Archives par mot-clé : historique

L’enfance d’Alan (Emmanuel Guibert)

Avant de débarquer dans la France en guerre de 1944, Alan Ingram Cope a passé son enfance dans le Sud de la Californie. Portrait d'un jeune garçon dans l'Amérique des années folles, de la grande dépression et de l'Avant-Guerre. Continuer la lecture de L’enfance d’Alan (Emmanuel Guibert)

Zéro pour l’éternité (Hyakuta & Sumoto)

A la mort de leur grand-mère, Kentarô et Keiko apprennent la vérité : leur véritable grand-père était pilote de chasse dans l’armée japonaise durant la seconde guerre mondiale. Il est mort dans une opération kamikaze. Keiko demande à son frère de se lancer sur la piste de cet aïeul dont ils ne connaissent rien. Une occasion pour Kentarô désabusé par des échecs successifs à un concours de la magistrature de retrouver et de faire parler les vétérans qui ont bien connu Kyûzo Miyabe. Lâche ou héros ? Le jeune homme va trouver bien plus que des réponses. Continuer la lecture de Zéro pour l’éternité (Hyakuta & Sumoto)

Chronique | Le temps est proche (Christopher Hittinger)

temps_est_proche_hittinger_bandeauAn de grâce 1301, l'Europe s'apprête à vivre un siècle compliqué. Entre la guerre, la peste, les schismes et autres joyeusetés, la population a bien du mal à se réjouir dans le dernier siècle du « Moyen-Âge ». Et pourtant, Dante, Christine de Pisan ou Giotto annoncent déjà la Renaissance... Oui, le temps est proche. Mais ça reste à prouver dans cet almanach érudit d'un auteur très inventif. En 2013, le festival d'Angoulême consacrait une exposition complète à une association qui avait réussi l'exploit d'être deux fois lauréat du Prix de la Bande Dessinée indépendante : The Hoochie Coochie. Après FLBLB, je découvrais encore un éditeur poitevin (mais fondé à Paris) au nom à coucher dehors. Moi qui me targuait d'être un amateur éclairé, je pouvais rallumer ma chandelle, car , même s'il me semble avoir croisé quelques Turkey Comix, je n'avais pas entendu parler d'eux. Bref, aujourd'hui, je rattrape un peu le temps perdu (ceci est un jeu de mots non prémédité). Cet album fait partie de la catégorie « Drôle d'objet en vérité ». Christopher Hittinger, auteur important du catalogue de The Hoochie Coochie, aborde le thème de la BD historique sous un angle assez inattendu. Personnellement, quand on mélange les termes BD et histoire dans la même phrase, ça me rappelle des lectures peu enthousiasmantes qui ont constitué la base de la bande dessinée traditionnelle voire archi-classique, j'ai quelques plaques qui apparaissent et ça me démange de refermer assez rapidement. Je sais ce n'est pas bien mais j'ai le droit d'avoir moi aussi mes idées préconçues zut à la fin quoi ! Bref, ces récits prennent souvent la forme de simples aventures où la grande histoire ne devient qu'un champ d'action comme un autre, un simple prétexte. temps_est_proche_hittinger Mais ici, l'auteur aborde l'histoire de face, par une idée simple mais terriblement efficace. Son récit prend la forme d'un almanach du 14 siècle à travers 100 saynètes correspondant toutes à une année. 100, pas une de plus, pas une de moins. Elles peuvent prendre des formes diverses, allant de la simple case à plusieurs pages, mais sont toutes classées dans l'ordre chronologique. Le temps passe alors sous nos yeux et devient alors le seul et unique véritable héros de cette comédie humaine violente, belle, teintée de sarcasme ou d'espoirs. Parfois, Christopher Hittinger aborde le simple fait historique, quelquefois il prend le temps de développer ses personnages mais il est toujours le seul à choisir le rythme de son discours, accélérant au besoin, pointant les moments qu'il juge clés. Du point de vue de l'utilisation du média bande dessinée, c'est une œuvre en tout point remarquable. Au bout du compte, et c'est l'ancien étudiant qui avait une nette préférence pour la micro-histoire qui parle, j'ai aimé ce que j'ai lu. Paradoxalement, tout en proposant une suite de faits historiques et donc une structure linéaire, l'auteur montre à sa manière les évolutions globales de la société féodale. Finalement, il développe dans son livre une lecture en diagonale des événements, les reliant les uns aux autres par de minuscules mais probants détails. Résultat, il donne un vrai sens à l'ensemble alors que ce livre aurait pu apparaître au départ comme une suite désordonnée. Mais non, la cohérence est surprenante. Ces 100 saynètes participent toutes à la petite histoire du livre et à la grande histoire de l'Europe du 14e siècle. temps_est_proche_hittinger_atkwood Concernant le dessin, là encore Christopher Hittinger prend le parti de s'éloigner de la tradition de la bande dessinée européenne classique. Il est d'ailleurs beaucoup plus proche du comics d'auteurs. Dans une certaine mesure, il m'a fait penser à la série L'Etoile du Chagrin de Kazimir Strzepek (chez ça & là). Il n'hésite pas à mélanger des personnages réalistes, des bonhommes bâtons, de vagues silhouettes ou des traits animaliers. Côté décors, même travail entre réalisme, finesse et simple évocation. A l'image de son propos, on est surpris de voir une forme de logique et d'homogénéité. Mais la surprise, et surtout l'expérience, est vraiment le maître mot de cet ouvrage. En refermant Le Temps est proche, on a le sentiment d'avoir vécu l'histoire du 14e sous des formes diverses, du plus petit des humains aux plus grands bouleversements de l'Europe. Comment ? On ne sait pas trop. Le lecteur est entraîné dans cette spirale historique. Une année, puis vient la suivante avec son lot de rebondissement. Pourtant, Christopher Hittinger ne se contente pas d'évoquer de simples faits, il crée du lien entre eux et enrichit considérablement son propos. Un beau travail d'auteur et même d'historien. Pour ma part, je signerais bien pour traverser le siècle suivant avec lui et sa perception de l'histoire. A lire : un entretien sur le site du9 A découvrir : le site de The Hoochie Coochie et le site de Christopher Hittinger
temps_est_proche_hittinger_couvLe temps est proche (one-shot) Scénario et dessins : Christopher Hittinger Editions : The Hoochie Coochie, 2012 (20€) Public : Adultes Pour les bibliothécaires : un ouvrage idéal pour un fonds BD alternative. Pas simple pour les petits budgets cependant ou alors avec le lectorat qu'il faut.

Chronique d’été #2 | Sword of the stranger (Ando)

Sword-of-the-Stranger_bandeau2 Dans le japon féodal de l’ère Sengoku, alors que les provinces du royaume se déchirent dans d’incessants conflits militaires, Kotaro, un jeune orphelin est poursuivi par une troupe d’étranges soldats. Accompagné de son chien Tobimaru, il s’enfuit du temple où il a été accueilli puis est sauvé par Nanashi, un ronin solitaire. Le jeune garçon l’engage alors pour le protéger. Le reste est une affaire de destin, de rédemption… et de sabre. Réalisé en 2007 par Masahiro Ando et produit par les studios Bones auquel nous devons entres autres la série Full Metal Alchemist ou le film Cowboy Bebop, Sword of the stranger s’inscrit dans la grande tradition du chanbara popularisé dans nos contrées par Akira Kurosawa. Le film de sabre est au cinéma asiatique ce que le western représente pour le cinéma américain et occidental, une sorte de mythologie moderne peuplée de héros fort, courageux et bien souvent solitaire. Sword_Of_The_Stranger_raru Sword of the stranger n’échappe pas à cette règle. Nanashi – ce qui signifie sans nom – est bien le ronin solitaire attendu cherchant à cacher son passé. Quant à Kotaro, il remplit son rôle d’orphelin recherché pour d’obscures raisons plus ou moins justifié par la suite. Les rôles sont distribués, méchant compris, et tout se déroule comme prévu. Tout cela est bien classique et ne tire que vers un seul but : un duel final en apothéose entre les deux guerriers. Voie du sabre et code d’honneur, tel est le credo du chanbara. Si Sword of the stranger est très classique dans sa construction, il nous propose cependant un scénario pour le moins original. Il sait inscrire son sujet dans la complexité politique du Japon de cette période. Dans les provinces, les Seigneurs locaux font la loi et négocient des alliances étranges, notamment avec des puissances étrangères comme la Chine, qui bouleversent l’équilibre et la paix du pays. Quand on connait les rapports géopolitiques entre les deux pays… Mais n’oublions pas non plus le personnage de Raru, super guerrier aux cheveux blonds et aux yeux bleu, chef de la milice, rival désigné de Nanashi, qui ajoute une pincée d’exotisme à cette histoire. Sword_Of_The_Stranger_kotaro_tobimaru Mais la force de scénario est d’avoir créé un véritable lien entre Nanashi et Kotaro sous le couvert de combats sanglants particulièrement réussis sur le plan de l’animation et de la mise en scène (du grand spectacle !). Parfois, les rapports entre le faible et le fort sont plutôt à sens unique, artificiels. Ici, ce n’est pas vraiment le cas car les deux personnages principaux se complètent et s’animent l’un et l’autre. Deux personnages en détresse qui se trouvent par hasard. D’ailleurs, quand j’expliquais plus haut que le but du film est le duel ultime entre Raru et Nanashi je me trompais. En y réfléchissant, la scène principale se situe quelques minutes avant, lorsque Nanashi se libère de ses fantômes. Une scène d’à peine quelques secondes qui justifie tout le reste du film. Un simple geste, un mouvement émouvant et fort, à la fois quintessence du film de sabre et geste d’amour, de mort, de rédemption. Un sacré vrai moment de cinéma. Je vais m'arrêter ici sous peine de trop en dire. Prenez juste le temps de voir ce film. Les amateurs du genre apprécieront, les autres pourraient bien être surpris. On en reparlera ensemble A écoutez : la bande originale La bande annonce évidemment Sword Of The Stranger : Bande-Annonce par LeBlogDuCinema
Sword-of-the-Stranger_afficheSword ot the Stranger Réalisateur : Masahiro Ando Scénario : Fumihiko Yakahama Production : Studio Bones, 2007 Japon, 1h42mn
 

Humeur | Tintin au Congo (Hergé)

Difficile de faire une véritable chronique sur un album polémique comme Tintin au Congo. Il n’en reste pas moins une brique de l’œuvre monumentale d’Hergé, référence absolue quand on évoque la BD franco-belge. Mais d’un point de vue moral, peut-on admirer un album comme celui-ci ? Voici un avis parmi tant d'autre... le mien... En se penchant sur l’Afrique en BD, l’équipe de KBD a immédiatement discuté de l’intérêt de chroniquer Tintin au Congo. Je faisais partie de ceux qui défendaient cet album non seulement pour sa place intéressante dans cette thématique mais aussi pour son côté document d’histoire. Car si son point de vue et l’idéologie de Tintin au Congo est clairement discutable, l’album est un témoignage direct d’une pensée d’un autre temps. Une preuve une fois de plus que la bande dessinée est un média bien plus révélateur qu’il n’y paraît. Je ne suis ni Tintinophile, ni assez calé dans l’histoire de Tintin et de son créateur pour vous faire une analyse efficace de la place de Tintin au Congo dans l’œuvre générale d’ Hergé . D’Hergé, je connais un certain nombre de fait, en particulier ceux qui l’ont rapproché des mouvements conservateurs d’avant-guerre et de la collaboration quelques années plus tard… Périodes qui sont passés sous silence à la fin de la guerre (cf ma chronique sur le très bon livre "Traits résistants"). Je vous invite à lire les nombreuses biographies (celles de Benoit Peeters notamment). Après la guerre, Hergé avait tout de même conscience du caractère assurément colonialiste voire raciste de sa première version de Tintin au Congo et a tenté de rétablir l’équilibre en retouchant sa première version. L’édition couleur que nous avons tous en tête est bien entendue le résultat de cette profonde mutation. Cependant, celle-ci reste profondément révélatrice de ce paternalisme spécifique au colonialisme belge. Dans Tintin au Congo, notre héros et son chien apparaissent comme de véritables messies attendus avec fébrilité par une population noire. Déclenchant une émeute à son arrivée, Tintin traverse l’Afrique noire avec un regard plein de compassion pour ces « gentils noirs »… Un Tintin qui, des années plus tard, est tourné en dérision par Joann Sfar dans une drolatique scène du 5e volume du Chat du Rabbin (Jérusalem d’Afrique). On a envie de dire 1 partout balle au centre. Avec notre point de vue d’hommes et femmes du 21e siècle, cette vision nous apparaît comme indécente. Et je comprends la réaction forte des associations antiracistes. Pourtant, comme certains le demande, doit-on interdire la publication d’un livre comme Tintin au Congo ? Serais-je prêt, si on me le demandait, à retirer cette bande dessinée de mes bacs de médiathèque ? Clairement non. Tout comme je ne retire pas les œuvres érotiques qui ne mettent pas toujours en valeur la femme, tout comme je ne retire pas les œuvres violentes, tout comme je ne retire pas les œuvres irrespectueuses des religions... Il ne s’agit pas pour moi de défendre la fameuse « liberté d’expression ». Je ne soutiens absolument pas les idéologies de ces œuvres. Il me semble en effet bien plus intelligent et constructif de privilégier la médiation, la discussion autour d’une œuvre et son public que de se morfondre dans un obscurantisme qui est le terreau de toutes les formes de discrimination. Et j’irai même plus loin en soutenant l’idée de faire étudier Tintin au Congo à l’école comme support d’étude de la colonisation. Montrer cette œuvre, mettre en lumière son idéologie et en quoi elle est révélatrice d’un moment passé de l’histoire, expliquez sa relation avec notre monde contemporain. Voici façon plus efficace de combattre le côté nauséabond de cette œuvre. Entre nous, Tintin au Congo fait partie des œuvres qui ont marqué mes lectures de jeunesse. Toutefois, je ne le conseillerai pas (plus) à un enfant, incapable de comprendre les tenants et les aboutissants de cet album. Pourtant, je me souviens toujours de cette dernière grande planche. Ce village, presque un village d’enfants avec ces personnages fascinant évoquant le souvenir d’un héros que je ne trouvais pas vraiment intéressant. Je suis beaucoup resté sur cette planche. Elle appelait quelque chose d’étrange chez moi. Une vision particulière de l’aventure. Car, même avec les défauts de cette œuvre de jeunesse, on retrouve déjà ce qui fait l’intérêt de cette série majuscule de l’histoire de la bande dessinée : l’appel de l’aventure par cette propension à proposer des personnages secondaires haut en couleur. Car, à bien y réfléchir, la multiplication des clichés est un peu le moteur de Tintin. Hergé a toujours joué sur ces images d’Epinal. Il suffit de contempler les visages dans les fameux tableaux des 2e et 3e de couvertures pour s’en rendre compte : Sud-Américains, arabes, chinois, japonais, écossais, portugais… Tant au niveau du scénario que du graphisme, les populations sont toutes figées dans des aprioris. Certes, la technique d’Hergé s’est amélioré au cours des aventures de Tintin pour faire passer l’ensemble avec beaucoup moins de naïveté déconcertante mais… Alors oui, cette œuvre mérite d’être chahutée. L’idéologie transparaissant dans cet album est plus que discutables. Les noirs sont profondément maltraités et il serait honteux de ne pas le souligner. Du côté artistique, si le rythme et la cohérence de l’ensemble ne sont pas encore de la qualité des albums suivants  – le côté feuilletonesque est encore très présent – le graphisme est déjà là. Résultat, l’œuvre d’Hergé avec ses défauts et ses qualités a aussi donné le frisson de l’aventure au petit lecteur naïf que j’étais. Malheureusement, le temps passe et le petit lecteur a grandi... A lire : le très bon article du blog de Mondomix sur le sujet

Chronique | Deux Généraux (Scott Chantler)

Comme promis, voici la première chronique consacrée aux éditions La Pastèque. Nous commençons avec Deux généraux, un album sorti le 22 août dernier. Un récit biographique de Scott Chantler, un auteur canadien à découvrir d’urgence (encore un !)

Hommage aux soldats

Dans deux généraux, Scott Chantler raconte l’histoire de Réginald Law Chantler. Oui vous avez bien lu, Chantler, comme l’auteur. Il s’agit en fait de son grand-père, officier vétéran de la seconde guerre mondiale. A l’image d’un album comme la Guerre d’Alan, l’auteur raconte le débarquement, la bataille de Normandie, la prise de Buron puis de Caen, bref, la grande histoire, à travers les yeux d’un de ses protagonistes. Mais pas seulement, car Deux Généraux est aussi une belle histoire d’amitié entre Law et John Hartwell Chrysler dit « Jack », deux officiers servant dans la même division :  la HLI (Highland Light Infantry of Canada). Les deux hommes sont très différents : l’un est calme, réfléchi, amoureux et pondéré, d’un flegme très britannique pour un canadien ; l’autre est en revanche plus impétueux et séducteur. Et pourtant, l’amitié est là, forte et belle, nécessaire aussi car… la guerre arrive. Et pourtant, Deux généraux n’est pas vraiment un récit de guerre au sens classique du terme. Bien entendu, la seconde guerre mondiale joue un rôle prépondérant dans cette histoire et se serait faire injure à ces soldats de la passer au second plan. Pourtant, elle se situe plus comme un révélateur des âmes de ces hommes. Je ne parle pas que de Law et Jack mais bien de l’ensemble de ces militaires canadiens. Le lecteur voit leur préparation, leurs angoisses avant le jour J, mais aussi des moments plus légers. On y découvre l’insouciance de l’avant-guerre et parfois, une certaine dérision. Si Deux généraux parlent des soldats, il évite l’écueil du guerrier. En ne faisant de ces personnages que des hommes ordinaires, il rend leurs actes, leur vie et leur mort d’autant plus admirables.

Un récit intelligent et sobre

deux_generaux_scott_chantlerCette histoire commence par une image assez forte. L’un des deux « géneraux », de dos, fumant une cigarette, est seul au milieu du champ de bataille. C’est terminé, la victoire est acquise. Mais à quel prix ? Un coup d’œil à cette couleur rouge, qui n’est utilisé que pour les batailles, et aucun doute. Le combat a été sanglant. Où sommes-nous ? Qui est-il ? Flashback. Naissance de Réginald et le récit d’une vie commence : jeunesse, adolecence, enrôlement, mariage, amitié… Deux généraux est construit comme un récit qui porte inexorablement vers cette première planche pourpre. Qu’est-ce qui pousse un homme normal à la guerre. Comme peut-il la vivre ? Des questions qui alimentent le récit. Une façon intelligente de donner envie au lecteur d’aller au bout de l’histoire. Sans cette pirouette scénaristique, Deux généraux aurait pu se révéler comme un simple récit descriptif… chose que certains critiques ont reproché à tort à La Guerre d’Alan. Oui, mais cet effet est bien présent et tout change. Scott Chantler se pose alors en auteur-narrateur, sa voix explique les événements, contextualise si besoin, aime à jouer parfois sur un côté décalé. Je pense par exemple à la comparaison des situations entre Canada et Allemagne durant la crise économique des années 30. Bref, il montre ses recherches et la maîtrisent de son sujet (son histoire est basée sur les carnets de son grand-père et ceux de la HLI). Résultat, cela apporte encore de la profondeur à l’ensemble. On ne s’ennuie pas, on est touché jusqu’au bout, jusqu’à la dernière planche. Cette écriture et cette structure pouvant s’avérer complexes, il fait le choix d’un graphisme sobre dans son trait et dans la constitution de ses planches basées sur un gaufrier 3x3 cases. Toutefois, il n’hésite pas à placer de grandes cases pleines pages renforçant l’impact de ces dernières. Petit bémol sur les personnages qui ont des faux-airs de Francis Blake et qui du coup, se ressemble un peu trop parfois. Globalement, on retrouve l’esprit des auteurs de romans graphiques canadiens – je pense à Seth surtout – avec un style qui mélange le figuratif dans les personnages et la grande précision dans des éléments de décors. Il suffit de voir cette abbaye anglaise pour en être persuadée. J’ai déjà parlé de la couleur mais l’utilisation du rouge dans les moments de tension et une idée simple mais qui produit un effet très efficace. Pour conclure, Deux Généraux est un bel hommage. D’un petit-fils à son grand-père, d’un homme du XXIe siècle à ceux du XXe. On ne peut qu’admirer la qualité de cet album. Bien pensé, bien construit, bien raconté. Le côté descriptif est vite gommé par un effet scénaristique simple. La qualité graphique et l’écriture font le reste. Il s’agit ici d’une belle histoire d’amitié, une belle histoire d’homme. Encore une fois, et après Les Derniers Corsaires, les éditions La Pastèque nous offre un bien bel ouvrage. Recommandé par IDDBD évidemment ! A lire : la chronique de BDGest' A voir : la fiche album sur le site de La Pastèque
Deux Généraux (one-shot) Dessins et scénario : Scott Chantler Editions : La Pastèque, 2012 Public : adulte, amateur de récit historique Pour les bibliothécaires : en plus d'être un témoignage fort, c'est aussi un très bon livre. Une porte ouverte pour le public traditionnel de la BD vers le roman graphique canadien.  

Chronique | Kuzuryû (Shôtarô Ishinomori)

Kuzuryû est un apothicaire itinérant. Dispensant ses services aux quatre coins du Japon de l’ère Edo (1603-1868), il peut, moyennant 90 ryô, devenir un tueur à gages. Mais sous ce paradoxe se cache en réalité une quête plus complexe, celle de son passé et de son avenir…

Un maître du manga moderne

Publié à partir de 1971 dans le magazine bimensuel Big Comic, Kuzuryû fait partie des œuvres majeures de Shôtarô Ishinomori, auteur important du manga moderne. Élève puis collègue de Tezuka, il signe notamment Cyborg 009 (disponible chez Glénat) ou Hokusaï (Kana). Hors bande dessinée, il est également le créateur de San Ku kaï, la première série japonaise débile à succès comme nous les aimions (l’ancêtre de X-Or et autres Bioman). Disparu en 1998, Shôtarô Ishinomori laisse derrière lui une œuvre foisonnante dont je ne vais pas faire le détail ici. Je vous laisse découvrir.

Comme le souligne Karyn Poupée dans la postface de cette intégrale de plus de 650 planches, Kuzuryû s’inscrit dans la grande tradition japonaise du Jidaïgeki Jidaïmono pour les mangas – ou plus simplement drame historique. Véritablement ancré dans l’époque Edo qui précède l’industrialisation massive du Japon (ère Meiji), ces histoires sont pour les japonais une manière de s’inscrire dans leurs traditions et constituent un retour aux sources. N’oublions pas que cette série a été écrite seulement 25 ans seulement après la fin de la seconde guerre mondiale dans un japon qui recherche encore des repères.

Ainsi, Kuzuryû repose sur des normes très établies : précision dans le détail historique, dans les descriptions des pratiques sociales, des combats de sabre... Mais la figure héroïque demeure l'élément le plus important. A la différence du Gekiga (littéralement dessin dramatique), il ne s’agit pas ici de montrer le rapport d’un individu commun face à une société  contemporaine cruelle mais de plonger une figure héroïque dans un tourbillon de rebondissements (au sens théâtral du terme) entrainant avec lui le lecteur. En orfèvre du manga, Shôtarô Ishinomori maitrise parfaitement cette démarche.

La voie du héros

Kuzuryû, le personnage principal remplit particulièrement bien son rôle. Charismatique, il répond parfaitement à l’idée que l’on peut se faire du héros japonais. Dans un certain sens, on retrouve les traits de Zatoïchi ou de Miyamoto Musashi . Vagabond sans attache, humain recherchant l’excellence, il est à la fois guérisseur et meurtrier. Il bénéficie d’une aura de mystères et de contradictions qui s’effrite au fur et à mesure de l’avancée du livre. Comme tous les héros, il doit dépasser ses limites physiques et psychologiques pour atteindre son but. Sa quête personnelle s'en trouve renforcée. Mais cette tâche s'annonce compliquée. Kuzuryû traverse 25 chapitres plutôt longs qui permettent de se ménager du temps pour développer de vrais petites histoires. Là encore, Shôtarô Ishinomori s’inscrit dans la grande tradition du manga classique : une histoire principale qui avance par touches successives avec des chapitres relativement indépendant mais se nourrissant des précédents. Et effectivement, si chaque partie possède sa propre intrigue, toutes servent l’histoire principale par un détail, un personnage récurrent ou une avancée majeure. Résultat, ça  progresse et il difficile se sortir du tourbillon des aventures de l’apothicaire-tueur à gages. Physiquement, le poids du livre et sa longueur peuvent être dissuasifs (je l’ai lu en 2 soirs). Cependant, cette volonté constante de faire progresser l’histoire sans pour autant sacrifier à la précision de l’intrigue rend l’ensemble passionnant. L’univers est riche à la fois de sa multitude personnage mais aussi de l' imagination d'un auteur qui paraît sans cesse se renouveler. Les surprises sont donc de mises. La vie et la mort sont le lot quotidien des personnages, bons ou mauvais. Folie, mort, traitrise, perversion sont au rendez-vous et tout cela décrit parfois d'une manière très crue. Dans Kuyzuryû, il n'y a pas beaucoup d'instant de relâche. Tout est très sérieux ici, la dérision n’existe pas. Graphiquement, le temps a fait un peu son œuvre. On sent l’influence d’Osamu Tezuka avec un certain nombre de codification graphique et une composition parfois un peu désuète. Mais la série a 40 ans, ne l’oublions pas. J’ai particulièrement apprécié les adaptations du trait en fonction des besoins. Réaliste et précis en accord avec les principes du Jidaïgeku – un genre qui se veut narratif et descriptif – et plus figuratif quand il se dépouille pour se recentrer sur les pensées, les rêves ou les actions des personnages. Bref, un dessin en harmonie avec son sujet. Le signe d’une grande maîtrise de l’artiste. Kuzuryû est une œuvre intéressante et passionnante. Intéressante pour son caractère patrimonial évidemment, passionnante par la grande qualité de sa réalisation. Un univers riche créé par un auteur historique du manga moderne. Bref, à lire absolument par sa culture de bédéphile ou pour son plaisir personnel… ou les deux ! A lire : la chronique de BDGest' et celle d'Yvan
Kuzuryû (one-shot) Scénario et dessin : Shôtarô Ishinomori Editions : Kana, 2011 (18€) Collections : Sensei Public : Adulte, amateur de récit de samouraï Pour les bibliothécaires : un one-shot intéressant pour un fonds se voulant très représentatif. Pas indispensable pour les petites structures (sauf si vous avez des amateurs de manga plus anciens)

Les Incomparables #1 | Paul VS Atar Gull

Voici quelques temps déjà que cette idée me trotte dans la tête. Oh, rien de bien révolutionnaire : parler d’une BD non pas à partir de son histoire mais d’un de ses personnages. Chose étrange, la semaine dernière j’ai été incapable de rédiger un billet digne de ce nom sur l’excellentissime série des Paul du québécois Michel Rabagliati. Cette semaine, suite à des discussions intéressantes sur le blog de Mo’, je voulais parler d’Atar Gull, album qui ne m’a pas du tout enthousiasmé. Pareil ! Impossible de rédiger quelques choses de cohérents. Après avoir écrit deux pages sans queue ni tête, j’ai laissé tomber, un peu intrigué par ces deux échecs similaires sur des albums pourtant très différents. Justement, ils sont différents, aucun points communs… Et si c’était  ça la clef ? Et si, pour rire, nous convoquions ces deux personnages de fiction pour une confrontation ? Qu’est-ce que ça donnerai comme chronique au final ? Alors juste pour s'amuser, je vous présente le premier (et peut-être l’unique) duel de cette nouvelle catégorie d’IDDBD : les incomparables ! A ma gauche : Paul. Québécois de Montréal né dans les années 60. Alter-ego de papier de son créateur, le très sympathique Michel Rabbagliatti. Paul, c’est 6 albums qui racontent une vie : la sienne. Paul est un genre de M. Jean  sans le côté parisien énervant. Son travail : graphiste, maquettiste, illustrateur. Il vit avec Lucie, sa très intelligente compagne et sa fille, Rose. Paul a de la famille, des amis, des emmerdes aussi. Bien entendu ce héros a de nombreux défauts mais aussi de grandes qualités dont les principales sont l’ouverture d’esprit et la dose d’autodérision qui manque à la plupart d’entre nous. Qualités qui lui permettent de prendre la vie comme elle vient, avec ses bons et ses mauvais côtés, sans s’illusionner sur ce qu’il est… ou n’est pas. Il a quelques regrets mais finalement, Paul est un humaniste qui s’ignore. J’exagère, c’est une personne simple qui sait faire attention aux autres. A ma droite : Atar Gull. Prince d’une tribu africaine devenu esclave, donné comme cadeau à la fille d’un planteur. A la mort de son père, il n’a qu’un but… La vengeance ! Atar est né de la plume d’Eugène Sue au 19e siècle mais c’est Fabien Nury, nouveau scénariste hype de la BD franco-belge, qui l’a fait revivre sous le dessin de Bruno (Biotope, Michel Swing). Sous ses airs de statues, il est presque impossible de comprendre ce que ressent ce personnage singulier. Est-il simplement mué par la haine ou ressent-il véritablement les choses ? Qui est ce personnage, un fou dangereux, un tueur psychopathe incapable d’empathie ? Personnage dérangeant, impénétrable comme cette armure graphique qui l’entoure constamment. Seul son némesis, un dénommé Brulart, pirate et assassin de son état, semble percer à jour cet étrange personnage. A la fois terrifiant et froid, un robot avant l’heure. A ma description, ces deux personnages sont différents autant sur le fond que la forme. Pourtant, en y réfléchissant un peu… Bon côté graphisme, pas de doute. Celui de Paul est influencé par la BD ligne claire des années 70-80, avec des traits caricaturaux pour les personnages mais plus de détails dans les décors. Globalement ça reste quand même très simple. Atar Gull en revanche dispose d’influences artistiques variées et fortement marquées par l’art africain. Ce personnage de golem sombre au trait si particulier rappelle les œuvres d’art premier. Cependant, le choix des couleurs l'entourant me semble si saugrenue qu'à la lecture je pensais sans cesse : « mais pourquoi diable a-t-il colorisé cet album ? ». Au-delà de l’aspect graphique, ces personnages semblent toutefois partager quelque chose d’indéfinissable. Déjà, étant tous les deux les héros éponymes de leurs aventures, leurs histoires respectives reposent sur la réussite ou non de leur personnalité, de leur présence et leur charisme de "héros" de bande dessinée. Bien entendu, il est plus facile pour moi de se retrouver dans le personnage du québécois. Après tout, j’ai plus de chance d’être Paul qu’un prince esclave. Cependant, comme pour les univers imaginaires qui ne sont que des terreaux pour raconter des histoires, ça n'empêche pas l'ennui. Ce qui est intéressant dans le personnage de Michel Rabagliati, c’est sa faculté à se livrer sans ambages, sans se cacher ni prendre des chemins de traverse. Il montre, donne et reçoit avec la même intensité, n’élude aucun thème (même la mort comme dans Paul à Québec). L’auteur québécois se situe à la fois dans la ligne d’un Harvey Pekar par rapport au côté autobiographique de son œuvre mais aussi en rupture par son approche très positive. L’un est américain l’autre québécois, je ne sais pas si ça joue. En tout cas, Paul donne vraiment envie de traverser l’Atlantique à la nage, la rame et autres moyens plus ou moins rapides histoire de balancer quelque « hostie de calices » et autres « Tabernac ». Bref, lisez Paul et soyez heureux. A l’inverse, alors qu’on cherche à me faire ressentir avec force la violence, le dégoût ou la compassion, on me livre un personnage déshumanisé comme Atar Gull. Comment puis-je adhérer au propos ? C’est pour moi un véritable frein qui me fait préférer – et de très loin – le personnage du pirate bien plus poétique et romantique que le héros principal. Hormis le fait que l’histoire soit plutôt bâclée sur la fin, il me semble quand même important dans un récit de ce genre qu’il puisse y avoir une accroche avec le héros. Rappelez-vous le Comte de Monte-Christo, l’un des plus grands récits de vengeance jamais écrit ! Atar Gull subit, puis agit comme un golem. Jamais il ne semble ressentir quoique ce soit. Il m’est donc impossible d’entrer confortablement dans cette histoire et d’être dérangé par quoique ce soit. Voici donc le résultat de cette comparaison d’incomparable. Pourquoi j’aime Paul ? Parce qu’il est humain. Pourquoi je n’aime pas Atar Gull ? Parce qu’il ne l’est pas du tout. Pourtant ces deux personnages, par leur style de récit, sont des porteurs de vie, de sens, de ressenti. Si l’un m’entraîne, l’autre me laisse à quai. Merci à vous d’avoir subi ce test dont l’intérêt est sans aucun doute discutable. Tiens et bien discutons-en justement !
Paul (7 volumes) scénario et dessins : Michel Rabagliati Éditions : La Pastèque Public : Pour tous Pour les bibliothécaires : indispensables, surtout Paul en appartement, Paul à la pêche & Paul à Québec. Atar Gull (one-shot) scénario : Fabien Nury d'après le roman d'Eugène Sue dessins : Bruno Editions : Dargaud Public : Adulte Pour les bibliothécaires : Gros buzz cette année (sélectionné à Angoulême, comme Paul d'ailleurs) mais je demande à voir sur la durée. Pas certains que cet album vieillisse très bien.

Dimanche KBD : L’art de voler

Le printemps est là, c'est le temps de petits oiseaux, des petites abeilles, de fleurs et du reste. Bref, le moment idéal pour aborder sur KBD le thème du mois d'avril proposé par Mr Zombi : la guerre. Nous commençons donc avec le très réussi L'art de voler de Antonio Altarriba et Kim, une œuvre biographique d'un "héros" de la guerre civile espagnole. Un album qui a enthousiasmé bon nombre de mes petits camarades. Je vous laisse le découvrir ici ! Bon dimanche à tous !

Chronique | Les derniers corsaires (Houde & Richard)

Durant la seconde guerre mondiale, le lieutenant Woolf est le second du capitaine Wallis sur le Jason, un sous-marin de la Royal Navy prêt à partir en mission. Woolf est ambitieux et ne comprend pas pourquoi, après des années d’efforts, il n’a pas encore son propre vaisseau. Le destin ne va pas tarder à lui offrir des réponses… L’appel du large est souvent un moyen bien utile de débuter une aventure. Rien de mieux que l’horizon pour se lancer dans des promesses : des jolies filles dans chaque port, du sang, des combats et des larmes. Bref, de quoi s’éloigner pour un instant de la froideur de nos écrans d’ordinateurs pour se chauffer un peu au soleil, sur le pont. Non vraiment, rien de mieux qu’un titre comme Les Derniers Corsaires pour souffler dans les voiles de notre imagination. Pourtant, dans cet album dont les qualités m’ont rendu très difficile la rédaction de cette chronique, il ne s’agit pas de cela. Ici point de flibustiers mais  la marine militaire avec toute sa rigueur, sa discipline, son honneur, son mérite et sa confiance ne se gagnant que par modestie et travail. Dans ce sous-marin, il n’y a pas de place pour l’approximation. L’horizon est celui du périscope, le sang est dilué dans l’eau de mer, les combats se déroulent sous le secret des vagues dans un jeu de cache-cache mortel. Quant aux femmes : pas l’ombre d’une chevelure, parbleu ! Les derniers corsaires est une évocation des combats sous-marin durant la seconde guerre mondiale. Comme Soldats de Sable (cf chronique de la semaine dernière) Jocelyn Houde et Marc Richard, les deux auteurs québécois de cet album, n’ont pas pris le parti de la fresque historique majeure mais la petite histoire de quelques personnages. En fait, il s'agit surtout d'un récit d’apprentissage. Si le lieutenant Walter Woolf connaît la théorie du combat, il est vite confronté à la réalité et surtout au capitaine Wallis, alias Ed Le Puant. Ce personnage austère particulièrement réussi allie la sagesse du vieux briscard, la noblesse de l’homme d’honneur et la morgue de l’officier. On appréciera également le personnage du capitaine Fielding, fin stratège et orfèvre en combat sous-marin. En y repensant, il n’est sans rappeler le capitaine Stark (Chargez !!!) des Tuniques bleues. Bref, la narration repose essentiellement sur leurs rapports, parfois conflictuels, parfois cocasses, de maître à disciple. Par ce biais, le lecteur est entraîné dans les profondeurs du récit. Les situations s’enchaînent entre moments de tensions,  de guerres et instants de calme, voire de réflexions. Combats et stratégies sont démontrés et expliqués sans lourdeur, les situations sont amenées avec beaucoup de finesse, laissant la place à des rebondissements inattendus. Au bout du compte, tout est précis, orchestré, fluide. La construction en trois temps est impeccable, ça file, on veut en savoir plus. Bref, un récit aussi construit et pensé que les opérations décrites. Cette super-précision pourrait être un frein à l’émotion. Or, c’est là qu’intervient le travail magnifique du dessinateur Jocelyn Houde qui n’est pas sans rappeler le Christophe Blain d’Isaac le pirate. Une référence ! A première vue pourtant, le trait est simple. Des trames garantissent une relative obscurité à l’ensemble, la couleur est simple également, jouant sur les tons chauds ou froids quand nécessaire. Mais plus on pénètre dans le cœur du récit, plus on s’aperçoit de la virtuosité du dessinateur. C’est puissant et beau quand nécessaire, dynamique ou contemplatif au besoin, ça accroche l’œil immédiatement. Les émotions comme la panique ou la honte sont palpables. Et que dire des brouillards ou des vagues, superbe ! N’ayant pas les qualités techniques pour juger de la qualité d’un dessin, je m’enthousiasme rarement autant sur un illustrateur. Mais il faut bien avouer que peut avant sa mort en 2007, Jocelyn Houde montrait une qualité époustouflante à chacune de ses cases. Loin des critères réalistes, il donnait pourtant une vraie présence à ses personnages et à ses histoires. De quoi laisser un goût très amer à tous les amateurs du 9e art qui aurait pu bénéficier de son talent. Je suis triste à retardement. Je ne sais qu’ajouter de plus sinon vous inciter à découvrir cet album réédité par La Pastèque cette année. Un album magnifique dressant le portrait de héros méconnus, soldats de l’ombre sous-marine, adepte du jeu d’échecs. Des hommes vrais avec leurs faiblesses et leurs victoires. Un bel hommage par des auteurs québécois qui, une fois de plus, on pense à Michel Rabagliati ou Jimmy Beaulieu, nous gratifient d’un album tout simplement merveilleux. Merci ! Merci aux éditions La Pastèque pour cette découverte (j’ai beaucoup de chance avec cette maison d’édition) A voir : la fiche auteur sur le site La Pastèque
Les Derniers Corsaires (one-shot) Scénario : Marc Richard Dessins : Jocelyn Houde Éditions : La Pastèque, 2012 (première édition en 2006) Public : Amateurs de livres historiques, Ado-adultes Pour les bibliothécaires : Il y a tant de BD historiques qui n'ont aucun intérêt... Pour une fois que vous avez un bijou, sautez dessus sans attendre. Vos lecteurs vous remercierons !