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Dimanche KBD : Atar Gull (Nury & Brüno)

Peut-on rêver mieux qu »un dimanche d’élection pour crier vengeance ?

Et bien venez avec nous dans cette avant-dernière étape de notre thématique. Cette semaine, Lunch vous présente Atar Gull de Brüno et Fabien Nury. Un album sélectionné à Angoulême cette année mais qui a eu son lot de débat parmi les membres de KBD.

Pour la synthèse c’est ici et pour relire la chronique d’IDDBD c’est là.

Bon dimanche !

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Les Incomparables #1 | Paul VS Atar Gull

Voici quelques temps déjà que cette idée me trotte dans la tête. Oh, rien de bien révolutionnaire : parler d’une BD non pas à partir de son histoire mais d’un de ses personnages. Chose étrange, la semaine dernière j’ai été incapable de rédiger un billet digne de ce nom sur l’excellentissime série des Paul du québécois Michel Rabagliati. Cette semaine, suite à des discussions intéressantes sur le blog de Mo’, je voulais parler d’Atar Gull, album qui ne m’a pas du tout enthousiasmé. Pareil ! Impossible de rédiger quelques choses de cohérents. Après avoir écrit deux pages sans queue ni tête, j’ai laissé tomber, un peu intrigué par ces deux échecs similaires sur des albums pourtant très différents.

Justement, ils sont différents, aucun points communs…

Et si c’était  ça la clef ?

Et si, pour rire, nous convoquions ces deux personnages de fiction pour une confrontation ? Qu’est-ce que ça donnerai comme chronique au final ? Alors juste pour s’amuser, je vous présente le premier (et peut-être l’unique) duel de cette nouvelle catégorie d’IDDBD : les incomparables !

A ma gauche : Paul. Québécois de Montréal né dans les années 60. Alter-ego de papier de son créateur, le très sympathique Michel Rabbagliatti. Paul, c’est 6 albums qui racontent une vie : la sienne. Paul est un genre de M. Jean  sans le côté parisien énervant. Son travail : graphiste, maquettiste, illustrateur. Il vit avec Lucie, sa très intelligente compagne et sa fille, Rose. Paul a de la famille, des amis, des emmerdes aussi. Bien entendu ce héros a de nombreux défauts mais aussi de grandes qualités dont les principales sont l’ouverture d’esprit et la dose d’autodérision qui manque à la plupart d’entre nous. Qualités qui lui permettent de prendre la vie comme elle vient, avec ses bons et ses mauvais côtés, sans s’illusionner sur ce qu’il est… ou n’est pas. Il a quelques regrets mais finalement, Paul est un humaniste qui s’ignore. J’exagère, c’est une personne simple qui sait faire attention aux autres.

A ma droite : Atar Gull. Prince d’une tribu africaine devenu esclave, donné comme cadeau à la fille d’un planteur. A la mort de son père, il n’a qu’un but… La vengeance ! Atar est né de la plume d’Eugène Sue au 19e siècle mais c’est Fabien Nury, nouveau scénariste hype de la BD franco-belge, qui l’a fait revivre sous le dessin de Bruno (Biotope, Michel Swing). Sous ses airs de statues, il est presque impossible de comprendre ce que ressent ce personnage singulier. Est-il simplement mué par la haine ou ressent-il véritablement les choses ? Qui est ce personnage, un fou dangereux, un tueur psychopathe incapable d’empathie ? Personnage dérangeant, impénétrable comme cette armure graphique qui l’entoure constamment. Seul son némesis, un dénommé Brulart, pirate et assassin de son état, semble percer à jour cet étrange personnage. A la fois terrifiant et froid, un robot avant l’heure.

A ma description, ces deux personnages sont différents autant sur le fond que la forme. Pourtant, en y réfléchissant un peu… Bon côté graphisme, pas de doute. Celui de Paul est influencé par la BD ligne claire des années 70-80, avec des traits caricaturaux pour les personnages mais plus de détails dans les décors. Globalement ça reste quand même très simple. Atar Gull en revanche dispose d’influences artistiques variées et fortement marquées par l’art africain. Ce personnage de golem sombre au trait si particulier rappelle les œuvres d’art premier. Cependant, le choix des couleurs l’entourant me semble si saugrenue qu’à la lecture je pensais sans cesse : « mais pourquoi diable a-t-il colorisé cet album ? ».

Au-delà de l’aspect graphique, ces personnages semblent toutefois partager quelque chose d’indéfinissable. Déjà, étant tous les deux les héros éponymes de leurs aventures, leurs histoires respectives reposent sur la réussite ou non de leur personnalité, de leur présence et leur charisme de « héros » de bande dessinée. Bien entendu, il est plus facile pour moi de se retrouver dans le personnage du québécois. Après tout, j’ai plus de chance d’être Paul qu’un prince esclave. Cependant, comme pour les univers imaginaires qui ne sont que des terreaux pour raconter des histoires, ça n’empêche pas l’ennui. Ce qui est intéressant dans le personnage de Michel Rabagliati, c’est sa faculté à se livrer sans ambages, sans se cacher ni prendre des chemins de traverse. Il montre, donne et reçoit avec la même intensité, n’élude aucun thème (même la mort comme dans Paul à Québec). L’auteur québécois se situe à la fois dans la ligne d’un Harvey Pekar par rapport au côté autobiographique de son œuvre mais aussi en rupture par son approche très positive. L’un est américain l’autre québécois, je ne sais pas si ça joue. En tout cas, Paul donne vraiment envie de traverser l’Atlantique à la nage, la rame et autres moyens plus ou moins rapides histoire de balancer quelque « hostie de calices » et autres « Tabernac ». Bref, lisez Paul et soyez heureux.

A l’inverse, alors qu’on cherche à me faire ressentir avec force la violence, le dégoût ou la compassion, on me livre un personnage déshumanisé comme Atar Gull. Comment puis-je adhérer au propos ? C’est pour moi un véritable frein qui me fait préférer – et de très loin – le personnage du pirate bien plus poétique et romantique que le héros principal. Hormis le fait que l’histoire soit plutôt bâclée sur la fin, il me semble quand même important dans un récit de ce genre qu’il puisse y avoir une accroche avec le héros. Rappelez-vous le Comte de Monte-Christo, l’un des plus grands récits de vengeance jamais écrit ! Atar Gull subit, puis agit comme un golem. Jamais il ne semble ressentir quoique ce soit. Il m’est donc impossible d’entrer confortablement dans cette histoire et d’être dérangé par quoique ce soit.

Voici donc le résultat de cette comparaison d’incomparable. Pourquoi j’aime Paul ? Parce qu’il est humain. Pourquoi je n’aime pas Atar Gull ? Parce qu’il ne l’est pas du tout. Pourtant ces deux personnages, par leur style de récit, sont des porteurs de vie, de sens, de ressenti. Si l’un m’entraîne, l’autre me laisse à quai.

Merci à vous d’avoir subi ce test dont l’intérêt est sans aucun doute discutable. Tiens et bien discutons-en justement !

Paul (7 volumes)
scénario et dessins : Michel Rabagliati
Éditions : La Pastèque
Public : Pour tous
Pour les bibliothécaires : indispensables, surtout Paul en appartement, Paul à la pêche & Paul à Québec.

Atar Gull (one-shot)
scénario : Fabien Nury d’après le roman d’Eugène Sue
dessins : Bruno
Editions : Dargaud
Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : Gros buzz cette année (sélectionné à Angoulême, comme Paul d’ailleurs) mais je demande à voir sur la durée. Pas certains que cet album vieillisse très bien.

Info du jour | Angoulême 2011, le palmarès

5000kmparsecondeAh… C’est un blog sur la BD alors il faut qu’on parle du palmarès du Festival international de la BD d’Angoulême 2011 !

Oui…

On s’en sort bien cette année. Art Spiegelman comme grand prix ! La classe ! C’est bizarre, je pensais qu’il lui avait déjà donné. J’ai dû me tromper.

Dans l’ensemble, le palmarès a plus d’allure que les intitulés des catégories (Prix de l’audace !!!! N’importe quoi !).

Le grand vainqueur est le superbe album de l’italien Manuele Fior : 5000 kilomètres par seconde. Une histoire d’amour, hymne aux voyages graphiques et colorés dans le temps et l’espace. Un très bel album c’est clair même si… Bref, je n’ai pas été transporté, touché ou frappé comme j’ai pu l’être avec des albums comme Pinnochio, Le Combat Ordinaire ou NoNonbâ… Mais peu importe après tout, le travail des éditions Atrabile mérite d’être mis en lumière. Il aurait pu l’être également avec Château de Sable étonnement absent du palmarès. Sans doute un peu trop exigeant ou, je ne sais pas… De toute façon, je me plante toujours alors :-)

Sinon,  le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh que je n’ai pas lu mais qui est sur ma liste depuis au moins 3 mois mérite à mon avis le détour (Prix du public) tout comme l’impressionnant pavé Gaza 1956 du créateur de la BD de reportage Joe Sacco tandis que l’inévitable best de la fin d’année 2010, Asterios Polyp de David Mazzuchelli (pas lu non plus…. rooooh !) rafle le prix spécial du Jury. Fabien Nury et Sylvain Vallée touche le Jackpot avec le prix de la série pour Il était une fois en France (c’est Mike qui va être content).

Nous sommes également très heureux pour les éditions çà et là qui gagne le prix révélation avec Trop n’est pas assez de l’auteure autrichienne Ulli Lust. Prix partagé avec le très bon La Parenthèse d’Elodie Durand (chez Delcourt)…

Bref, cette année, un palmarès varié qui donne une bonne presse aux maisons d’éditions indépendantes. On est loin de l’abomination Pascal Brutal de l’an passé… fort heureusement.

Pour connaître l’ensemble du palmarès, c’est ici !

Il était une fois l’Amérique…

Le maître de Benson Gate - Tome 2 : Huit petits fantômes (scénario de Fabien Nury, dessin de Renaud Garreta, couleurs de Jean-Jacques Chagnaud, lettrage de François Batet, 2008)

Décidément, IDDBD ne vous recommande que des suites ces jours-ci (après le troisième tome de Miss Pas Touche, vendredi dernier). Aujourd’hui, c’est sur le deuxième opus du Maître de Benson Gate que vous allez vous jeter ! Si vous vous souvenez de la chronique du 8 janvier 2008 (mais si, mais si, un petit effort voyons…), vous n’avez pas oublié le conseil d’IDDBD : ne passez à côté d’aucun des albums scénarisés par Fabien Nury. C’est peut-être simple comme conseil, mais sacrément efficace lorsqu’il s’agit de choisir une bonne BD sur l’étal de son libraire ou dans les rayons de sa bibliothèque…

Le deuxième tome de la série Le Maître de Benson Gate ne faillit pas à cette règle : l’intrigue nouée au premier tome autour de Calder et Richard, les frères Benson, héritiers putatifs d’un empire pétrolier dans l’Amérique du début du XXème siècle, se clôt dans un permier diptyque passionnant et sombre comme un roman de James Ellroy (pour reprendre les termes de Christophe Quillien du magazine Avant-Première). Et ce n’est pas la découverte du cadavre de Joan Bartlett, la fille de neuf ans d’un notable lié à la famille Benson, qui apportera un peu de lumière dans ce cloaque humain qu’est la bonne société de Boston. Ni les occupations de Taylor, le domestique de Benson Gate

On reste admiratif du talent de Fabien Nury et de son extraordinaire capacité à nous immerger dans l’intimité de ses personnages, renforcée encore par le magnifique dessin réaliste de Renaud Garreta dont la maîtrise est époustouflante. Ce dessinateur est à la hauteur de son scénariste, ce qui n’est pas peu dire !

Et la bonne surprise dans tout cela c’est que ce deuxième tome, qui clôt donc le premier diptyque du Maître de Benson Gate, annonce déjà les prochains albums… à suivre de très près.

A lire : 16 planches sur Read-box.com

A voir : la bande annonce de la série Le Maître de Benson Gate

Les mystères de l’W.E.S.T.

W.E.S.T. - Tomes 3 et 4 (Cycle 2 – 1902) (scénario de Xavier Dorison et Fabien Nury, dessin de Christian Rossi, éditions Dargaud

Les troisièmes et quatrièmes tomes de la série W.E.S.T. forment le deuxième cycle (un troisième cycle est attendu très prochainement) des aventures de cette unité d’agents secrets d’un type un peu particulier : la Weird Enforcement Special Team (W.E.S.T.). 

Après avoir chassé le diable sur le territoire des Etats-Unis (en 1901, pour vous situer dans le temps), l’équipe de Morton Chapel se retrouve un an plus tard à Cuba pour traquer Islero, un mystérieux révolutionnaire cubain décidé à chasser de son pays désormais indépendant (enfin… officiellement), à la fois l’armée des Etats-Unis et la United Fruit (une très grosse compagnie décidée à piller consciencieusement les richesses naturelles de l’île) . Ses armes : le vaudou cubain (la Santeria), quelques zombies (personnes déclarées mortes mais que l’on revoit quelques jours plus tard dans les rues de la Havanne) et une foule de cubains dévoués corps et âmes… 

Mais que viennent faire là nos amis de la W.E.S.T. ? Ils ont été chargés par la Maison-Blanche de veiller au bon déroulement des élections, qu’Islero s’évertue à gâcher par avance en assassinant, par zombies interposés, quelques notables bien en vus. Sauf qu’au bout de quelques jours, Morton Chapel et ses compagnons réalisent que la situation à Cuba est loin d’être celle qu’on leur a décrite à Washington… Et si les méthodes d’Islero ne sont pas justifiables aux yeux de la morale et de la loi, le camps des légalistes n’est certainement pas composé de chevaliers blancs ! Entre les militaires sadiques, les hommes politiques corrompus et les affairistes aveuglés par leurs seuls profits, d’un côté, le peuple maintenu dans la même misère (voire pire) que celle qui prévalait du temps des Espagnols, de l’autre, la W.E.S.T. devra finalement choisir entre sa morale et sa loyauté au gouvernement américain… Des déchirements en perspectives et des rebondissements comme s’il en pleuvait ! 

Décidément, Xavier Dorison et Fabien Nury confirment à chaque nouvel album, à chaque nouvelle série, leur statut de scénaristes brillants. En se fondant sur une trame historique sans faille, ils réussissent à créer des histoires dignes du grand écran ou des meilleurs auteurs de thrillers contemporains. L’intrigue est suffisamment complexe pour nous tenir en haleine de la première à la dernière page, mais sans nous perdre dans un labyrinthe inextricable… Efficacité, talent : que demander de plus lorsqu’on souhaite passer un excellent moment de BD ? 

Quant au dessin de Christian Rossi, c’est une petite merveille graphique qui sert à la perfection le scénario. Réaliste et en même temps très expressif, de nombreuses cases sont de pures chef d’oeuvres que l’on verraient bien encadrés chez soi… Et, répétons-le, sans jamais perdre de son efficacité narrative ! 

Evidemment, W.E.S.T. bénéficie du label « Recommandé par IDDBD » tant le scénario et le dessin font de cette série un incontournable, un essentiel que tout bédéphile débutant ou confirmé se doit de posséder… 

A (re)lire : la première chronique d’IDDBD concernant la série W.E.S.T. 

A lire : l’interview de Xavier Dorison et Fabien Nury sur evene.fr 

A voir : quatre planches du tome 3 (El Santero

 

 

  

A voir (aussi) : cinq planches du tome 4 (Le 46ème Etat