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Chronique | Légendes de la Garde : la Hache Noire (David Petersen)

Des décennies avant les évènements de l’année 1152, Celanawe, soldat aguerri de la Garde du royaume des souris, est envoyé à la recherche de la mythique hache noire. Une quête légendaire qui le mène bien au-delà de la mer et de ses propres interrogations. Continue la lecture

Chronique : La Nef des fous

La-nef-des-fous-tome-1Scénario et dessins de Turf
Éditions Delcourt, Collection Terres de légendes (1993)
7 volumes (série terminée)
Public : A partir de 14 ans. Amateur de fantasy
Pour les bibliothécaires : Pas indispensable. Même si d’une certaine qualité, série vieillissante.

Avant chronique : vous connaissez IDDBD, on vous dit un truc et le lendemain c’est le foutoir ! Comme j’ai promis à mes collègues de K.BD de pondre une chronique sur La Nef des fous au mois de septembre, je fais donc une exception dans le mois consacré à la BD américaine. Voici donc une chronique… d’une série qui ne m’a qu’à moitié convaincu en plus !

Au royaume des imbéciles…

En l’an 627, le roy Clément XVII d’Oxfols règne sur le royaume d’Eaux-folles avec l’insouciance propre aux monarques peu concernés. Heureusement, le Grand Coordinateur Ambroise veille sur le bon fonctionnement du royaume. Cependant, ce dernier convoite un peu plus que Chlorente, la fille du roi. Dans ce royaume où la folle mécanique cohabite avec les principes féodaux, les évènements vont se dérouler très vite… jusqu’à dévoiler l’incroyable vérité.

Le premier tome de La Nef des fous publié en 1993 s’inscrit complètement dans la qualité historique des premières années de la collection Terres de Légendes. A savoir des récits de fantasy plutôt originaux, devenus des références pour plusieurs d’entre eux (Garulfo, De Capes et de Crocs et surtout Légendes des contrées oubliées), agrémentés de dessins réalistes cherchant à surprendre et étonner. Bref, une bande dessinée grand public de qualité, une sorte de Poisson Pilote pour amateur de fantasy.

Et La Nef des fous respecte ces principes. Le scénario est très original, cherchant sans cesse le contrepied. Les bons mots, clins d’œil (le signe des insurgés rappelant un logo de maison d’édition bien connu, les petits monstres bleus, les robots…) et multiplications de personnages haut-en-couleur, sont légions. Turf s’amuse à rendre les méchants sympathiques et lance des pistes narratives à l’emporte-case.

Et c’est justement pour cette raison que ma lecture de La Nef des fous n’a jamais été totalement accomplie. Si plusieurs passages sont très bon, Turf multiplie un peu trop les pistes et perd en cohérence (relative vu le titre). Bref, il part souvent dans le tout et le n’importe quoi. Bien entendu, on comprend son but : nous perdre puis nous retrouver en fin de parcours. Mais au bout de la route, c’est épuisé qu’on y parvient tant on passe du coq à la rivière et de la chaudière au tonneau. Comment ça, ça n’a rien à voir ? Ben oui justement, c’est la structure narrative de Turf. Dans un univers aussi riche (car rendons à César ce qui… bref), j’aurais apprécié un peu de calme de temps à autre.

En matière de dessin, si les décors sont globalement superbes, les personnages me laissent un peu dubitatifs : expressions très caricaturales, postures des personnages rigides sur les premiers albums. Dans l’ensemble, on sent le passage du temps (ce qui a malheureusement touché pas mal d’albums de cette collection) en particulier sur les couleurs qui sont vraiment marqués début des années 90. On est loin de la qualité de couleurs d’un album d’Alim le tanneur par exemple. Mais la technique et les goûts esthétiques ne sont plus identiques.

La Nef des fous porte très bien son nom tant la folie règne dans ses pages. Toutefois, pour moi, la série a mal vieilli. On ne peut pas reprocher à Turf la recherche d’originalité mais la multiplication des pistes narratives m’a très vite lassé. Dans le même genre et la même collection, je conseillerai plutôt le très bon Horologiom.

A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Garulfo

Garulfo-De Mares en châteauxscénario d’Alain Ayroles
dessins de Bruno Maïorana
Editions Delcourt (Terres de Légendes)
6 volumes

Cloaque Humanitaire

 Il était une fois l’histoire d’une grenouille prénommée Garulfo. Exaspérée par sa modeste et fragile condition d’amphibien, il décida – car Garulfo était un mâle, les grenouilles n’étant pas les femelles des crapauds – de devenir ce qui se faisait de mieux dans la condition terrestre : un homme ! Après une rencontre avec Madame la fée (qui est soit dit en passant est autant bonne fée que la non moins fameuse Radada), le voici plongé dans la dure réalité du monde féodal et sauvage de l’humanité. 

Garulfo
série en 6 volumes

Qu’est-ce qui est bon dans Garulfo ? Et bien tout, rien que ça ! L’univers d’abord. Il se nourrit des contes de l’enfance et des adaptations de ces derniers, allant y chercher images et personnages afin de remanier le tout dans de sempiternelles galipettes scénaristiques. Ainsi, le récit prend une profondeur surprenante pour ce genre de bd, la multiplication des personnages, des références, des petits détails prenant soudainement une importance inattendue ajoute à chaque fois un peu plus de piment à une histoire à priori simple. 

L’écriture ensuite, celle d’Alain Ayroles (à ne pas confondre avec François, plutôt édité chez L’Association), le papa du nom moins mythique De Capes et de Crocs. Ici aussi, on retrouve ce même plaisir des (bons) mots, des dialogues ciselés et des surprises à chaque coin de case. La douce naïveté de son personnage principal, la cruauté et l’idiotie de la race humaine fournissent sans cesse des situations décalées et logiquement humoristiques. Alain Ayroles prend un malin plaisir à décortiquer les contes et à malmener ses figures emblématiques (du Garulfopourfendeur de dragon à la princesse bimbo). Mais l’idée principale, prendre une grenouille comme héros principal d’un roman d’apprentissage, un des thèmes favoris des conteurs/auteurs depuis la nuit des temps, est déjà en soi très iconoclaste. 

Et enfin, le dessin celui de Bruno Maïorana, superbe dessinateur s’amusant autant à glisser des détails qu’à créer des décors somptueux et variés. Vous vous baladerez dans les bois, les châteaux, dans l’antre d’une sorcière, vous exploserez de rire en découvrant les attitudes des personnages et serez peut-être intimidé et curieux devant des scènes grandioses. Et tout cela dans un univers graphique très cohérent. 

Garulfo est, dans le bon sens littéraire du terme, une vraie farce. Entre conte et pièce de théâtre où rebondissements et situations farfelues se mêlent aux petites attaques sur les travers de l’humanité. Mais Garulfo, c’est surtout deux auteurs qui ont pris une immense plaisir à façonner leur petite histoire de grenouille découvrant les joies de l’humanité. Évidemment, ce plaisir est communicatif et se transmet au travers de la lecture des deux « livres » constituant la série (tome 1 à 2, puis de 3 à 6). Sans aucun doute, Garulfo laissera forcement une marque différente dans votre esprit. Celle d’un petit sourire et d’une espèce de nostalgie inhérente à l’univers des contes. 

A lire : l’interview d’Alain Ayroles dans BD sélection
A lire : la chronique de Mo’ la fée
 

Attention : cette chronique s’inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

Il était une fois… un merveilleux album.

Château l’Attente (scénario et dessin de Linda Medley, traduit de l’anglais par Fanny Soubiran, lettrage de Anne Beauchard et Aymeric Lalevée, éditions ça et là)

Vous vous souvenez des paroles de la chanson Cendrillon ? Mais non, pas celle de Walt Disney ! Celle de Téléphone, ce mythique groupe de rock français qui a fait toute notre jeunesse dans les années 80 ! Ca y est ? Vous y êtes ? Et bien cette chanson pourrait servir de bande originale à Château l’Attente, une BD totalement atypique dans le monde de la fantasy.

A commencer par le propos. Linda Medley s’intéresse aux personnages des contes de fées après la dernière page de leur histoire officielle, celle où nous nous endormons en rêvant du « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants... ».

Son Château l’Attente n’est pas peuplé de Princes Charmants et de Princesses allanguies… En réalité, ce château est un refuge pour tous les parias, les exclus, les victimes d’un monde qui n’est pas forcément un conte de fées pour tous. Son personnage principal, Dame Jaine, est de celles-là : Château l’Attente est son seul refuge après les coups reçus de son mari. Mais il y a aussi tous les autres, Rackham, l’intendant du château, Sir Chess, un chevalier étonnant, ou Soeur Paix, une nonne à barbe… Tous ces personnages que l’on pourrait croire secondaires intéressent au plus haut point Linda Medley qui s’attarde longuement sur leurs histoires respectives. Elle nous fait ainsi découvrir l’envers du décor, l’après « Il était une fois… », avec un point de vue personnel très féminin, très fin, très bien vu et, en définitive, très attachant…

Cela vous étonnera-t-il de savoir que Linda Medley a fait ses études d’art à San Francisco ? Moi non. On sent dans son Château l’Attente toute la sensibilité humaine dont sont capables les artistes qui viennent de ce coin-là des Etats-Unis. En tout cas, son œuvre est absolument originale, pleine de vie, d’amour et de talent.

Il était une fois… une reine du 9ème art en son Château l’Attente. Son nom était Dame Linda Medley

A découvrir : quatre planches sur le site des éditions ça et là

A visiter : le site officiel de Château l’Attente (en français !) et celui (indipensable à voir !) de Linda Medley (en anglais…)

Tempus benedictus fantasisticus

Légendes des contrées oubliées : édition intégrale ( scénario de Bruno Chevalier, dessins de Thierry Ségur, Delcourt, 1989)
De la ville de Gaedor à la Gorge des vents brûlants, du pays des Songes au Pic de la mer, cinq voyageurs,en quête d’un nouveau roi, s’avancent en terres inconnues et réveillent à leur passage les haines ancestrales des anciennes puissances. Leur odyssée est devenue une légende.

 

 Une quête, trois nains, un voleur elfe (un Lin), un barbare, de la magie, des puissances divines et voilà posés les jalons de la fantasy. Si comme moi, vous êtes nostalgiques d’une époque où ce genre n’était pas un catalogue de clichés pour « Gros Bill » basés sur la notion de toujours plus (de monstres, de magies , d’humours, de glandes mammaires), époque où les scénaristes enrichissaient leur univers sans réutiliser systématiquement les mêmes formules commercialement viables, bref, si vous aimez la fantasy, la vraie, alors Légendes des contrées oubliées est pour vous.

Proche de la pure illustration le dessin rappelle que cette série en 3 tomes date de la fin des années 80, il peut décontenancer mais très vite on y trouve un réel intérêt. Ne serais-ce que par cet univers unique qu’il crée peu à peu. Le scénario est, quant à lui, digne des plus grands récits de fantasy. Sans s’écarter des schémas classiques du genre, il donne pourtant au lecteur sa leçon de récit bien bâtit. Bien sûr, nous n’allons pas vous révéler ici la moindre parcelle du mystère entourant la quête des nains. Ce serait un affront au talent des auteurs.

Personnellement, je n’avais pas lu une œuvre aussi abouti (en BD) depuis le dernier tome du premier cycle de la Quête de l’oiseau du temps. Car bien entendu, la comparaison avec la mythique série du talentueux Loisel est incontournable. Et à la lecture, il est bien difficile de les départager. Dans l’une comme dans l’autre, on revient aux origines. La quête et l’aventure ne sont plus prétexte aux errements militaro-simplistes de ces dernières années, mais bien une découverte de l’univers, de soi-même et des autres.

Les personnages, bien qu’issues directement de la tradition – comme Hûrl le chevalier-tonnerre ou Bragon le héros de la Quête – ne sont plus des caricatures

mais bien des éléments d’un univers aux équilibres subtiles et compliqués qu’on ne peut résumer aux luttes entre bien et mal. Chaque personnage subira à son tour les aléas du destin.
Plus fort que tout, cette BD nous rappelle pourquoi, un jour, on a aimé la fantasy : pour ses nobles sentiments, ses élans chevaleresques et romantiques issus des romans médiévaux et des contes, pour ses messages positifs et humanistes, pour cette curiosité inhérente au genre. Voici, une BD digne de cet héritage

et qui est indispensable à toute bédéthèque !
Pour finir, je dois remercier un des lecteurs de la médiathèque (encore un qui me prouve combien mon métier est formidable), futur très grand auteur de BD, pour ce conseil. J’ai  malheureusement oublié son nom… Mais on en reparlera.

A découvrir : le mini-site de présentation du jeu de rôle issu de la BD