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Heureux qui comme Corto, a fait un long voyage…

Corto Maltese (scénario et dessin d'Hugo Pratt, éditions Casterman) Après une chronique sur Biggles, Redwan Rezzak, notre plus jeune chroniqueur (15 ans, il y a quelques jours à peine...) nous revient avec ses impressions sur un mythe du 9ème art... Aujourd'hui IDDBD s' attaque sans le moindre complexe à ce que l'on peut sans exagérer, qualifier de monument de la BD : Corto Maltese d'Hugo Pratt. Pourquoi ? Tout simplement pour rappeler à votre bon souvenir – ou mieux - faire découvrir cette magnifique œuvre retraçant les pérégrinations de Corto (de 1904 à 1925) , marin mystérieux, "gentilhomme de fortune", tour a tour épris de justice et sans scrupules.

J' entends d' ici les détracteurs de la série s' interroger sur l'utilité de ressortir cette « vieille série poussiéreuse sans le moindre intérêt ». A cela je ne dis qu'une chose. Lire un Corto n' est en aucun cas une perte de temps, on ne peut que sortir enrichi (je parle pas d' un chèque ! ) de ce récit tout en suggestion .

Plus qu'un récit d' aventure, c'est de la poésie à l'état pur . Ce personnage si attachant nous fait voyager à travers ses songes , au hasard de ses rencontres. Son caractère tout en contraste le rend véritablement passionnant : tour à tour chevaleresque, romantique puis bagarreur et pirate à l'occasion, ironique mais jamais sarcastique, flegmatique par son père, il tient aussi de sa mère un goût prononcé pour la magie... et tout cela dans une ambiance unique, née du mélange subtil entre la réalité et le rêve, la fable, les légendes, et les songes.

J' espère que cette chronique aura donné envie aux connaisseurs de se replonger dans les ballades du marin maltais, et à ceux qui ne connaissent pas encore de les découvrir. Juste avant que son souvenir ne s'estompe dans les brumes de Venise, ou au détour d'une île lointaine...

A visiter : le site officiel de Corto Maltese

A feuilleter : tous les albums de Corto Maltese sur le site de Casterman

A lire : le dossier du Routard sur Corto Maltese

A voir : par curiosité, la partie du site Swatch (oui, oui, les montres...) consacrée à Corto Maltese (choisissez ensuite la langue française et visitez également la partie consacrée à Hugo Pratt...)

A admirer : la bande-annonce du film...

Il était une fois… un merveilleux album.

Château l'Attente (scénario et dessin de Linda Medley, traduit de l’anglais par Fanny Soubiran, lettrage de Anne Beauchard et Aymeric Lalevée, éditions ça et là) Vous vous souvenez des paroles de la chanson Cendrillon ? Mais non, pas celle de Walt Disney ! Celle de Téléphone, ce mythique groupe de rock français qui a fait toute notre jeunesse dans les années 80 ! Ca y est ? Vous y êtes ? Et bien cette chanson pourrait servir de bande originale à Château l'Attente, une BD totalement atypique dans le monde de la fantasy. A commencer par le propos. Linda Medley s'intéresse aux personnages des contes de fées après la dernière page de leur histoire officielle, celle où nous nous endormons en rêvant du "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants...". Son Château l'Attente n'est pas peuplé de Princes Charmants et de Princesses allanguies... En réalité, ce château est un refuge pour tous les parias, les exclus, les victimes d'un monde qui n'est pas forcément un conte de fées pour tous. Son personnage principal, Dame Jaine, est de celles-là : Château l'Attente est son seul refuge après les coups reçus de son mari. Mais il y a aussi tous les autres, Rackham, l'intendant du château, Sir Chess, un chevalier étonnant, ou Soeur Paix, une nonne à barbe... Tous ces personnages que l'on pourrait croire secondaires intéressent au plus haut point Linda Medley qui s'attarde longuement sur leurs histoires respectives. Elle nous fait ainsi découvrir l'envers du décor, l'après "Il était une fois...", avec un point de vue personnel très féminin, très fin, très bien vu et, en définitive, très attachant... Cela vous étonnera-t-il de savoir que Linda Medley a fait ses études d'art à San Francisco ? Moi non. On sent dans son Château l'Attente toute la sensibilité humaine dont sont capables les artistes qui viennent de ce coin-là des Etats-Unis. En tout cas, son œuvre est absolument originale, pleine de vie, d'amour et de talent. Il était une fois... une reine du 9ème art en son Château l'Attente. Son nom était Dame Linda Medley... A découvrir : quatre planches sur le site des éditions ça et là A visiter : le site officiel de Château l'Attente (en français !) et celui (indipensable à voir !) de Linda Medley (en anglais...)

700ème chronique d’IDDBD !

Le combat ordinaire - Tome 4 : Planter des clous (scénario et dessin de Manu Larcenet, éditions Dargaud, 2008) Dans sa première chronique consacrée à la série Le combat ordinaire, IDDBD parlait d'une oeuvre tout à la fois humaniste, émouvante, tendre, sensible, grave, drôle, attachante, rageuse, désespérée... Comme la vie, quoi... Au quatrième et dernier tome (et oui, tout a une fin...), intitulé Planter des clous, ses adjectifs conviennent encore plus que jamais pour décrire Le combat ordinaire. Marco, le héros, a grandi, passant d'un état de post-adolescent à celui d'homme au travers d'épreuves (ses crises d'angoisse, la mort de son père notamment) et d'expériences sentimentales nouvelles (l'amour, la paternité). Et ce qui aurait pu n'être qu'une série certes intimiste mais nombriliste - devient, sous le crayon (talent), le cerveau (intelligence) et le coeur (émotion) de Manu Larcenet, une description magnifique de ce qui nous fait "humain". Chacun de nous peut se retrouver à un titre ou à un autre dans Marco ou l'un des personnages qui l'entoure. Cette universalité, c'est la marque des grandes oeuvres d'art. Le combat ordinaire est une grande et magnifique oeuvre d'art. Quant à Manu Larcenet, il est un grand et magnifique artiste... Le quatrième tome du Combat ordinaire sera dans vos bacs le 7 mars... A visiter (en attendant de lire le quatrième tome du Combat ordinaire) : le (très beau) site de Manu Larcenet A lire : la fiche album sur le site Dargaud, ou vous pourrez découvrir 5 planches A lire : l'interview de Manu Larcenet dans le magazine Avant-Première (éditions Dargaud)

Talent humain brut

L'homme sans talent (scénario et dessin de Yoshiharu Tsuge, traduction et adaptation graphique de Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet, éditions Ego comme X, 2004) L'homme sans talent, c'est du Jîro Taniguchi pour le rythme de l'histoire et les déambulations de son anti-héros, mâtiné de Steinbeck période Tendre Jeudi et Rue de la Sardine pour la poisse sociale qui s'accroche aux personnages comme la misère au prolétariat, avec une touche de Raymond Carver pour les sentiments intérieurs du héros et ses rapports avec son épouse aigrie. L'homme sans talent, c'est tout le talent de romancier et de dessinateur de Yoshiharu Tsuge en un manga one-shot magnifique, sublime, époustouflant ! Cette parenté avec Steinbeck et Carver, Yoshiharu Tsuge la puise dans son histoire, faite de galère et de misère avant de se lancer dans la bande dessinée. Il en a gardé une humanité et une tendresse pour son personnage absolument bouleversante... Le récit s'ouvre sur ce personnage précisément, L'homme sans talent. Il vient de se tranformer en vendeur de cailloux au bord d'une rivière qui en recèle des millions, tous plus banals les uns que les autres. Avant ça, il a été vendeur d'appareils photos d'occasion, brocanteur et, encore avant, dessinateur de BD. Mais rien n'a marché. Ou plus exactement, depuis qu'il n'a plus eu la force morale de sacrifier son art du dessin aux impératifs économiques du monde de l'édition, la malchance lui est définitivement tombé dessus. Pourtant il était bon en dessin, L'homme sans talent. Certains de ces vieux albums se revendent d'ailleurs à prix d'or. Certains fans sont prêts à payer très cher des dessins originaux. Mais si l'homme n'a pas de talent, c'est surtout pour s'adapter à la vie telle qu'on attend de lui qu'il la mène. A commencer par son épouse, terre à terre, pragmatique, totalement imperméable à ses états d'âme d'artiste. Lui, il flotte. Il se laisse aller, de tentatives vaines en tentatives inutiles et stériles. Bien sûr, aux yeux de tous, il est L'homme sans talent... A nos yeux, il est tout simplement sublime de fragile humanité, incarnant à lui seul, discrètement, le refus d'être le rouage supplémentaire dans l'immense machine esclavagiste de l'économique mondiale. Sans cri de révolte. Sans violence. Sans talent peut-être. Mais d'abord un homme. A savoir : né en 1937, orphelin de père, élevé seul par sa mère, Yoshiharu Tsuge doit travailler dès sa sortie de l'école primaire comme distributeur de journaux ou vendeur de nouilles. Il ne se lance en tant que dessinateur qu'en 1965, pour le magazine 'Garo', dont la vocation est clairement expérimentale. Imposant un style personnel (cadrage serré des personnages sur des sites ordinaires, faubourgs urbains ou villages isolés), le dessinateur est devenu au Japon un maître du manga d'auteur, intimiste et autobiographique. L'homme sans talent, publié en janvier 2004, a été nominé en 2005 pour le Prix du Meilleur Album au 32e Festival international de la BD d'Angoulême. Ce livre en français est, à ce jour, le seul ouvrage de Yoshiharu Tsuge publié hors du Japon (souces Wikipedia et Evene.fr).

L’Eveil… selon le dieu du manga

La vie de Bouddha - 8 tomes (scénario et dessins d'Osamu Tezuka, éditions Tonkam) Prenez le dieu du manga, Osamu Tezuka, et confrontez-le (intellectuellement s'entend !) à l'un des personnages les plus brillants de l'histoire humaine, Bouddha. Que croyez-vous qu'il en résulte ? Tout simplement un manga en 8 volumes de près de 3000 pages pleine d'humour, de sagesse et d'humanisme ! Aux antipodes des ouvrages ésotériques, abscons ou tout simplement inaccessibles au commun des mortels occidentaux que nous sommes, Osamu Tezuka réussit l'exploit de nous passionner pour l'histoire du prince Siddhartha qui vécut au VIème siècle d'avant l'ère chrétienne au sud du Népal avant de devenir le Bouddha, l'Eveillé, que nous connaissons tous (au moins de nom), ainsi que des personnages qui ont marqué son destin, parfois même avant sa naissance (Tattha l'intouchable aux étranges pouvoirs, Chaprah l'esclave devenu guerrier, maître Asita et son disciple Naradatta... et bien d'autres). Osamu Tezuka réussit également à nous initier à la pensée bouddhiste, en toute simplicité et avec humour (tant dans les situations que les dessins), en désacralisant ce que notre culture occidentale identifie comme sacré dès lors que l'on aborde le domaine de la spiritualité. Car Osamu Tezuka ne s'encombre pas de tout ce cérémonial occidental : il nous raconte Bouddha et le bouddhisme comme s'il s'adressait à des enfants intelligents et malicieux. Ce qui est plutôt plaisant et flatteur pour nous lecteurs. Alors que certains "maîtres" essaient souvent d'en imposer par leur ton docte et pénétré (et je parle là pour tous les domaines, y compris la BD...), Osamu Tezuka - que la renommée aurait pu faire "enfler" - conserve une gentillesse, une simplicité et un respect de ses lecteurs qui font chaud au coeur tout au long de la lecture de cette série magnifique. Et pour les plus hésitants, les 8 tomes de cette série magnifique auront l'avantage de leur faire (re)découvrir une culture, une philosophie et une religiosité ancrée dans l'humain (au sens noble du terme) et dans l'espoir de le voir s'améliorer... Ah ! Et si l'on vous traite encore une fois de crétin bédéphile, vous pourrez (avec humour) balancer les 8 volumes de la vie de Bouddha à la figure de l'injurieux (heu... faudra quand même que je relise certains passages moi !)...