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Dimanche KBD : Live War Heroes

Le mois d’avril bataille, guerre et tripes se termine sur KBD. Un mois consacré à la guerre donc qui a vu passé des albums plus intéressants les uns que les autres (Il était une fois en France, Reportages, L’histoire des 3 Adolf, L’art de voler) qui ont donné différents points de vue sur la thématique.

C’est Mr Zombi qui conclut donc ce cycle avec Live War Heroes du duo Fabrice David et Eric Bourgier, déjà auteur du très bon Servitude. La guerre en mode téléréalité, vous en rêviez, ils l’ont fait. Un album qui a été lu par 4 de nos chroniqueurs.

Je vous invite donc à découvrir cette synthèse.

La semaine prochaine, nous entamons un nouveau cycle consacré à la Ville, un mois que nous avons pompeusement intitulé Urbanité. Je peux balancer parce que c’est moi qui ai proposé ce thème.

A la semaine prochaine !

reportages

Dimanche KBD : L’histoire des 3 Adolf & Reportages

Le week-end de Pâques m’ayant perturbé dans mes publications cette semaine, j’essaye de rattraper la barre.

Donc pour KBD, ce n’est pas une mais deux synthèses que je vous invite à découvrir. Toujours sur le thème de La Guerre en BD.

La semaine dernière, Lunch traitait de L’histoire des 3 Adolf, le chef d’oeuvre d’Osamu Tezuka. Cette semaine Mo’ vous propose une synthèse monumentale de Reportages, recueil d’histoires dessinées par Joe Sacco.

Bref, cette semaine parbleu, vous avez de quoi lire !

artdevoler

Dimanche KBD : L’art de voler

Le printemps est là, c’est le temps de petits oiseaux, des petites abeilles, de fleurs et du reste.

Bref, le moment idéal pour aborder sur KBD le thème du mois d’avril proposé par Mr Zombi : la guerre.

Nous commençons donc avec le très réussi L’art de voler de Antonio Altarriba et Kim, une œuvre biographique d’un « héros » de la guerre civile espagnole. Un album qui a enthousiasmé bon nombre de mes petits camarades.

Je vous laisse le découvrir ici !

Bon dimanche à tous !

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Chronique | Vinland Saga

vinland-saga9  volumes (séries en cours)
scénario et dessins de Makoto Yukimura

Edition française : Kurokawa (2009 pour le vol.1)
Edition originale : Kondasha (2005 pour le vol.1)
Public : A partir de 16 ans
Pour les bibliothécaires : une série intéressante, à rallonge sans aucun doute, sélectionnée pour le prix ACBD asiatique 2011.

En l’an mil, Thorfinn, un jeune guerrier viking, écume les mers et les rivières d’Europe dans des campagnes de pillages dignes de la réputation des hommes du nord. Si celui-ci fait partie de l’équipage d’Askelaad, ce n’est pas par loyauté envers son chef mais bien dans l’espoir de le tuer en combat singulier. En effet, ce dernier a tué son père lorsqu’il était enfant. A travers cette histoire de vengeance, Vinland Saga est un récit épique sur ces guerriers du froid qui nous entraîne de l’Islande à l’Angleterre jusqu’aux mythiques terre du Vinland, de l’autre côté de l’océan.

Vinland Saga fait partie de ces grands récits d’aventures typique du manga. Un seinen (manga pour hommes) tout en puissance où l’intrigue se joue entre luttes de pouvoir, trahison et grosses épées. Nous ne sommes pas dans la poésie et dans la finesse, les amateurs de fleurs bleues risquent de ne pas trouver leur compte. Mais il faut avouer que tout cela est très efficace et les amateurs d’histoire et d’aventure devraient trouver ce qu’il cherche.

Outre un graphisme tout à fait agréable et pour une fois lisible dans les phases de combat, la réussite de Vinland Saga tient avant tout à la vraie présence de ses personnages principaux et secondaires (et ils sont nombreux). Même si ces derniers répondent aux critères habituels des récits d’aventure historique, ils ne sont pas non plus des pions qui se baladent sans réfléchir. Ainsi, les rythmes de l’histoire se basent sur leurs décisions. Des chapitres entiers peuvent être tendus comme un arc alors que d’autres seront bien plus calmes laissant l’histoire suivre son cours. Les nombreux focus et flashbacks enrichissent l’ensemble du récit et surtout apportent une profondeur d’âme aux différents protagonistes. De plus, leurs positions sont rarement figées. Les limites, un peu trop manichéenne dans ce genre d’histoire, sont vite gommées par le jeu des rebondissements et des alliances… parfois inattendues.

Bon, avouons-le quand même, les rebondissements sont tout de même parfois un peu gros, je ne dévoilerais rien mais on sent que le besoin de relancer le récit à de temps en temps amené l’auteur à tirer un peu sur la corde. De plus, je trouve ces vikings et leurs échelles de valeurs assez proches du samouraï… un peu trop proche même pour des occidentaux. Je ne suis pas du tout un spécialiste des mœurs des combattants médiévaux (mon truc à moi c’est la BD) mais la notion d’individualité du guerrier, avec ces grands chefs de guerre capables de transformer par leur seule présence des batailles entières, des guerriers légendaires capables de tuer 30-40-50 guerriers à eux seuls, me semble un peu éloigné non seulement de la réalité historique (bon c’est une fiction, ok) mais aussi des notions occidentales. Parfois, j’ai eu l’impression de lire un manga de samouraï et de retrouver en Thorfinn des archétypes comme Ken Le Survivant (qui aurait décidé Makoto Yukimura à devenir mangaka), Naruto et tous les célèbres guerriers de la bande dessinée japonaise.

Toutefois, Makoto Yukimura ne tombe pas non plus dans ce qu’on reproche, parfois à tord, à ce genre de manga. A savoir, une certaine célébration de la violence. Au contraire Vinland Saga, avec des scènes parfois difficile et sous les traits de son personnage principal, dénonce l’absurdité de la guerre et de la vengeance. Point de vue courageux et contradictoire et avouons-le plutôt réussi. Il faut également reconnaître le travail énorme de documentation effectué par l’auteur sur cette période historique. Il a en effet décrypté leur société, prenant le partie de certaines théories ou non (les fameux mercenaires Jomsvikings dont la réalité fait débat) et a intégré tout cela dans un récit qui est tout de même assez passionnant et original par son contexte et sa géographie exotique (pour un manga).

Bref, Vinland Saga est une lecture des plus agréable, bien construite sans pour autant être d’une révolution folle. Un très bon seinen qui se plonge dans une réalité historique parfois cruelle (même très dure dans certains chapitres). Bref, un très bon moment de lecture avec du sang, des tripes, mais aussi des doutes, des larmes, de la poussière, des embruns et… du casque à cornes. Bref, tout ce qu’on aime quoi !

A lire : la fiche album sur manga-news
A lire : une chronique intéressante sur le site Journal du Japon

Chronique | DMZ T.1 Sur le terrain

dmz01scénario de Brian Wood
dessins de Brian Wood et Ricardo Burchielli
Editions Vertigo, 2007 (2005)
Série en cours (7 parus en France)
Public : ado-adulte
Pour les bibliothécaires : une série qui fonctionnera auprès des amateurs de comics mainstream…

Zone de cliché

Dans un futur proche, les Etats-Unis sont déchirés par une deuxième guerre civile. A New York, où les deux armées se font face, l’île de Manhattan est devenue une zone démilitarisée (DMZ). C’est là-bas que Matthew Roth est envoyé comme assistant d’un célèbre reporter de guerre. Mais dès leur arrivée les événements tournent mal…

Avant de commencer cette chronique, je tiens à souligner que je n’ai lu que le tome 1, donc que mon avis ne se porte pour l’instant pas sur la série mais bien sur ce premier épisode. Ceci étant précisé je peux m’atteler à la tâche…

J’aimerais dire, comme beaucoup de gens autour de moi, que j’ai été transporté dans l’univers de DMZ. En lisant les nombreuses chroniques concernant cette série à succès, j’ai entendu parler de claques, de politiquement incorrect, d’originalité…

Si le postulat de départ est intéressant à défaut d’être complètement original (les situations de guerres civiles, il y en a quand même un paquet dans le monde de la BD). Transformer la grosse pomme en fruit pourri par la folie destructrice, c’est toujours plaisant à imaginer et à voir. Pourtant la multiplication des poncifs m’a totalement empêché d’entrer dans cette histoire.

De la coupe de cheveux volontairement post-apocalyptique de l’héroïne médecin du monde, aux méchants journalistes exploiteurs du petit stagiaire, sans oublier les testostéronés militaires à la cervelle d’oiseau (et la reprise de la scène de Full Metal Jacket) … bref, on retrouve à peu près les clichés habituels du cinéma « gros bras » à l’américaine. Seul Matty, jeune anti-héros bien glandu au départ (vous m’envoyez dans la DMZ ? Vous êtes tarés ? Ok, j’y vais…) comprend, certes un peu lentement mais comprend quand même, qu’il va devoir apprendre à se débrouiller pour éventuellement revoir sa Normandie (non ce n’est pas le prénom de sa copine).

Dans tous les cas, je vois mal en quoi cet album peut être une claque. Certes, vous me parlerez d’ambiance apocalyptique…  mais l’univers n’a jamais suffi à créer une histoire, c’est au contraire un terreau pour y développer des récits anecdotiques sans pour autant avoir un réel fond. Et c’est d’ailleurs ce qui se passe ici. Quels liens ? Quels fils conducteurs ? Des touches sans profondeurs, du joli spectacle qui n’égratigne pas beaucoup les consciences… Univers futuriste où les pourris sont  l’intelligentsia. Les pauvres sont évidemment les victimes… Rooooh ! Préparons la révolution alors !

Je suis bien embarrassé pour vous en dire plus car effectivement, je ne retiens que cet aspect des choses. Graphiquement, c’est d’une efficace réelle, dans la grande tradition du comics mainstream. Mais je dois avouer que je suis très loin de l’enthousiasme suscité par la lecture de séries comme Transmetropolitan qui, pour le coup, est une vraie claque politiquement incorrect. Ici pas de remise en place et surtout  aucune trace d’autodérision qui pourrait faire éventuellement penser que cette accumulation de clichés américano-occidentaux pourraient être une caricature. Mais l’humour s’est perdu dans un appartement de Manhattan aux vitres explosés et à l’horizon de soleil couchant…

I’m poor lonesome  blogueur…

A lire : la synthèse de K.BD

Je dois cette lecture à la très fameuse Mo’ la fée. Cette lecture rentre donc dans le cadre de son challenge Pal Sèches

palseches

Chronique | Coupures Irlandaises

coupures_irlandaisesScénario de Kris
Dessins de Vincent Bailly
Futuropolis
Public : à partir de 14 ans
Pour les bibliothécaires : comme « Un homme est mort », indispensable pour toute bonne bédéthèque.

Les chansons des mômes de Belfast…

coupures-irlandaises_1En 1987, afin d’améliorer leur anglais, Christophe et Nicolas partent durant deux mois à Belfast, au milieu de l’Irlande du Nord et d’une guerre civil à peine apaisée. Dès les premiers instants, ils savent que la réalité du conflit va inexorablement les rattraper. Mais s’imaginent-ils vraiment où cela les mènera ?

La vérité du conflit Nord Irlandais m’a longtemps été masquée par cette espèce de légende romantique que les français entretiennent souvent avec l’Irlande. Pour moi, c’était surtout des images sur des murs, des faits plus historiques que contemporains, des chansons (U2, Renaud, Soldat Louis…) et des matchs du tournoi des V nations. Bref, j’étais un peu comme ces deux jeunes et leurs parents, endormi dans le confort d’une vie sans souci. Et puis, à défaut de voir par moi-même, j’ai lu la réalité cruelle d’un peuple en constante guerre civile où les humiliations répondent à la peur. Réveil difficile.

Dans Coupures Irlandaises, Kris raconte son expérience et cet éveil. En partie autobiographique, ce récit dresse le portrait de deux peuples et d’une cassure inexorable. Religions, statuts sociaux et économiques, tout est différence, tout est violence. Comme des passeurs entre les deux communautés, les petits français observent et constatent avec la légèreté propre au nombrilisme d’adolescent. Ils voient les efforts de certains et l’intransigeance des autres, voient la peine ravalée et l’inconscience des persécuteurs, prennent partie pour le peuple, admire la noblesse des populations brimées, bref s’attache… jusqu’à ce qu’une blague, une petite révolte bien loin du fait d’arme mettent le feu aux poudres. Ici se termine le récit autobiographique pour laisser place à une fiction tellement plausible. Ici se termine surtout l’Enfance. Car, les héros de cette histoire ne sont pas seulement Christophe et Nicolas mais toute la jeunesse irlandaise, des enfants protestants privilégiés aux catholiques en révolte, tous portent en eux le terreau de cette haine ordinaire. Ce récit est la fin de leur enfance à tous… « car dans la guerre, les enfants n’existent pas » (Kris).

Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly ne cherche pas à faire dans l’exagération. C’est simple et efficace, rappelant sous certains aspects le dessin de Baru (la couleur surtout). Il ne fallait pas trop en faire, il a su respecter l’écriture tout en retenu du scénariste. Comme souvent chez Kris, l’histoire du « petit peuple » est croqué dans sa plus grande noblesse. A l’image de son écriture, c’est en toute simplicité qu’il montre une vérité, celle qu’il a entr’aperçu il y a longtemps mais qu’il n’a toujours pas oublié. Les deux auteurs signent donc un témoignage très fort, à lire absolument pour (re)découvrir une réalité et comprendre un peu mieux ce conflit ancien. Juste un peu mieux, ou moins mal disons. Pour vous aider, n’hésitez pas à lire le très bon dossier documentaire à la fin de l’ouvrage. Loin d’être anecdotique, il vous parlera de cette Irlande loin des légendes et des clichés.

A lire : l’impressionnante notice de wikipedia sur le conflit nord-irlandais
A lire : La critique de BD gest

Le Retour du Roi

Dix de Der (scénario et dessins de Didier Comès. Casterman, 2006)

1944, dans les Ardennes belges, un petit groupe de soldats américains est en première ligne pour stopper l’ultime sursaut de l’armée allemande. De jeunes soldats sont enrôlés pour pallier les lourdes pertes occasionnées par cette contre-attaque. Parmi eux, Le Bleu prépare non sans appréhension les premiers moments de sa guerre. Positionné par son lieutenant dans un trou au pied d’une croix, il attend jusqu’au moment où…  Belote, rebelote et dix de der ! C’est par cette annonce bien connue par les amateurs de belote qu’il va faire connaissance avec Joseph, Manfred et Amédée. Tout irait pour le mieux si ces trois personnages n’étaient pas des fantômes !

26 ans après le fabuleux Silence, Comès n’a pas quitté ses Ardennes belges et conte encore une fois une histoire entre deux mondes. Avec ce jeune héros, nous plongeons dans l’irréalité la plus totale, un univers fantasmagorique où les crânes énucléés recherchent désespérément des yeux, où les corbeaux sont des anciens vicaires, où Jésus est un sale con (ben oui désolé) et où les seuls moments de retour au vrai se passent sous les balles et les obus.

Par son dessin, par
ses décors et l’atmosphère unique de sa campagne ardennaise
, Comès est toujours capable de créer un univers à part, une bulle de folie douce dans un monde de folie brute. Mais le plus important c’est le cynisme incroyable de l’écriture ! Les dialogues entre les défunts, enfin plutôt les gentillesses qu’ils s’envoient à la figure, sont absolument savoureux. De plus, quelques personnages secondaires, comme les deux corbeaux et leur réflexion sur la vie après la mort mais aussi les deux enfants victimes d’une erreur de bombardement des libérateurs américains, apportent un vrai plus à l’ensemble.  Dix de Der est un album mosaïque, enchainant les tableaux, égratignant les figures (du soldat libérateur au bon instituteur de campagne) tout cela dans l’attente fébrile d’un dénouement. Malgré ce découpage, l’ensemble est cohérent tout en gardant un rythme régulier.

Finalement, en compagnie de ces compagnons d’infortune, le lecteur découvrira le point de vue de Comès, une vision presque optimiste de la mort, en tout cas pas moins affreuse que la réalité de la vie de notre bleu. Bref, un album pour les amateurs d’histoires délurées où le cynisme ne laisse pas sa part à l’humour noir. Après 6 ans d’absence (album précédent en 2000), Comès signe encore un petit bijou… bref, comme d’habitude !

A voir : le reportage consacré à l’album sur Arte.tv (3’30)
A lire : la critique de Krinein

Attention : cette chronique s’inscrit
dans le
Challenge
BD

lancé par
Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

Et on dirait que…

Shooting war (scénario d’Anthony Lappé, dessins de Dan Goldman, éditions Les Arènes)

2011, John McCain a été élu président des États-Unis quelques années plus tôt. Tout le monde a oublié le nom du candidat adverse. Le bon vieux conservateur, héros de la guerre du Vietnâm, a fait ce qu’il avait promis : rétablir la paix au Proche-Orient. L’Iran bombardé, la situation devient apocalyptique.

C’est dans ce contexte, que Jimmy Burns, journaliste amateur blogueur, profitant d’un incroyable concours de circonstance, est envoyé en Irak par une chaîne d’info en continue afin de couvrir les évènements. Burns est loin d’imaginer la réalité du terrain !

Quand j’étais petit, j’aimais bien jouer au « Et on dirait que… » (vous aussi j’en suis certain). Imaginant des situations impropables ou la fiction dépassait de loin la réalité. Ici, Dan Goldman et Anthony Lappé ont fait la même chose : « Et si Barack Obama… » Nous voici donc dans un univers à la limite de la déraison.

A l’origine, Shooting War est un webcomic, une bd publiée sur le net. D’où un graphisme très « numérique » (couleurs & dessins) profitant des possibilités qu’offrent l’informatique (intégration de photos, retouches…). Chaque case est une oeuvre à part même si toutes ne sont vraiment pas de la même qualité. Graphquement, Dan Goldman a tenté d’imaginer une atmosphère proche-orientale en 2011.

Edité juste avant l’élection américaine ce livre est une caricature de la politique et des médias américains. Comme toute caricature, la ficelle (certains personnages) est parfois un peu grosse. Mais n’est-ce pas l’idée même de caricature ? Dans l’ensemble, l’univers imaginé est vraiment crédible. Pour preuve, quelques jours après avoir lu Shooting War, je voyais un reportage sur les robots de combats et leurs futurs évolutions… très proches des pages du webcomic et terrifiant.

Si, à mon goût, Shooting War n’est pas un incontournable, il réussit quand même à toucher au but : choquer ! Une oeuvre qui laisse également entrevoir toutes les possibilités offertes par Internet dans le développement de la BD.

A lire : le site officiel Shooting War

Mémoire…

La Guerre d’Alan - 3 tomes (scénario et dessins d’Emmanuel Guibert, d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope, L’Association)

« Un jour, un dessinateur rencontre un Américain qui vit en France.
Le dessinateur s’appelle Emmanuel. Et l’Américain se prénomme Alan.
Alan a vécu la deuxième guerre mondiale et il la raconte au dessinateur. Mais la guerre d’Alan, c’est très peu d’actions ou d’explosions. Ce sont des petits moments précieux dont il essaie de tirer le suc pour rester convaincu que la vie est belle.
Emmanuel Guibert, le dessinateur et Alan Cope, l’ancien soldat américain vont devenir les meilleurs amis du monde. Et leur amitié donnera une trilogie : la guerre d’Alan volume 1, 2 et 3 parue aux éditions de l’Association.
Ces livres, c’est une façon de voir la vie. C’est un homme qui en écoute un autre, parce tous les 2 avaient un goût certain pour la conversation. »

Quand des journalistes de qualité – ici Rebecca Manzoni, la présentatrice d’ECLECTIK sur France Inter -  font une bonne présentation d’une série qu’on adore, ben on leur pique.

C’est avec impatience que j’attendais le dernier opus de La Guerre d’Alan. Voilà, le 3e volume vient de clore le récit de la vie d’Alan Ingram Cope, vétéran de la seconde guerre mondiale. Rassurez-vous, si ce nom ne vous dit rien, c’est normal. Il n’y a aucune trace d’Alan dans les livres d’histoire. Il n’était qu’un homme de l’ombre, un simple soldat qui a traversé la grande histoire comme la plupart des gens, sans bruit. Et pourtant…

Oui pourtant, lorsque l’on lit et découvre avec avidité les trois albums de ce récit, réalisé à partir des souvenirs d’Alan, de l’immense talent d’un Emmanuel Guibert et d’une profonde amitié entre les deux hommes, on y découvre un être incroyablement intelligent. Avec le recul des années, Alan pose sur sa vie et les évènements un regard de sage non dénué d’(auto)critique et d’humour.

Le héros de cette histoire n’en est pas un, c’est un être avide de connaissance, tolérant et curieux. Pas plus courageux que vous et moi. Vous ne trouverez pas d’évènements choquants comme on a l’habitude de les voir dans les œuvres traitant de ce sujet. Non, la Guerre d’Alan est un recueil de souvenirs, qui malgré leurs profondes intériorités, ont une portée universelle. Le lecteur y découvrira les choses simples de la vie, les rencontres marquantes (ou anecdotiques), des découvertes ou des regrets.

Et les souvenirs, Alan en avait des tonnes. Des souvenirs qu’il a su transmettre à Emmanuel Guibert. Quand deux amis, un conteur et un artiste se rencontrent, et quand cet artiste a suffisamment d’humanité pour s’oublier derrière son sujet, alors tout est au rendez-vous pour réaliser quelque chose d’étonnant.

Emmanuel Guibert semble trouver l’inspiration dans les amitiés qu’il a su se forger. Entre La Guerre d’Alan et Le Photographe – autre chef d’œuvre de ces dernières années – il montre au travers de textes et de dessins époustouflants toute l’étendue de son talent. Du paradis où il se trouve désormais, Alan Ingram Cope doit apprécier… et nous aussi.

A lire : la critique de Parutions.com

A télécharger : l’émission d’ECLECTIK du 29 mars 2008 avec Emmanuel Guibert (90Mo, désolé pour la pub. Entrez le code, cliquez sur Download puis patientez une 20aine de secondes). Bon je ne sais pas si j’ai trop le droit de le faire. Si ces messieurs de France Inter veulent que l’on retire le lien, on le fera.

Peace and love

La Guerre du Professeur Bertenev (scénario et dessins d’Alfonso Zapico, collection Blandice, éditions Paquet)

1855, guerre de Crimée. Léon Bertenev est un simple artilleur russe. Prit entre le feu anglais et la folie de son capitaine, il voit ses compagnons mourir un à un. Fuyant la bataille, il est arrêté par un cavalier anglais, le capitaine Townsend, fine fleur des armées de sa majesté la reine Victoria.

Prisonnier de guerre, Bertenev est condamné à une mort certaine car ses compatriotes ne vont pas tarder à lui faire payer sa désertion. Léon est toutefois bien plus qu’un simple soldat et grâce à la mansuétude du capitaine Townsend, il devient interprète auprès de ses ennemis et confident de son sauveur.

Devenu traitre à sa patrie mais resté un ennemi pour les anglais, le professeur Bertenev est un apatride jetant un regard douloureux mais sans haine sur un monde violent qui ne l’a pourtant pas épargné. La grande sensibilité et l’intelligence de ce personnage égaré au milieu de la guerre irradient l’ensemble de cet album.

Ce n’est pas une BD historique sur une guerre mais plutôt le récit de relations entre des êtres que le hasard a obligé à entrer en contact. Si tout les opposent (langues, principes, visions du monde) ce sont par de

savoureux dialogues et/ou des situations extrêmes qu’ils vont peu à peu se découvrir.

Le jeune auteur espagnol Alfonso Zapico, 25 ans seulement, fait ici preuve d’une remarquable maitrise de son histoire. A l’image de son héros, il ne donne pas de leçon de vie et cherche toujours à montrer les différents points de vue d’une même situation. Au bout du compte vous voilà portés par un récit qui se déroule comme du papier à musique. Vous vous inquièterez pour ses héros et au bout du compte, vous vous attacherez.

Encore une fois, la collection Blandice des éditions Paquet offre un petit bijou. Après les albums de Renaud Dillies (Mélodie au crépuscule, Betty Blues) ou le très excellent Big Bill est mort (par Antunes et Taborda) voici une petite merveille sans prétention, intelligente, fine, et ne tombant pas dans un manichéisme facile. C’est excellent de bout en bout.

Tout ça méritait bien un petit label Recommandé.

A lire : linterview d’Alfonso Zapico sur le blog Bulle d’Encre. La transition avec l’info du jour est toute trouvée !