Archives par mot-clé : Fabien Vehlmann

Le marquis d’Anaon T4 : La Bête

(scénario de Fabien Vehlmann, dessin de Mathieu Bonhomme, éditions Dargaud) Il est des séries BD qui mêlent non seulement des scénarios à toute épreuve et un dessin toujours à la hauteur mais également une profondeur psychologique rare et le plaisir de retrouver notre héros, fidèle à lui même mais changé au fur et à mesure des épreuves qu'il rencontre. Le Marquis d'Anaon est de ces séries là (comme Isaac le Pirate et bien d'autres...). Dans ce quatrième tome, nous retrouvons Jean-Baptiste Poulain, le Marquis des Âmes en Peine, en plein coeur des Alpes, toujours au XVIIIème siècle et toujours au coeur d'une mystérieuse affaire. Une bête (ou un démon ?) terrorise les populations locales en massacrant des villages entiers, dans un déchaînement de violence incroyable. Il n'en faut pas plus au bon roi de France pour lancer ses Dragons à la poursuite de l'étrange bête, accompagnés par le cousin de leur capitaine, le fameux Marquis d'Anaon, dont les récits étranges font les délices de la cour... et les nôtres... Si vous ne connaissez pas encore cette superbe série, plongez-vous sans hésiter sur les trois premiers tomes qui vous entraînerons tout à tour sur une île bretonne où un baron réalise de terrifiantes expériences de psychologie appliquée (L'île de Brac), dans un village auvergnat où de jeunes vierges sont horriblement assassinées à la veille de Noêl (La vierge noire), et à Paris puis en route vers l'Espagne à bord d'un navire maudit (La Providence)... A voir : quelques planches sur le site des éditions Dargaud A lire : l'excellente chronique de UniversBD.com (très complète)

Les cinq conteurs de Bagdad

(scénario de Fabien Vehlmann, dessin de Frantz Duchazeau, couleurs de Walter, collection Long Courrier, éditions Dargaud) Pourquoi lisons-nous des bandes dessinées ? Y avez-vous déjà pensé ? Seulement pour nous divertir ? Ou aussi pour y trouver "autre chose" ? Et quoi ? Les cinq conteurs de Bagdad ne répondra peut-être pas à toutes ces questions, mais ce magnifique album vous aidera intelligement à trouver vos propres réponses. A la fin de ce récit initiatique qui va conduire cinq personnages hors du commun (Tarek, Wahida, Anouar, Nazim et Ahmed) de Bagdad jusqu'au bord du monde, au pays des Djinns, un dialogue nous éclaire. Nazim, le conteur populaire des marchés de la capitale babylonienne, nous interpelle. Lui, il parle des histoires qu'il raconte. Nous, à travers ses mots, nous nous demandons si les BD ne seraient pas "de petits récits divertissants [fabriqués] avec coeur, c'est tout". Le séduisant Tarek lui (nous) répond - de manière plus intellectuelle, moins populaire - que ce serait plutôt "des histoires [destinées à ] changer la manière de voir les choses de ceux qui les [lisent], [car] changer le regard sur le monde, c'est déjà changer le monde"... Personnellement, je crois que les deux points de vues sont non seulement possibles mais absolument nécessaires et souhaitables ? Pourquoi ? Je préfère laisser le dernier mot à l'humble (mais non moins intelligent) Nazim : "Continuez à me mépriser, moi et mon public de merde ! Ces gens qui ont le mauvais goût de ne chercher qu'un peu de rêve et de soleil après une foutue journée de travail ! Mais quand à force de raconter des histoires que nul ne comprend, vous vous retrouverez entre vous, tellement entre vous que vous serez tout seuls, alors revenez m'expliquer comment vous parviendrez à changer le monde !". Et si, après tout, cet avertissement valait aussi pour la littérature, les arts, la politique... la vie tout simplement ? A lire : la fiche album sur le site de Dargaud (avec 5 planches à découvrir) A lire (aussi) : la très bonne critique (comme d'hab') sur sceneario.com (celle-là, elle est de Berthold) A lire (enfin) : l'intéresante chronique de Sarah sur le site clochettes.net