Archives par mot-clé : Fille

Cendres (Guiro & Pavy)

Au décès de sa mère, Akiko Gaisseau récupère ses cendres au cimetière du Père Lachaise, à Paris. Après avoir réglé les derniers soucis administratifs, elle retourne au Japon pour la cérémonie. S'entremêlent alors le récit d'un voyage, d'un deuil et les carnets intimes de sa mère. Entre passé et présent, le film dresse le portrait de deux femmes, de deux générations mais aussi de deux visions du monde qui s’entremêlent entre Orient et Occident. Continuer la lecture de Cendres (Guiro & Pavy)

Chronique | Daddy’s Girl (Dreschler)

Lily est un ado américaine. Elle a deux sœurs, des parents, vit sa petite vie d’ado américaine moyenne. Seulement quand la nuit tombe et que tous dorment dans la maison, son père se glisse dans sa chambre. Lily doit devenir alors la « gentille  fille à son papa »…

Dire et montrer

Debbie Drechsler est une artiste touche-à-tout, peintre, graphiste, maquettiste, illustratrice et parfois, auteure de bande dessinée. Daddy’s girl est un recueil d’histoires paru initialement dans plusieurs revues américaines entre 1992 et 1996. C’est donc un travail sur le long terme pour l’auteur de Summer of love (également chez L’Association) mais surtout un travail de mémoire. Car, si tout n’est pas autobiographique, les événements racontés ici sont largement inspirés de son histoire personnelle. Dans la bande dessinée, les malheurs de l’enfance ont parfois été abordés de manière très indirecte par de jolies allégories ou des métaphores bien choisies. Je pense par exemple aux Trois Ombres de Cyril Pedrosa. Or, dans le cas de Daddy’s Girl, il n’y a justement pas de chemins détournés. Frontal et rude, aussi présent que ce père dans la chambre de sa fille, nous entrons dans le vif du sujet dès les premiers instants par cette histoire introductive Visiteurs dans la nuit aux pages crument violentes. Le graphisme choisi est tout sauf académique. Il est sombre et torturé, tout sauf « beau ». Et heureusement. En effet, il ne faudrait pas lier ce qui est de la perversion érotique comme peuvent l’être les travaux d’un Manara par exemple, à cette machine infernale de domination et de violence. Ici les formes du corps sont absentes ou déformées, les visages serties de lèvres surdimensionnées, le travail du noir – malgré quelques histoires en couleur ou bichromie - rend à chaque fois l’atmosphère lourde. Rien n’est serein dans cet univers. Mais cela n’empêche pas un sens de la composition et du cadrage intéressant qui donne une véritable dynamique à un dessin que l’on pourrait faussement croire figé.

La mécanique du pire

En suivant le personnage de Lily sur plusieurs années, nous découvrons au gré des histoires le phénomène et son fonctionnement : la solitude de la victime, l’angoisse de la découverte, son sentiment de culpabilité et surtout l’abominable normalité de son bourreau. Car si le père n’est pas omniprésent dans ce récit, sa figure est celle d’un homme plutôt simple. On l’imagine aisément jouant son petit rôle d’américain moyen dans sa communauté, lisant son journal le matin, faisant l’aumône aux pauvres. Qui pourrait dire qu’il viole sa fille dès qu’il est seul avec elle ? Personne. Et sans même chercher à faire passer ce message, Debbie Dreschler laisse une marque dans nos esprits. Le masque ordinaire de la cruauté. Certaines histoires sont particulièrement révélatrices comme, par exemple, celle des premières relations amoureuses entre Lily et un garçon. Relation qui est évidemment assez mal vécue par le père. Celui-ci lui rappelant sans cesse qu’il sera toujours le seul et unique homme de sa vie. On est ici dans la manipulation et le lavage de cerveau le plus pervers. La grande force de cet album est de ne pas se refermer sur le seul point de vue de l’inceste. Par le format d’histoires courtes, Debbie Drechsler s’offre la possibilité d’aborder la vie de Lily sous divers aspects et même parfois sous l’angle d’un autre personnage. Ainsi, on voit la jeune femme se forger par delà son malheur, rencontrer d’autres personnes, découvrir d’autres horizons. Le lecteur peut ainsi percevoir les évolutions de l’héroïne et voir comment cette dernière grandit malgré cette menace et ce lourd secret difficile voire impossible à partager, excepté avec son journal intime… ou en la dessinant sur des planches de bandes dessinées quelques années plus tard. Œuvre forte abordant un sujet difficile et complexe, Daddy’s girl est le récit d’une âme violée, déchirée par l’enfance mais qui malgré tout réussi à se relever. Un message dur, parfois difficilement soutenable mais qui cherche à montrer que les solutions sont possibles. A lire, à faire lire, à recommander pour que ce message passe enfin. A lire : l'interview de Debbie Drechsler et la chronique de cet album sur du9 A lire : la très bonne et très fine analyse sur leblog "Les lectures de Raymond" A noter : Cette chronique s'inscrit dans le Reading Comics Challenge de Mister Zombi. Option "A mort les super-héros" encore une fois...
scénario et dessins : Debbie Drechsler Editions : L'Association (1999) Collection : Eperluette Edition Originale : Fantagraphics Books / Drawn & Quaterly (1992-1996) Public : Adulte / ados prêt à lire ce genre de livres Pour les bibliothécaires : Oeuvre sans doute pas assez connu d'une auteur de grand talent. A acheter.

Web comics Made in talent

Maliki. T1 : Broie la vie en rose (scénario et dessins de Maliki, Ankama, 2007).
Ah que c'est bon ! Alors que je m'apitoyais sur mon sort depuis des jours, lisant des albums décevants et/ou aux élans intellelectualo-masturbatoires, voilà que je reçois un lien dans ma boite mail. Il s'agissait du site de Maliki. Depuis septembre 2004, cette dessinatrice au style manga y livre 1 strip par semaine. Elle raconte simplement son quotidien avec un sens certain de l'auto-dérision, de l'observation et, c'est important, de la révolte. Je répondrais tout de suite à une remarque : si Maliki a un dessin très manga, elle évite l'écueil du "vouloir faire comme". Elle a un style bien à elle pour raconter ses histoires et démontre chaque semaine un réel talent.
Pourtant, ce n'est qu'en septembre 2007 que les éditions Ankama publient un recueil de ce qu'elle considère comme ses meilleurs strips. A l'époque, cette sortie avait fait son chemin dans les esprits du petit monde de la BD (il faut dire que son site compte 400 000 visiteurs par mois !!!). Et c'est vrai que c'est frais et efficace ! La plupart du temps vraiment drôle (Gout-Gueule le génie d'Internet, le Kro-Meugnon) les histoires de Maliki sont aussi tendres, cruelles, tristes ou poétiques. Bref, elle dresse tout un panel d'histoires menées tambours battants. C'est qu'elle a du talent la p'tite ! Si par un improbable hasard, Maliki lisait ces lignes, je m'excuse d'avance pour cette appellation de "p'tite". Mais bon, à force de parler de son quotidien, de ses deux chats (Feanor et Fleya), de ses galères partagées par beaucoup d'entre nous (pour moi aussi un déménagement est un improbable Everest) et de ses bonheurs, Maliki apparait comme la bonne copine. Celle qui est franche, drôle, qui nous embarque dans des irrésistibles galères, bref celle que l'on préfère. Tout ça pour dire que "la p'tite", c'est affectueux. Pour certains, c'est "mon gros" alors faut pas qu'elle se plaigne non plus, hein ! Pour une fois, une conclusion simple : le site de Maliki, c'est par là ! A lire : Une interview sur le site Gamekaz

Des bleus sans bobo…

Lucie s'en soucie (scénario de Catel Muller et Véronique Grisseaux, dessin de Catel, collection Tohu-Bohu, éditions Les Humanoïdes Associés, 2000) Comment parler du cap de la trentaine, lorsqu'on est une femme seule (pardon, farouchement libre), qu'on a pas trop envie de gamins (même carrément pas !) et qu'on est entourée d'une bande de copines (voire d'amies) à qui semble tout réussir ? Vous avez le choix entre la version bobo (je ne citerai personne mais beeuuurkkk...) et Lucie s'en soucie. Personnellement, vous devinerez sans doute celle que j'ai préféré... Car Lucie est pleine de complexes, d'angoisses, de contradictions, mais jamais artificielle. Elle est au contraire terriblement attachante car très humaine. Je ne sais pas si elle est représentative de sa génération ou d'un type de jeunes femmes, mais je pense qu'elle détesterait l'être : Lucie existe par elle-même et, souvent, juste pour elle-même. Malgré ça, si elle se donne en spectacle, en 118 pages en noir et blanc, ce n'est certainement pas par nombrilisme mais, peut-être, juste pour nous toucher... Qu'elle se rassure, elle y arrive très bien. Et quelle joie de la retrouver, après ce très bel album, dans la suite de ses aventures ! Ce n'est pas chez le même éditeur (c'est chez Casterman) mais on la retrouve avec le même plaisir. Et comme Mlles Catel et Grisseaux (les artistes restent toute leur vie des demoiselles...), Lucie a un peu mûrie... et nous avec. A feuilleter : la fiche album sur le site des éditions Les Humanoïdes Associés A découvrir : la série de Lucie sur bedetheque.com et sur bd.casterman.com A lire : l'interview de Catel sur chapo.dna.fr

Nana : un shojo pas comme les autres

Nana (scénario et dessins d'Ai Yazawa, 16 volumes, série en cours, éditions Delcourt) Comme promis, je soutiens Mike dans son entreprise "0% testostérone" pour vous parler d'un shojo, un manga pour fille comme on en voit peu et qui, comme tous les mangas présentés sur IDDBD, casse les clichés du genre. Alors oui, j'assume ! Je suis un homme et j'adore l'histoire des ces deux jeunes femmes prénommées Nana. Elles se rencontrent dans un train les menant toutes deux vers Tokyo et des rêves différents. J'aime cette amitié entre ces deux filles que tout oppose. Nana Komatsu est fleur bleue, coeur d'artichaut, souriante et exubérante ; Nana Osaki est sombre, solitaire et chanteuse dans un groupe de punk ! Car Nana est également l'histoire d'une lutte fratricide entre deux groupes de rock. Blast (Black Stone) et Trapness se battent pour atteindre les sommets des ventes. Tous seraient trop simples si les membres de ces groupes ne se connaissaient pas si bien ! Et puis, qui dit shojo dit Loves stories ! Mais attention, le maître-mot de ce manga incroyable est "ne pas se fier aux apparences" ! Le scénario est bien ficelé et sous son aspect de shojo bien pensant, Nana cache pas mal de surprise qui elles, ne le sont pas. Je ne vous gâcherais pas le plaisir de les découvrir par vous-même mais sachez qu'une fois pénétré dans l'univers d'Ai Yazawa, vous vous surprendrez à rire, à vous révoltez, à vous inquiétez, voire pour les plus midinettes d'entre-vous à pleurez pour les histoires des ces personnages. Incroyable vous dis-je ! Si les deux Nana ont cette présence qui forme les grandes héroïnes, irrémédiablement liée à un graphisme splendide (des visages, aux styles en passant par les concerts) il ne faut pas en oublier les autres protagonistes tous intéressants, hauts en couleurs et, pour la plupart, terriblement touchants. Véritable phénomène aussi bien au Japon qu'en France, Nana met un gros coup de pied dans la fourmilière du shojo comme Lady Oscar l'avait fait avant lui. N'hésitez pas à découvrir les premiers épisodes de l'anime qui est très fidèle au manga (c'est d'ailleurs ainsi que je l'ai découvert). A découvrir : deux sites français sur Nana : Appartement 707 et La Chambre de Nana A découvrir : le site officiel d'Akata A voir : le premier épisode de l'anime

Le Journal de Carmilla

Le journal de Carmilla - Tome 1 : Reproduction interdite (scénario de Lorris Murail, dessin de Laurel, éditions Vents d'Ouest, 2006) Vous connaissez tous mon amour immodéré des comédies sentimentales. Si je vous dis que Le journal de Carmilla m'a fait penser très fort à un autre journal, vous aurez tous deviné qu'il s'agit de celui de Bridget Jones (hein ??) ! Bon, à quelques détails près, je vous l'accorde : à 13 ans et demi, les préoccupations de notre Carmilla ne sont pas tout à fait les mêmes que celles de son aînée (quoi que parfois...). Non, moins que la recherche du grand amour (aaahhh, ce beau brun footballiste !), ou ses relations avec ses copines ou sa surdouée de soeur (épatante petite Mina !), ce que nous conte Carmilla dans son journal, c'est sa terreur de voir ses parents lui annoncer l'arrivée d'un troisième bambin (et un garçon qui plus est) ! Et croyez-moi, lorsqu'une fille a décidé d'empêcher l'innexorable d'advenir, ses ressources ne manquent pas ! Alors certes, Le journal de Carmilla s'adresse effectivement plus aux filles qu'aux garçons (Laurel avait raison hier...) et plus aux ados et pré-ados qu'aux adultes (sauf ceux qui ont su le rester...). Toutefois, cet album présente au moins trois avantages (à vous de trouver les autres...) : - les papas peuvent commencer à s'initier au monde déconcertant de leur fille qui grandit (merci à Lorris Murail, lui-même papa de trois grandes filles...), - les filles qui grandissent peuvent commencer à comprendre un certain nombre de choses sur leurs papas (notamment qu'ils ont été jeunes eux aussi...), - et surtout, Le journal de Carmilla, c'est la première vraie BD de Laurel, publiée chez un vrai grand éditeur ! Et c'est vrai que le dessin de Laurel, que l'on apprécie au quotidien sur son blog et sur son site, fait encore mouche dans cet album. On y retrouve tout ce que l'on apprécie chez elle : un trait précis et moderne mais plein de poésie et de tendresse, plein de fraicheur (sans mièvrerie) et plein de ces petits détails qui vous font toujours sourire (cherchez, entre autres, le Larcenet et le Trondheim parmi les cases...). Bref, je ne vais pas vous refaire l'article d'hier, vous aurez compris qu'IDDBD est fan du coup de patte de Laurel ! Bienvenue dans le monde des grands, Carmilla... heu... Laurel ! Le deuxième tome du journal de Carmilla, intitulé Une espèce en voie de disparition, est attendu début octobre 2007... A découvrir : la fiche album sur le site de Vents d'Ouest A lire : la bio express de Lorris Murail A visiter : le blog de Laurel... et son site aussi ! Ah, et celui de son amoureux !

Les coeurs boudinés

(scénario et dessin de Krassinsky, couleurs de Claire Champion, éditions Dargaud) "Viking veut, Viking prend : A nous les petites Islandaises pensent deux publicitaires français envoyés à Reykjavik pour un tournage. Mais n'est pas petit qui croyait et n'est pas Viking qui veut... Sexy Girl : Des dragueurs de terrasse se prennent un râteau. L'un d'eux se rabat sur une jeune femme replète, plus docile... Au jeu du chat et de la souris, la victoire se fait en poésie ! Big apple : On pardonne tout à sa copine d'enfance. Ou presque. Dans le cas de Pome et Axelle, la plus grosse des deux n'est pas la plus lourde... Luigi : Milan, 1979, Luigi n'a qu'une idée en tête : retrouver Patricia, une Française bellliiiissssima qu'il rencontra furtivement. Pour cela, il a une méthode infaillible écrire à toutes les Patricia ! Sandy : Rosemary vit seule avec son chat et ne rechigne pas de temps en temps à une partie de jambes en l'air avec Nicholas. Tout va bien, même si parfois elle a un peu l'impression d'être un bouche-trou... " Cinq histoires de filles un peu plus enveloppées que la moyenne : le sujet est traité avec humour, intelligence et sensibilité (sans sensiblerie...) par un Krassinsky au mieux de sa forme sans jeu de mots) et de superbes couleurs de Claire Champion... Un album à conseiller à tous et à toutes tant il remet les pendules et les balances à l'heure dans un monde sous la coupe réglée des mannequins anorexiques et des publicitaires obnibulés par la maigreur (surtout du coeur !). A IDDBD, on adore donc on recommande vivement... A voir et à mater : un extrait sur amazon.fr A lire : l'excellente critique de Marie sur sceneario.com