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Wet moon T1 (Atsushi Kaneko)

Dans le Japon des années 60, le jeune inspecteur Sata revient d’une longue période d’absence. Qu’est-il arrivé ? Il ne le sait plus très bien. Il se rappelle de cette femme, accusé du meurtre d’un ingénieur fabriquant des modules pour un étrange programme spatial. Mais avec ce bout de métal dans son cerveau, il n’est plus sûr de rien. Une enquête entre hallucination et réalité. Continue la lecture

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Chronique | Les enfants de la mer (Daisuke Igarashi)

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Au début des vacances d’été, Ruka est exclue de son club de sport pour s’être battue avec une camarade. Seule, elle ère dans sa petite ville portuaire quand elle décide de partir pour Tokyo… pour voir la mer. Une fois arrivée, elle rencontre un jeune garçon qui nage dans la baie. Mais Umi n’est pas comme les autres, son frère et lui auraient été élevés par des dugongs, des mammifères marins menacés de disparition. Ruka, fascinée par cette histoire, découvre alors un monde mystérieux et fantastique qui l’entraîne à la fois vers les profondeurs marines, dans la voute céleste et en elle-même… vers les origines.

Le retour à la mer

La première fois que j’ai lu un manga de Daisuke Igarashi IDDBD devait avoir 6 mois. Je n’avais pas encore rédigé la moindre chronique BD mais je souviens encore très bien de Sorcières, une mini-série en deux tomes, puisant dans les croyances populaires et le fantastique. 8 ans et des centaines de chroniques plus tard, je retrouve avec une certaine émotion son univers teinté de retour à la nature et de merveilleux.

Je me souvenais surtout de ce dessin particulier ne correspondant pas vraiment aux standards habituels du manga. Il me restait cette troublante fascination pour un trait tortueux oscillant entre séduction et laideur. Quelques années plus tard, ce graphisme s’est encore enrichi d’un équilibre subtil entre écriture et illustration. Graphiquement, le plus impressionnant reste sans conteste les magnifiques et vertigineuses scènes sous-marines où la frontière entre mer et ciel semblent avoir complètement disparue. On ne sait plus très bien si les créatures marines flottent ou nagent dans cet espace. Daisuke Igarashi réussit l’exploit de représenter une profondeur abyssale dans une minuscule case. J’avoue avoir été complètement subjugué par l’apparition d’un requin-baleine en plein milieu d’une planche.

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La profondeur du personnage

Si les décors et les éléments aquatiques  sont particulièrement soignés, on sent surtout la patte du dessinateur dans la représentation des personnages et dans l’implication qu’il leur donne. Jouant avec un découpage faisant une belle part aux regards et aux mouvements, Daisuke Igarashi proposent une palette graphique très large entre trait jeté et réalisme frisant parfois l’érotisme. Ses héros possèdent chacun une esthétique propre, parfois volontairement exagérée dans certaines situations (les nages de Umi et son frère Sora par exemple). Cette dernière évolue au cours de l’histoire, rendant plus forte la présence ou l’absence de certains personnages.

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Tous ces éléments graphiques participent à la très grande qualité de cette série au thème écologico-fantastique très « miyazakien ». Toutefois, il ne faut pas limiter Les enfants de la mer à cette référence, trop facile, au grand maître de l’animation japonaise. Par son travail, Daisuke Igarashi propose une aventure fascinante et originale qui se joue à la fois dans les abysses, dans le ciel mais aussi dans l’esprit de ses protagonistes… une quête de mystères devenant une quête de soi. Ce qui rend d’autant plus fort son travail sur la représentation de ses personnages. Toutefois, il serait malvenu de ma part de dévoiler les éléments de l’intrigue tant le scénario repose sur une succession de surprises. Je vous invite à faire, comme moi, confiance à votre instinct (ou à cette chronique) et commencer cette lecture sans avoir d’éléments probants qui viendraient gâcher votre plaisir. Je confirme, ça marche ! Bref, je ne peux que vous invitez à découvrir cette série (terminée en 5 volumes) et de pénétrer dans l’univers fascinant d’un mangaka d’exception.

A lire : la chronique de Bidib sur Ma petite Médiathèque

enfants-de-la-mer-1-sarbacaneLes enfants de la mer (5 volumes, série terminée)
Scénario et dessins : Daisuke Igarashi
Editions : Sarbacane, 2012 (15€)
Editions originales : Shogakukan, 2007

Public : Ado, adultes
Pour les bibliothécaires : Pas d’excuses de la longueur pour cette série de grande qualité. Indispensable

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Chronique | Beauté (Hubert & Kerascoet)

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Morue est une paysanne peu gâtée par la nature. Pauvre et laide, elle se dirige vers une vie compliquée, très compliquée. Un jour, elle sauve par hasard une fée qui lui accorde un don. Malgré sa laideur, tous les humains la perçoivent désormais comme la plus extraordinaire beauté du monde. Rapidement, elle devient l’objet de toutes les convoitises et surtout de celles des puissants. Un conte de fée moderne réunissant à nouveau le trio gagnant de Miss pas Touche.

Du contre-pied comme art du conte

Cela commence comme un conte de fée, une jeune femme, des difficultés et un don du ciel. Cela finit avec une morale. Classique et facile. Mais, l’art de bien raconter une histoire, et en particulier ce genre si ancien du conte, se mesure à la capacité de l’auteur à nous emmener avec lui dans son monde. N’oublions pas non plus que quelle que soit l’imagination du scénariste, il faut tout de même de bons personnages.

Alors Hubert, fait-il partie de ces auteurs qui se prennent les pieds dans le tapis de la tradition ? Dans Beauté on retrouve les grands classiques : la belle, le preux , la bonne fée et la méchante sorcière… Tout est là mais… Hubert n’est pas un scénariste à s’émerveiller devant de jolies personnages ni à se laisser prendre dans mille ans de traditions populaires. Il aime jouer avec ces figures et propose très régulièrement à ses lecteurs des scénarios qui ne ressemblent à aucun autre, faits de surprises, de virevoltants rebondissements enchanteurs, drôles et bien souvent teintés d’une pointe de sarcasmes. Ceux qui auront lu les Miss Pas touche ou autre Sirène des Pompiers comprendront mieux l’idée (les autres auront l’amabilité de se rendre dans leurs bibliothèques ou librairies les plus proches).

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Bref, dans l’univers merveilleux de Beauté, la princesse est une mocheté, le preux est un imbécile et la bonne fée… Ah la bonne fée ! Difficile d’en parler sans mettre en péril les tenants et les aboutissants de cette histoire d’apparence qui n’a d’apparence que le nom. Malgré tout, et justement parce que le scénariste s’évertue à prendre les chemins de traverse, il crée une galerie de personnages particulièrement  imparfaits. Ce qui contribue grandement à la noirceur général qui inonde ce conte pas vraiment fait pour les enfants. Mais quel bonheur de voir Morue, personnage sensible, naïf, généreuse ou jalouse, commettre des erreurs aux conséquences dramatiques tout en tirant une expérience peu commune ! Pourtant, Morue reste une véritable héroïne de contes de fées qui doit faire preuve d’audace, de bon sens, parfois de chance pour se tirer (ou non) de ses mauvais choix. Une description qui conviendrait tout aussi bien à Blanche, l’héroïne de Miss pas Touche.

Justement. Pour compléter cette histoire qui s’inscrit à la fois dans la tradition et dans le rupture avec le conte traditionnel, Hubert se fait accompagner au dessin pour ses vieux acolytes, le très fameux duo de dessinateur Kerascoët. Ça fait maintenant longtemps qu’ils nous émerveillent par la qualité de leur travail. La réussite de l’album leur doit beaucoup car ils ont su trouver l’équilibre entre dynamisme et grâce sans jamais tomber dans une forme de réalisme. Du coup, les moments difficiles, parfois particulièrement violents, restent dans le domaine de la fiction. Quant à Morue/Beauté, par je ne sais quel artifice, ce double-personnage reste toujours unique quelque soit sa forme.

beaute3Du coup, ses aventures prennent d’autant plus d’épaisseurs. Car au-delà de la simple apparence, thème important de l’œuvre, on perçoit sa véritable nature et tout ce qu’elle représente. Beauté est une série qui, pour moi, parle magnifiquement de la lutte des femmes pour l’égalité. Et malgré sa fausse légèreté, montre toute la difficulté du combat. Les hommes n’y ont pas la vie facile, posséder qu’ils sont à la seule vue de cette Beauté magique. A l’image de son héroïne, cette histoire repose sur les ressorts de la logique, de l’intelligence, du courage et de la prise de conscience d’une force intérieure. Un beau message qui frappe d’autant plus qu’il est écrit par un homme.beaute5

Étonnement et surprises sont des mots qui reviennent régulièrement dans cette chronique. C’est effectivement le sentiment qui m’a traversé tout au long de la lecture de ce triptyque. Iconoclaste, sombre et intelligente, cette aventure est une quête féminine et féministe à la fois. Sous le format classique de la BD franco-belge, Beauté est une série qui fait réfléchir son lecteur avec délice, à la fois en douceur et en violence. La morale finale est à l’image de l’ensemble, d’une très grande finesse. Bref, juste indispensable !

A lire : la chronique de Tristan sur B&O et la chronique de Paka (2e tome)

beaute_tome1Beauté (série en 3 volumes – terminée)
Scénario : Hubert
Dessins : Kerascoët
Edtions : Dupuis, 2011

Public : Ados-Adultes
Pour les bibliothécaires : Série courte et juste indispensable

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Chronique | Les monstres de Mayuko (Marie Caillou)

mayuko_couv_bandeauMayuko s’amuse à lancer des boules de neiges sur des statues représentant un Renard et un Tanuki, deux esprits du bestiaire fantastique japonais. Alors que sa mère vient de la coucher, un étrange personnage l’entraine avec lui. C’est le début de l’Odyssée dans le monde des esprits pour la petite fille. Un conte graphique étrange et pénétrant à la croisée de plusieurs univers.     

Le retour du lapin blanc

Comment ne pas penser à Alice au pays des merveilles en parcourant l’œuvre de Marie Caillou ? Même esprit fantasque, même plongée dans un univers à la fois absurde et contrôlé, même surprise à chaque coin de page. Mayuko suit le Kitsune dans un couloir et nous voici dans le terrier du lapin blanc. Un lapin blanc qui s’avère être un renard asiatique aussi malin que son voisin européen mais bien plus fourbe… et capables de métamorphoses !mayuko-detail

Dans cet album où rien n’est à sa place, tout est un fou comme ces « monstres », les fameux Yokaï japonais, qui parcourent ses pages. On trouve pêle-mêle quelques éléments les plus fameux de ce bestiaire fantastique :  Kitsune et Tanuki alcoolique qui se chamaillent, Tengu joyeux et volant au long nez, Kappa attirant les humains au fond de l’eau et j’en passe… Ils sont nombreux à croiser le chemin de la petite fille et à tenter de l’attirer dans leurs pièges. Bien plus amoral que l’œuvre de Lewis Caroll, on ne sait jamais vraiment où et quand la petite fille va atterrir.mayuko_marie-caillou

Marie Caillou semble parfaitement maîtriser son sujet et savoir où son récit porte son héroïne. Les références à la littérature fantastique japonaise sont nombreuses, parfois même un peu trop, au risque de perdre le lecteur un peu profane. Sans être un spécialiste, les Yokaï est un sujet qui m’intéresse depuis ma découverte du travail de Miyazaki et la lecture de Shigeru Mizuki, grand spécialiste du genre en manga. Pourtant,  il m’a semblé très souvent passer à côté de certaines choses. Juste ce qu’il faut pour attiser ma curiosité. Bon, il faut juste cultiver un peu plus son jardin.

Un voyage graphique détonnant

Vu son thème, le dessin de Marie Caillou est fortement inspiré par la tradition graphique japonaise. On semble percevoir les anciennes estampes et les couleurs dominantes rouges, noir et bleu nuit renvoient à un univers très asiatique.mayuko-1

Cependant, son dessin ne se perd jamais dans les références, on retrouve ce ton particulier qui fait sa marque de fabrique. Si je n’ai pas particulièrement aimé son album précédent, La Chair de l’Araignée (scénario Hubert) j’avais été marqué par son dessin numérique qui, avec ses aplats de couleurs directes, ce trait fin presque chirurgical donne une ambiance particulière à ses histoires. Il évoque très bien le décalage, le malaise, la rêverie et convient donc parfaitement à cette histoire surprenante. Si les tenants de la tradition pensent que le numérique affadie le caractère du dessinateur, Marie Caillou démontre le contraire. Nous sommes par exemple bien loin du travail numérique de Morphine (je vais encore me faire un copain tiens !). Là, on ne peut qu’apprécier le caractère de ce graphisme tant il présente un vrai apport dans le récit.

Marie Caillou nous propose donc un voyage dans des mondes bien différents. Un voyage littéraire entre réalité et fantastique, un voyage graphique entre monde asiatique et occidental, voyage technique entre tradition japonaise et univers numérique. Bref, un album qui vous surprendra de la première à la dernière page. A découvrir !

PS : Merci à Lisa pour le prêt, un peu longuet certes, mais je travaille à réduire ma PAL (qui a bien grossi avec Angoulême).

A lire : la chronique de Choco, de Paka la chronique de Tristan chez B&O

mayuko_couvLes monstres de Mayuko (one-shot)
Scénario et dessins de Marie Caillou
Editions : Dargaud, 2012 (19,99€)

Public : Ado-Adultes
Pour les bibliothécaires : Un très bon livre… un lien intéressant entre bd asiatique et européenne

 

 

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Chronique | Lorna : heaven is here (Brüno)

lorna_bandeauComment rendre hommage aux films de séries B, au cinéma populaire fauché comme l’explique si bien Jean-Pierre Dionnet dans sa préface ? Prenez un scientifique arriviste, une version améliorée d’une célèbre pilule bleue, une femme géante (et nue), une actrice porno et le dessin de Brüno

Une pub comme à la grande époque

Un graphisme à part…

J’ai quitté Brüno quelques mois après Angoulême 2011 après une lecture très dubitative d’Atar Gull, livre pourtant sélectionné l’an passé et couvert de critiques positives. Cette année, rien ne change vraiment, le livre de Brüno fait toujours partie de cette sélection – sur laquelle je ne reviendrais pas tant les absences me semblent trop évidentes pour être honnête – et je ressens encore un sentiment relatif de solitude devant mon clavier.

lorna_brunoDécidément, l’auteur et moi-même n’arrivons pas à nous comprendre même s’il serait malhonnête de ma part de ne pas reconnaître sa singularité dans l’univers de la bande dessinée. Personne à ma connaissance ne possède ce trait noir à la fois économe et précis. Dans un certain sens, il me rappelle David B. au début des années 90. Et pourtant, comme dans son précédent album, je suis resté à la porte devant ses personnages aux visages figés de golems.  Impossible pour moi de franchir le pas, d’avoir un quelconque sentiment d’identification. Je ne vois pas des êtres mais des poupées qui sont posés sur le dessin. Et pourtant, tout au long de l’histoire, de vraies émotions traversent le récit : la détresse, la trahison, la passion amoureuse, la jalousie, la découverte, la peur… Mais voilà, le lecteur que je suis reste lecteur et ne passe jamais la barrière de l’émotion, celle qui porte plus loin.

Femme VS poulpe, le titre d'un film ?

Ciné-nanar

Pourtant ce scénario/hommage aux films de séries B est véritablement réussi. Il  est construit pour monter en puissance au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. C’est un hommage alors certes on voit très bien les grosses ficelles d’un genre dont le leitmotiv est justement d’en abuser. Elles sont même mises en avant. Mais on s’en amuse vite et les pages se tournent facilement. Sorte de galeries de personnages au départ, avec une intrigue par flashback, tout se resserre et se noue peu à peu pour aller vers le plus en plus étrange. On passe ainsi de la crasse moite d’un désert rocheux aux bureaux luxueux d’un laboratoire pharmaceutique avec beaucoup de naturel.

Perdu dans le désert

L’histoire se construit, les pièces se mettent en place jusqu’à cette apothéose finale et cette dernière planche qui m’a, je l’avoue malgré mes réticences liées au graphisme de Brüno, beaucoup impressionné. L’hommage au cinéma est rendu jusqu’au bout avec les mots The End qui termine cette histoire, un véritable couperet laissant l’imagination prendre le relais du souffle et du message lancé entre les lignes de l’écriture.

Cependant, à l’image du genre lui-même, l’histoire s’oublie plutôt vite (d’où le besoin d’une troisième lecture pour ma chronique) et laisse surtout dans l’esprit du lecteur le souvenir d’une atmosphère.

On appelle ça un effet secondaire

Et cela est lié, non seulement à l’écriture (avec des dialogues plutôt réussis) mais aussi au choix dans la couleur. Si sur Atar Gull, j’avais vivement critiqué la colorisation, sur Lorna, Brüno a fait le choix d’une bichromie noir et jaune. Choix pertinent car au final l’atmosphère oscille sans cesse entre les tons sépia d’une vieille photo et la chaleur tombante d’un soleil couchant sur les plaines du Texas, entre la fin du jour et le début de la nuit. Bref, ce choix de couleur participe à l’hommage volontaire presque caricatural au cinéma des séries B. Du bon gros films erotico-fantastico-horreur qui fait aujourd’hui sans doute plus rire qu’autre chose.

Une petite piqure qui change tout

Bref, si je reste toujours hermétique au trait de Brüno, je dois reconnaître la très bonne qualité de cet album. A la fois intéressant et bien construit, il rendra heureux les amateurs de séries B, fera passer un instant agréable au cinéphile et un bon moment de lecture aux bédéphiles avertis. Bref, une BD qui vaut quand même le détour.

Lorna : heaven is here (one-shot)
Scénario et dessins : Brüno
Editions : Glénat, 2012 (17,25€)
Collection : Treize étrange

Public : Adulte et amateur de nanars
Pour les bibliothécaires : Pas incontournable mais intéressant dans un fond qui se veut de qualité.

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Chronique | Morphine (Fournier)

Morphine est une jeune fille chargée de récupérer des chimères pour le compte du Professeur Hidestone. Elle possède un don qui lui permet de sentir ces créatures fabuleuses – entre sculptures et êtres vivants – fabriquées par les créateurs à partir d’une substance baptisée matière zéro. Le professeur Hidestone, l’un des plus éminents Créateurs de sa guilde, recherche spécialement les chimères créées par le légendaire Sphinx et Morphine fait du très bon travail. Mais un jour, elle remplit une mission spéciale qui l’entraîne vers des secrets inavouables…

Morphine est un album qui se place d’emblée dans un référentiel très fort. Il suffit de lire la quatrième de couverture pour en être définitivement convaincu. « Un premier roman graphique aussi étrange que fantastique… Quand Miyazaki rencontre David Lynch ?« . Les choses sont clairement posées par les éditions Emmanuel Proust. Je résume : Roman graphique, Miyazaki, David Lynch… Le chainon manquant entre BD et roman (et les noms de Will Eisner, Frank Miller, Alan Moore, Hugo Pratt et j’en passe qui viennent à l’esprit), le maître de l’animation mondiale, la référence du cinéma impénétrable… Juliette Fournier, née en 1985, propose donc une œuvre ambitieuse.

Si la couverture, avec l’héroïne assise sur une chaise entourée d’étranges papillons, rappelle effectivement une atmosphère surréaliste et inquiétante, les premières pages semblent directement issues d’un dessin animé. En fait, j’ai immédiatement pensé à Totaly Spies. Ceux qui n’ont pas d’enfants de moins de 10 ans (filles plutôt) auront du mal à voir. Je n’ai absolument rien contre Juliette Fournier, son dessin est très propre mais je l’ai trouvé plat et quelque peu formaté. Les influences conjointes du manga, de l’anime, du comics et leurs normes graphiques très établies gomment la personnalité dans ce dessin. Résultat, je ne suis jamais parvenu à passer au delà de cette première impression.

Les décors sont extrêmement minimalistes, ils donnent l’impression d’être des maisons témoins servant juste à l’action : pas de personnalité, pas de vie, juste des éléments rajoutés interchangeables. Les personnages sont eux aussi soumis à des règles très précises : tous les garçons sont des beaux gosses sans âges limite asexués, toutes les filles sont menues et kawaï. D’ailleurs, on ne trouve que deux personnages féminins dans ce décor de carton-pâte. Mais le plus énervant est cette couleur informatique sans âme dont la luminosité ne faillit jamais même dans les moments les plus obscurs de l’histoire.

D’un point de vue scénaristique, ce roman graphique est construit comme un jeu vidéo. Nous sommes plus dans un genre de RPG à la Final Fantasy. Le début est linéaire mais au fur et à mesure le monde s’élargit. Nous progressons par étapes vers une conclusion qui s’avère tout de même bien plus intéressante que la première partie de l’histoire grâce notamment à une suite de rebondissements inattendues. Les personnages secondaires n’apportant pas grand chose à cause de leur manque d’épaisseur, je pense notamment à Fear la chimère accompagnant Morphine dans ses missions, l’héroïne se suffit à elle-même. Heureusement, le côté décalé ressentit sur la couverture se retrouve plutôt bien dans l’histoire. Toutefois, les personnes partageant un peu la culture jeux vidéo/manga y verront quelques redites.

Finalement, Morphine est une bande dessinée qui ne  s’émancipe jamais vraiment de ses influences. A la décharge de Juliette Fournier, je ne suis certainement pas le public cible de ce livre, à savoir plutôt jeune et féminin. Moi qui pourtant ne rechigne pas devant un bon shojo type Nana ou Fruits Baskets !  Je trouve assez maladroit de parler sans retenue de « roman graphique » pour cet album. C’est une gentille histoire dont les ambitions sont tout de même limitées. Loin en tout cas du référentiel présenté par l’éditeur : Miyazaki, Lynch… Restons sérieux.

A lire : une interview de l’auteure sur Les Sentiens de l’imaginaire

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Scénario et dessins : Juliette Fournier
Éditions : Emmanuel Proust, 2012 (15€)

Public : Jeune fille
Pour les bibliothécaires : moi je ne conseillerais pas mais peu plaire aux jeunes lectrices.

NOTE DE LA REDACTION (C’EST MOI) : Comme j’en ai marre de me faire copieusement insulter par le Sieur Pff, je modère les commentaires pendant quelques temps. Merci de votre compréhension.

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Mini-chronique | Les sentinelles de l’imaginaire T3 (Jouvert & Kristo)

Retour à Townsville avec Nathanaël, agent du CEC, dont la mission est de rétablir l’ordre dans cette ville du futur. Mais le peut-il vraiment ? L’arrivé d’un nouveau personnage et la lutte des deux entités autrefois amies ouvrent de nouvelles perspectives…

En février dernier, j’ai chroniqué les deux premiers épisodes d’un comic book français créé par Kristophe Bauer et Jan Jouvert. Vous qui suivez IDDBD depuis un certain temps connaissez mon amour incommensurable pour les super-héros. Bref, ce n’était pas gagné d’avance. Et pourtant, avec une certaine surprise, je me suis accroché à cette histoire.

Faisant appel à de multiples références du genre, prenant parfois des airs « Alan Mooriens » de Watchmen, cet univers futuriste emporte. Dans ce nouvel épisode, après un flashback posant les bases de l’histoire, nous revenons dans le « présent ». Les auteurs en profitent pour injecter un nouveau personnage : Rose Darling, une femme flic coriace qui présente la caractéristique d’être là au mauvais moment. De quoi faire basculer sa vie et donner un élan à ce troisième opus. Elle apporte surtout son regard et une autre dimension à l’univers. On découvre un peu plus les différences entre la Townsville moderne et la Townsville Vintage, lieu de pauvreté et forcément de délinquance… voire de révolte.

Sans relire les deux premiers volumes, j’ai retrouvé rapidement mes repères. Signe que sous un apparent chaos, ce scénario est parfaitement en place. Le puzzle s’imbrique peu à peu, les événements s’enchainant avec du rythme. Un petit bémol cependant. Parfois, je trouve que quelques cartouches de textes sont superflus. Le dessin gagnant en précision et s’affinant de plus en plus au fil de l’histoire, la voix off pourrait disparaître dans certaines situations sans pour autant gêner la lecture. Mais là, je chipote car globalement, sur les plans graphiques et narratifs, on sent que les auteurs trouvent leurs marques et s’amusent avec leur publication.

Bref, cette mini-chronique pour vous dire que ça continue dans ce même élan positif. On a envie de connaître la suite car comme leurs collègues américains, Jan Jouvert et Kristophe Bauer ont l’art de laisser les situations en suspens… Grrrrrr !

Merci à eux pour l’envoi de ce 3e volume (et la citation en 4e de couv’, c’est le début de la célébrité !). Bonne continuation et rendez vous sur le site des Sentinelles de l’imaginaire.

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Dimanche…Non Mardi, euh… mercredi KBD : Billy Wild (Ceka & Griffon)

Oui je sais, en ce moment, IDDBD c’est un peu n’importe quoi. Les chroniques tombent le dimanche, le jeudi, le lundi à 3h du mat’… Bref, le capharnaüm de la critique BD. Disons que c’est un peu à l’image de mon emploi du temps.

Je m’en excuse.

Et depuis dimanche, KBD s’y met aussi. C’est à se tirer une balle ! Voilà que le dimanche tombe un mardi et qu’aujourd’hui, mercredi, je vous annonce l’article. N’importe quoi ! Bon si vous souhaitez trouver un bon moyen de nous faire payer ce chamboulement dans vos habitudes, vous trouverez tout ce qu’il faut ce mois-ci dans nos synthèses. Tout un mois consacré à La Vengeance. Il fallait au moins ça !

Nous débutons avec Billy Wild de Céka et Griffon chez Akiléos. Un étrange diptyque aux allures de western gothique, une oeuvre splendide qui lance parfaitement le sujet.

Allez, ce n’est plus le moment de flancher, découvrez notre synthèse… et relisez la chronique d’IDDBD rédigée par Mike !

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Dimanche KBD : Koma (Peeters & Wazem)

Avant dernier arrêt pour ce mois consacré à la ville avec Koma, la série en 6 volumes de Pierre Wazem et Frederik Peeters.

Koma est un conte moderne, où une petite ramoneuse découvre les secrets de… Non, je ne vous raconte rien. Je vous invite à lire la synthèse rédigée par Yvan.

Et puis, vous savez ce que je pense des travaux de Fred Peeters, pas besoin d’en rajouter !

Si le cœur vous en dit, retrouvez notre (très) vieille chronique. Le temps passe… et heureusement.

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Chronique | Soil (Kaneko)

Dans la petite ville de Soil Newtown, la famille Suzushiro a mystérieusement disparu. Le capitaine Yokoï et le lieutenant Onoda du commissariat de Kamikawa sont appelés sur les lieux. Mais ce qui pourrait être une enquête classique se transforme, devant l’accumulation de preuves et de pistes étranges, en un case-tête menant dans les secrets de la ville.

Chronique d’un jeu pour les grands

Parfois, je trouve qu’il y a des instants privilégiés pour rédiger des chroniques. Dans la foulée d’une lecture lorsque nous sommes encore dans l’enthousiasme ou quelques jours après quand il s’agit de trouver des arguments… Et puis ces heures qui correspondent à l’atmosphère spécifique d’un livre. Je commence cette chronique au moment où la plupart des gens se couchent. Au début de la nuit, l’heure des loups comme on dit, quand chacun retrouve son petit univers, au moment où les songes se confondent encore un peu avec la réalité.

Il n’y a pas de meilleurs moments pour apprécier Soil. Cette ville de province, une ville nouvelle, pure création d’entrepreneurs qui l’ont depuis abandonnée, est un terrain de jeu idéal créé par l’imagination d’Atsushi Kaneko. Sorte de « monde idéal » où on n’est pas surpris de croiser la famille Ricoré de la publicité entourée de leurs gentils voisins prévenant et sympathiques. Chacun est gentil, respecte les lois et les règles de la communauté sous la houlette du délégué des habitants. Oui, ce Japon est idéal.

Et c’est justement pour cette raison que Soil est un plateau parfait pour développer cette histoire. Tenez-vous prêt à jouer car un souffle suffit et l’équilibre se brise. Pour le lecteur, tourner un page sera déjà bien suffisant pour déclencher les catastrophes dans les méandres de rues rectilignes de cette ville-décor où les secrets anciens et les rancunes cachées sont un terreau d’indices et de soupçons en tous genres. Dans Soil, tous les personnages sont des suspects, tous ont leur part de mystères.

Un monde multi-face

Dans l’univers des mangas barrés, Soil n’est pas un simple faire valoir. Cette histoire pourrait être un pur polar, un récit fantastique ou d’horreur, une chronique sociologique du japon, un roman noir, un thriller terrifiant voire une bluette pour ados… Elle est tout ça à la fois sans incarner un style en particulier. Astushi Kaneko prend divers éléments de ces catégories et en fait un grand plat non pas indigeste mais déroutant. Il explore toutes les pistes pour rendre une œuvre d’une richesse rare pour ce genre de récit. On se perd dans les méandres d’une imagination qui utilise toutes les possibilités offertes. La ville de Soil est un phénomène, un monde parfait qu’Atsushi Kaneko va prendre un malin plaisir à démonter pièce par pièce… comme un enfant qui rit aux larmes en cassant ses jouets.

Et dans le rôle de Ken et Barbie : deux policiers tout à fait opposés. Le capitaine Yokoï (dit Moumoute) est un vieux policier cynique, crade, passant la plupart de son temps à poser des questions sur la vie sexuelle de sa partenaire en se grattant tout ce qu’il est possible de se gratter sur un corps humain. Être pas forcément très sympathique au premier abord. Barbie c’est le lieutenant Onoda (dite La mocheté) : jeune policière timide en mal de reconnaissance, sa vie civile est un désastre complet. Elle est tenace et prête à tout pour résoudre l’énigme de Soil.

Ces deux personnages sont à l’image de cette histoire, tout à fait prêt à s’en prendre plein la figure. Ce qui ne va évidemment pas tarder. Ils vont être tour à tour perdus, nous aussi, exaltés, nous aussi, en danger, nous aussi. Parfois, ils vont même disparaître sans prévenir avant de nous faire signe quelques chapitres plus loin. Nous n’avions rien vu. Bienvenus dans le jeu ! La construction à multi-facettes de cette histoire se révèle diabolique et elle ne vous permettra jamais de prendre toute la mesure des événements. Bien entendu, je ne vais pas trahir le mystère de cette enquête. De toute manière, les 6 premiers volumes n’apportent que des éléments bien obscurs. Des réponses, certes, mais aucunes qui vous permettraient de résoudre cette affaire… ou alors vous êtes dans la tête de l’auteur… Et franchement, dommage pour vous !

Côté graphisme, le dessin d’Atsushi Kaneko est très plaisant. Il s’éloigne très légèrement des canons habituels du manga en adoptant un trait plutôt réaliste et épais qui correspond parfaitement à l’univers particulièrement pesant de cette série.

Vous l’aurez compris à la tombée de la nuit, je ne peux que vous conseiller cette lecture qui vous entrainera dans une enquête et un monde particulier, renfermé sur lui-même, où la ville est un gigantesque terrain de jeu, voire un personnage particulier, pour la folie créatrice de l’auteur. Une vraie bonne claque à la hauteur d’un Monster ou d’un Dragon Head. A lire… mais âmes sensibles s’abstenir !

A lire : la chronique du tome 1 sur Imaginelf et la critique de du9
A voir : la présentation vidéo sur le site d’Ankama, l’éditeur français de Soil

Soil (7/11 tomes parus)
Scénario et dessins : Atsushi Kaneko
Edition : Ankama, 2011 (8,55€)
Collection : Kuri-Seinen
Edition originale : Enterbrain

Public : Ados-adultes
Pour les bibliothécaires : une série relativement courte (11 tomes) et prenante. Une bonne série pour les adultes.