Archives du mot-clé Glénat

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Casedoc#3 | Laurent Vicomte, Entretemps (Avril Tembouret)

Depuis 15 ans, les bédéphiles – pourtant d’un naturel patient – attendent avec fébrilité le deuxième volume de Sasmira de Laurent Vicomte. Que se passe-t-il ? Pourquoi ce temps infini entre les deux épisodes de cette série mythique ? En 2004 déjà, Avril Tembouret décidait de prendre sa caméra pour élucider ce mystère… et 8 ans plus tard… Portrait d’un perfectionniste hors du temps. Continue la lecture

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Chronique | Knights of Sidonia (Tsutomu Nihei)

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An 3394 de l’ère commune, le dernier contact du Sidonia avec un autre vaisseau humain date de plus de 700 ans. Voici plus d’un millénaire que ce vaisseau-monde ère dans l’espace. 1000 ans que la Terre a été détruite par les Gaunas, une race d’extraterrestres avec laquelle les terriens n’ont jamais pu entrer en contact. Et même si aucune attaque n’a été répertoriée depuis longtemps, ces êtres restent encore une menace pour le vaisseau et l’existence même de l’humanité. Seuls les pilotes des sentinelles armés d’Aristats peuvent combattre ces envahisseurs. L’histoire débute quand Nagate Tanikaze, un jeune homme sorti des tréfonds de la colonie, est capturé après un vol de riz. Ayant vécu ses premières années isolé du reste de Sidonia, il découvre peu à peu ce monde. Mais qui est-il vraiment ? Pourquoi lui confie-ton immédiatement un ancien modèle de Sentinelle ? Quel est son rôle dans l’avenir de Sidonia ? Toute saga a son héros.

Nihei pour les nuls

« En a-vant combatant de la lumièèèèè-re, notre vie vous l’avez entr-e vos… » Euh… Désolé. En relisant Knights of Sidonia j’ai immédiatement eu un petit coup de revival version Robotech. Ah, Robotech ! THE anime avec des pilotes d’avions-robots combattants des extraterrestres ! Ça ne date pas d’hier certes mais les mechas est un peu au manga ce que le jeu de mot est à Astérix, une base incontournable. Celui qui n’a pas lu ne serait-ce que quelques pages ou vu quelques séries de ce genre, ne peut pas affirmer sans rougir connaître la bande dessinée ou l’animation japonaise.

Pourtant, j’ai été surpris de voir Tsutomu Nihei se lancer dans une longue série (déjà 11 volumes au japon) de ce style. Tellement surpris que je suis même allé vérifier si mon cerveau ne me jouait pas des tours. Tsutomu Nihei, auteur du mythique Blame ou du court Abara… C’était bien lui. Un auteur dont l’univers pourrait aisément se qualifier de SF punk apocalyptique. Un univers toujours particulier qui fait appel aux angoisses, aux songes, se basant souvent sur des métaphores plus complexes. Bref, dans mon monde de lecteur, Nihei est un chaînon entre la BD grand public et indépendante, un créateur exigeant demandant des efforts à son lecteur. Il m’a d’ailleurs bien souvent laissé à la porte.

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Un Gauna sous une forme humanoïde

Ultra-monde et… litchi

C’est vous dire si j’avais quelques appréhensions à l’entame de ma lecture de cette saga spatiale. Mais très vite, j’étais rassuré par un départ plutôt classique : un vaisseau perdu, une menace qui plane, un jeune héros… Tout commençait bien même si le trait des visages et la multiplication des personnages rendaient parfois la lecture un peu complexe. C’est du Nihei me disais-je, un petit effort. Nous découvrons donc Sidonia en même temps que notre héros. Un monde vaste, riche et surprenant, ponctué d’humains androgynes, de clones et de manipulation génétique. Durant mille ans, la technologie humaine a bien évolué. Mais son monde, recréé de toute pièce dans le ventre de Sidonia (avec même un véritable monde marin, c’est vous dire la taille du vaisseau), est encore assez proche de la Terre des origines. D’ailleurs, l’auteur nous gratifie entre les chapitres de quelques Vues de Sidonia montrant ainsi toute la diversité de ce monde.

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Ballade dans le monde marin

Très vite, l’histoire ne tarde pas à se mettre en route. Une action forte, teintée de peur et je dirais même d’horreur car ces fameux gaunas sont monstrueux et mortels aussi bien sur le plan scénaristique que graphique. Là encore c’est une marque de fabrique de Tsutomu Nihei qui nous a toujours habitués à des monstres aux traits très percutant.  Comment vous les décrire d’ailleurs ? Euh… c’est ridicule mais bon. Grosso-modo, le gauna, structurellement parlant, c’est un peu un litchi. Le gros noyau à l’intérieur est le corps, la partie vulnérable. Ce dernier est protégé par l’Amnios, une matière blanchâtre quasiment indestructible qui l’entoure et prend n’importe quelle forme. Et quand je dis n’importe laquelle… Bref, je vous laisse la surprise mais je peux vous affirmer qu’il ne vous viendrait pas à l’idée de traiter un gauna de litchi si vous en croisez un dans la rue… Mais je m’égare.

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Une sentinelle ? Vraiment ?

Le diable est dans les détails

Partant de ce principe de départ, l’auteur ponctue donc son récit de combat épique avec ces êtres venus d’ailleurs. Sans surprise, Nagate répond aux attentes placées en lui par la mystérieuse Amiral de Sidonia. Mais Knights of Sidonia n’est pas qu’une suite très classique de combats et de lasers dans l’espace. S’ils font partie du décor, les scènes à l’intérieur de Sidonia ont une importance croissante. Ceux qui ont déjà lu Tsutomu Nihei savent qu’il ne peut se contenter d’une ligne droite dans son scénario, ou du moins pas sous cette forme. Au fur et à mesure de la lecture, l’histoire gagne en effet en épaisseur et ce qui apparaissait jadis comme une partie du décor devient peu à peu un élément important d’une intrigue qui dépasse plus largement la guerre contre les Gaunas. Quant à Nagate, son attirance-répulsion pour ces extraterrestres interroge sur la nature même de ces derniers… Bref, nous entrons donc dans une sorte de jeu de guerre, jeu politique, thriller qui rend l’ensemble à la fois plus complexe et plus passionnant.

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Le clonage c’est fantastique

Si Knights of Sidonia représente sans aucun doute l’une des portes les plus simples pour accéder à l’œuvre d’un auteur à l’univers très riche, elle n’en demeure pas moins une série fascinante. Comme toute bonne œuvre de SF, elle ouvre la voie vers de nombreux sujets (clonage, science, dialogue entre les peuples, ambition politique…). On s’attache à ce héros naïf et au destin de cette colonie futuriste, dernier bastion connu de l’humanité. Bref, un manga dans la plus pure tradition mais qui n’en reste pas moins passionnant… A recommander !

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Scénario et dessins : Tsutomu Nihei
Editions Glénat, 2013

Public : Ados-Adultes
Pour les bibliothécaires : une série qui a déjà dépassé les 10 volumes au Japon. Mais l’auteur n’est pas un habitué des séries à rallonge. A mon avis série importante dans ce genre.

 

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Chronique | La Dynastie Donald Duck T1 (Carl Barks)

Dernière chronique de l’année pour IDDBD ! Dans mon sac de voyage, j’emporte quelques bonnes lectures qui vous retrouverez certainement durant le mois de janvier 2012. J’avais quelques albums sous la main ces derniers jours mais ils ne m’ont pas beaucoup inspiré. Pas du tout même. C’est pourquoi je me suis repenché avec nostalgie sur l’intégrale Carl Barks dont j’avais acheté le premier volume cette année. Pourquoi nostalgie ? C’est tout simplement l’un des premiers héros à avoir bercé mon enfance de lecteur de BD. Si vous lisez cette chronique, c’est grâce (ou à cause) de lui !

Qui ne connaît pas le plus célèbre des canards créé par Dick Lundy pour les studios Disney en 1934 ? Hystérique, colérique, malchanceux mais aussi courageux et espiègle, Donald Duck c’est un peu un monsieur tout-le-monde. De petits boulots en multiplication de dettes, il est comme vous et moi, bien souvent en galère. Mais chose incroyable, il se débrouille toujours pour se retrouver dans des aventures extraordinaires capables de lui faire oublier les multiples soucis de son quotidien. Faut dire qu’avec sa famille… Car Donald n’est pas seul à Donaldville la bien nommée. Il est accompagné par ses neveux (les fameux Castor Junior Riri, Fifi, Loulou), ses cousin Gontran Bonheur et Gus, sa jolie cousine Daisy, Grand-mère Donald, et surtout le non-moins célèbre Scrooge Mc Duck alias Onc’Picsou, le canard le plus riche du monde. N’oublions pas non plus Géo Trouvetou, les Rapetou ou Miss Tick

Mais tout ça, vous le connaissez aussi bien que moi. Sauf si vos parents communistes vous interdisaient de lire cette « littérature capitaliste », vous avez sans doute parcouru les multiples chasses au trésor ou les improbables aventures du quotidien dans l’univers Duck. Le titre de ce premier recueil, La Dynastie Donald Duck, n’est pas qu’un simple titre, c’est la réalité d’un univers riche développé presque exclusivement par un seul homme : Carl Barks. Celui que l’on surnommait affectueusement l’homme des canards a consacré 40 ans de carrière au palmipède à vareuse, a écrit plus de 700 histoires. Comme tous les grands auteurs, il a lui-même des héritiers. Citons l’américain Don Rosa et sa Jeunesse de Picsou.

Paradoxalement, les amateurs de bandes dessinées européennes voient plutôt d’un mauvais œil les publications Disney. Ersatz de sous-BD uniquement bonnes à figurer dans des magazines pour enfants vite lu et vite oublier ? On ne peut pas toujours leur donner tord, il y a beaucoup de choses inintéressantes. Cependant, les œuvres de Carl Barks sont marqués d’une griffe particulière qui les font immerger. Je crois qu’on appelle ça le talent.

En 60 ans (1950-1951 pour ce volume) certaines histoires sont devenues un peu désuètes. Cependant la plupart ont gardé beaucoup de dynamisme et d’intérêt. Si dans les formats courts (entre 10 et 15 planches pour la plupart) l’auteur n’a pas eu le temps de tergiverser, allant droit au but dans sa narration, les histoires aux formats plus longs (entre 30 et 40 planches) sont des véritables exemples de construction de scénarios. Il alterne péripéties et temps morts, suspense et révélations. Pas de doute, Carl Barks était un conteur. D’ailleurs 60 après, les enfants – je sais j’ai testé avec mes filles– accrochent très facilement à ses histoires (faussement) simples.

Mais à quoi reconnaît-on une bonne BD ? Allez, je suis certain que vous avez la réponse ! Je l’ai déjà dit en plus ! Bon ce sont les vacances alors je passe pour cette fois. Une bonne BD c’est une adéquation parfaite entre scénario et dessin. Est-ce le cas ici ? Oui, assurément car tout le travail narrative se retrouve également dans le dessin. Contrairement à plusieurs bande dessinée jeunesse européenne des années 60, le graphisme de Carl Barks n’est pas vraiment marqué par le temps. Si les décors simples mais réalistes sont ceux du monde des années 50 (comme les décors de Tintin par exemple), les caricatures cartoonesques n’ont pas pris une ride. Donald et ses camarades sont toujours en mouvement. Rien n’est statique même si le découpage est très classique. Comme ses histoires, Carl Barks signe un dessin d’une efficacité d’orfèvre, un travail d’artisan et d’artiste.

Pour ces fêtes, je vous conseille donc de vous repencher sur ce grand ancêtre de la bande dessinée américaine disparu en 2000. Cela vous permettra de jeter un autre regard sur des productions souvent mal connues par le public européen. Mais c’est vrai que Disney n’a autorisé la publication au format album que très récemment en Europe. Alors n’hésitez pas, jetez vous sur ces petits trésors d’inventivités. Il ne me reste plus qu’à vous souhaitez de joyeuses fêtes ! Et j’espère que le père Noël vous aura apporter quelques bonnes BD… Si il lit IDDBD, ça devrait le faire !

A voir : la fiche album chez Glénat
A lire :
la biographie de Carl Barks sur wikipedia

Titre : La dynastie Donald Duck : sur les traces de la licorne et autres histoires (5 volumes parus)
Collection : Intégrale Carl Barks
Editions : Glénat, 2010, 29€
Editions originales : Disney

Public : Jeunesse
Pour les bibliothécaires : un grand classique de la bande dessinée mondiale. Un maître tout simplement.

 

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Chronique | Le Bleu est une couleur chaude

scénario et dessins de Julie Maroh
Editions Glénat (2010)
Public : A partir de 15/16 ans
Pour les bibliothécaires : cet album fait tout simplement partie de ma bédéthèque idéale. Comme ça c’est réglé. Prix du public Angoulême 2011 (14,90€)

« Si j’avais été un garçon, Clém’ serait tombé amoureuse de moi quand même… »

Clémentine a 15 ans et se rend à son premier rendez-vous galant lorsqu’elle croise une jeune femme aux cheveux bleus dans la rue. Quelques mois plus tard, alors qu’elle est entrainée dans un bar gay par son meilleur ami, elle la retrouve. Elle s’appelle Emma. C’est un coup de foudre et  le début d’une histoire d’amour à la fois douloureuse et profonde entre les deux jeunes femmes…

J’ai la faiblesse de croire que les livres peuvent changer l’existence des gens, de croire que l’imagination et la créativité peuvent être plus fort que mille discours moraux. Je suis persuadé que des albums comme Le Bleu est une couleur chaude peuvent apporter des réponses ou apaiser des jeunes gens qui luttent contre leur propre nature, parce qu’elle n’est pas « bien », parce qu’elle n’est pas « normale ». Pourtant, je n’ai pas non plus l’impression que cette BD ait été écrite pour prouver ou démontrer quoique se soit mais bien dans le seul but de raconter une histoire. Le Bleu est une couleur chaude est une simple histoire d’amour, plus compliquée que les autres c’est vrai, mais qui n’en demeure pas moins véritable et terriblement humaine. Cette BD n’est pas militante par son approche, elle l’est par la justesse de ses propos. Julie Maroh réussit à dépasser cette soi-disant différence pour nous montrer un véritable amour romantique. Ici, il n’est pas question de soleil illuminant les champs de blé ni de chamallows grillés au coin du feu, dans ce récit tout est digne malgré la réalité qui n’épargne pas les amours outrageants. Au bout, les sentiments affluent comme une vague… bleu évidemment.

En lisant Le Bleu est une couleur chaude, vous passerez par tous les états possible. Cet album fait parti de ces œuvres qui, par on ne sait quelle magie, réussissent l’exploit de former un tout, une copie presque parfaite de l’existence, où durant quelques pages se mélangent la vie et la mort, la renaissance et l’éternité, la joie, les peines, les déceptions… Tout cela est rendu possible par les qualités d’écriture indéniables de Julie Maroh. Son style est impeccable, clair, son scénario alterne les phases d’emballement et de calmes, laissant les silences, l’attente et les sentiments s’installer. Côté graphisme, elle étonne en mélangeant des influences assez classiques (sa bichromie bleu/noir et son trait me rappelle dans une certaine mesure les Sambre de Yslaire) et une part d’onirisme magnifique (des planches pleines pages de toute beauté). Cet album, outre son titre, n’est pas non plus sans rappeler Blue, le chef d’œuvre de la mangaka de Kiriko Nananan. On y retrouve le même plaisir du silence, la même finesse de trait, la même volonté intimiste, la même force surtout.

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Si je voulais être pénible, je dirais que Julie Maroh n’a pas encore donné toute la mesure de son talent. On peut en effet discuter de certains passages, moins brillant sur le plan graphique et/ou narratif. Mais incontestablement, avec ce premier album – son premier album – elle entre directement dans l’antichambre des grands. Si je voulais m’avancer, ses qualités graphiques et surtout d’écriture lui permettront sans doute de signer des œuvres de très hautes qualités, à la hauteur d’un Fred Peeters ou d’un Larcenet. Il suffit de lire Blast ou Lupus pour vous faire une idée de mon point de vue. Maintenant la patience est de mise. En attendant, je vous invite à relire et à faire lire cet album rare.

Le Bleu est une couleur chaude a reçu le prix du public au FIBD d’Angoulême en 2011.

Cet album m’ayant été conseillé par Mo’, Choco (et mon Padawan, elle se reconnaitra) il entre donc dans le challenge Pal Sèches de Mo’ (ouf plus que 2 !). Et comme Julie Maroh est une bien jolie fille, il entre également dans le cadre du challenge Women BD de Théoma. Et zou !

A découvrir : le très beau blog de Julie Maroh
A voir : toujours sur le site de Julie Maroh, l’émission Un Monde de Bulles consacré à l’homosexualité dans la BD
A lire : la critique de Ginie sur B&O, celle de Mo‘ et tiens celle de Choco aussi !

Dans le fond…

Immergés. T1 : Gunther Pulst (scénario et dessins de Nicolas Juncker, Glénat, Label Treize Étrange)

Aujourd’hui BD historique !  Comme je vous l’avais déjà dit, l’histoire en BD, ça ne m’a jamais vraiment enthousiasmé. J’ai certainement eu des traumatismes d’enfance en tombant sur de la pseudo-BD promotionnelles types « L’histoire de la ville/région/grands hommes en BD » aussi pauvre en matière de dessin que de scénario. Et puis le trait ultra-réaliste, autant j’admire le coup de crayon autant ça ne me transporte pas dans des sphères insoupçonnables de l’émotion… Mais arrêtons ici la critique pour nous pencher sur la chronique de cet album de Nicolas Juncker.

Ce premier tome d’Immergés est d’abord le portrait d’un homme : Gunther Pulst dit « Papy », 39 ans, maître diesel, à quelques mois de la retraite. Il est dur à la tâche, râleur impénitent, passant ses nerfs sur le jeunôt incompétent qu’on lui a mis dans les pattes, pas vraiment la star de l’équipage (au contraire). Sur la terre ferme, ce n’est pas l’extase non plus. Il habite seul avec sa vieille mère acariâtre et semble amoureux de la femme de son meilleur ami, mécano dans la marine marchande.

Immergés est également le portrait d’un groupe. Dix-neuf hommes venant d’horizons divers et tous embarqués dans la même galère. Ils n’ont rien d’autre en commun sauf l’angoisse ou la révolte lorsqu’ils apprennent que la SS fait une enquête sur eux. Pourquoi ? Question politique répondent les uns, pour débusquer les communistes répondent les autres.

Et Immergés, c’est surtout une tentative de portrait de la société allemande à l’été 1939 par le biais inattendu d’hommes qui la vivent à la fois de l’intérieur par leurs missions mais aussi de l’extérieur par leur éloignement du quotidien et des réalités de l’Allemagne. Des hommes en manque de repères sur la terre ferme, comme peut l’être Gunther qui semble plus à l’aise entre ces machines qu’à la table du dîner entre Anja et sa mère.

Hormis l’histoire et ses portraits imbriqués, Immergés est aussi une atmosphère graphique surprenante (c’est un peu une marque de fabrique du label). Dans son album, Nicolas Juncker utilise son dessin épais, ses couleurs sombres, ses personnages poussés dans la caricature, comme des éléments de narration supplémentaires. Pas besoin de dialogue pour percevoir l’effet terrifiant du commandant SS sur les marins, pas besoin de démonstration pour sentir la pression sur les épaules des marins sur la terre ferme.

En conclusion, un premier tome vraiment réussi à la fois plaisant et angoissant qui, je l’espère, en appelle d’autre du même acabit.

PS : merci à Aurélie et à son mari pour ce prêt très bien vu.

A lire : je ne suis pas toujours d’accord avec eux en matière de BD mais là… Une critique de Télérama
A écouter : une interview de Nicolas Juncker sur le blog Temps de livre
A découvrir : les livres du très bon label Treize Etrange (racheté par Glénat récemment)

Cercle vicié…

Le Cercle de Minsk (scénario de Frank Giroud, dessin de Jean-Marc Stalner, collection Graffica, éditions Glénat)

Le 18 août dernier, IDDBD vous signalait la sortie du troisième opus de la série Le Cercle de Minsk, un passionnant récit de Franck Giroud (Azrayen, le Décalogue, etc…) mêlant Histoire, politique et philosophie.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, cinq jeunes soldats idéalistes, rescapés des Brigades Internationales au sein desquelles ils se sont battus en Espagne, tombent sur un trésor inestimable qui va peut-être (tout est dans ce « peut-être »...) leur permettre de changer la face du monde. Près de 60 ans après, que reste-t-il de leurs idéaux, de leur amitié… et du trésor ?

C’est sur cette interrogation que Franck Giroud base l’intrigue qu’il bâtit lentement au fil des pages du Cercle de Minsk. Certains trouveront justement le rythme un peu trop lent. D’autres, comme IDDBD, aiment qu’on leur raconte des histoires qui laissent vivre leurs personnages, qui les laissent prendre de l’épaisseur pour nous les rendre plus crédibles encore. D’autant que le récit est régulièrement ponctué de coups de théâtre, de retournements de situations, de trahisons… De quoi vous tenir en haleine jusqu’à la dernière case !

Mais le Cercle de Minsk n’est pas seulement un bon thriller. Ce serait trop simple pour Franck Giroud de s’en tenir à cette seule dimension. Sans vouloir se lancer dans une exégèse qui serait aussi ridicule que vraisemblablement fausse (qui peut cerner les véritables motivations d’un auteur ?), la présence – tout au long de l’histoire – d’une étoffe liturgique juive brodée du Tétragram, semble nous indiquer que le Cercle de Minsk est aussi, à sa manière, un conte philosophique dans lequel Franck Giroud prend un malin plaisir à glisser quelques questions existentielles rendues plus digestes par l’action menée tambour battant…

Certes, certes, mais le dessin dans tout cela ? Jean-Marc Stalner se lâche un peu plus dans ce troisième opus (par rapport aux deux premiers). Le trait est plus nerveux, moins hyper-réaliste, et colle donc bien au rythme plutôt mouvementé du récit et aux somptueux paysages amazoniens qui lui servent de décor. Et puis, reconnaissez qu’il est toujours agréable de lire une bonne histoire illustrée par un dessinateur qui ne se la joue pas « Maman, regarde comme je dessine bien ! » à chaque case, un dessinateur qui se mette véritablement au service de l’histoire pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Allez, entrez dans le Cercle et voyez comme vous en ressortirez : bousculés certes, mais épatés…

A lire : quelques planches du troisième tome sur le site de Glénat

A (re)lire : la fiche album du tome 1, et celle du tome 2

800ème chronique d’IDDBD !

Neuro – Tome 1 : La faim encéphalique (scénario et dessin de Yusei Matsui, collection Shônen, éditions Glénat, 2008)

Pour cette 800ème chronique (déjà !), IDDBD vous propose de revenir sur un manga annoncé jeudi dernier : Neuro. Si je vous parle de démons venus des Enfers pour entrer en contact avec de jeunes lycéens, de criminels punis, de policiers un peu débordés… vous pensez certainement à Death Note, l’un des manga culte chaudement recommandé par IDDBD (initialement découvert pour nous par David). Vous n’avez pas tort mais les caractéristiques énoncées plus haut se retrouvent également chez Neuro, la nouvelle série publiée depuis quelques jours par la collection Shônen de Glénat. Mais attention ! Ne vous méprenez pas ! Neuro n’est pas un Death Note bis !

Neuro, ce démon venus d’une autre dimension, se nourrit de mystères (contrairement aux dieux de la mort qui se nourrissent de pommes, c’est bien connu…). Après avoir épuisé son monde, il a décidé d’investir le nôtre et de s’attacher au destin d’une jeune lycéenne, Yako Katsuragi, dont le père est mort quelques mois plus tôt, dans d’étranges circonstances…

Cette jeune lycéenne n’est pas vraiment le clone de Light, le héros de Death Note, également lycéen. Yako Katsuragi aime surtout manger et ne cherche pas spécialement à se tranformer en la détective privée que Neuro va la pousser à devenir (parfois en usant de moyens pour le moins convaincants…). Car contrairement à l’autre série, ici, c’est Neuro qui mène la danse en faisant de Yako sa marionnette au service de son insatiable appétit de mystères à résoudre. Du moins au début…

Mais l’univers de Neuro n’est pas aussi sombre que celui de son aîné. L’humour est omniprésent, qu’il s’agisse des situations ou de l’apparence des personnages. Le ton est également plus ludique, y compris pour les enquêtes dont se nourrit Neuro : vous pourrez toujours tenter de les résoudre avant Yako et son diable de compagnon (bonne chance quand même !).

Et pourtant, à la lecture de ce premier tome, j’ai comme l’intuition que ce manga n’est pas aussi léger que ce qu’il donne à voir, comme si l’auteur nous attirait avec un petit cocktail sucré et coloré qui pourrait bien se transformer en tout autre chose au fil des tomes… Hum ! Serais-je déjà contaminé par Neuro en voyant des mystères partout ? En tout cas, ce qui ne l’est pas (un mystère), c’est qu’IDDBD s’est régalé à la lecture de ce premier tome et qu’il attend avec impatience le 27 août prochain pour dévorer le deuxième et troisième tome !

A lire : les premières planches sur le site de Glénat

A voir (après avoir lu le tome 1, c’est mieux…) : le premier épisode de l’anime tiré du manga Neuro (en deux parties sous-titrées en français). Partie 1 et partie 2 (un vrai régal)

In Bidot veritas…

L’éternel – Tome 1 : Le Saint (scénario, dessin et couleur de Laurent Bidot, collection La Loge Noire, éditions Glénat, 2008)

Dimanche dernier, IDDBD vous annonçait la sortie du premier tome de L’éternel, la nouvelle série de Laurent Bidot (auteur des quatre tomes de Le Linceul, également à La Loge Noire). Aussitôt annoncé, aussitôt lu, aussitôt chroniqué (pour une fois…) ! Autant vous dire qu’IDDBD a encore eu du nez en vous signalant L’éternel !

Dans la plus pure veine des BD ésotériques, voire religieuses, ce premier tome pose une intrigue palpitante. L’un des personnages principaux est un historien, Thomas Landon, dont le prénom et le nom illustrent son rôle : il est à la fois attaché à recueillir des preuves tangibles (un peu comme Saint Thomas) de la « sainteté » des candidats à la canonisation sélectionnés par le Vatican, mais il est aussi impliqué dans une quête ésotérique, comme le personnage principal du roman de Dan Brown (le Robert Langdon du Da Vinci Code…). Il ne s’agit d’ailleurs pas du seul clin d’oeil à ce best-seller : le romancier qui attire l’attention de Thomas Landon sur Saint Scutaire (le saint du titre) n’est autre que Dan Brixman, le jumeau littéraire de l’autre, hostile à la Curie Romaine… Et puisque l’on parle de clins d’oeil, vous ne raterez pas ceux de la planche 29, dans le cimetière, où deux tombes mentionnent respectivement Laurent Bidot lui-même (1967 – 2007) et… Achille Talon (1937 – 1985) !

Mais pour en revenir à L’éternel, le personnage central auquel s’intéresse – pour des motifs très variés – de nombreuses personnes, est bien Saint Scutaire. Son surnom, il le doit à sa légende d’immortalité. Et les indices semblent démontrer qu’en effet, l’homme aurait connu la Rome des premiers chrétiens, mais aussi la période trouble de l’Occupation nazie en France. Alors, supercherie ou réalité ? Si l’on en croit les péripéties de Thomas Landon, son enquête risque d’être non seulement mouvementée mais également très dangereuse. D’autant que Saint Scutaire ne paraît pas disposé à faciliter la tâche de ses poursuiveurs…

Si vous avez aimé le Da Vinci Code ou le Triangle Secret, vous aimerez L’éternel ! Si vous avez détesté le Da Vinci Code ou le Triangle Secret, vous aimerez aussi L’éternel ! Car Laurent Bidot a réussi à trouver le ton juste, cet équilibre subtil mais efficace pour titiller la fibre ésotérique de tout lecteur de La Loge Noire sans laisser sur le bord du chemin les amateurs de thriller plus classiques. Et Dieu sait (sans jeu de mots...), que Laurent Bidot sait y faire pour nous attirer dans son piège dès les premières cases pour nous lâcher, à la quarante-huitième page, avec presque autant de questions que de réponses… Certes, l’homme n’en est pas à son coup d’essai. Mais reconnaissons qu’il est plutôt rare de trouver un auteur vraiment complet, aussi bon scénariste que dessinateur et coloriste. Indéniablement, Laurent Bidot est de ceux-là. Et sa nouvelle série en est encore une fois l’illustration concrète. Son dessin et ses couleurs sont à la hauteur de son récit : impeccables et redoutablement efficaces !

Bien que nous attendions le deuxième tome (Le Sang du Martyre) pour lui attribuer un « Recommandé par IDDBD » (ce deuxième tome concluera un premier cycle qui devrait se poursuivre au moins par un troisième opus, déjà écrit), L’éternel se place déjà en bonne position pour être canonisé par IDDBD !

A lire : les interviews de Laurent Bidot sur sceneario.com et actuabd.com, pour en savoir plus sur cet auteur chrétien…

A visiter : le blog de Laurent Bidot

Flor de Luna T.1

Flor de Luna - Tome 1 : Santa Maria Cristina (scénario de Pierre Boisserie et Eric Stalner, dessin de Eric Lambert et Eric Stalner, couleurs de Bruno Pradelle et Remy Langlois, éditions Glénat)

Si « fumer tue » (comme me l’affirme tous les jours mon sale paquet de clopes...), se lancer dans la culture du tabac ou l’importation de cigare peut être tout aussi dangereux. C’est ce que vont expérimenter – de nos jours, en SuisseCharles Porter, le dernier nabab du cigare, et Antoine Chatel, son secrétaire particulier. Alors que le premier gît, assassiné sur son lit de mort, le second recherche un objet extrêmement précieux qui, une fois trouvé, l’entraînera, et nous avec, jusqu’en avril 1825, sur les traces de Diego Antonio Castellano, un aventurier espagnol parti à Cuba planter du tabac…

Quel rapport entre ces personnages qu’un océan et presque deux siècles séparent ? Apparemment, le commerce du cigare… Mais ce premier tome de Flor de Luna (du nom d’un célèbre cigare) se garde bien de nous en dire plus après nous avoir donné l’eau à la bouche sans discontinuer pendant 48 pages.

Voilà un thriller original sur un thème peu (ou pas ?) traité en BD. Le premier tome est excellent à tout point de vue (impeccables rythme du scénario et dessin conconctés par les auteurs de la série Voyageur) et ne pourra que vous combler si vous aimez les polars, l’aventure, l’histoire… et (accessoirement) les bons cigares. Flor de Luna est une série à suivre, incontestablement. Et qui devrait mériter, si la tendance se confirme dans les prochains tomes, un « Recommandé par IDDBD« …

A lire et à voir : la fiche album de Flor de Luna sur le site de Glénat, où vous pourrez découvrir les cinq premières planches

A lire : l’excellente critique de Sbuoro sur le tout aussi excellent site sceneario.com

La nouvelle série de Corbeyran : c’est l’Amérique !

New Byzance (scénario de Corbeyran, dessin de Eric Chabbert, couleurs de Luca Malisan, collection Grafica, éditions Glénat, 2008)

 Jeudi dernier, IDDBD vous annonçait du lourd chez Glénat avec la toute nouvelle série Uchronie(s) imaginée par Corbeyran. Pour avoir lu le premier tome de New Byzance, je peux vous dire qu’IDDBD n’hésite pas décerner son label « Recommandé«  à cet album et donc à la série (IDDBD inaugure aujourd’hui son nouveau label pour les albums qui nous ont particulièrement plus et que nous recommandons les yeux fermés !).

Alors, Uchronie(s), New Byzance : c’est quoi, tout ça ? D’abord une idée (géniale) : celle qu’a eu Corbeyran d’imaginer trois réalités possibles pour une ville (New York en l’occurrence) et un héros (Zacharie Kosinski). Toujours pas clair ? Bon, imaginez que les attentats du 11 septembre 2001 n’aient pas conduit à l’histoire telle que nous la connaissons tous (1ère réalité dans laquelle s’inscrit la sous-série New York d’Uchronie(s)) mais qu’ils aient été les déclencheurs d’un mouvement anti-capitaliste mondial qui aurait aboutit à l’émergence d’une nouvelle religion issue de l’Islam : l’Utopie Fondamentaliste (2ème réalité dans laquelle s’inscrit la sous-série New Byzance). Ou alors, imaginez que les noirs afro-américains aient pris le pouvoir aux Etats-Unis en y installant le Black Order au détriment des blancs rejetés en banlieue de New York dans des quartiers sordides (3ème réalité dans laquelle s’inscrit la sous-série New Harlem).

C’est cela l’uchronie : envisager des réalités historiques alternatives à la nôtre. Là où se situe l’idée géniale de Corbeyan, c’est d’avoir appliqué la technique de l’uchronie à une ville tout en baladant un unique héros d’une réalité à l’autre. Vous pouvez ainsi choisir de suivre Zach Kosinski dans la réalité de votre choix ou de croiser ces trois réalités possibles. Vous devez simplement savoir, au préalable, que votre héros est tout de même un peu particulier (sinon Corbeyran ne l’aurait sans doute jamais remarqué dans la foule des possibles...) : il est prescient, c’est-à-dire capable de voir d’autres réalités par-delà la nôtre, capable de vivre sur d’autres « Terre » parfaitement similaires à la nôtre, mais qui ont parfois évolué de manière subtilement différente…

Vous l’aurez compris : ces postulats de départ laissent le scénariste d’Uchronie(s) totalement libre de nous embarquer dans des aventures plus palpitantes les unes que les autres en nous baladant d’une réalité à une autre tout en nous promettant de nous livrer la clé du secret dans un dixième tome à paraître lorsque les 3 tomes des 3 sous-séries d’Uchronie(s) auront été publiés !

Et l’on se laisse d’autant plus facilement embarquer que les dessins sont à la hauteur des idées de Corbeyan. Dans New Byzance, Eric Chabbert maîtrise son sujet tant en ce qui concerne les personnages que les décors sublimes de la mégapole ou les véhicules… Quant aux cadrages et autres effets cinématographiques, ils n’ont rien à envier aux super-productions américaines ! Pour vous en convaincre, jetez un coup d’oeil aux doubles planches que nous vous proposons de découvrir ici…

Bref, vous avez là l’assurance de passer un excellent moment de BD. Avec tout de même en arrière-fond, une pensée lancinante : et si tout ça n’était pas seulement de l’imagination ? Brrrr… Réponse dans le superbe New Byzance

A lire : la fiche-album sur le site des éditions Glénat

A voir : le mini-site consacré à la série Uchronie(s)

A lire : l’excellent article de Philippe Belhache sur le Blog du Sud-Ouest