît comme une véritable fable dont les différents thèmes (la vie, la mort, l’amour, le destin, le regret, la puissance…) sont abordés avec maîtrise et pudeur. Comme dans toutes fables, on n’échappera pas à une morale finale. Là encore, plutôt bien maîtrisée. Si ce livre est destiné essentiellement à un public jeune (12-16 ans), les plus âgés apprécieront la qualité de sa construction. Une très bonne surprise ! A lire : la chronique de Choco A découvrir : le blog de Doug TenNapel
Ghostopolis (one shot) Scénario et dessins : Doug TenNapel Editions : Bragelonne, 2011 (22,90€) Collection : Milady Graphics Edition originale : Scholastics, 2010 Public : Ado... et vieux ados Pour les bibliothécaires : Indispensable dans un fonds pour adolescents. A noter : cet album a été sélectionné aux Eisner Awards 2011 dans la catégorie "Meilleure BD pour adolescents)