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Dimanche KBD : Atar Gull (Nury & Brüno)

Peut-on rêver mieux qu »un dimanche d’élection pour crier vengeance ?

Et bien venez avec nous dans cette avant-dernière étape de notre thématique. Cette semaine, Lunch vous présente Atar Gull de Brüno et Fabien Nury. Un album sélectionné à Angoulême cette année mais qui a eu son lot de débat parmi les membres de KBD.

Pour la synthèse c’est ici et pour relire la chronique d’IDDBD c’est là.

Bon dimanche !

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Les Incomparables #1 | Paul VS Atar Gull

Voici quelques temps déjà que cette idée me trotte dans la tête. Oh, rien de bien révolutionnaire : parler d’une BD non pas à partir de son histoire mais d’un de ses personnages. Chose étrange, la semaine dernière j’ai été incapable de rédiger un billet digne de ce nom sur l’excellentissime série des Paul du québécois Michel Rabagliati. Cette semaine, suite à des discussions intéressantes sur le blog de Mo’, je voulais parler d’Atar Gull, album qui ne m’a pas du tout enthousiasmé. Pareil ! Impossible de rédiger quelques choses de cohérents. Après avoir écrit deux pages sans queue ni tête, j’ai laissé tomber, un peu intrigué par ces deux échecs similaires sur des albums pourtant très différents.

Justement, ils sont différents, aucun points communs…

Et si c’était  ça la clef ?

Et si, pour rire, nous convoquions ces deux personnages de fiction pour une confrontation ? Qu’est-ce que ça donnerai comme chronique au final ? Alors juste pour s’amuser, je vous présente le premier (et peut-être l’unique) duel de cette nouvelle catégorie d’IDDBD : les incomparables !

A ma gauche : Paul. Québécois de Montréal né dans les années 60. Alter-ego de papier de son créateur, le très sympathique Michel Rabbagliatti. Paul, c’est 6 albums qui racontent une vie : la sienne. Paul est un genre de M. Jean  sans le côté parisien énervant. Son travail : graphiste, maquettiste, illustrateur. Il vit avec Lucie, sa très intelligente compagne et sa fille, Rose. Paul a de la famille, des amis, des emmerdes aussi. Bien entendu ce héros a de nombreux défauts mais aussi de grandes qualités dont les principales sont l’ouverture d’esprit et la dose d’autodérision qui manque à la plupart d’entre nous. Qualités qui lui permettent de prendre la vie comme elle vient, avec ses bons et ses mauvais côtés, sans s’illusionner sur ce qu’il est… ou n’est pas. Il a quelques regrets mais finalement, Paul est un humaniste qui s’ignore. J’exagère, c’est une personne simple qui sait faire attention aux autres.

A ma droite : Atar Gull. Prince d’une tribu africaine devenu esclave, donné comme cadeau à la fille d’un planteur. A la mort de son père, il n’a qu’un but… La vengeance ! Atar est né de la plume d’Eugène Sue au 19e siècle mais c’est Fabien Nury, nouveau scénariste hype de la BD franco-belge, qui l’a fait revivre sous le dessin de Bruno (Biotope, Michel Swing). Sous ses airs de statues, il est presque impossible de comprendre ce que ressent ce personnage singulier. Est-il simplement mué par la haine ou ressent-il véritablement les choses ? Qui est ce personnage, un fou dangereux, un tueur psychopathe incapable d’empathie ? Personnage dérangeant, impénétrable comme cette armure graphique qui l’entoure constamment. Seul son némesis, un dénommé Brulart, pirate et assassin de son état, semble percer à jour cet étrange personnage. A la fois terrifiant et froid, un robot avant l’heure.

A ma description, ces deux personnages sont différents autant sur le fond que la forme. Pourtant, en y réfléchissant un peu… Bon côté graphisme, pas de doute. Celui de Paul est influencé par la BD ligne claire des années 70-80, avec des traits caricaturaux pour les personnages mais plus de détails dans les décors. Globalement ça reste quand même très simple. Atar Gull en revanche dispose d’influences artistiques variées et fortement marquées par l’art africain. Ce personnage de golem sombre au trait si particulier rappelle les œuvres d’art premier. Cependant, le choix des couleurs l’entourant me semble si saugrenue qu’à la lecture je pensais sans cesse : « mais pourquoi diable a-t-il colorisé cet album ? ».

Au-delà de l’aspect graphique, ces personnages semblent toutefois partager quelque chose d’indéfinissable. Déjà, étant tous les deux les héros éponymes de leurs aventures, leurs histoires respectives reposent sur la réussite ou non de leur personnalité, de leur présence et leur charisme de « héros » de bande dessinée. Bien entendu, il est plus facile pour moi de se retrouver dans le personnage du québécois. Après tout, j’ai plus de chance d’être Paul qu’un prince esclave. Cependant, comme pour les univers imaginaires qui ne sont que des terreaux pour raconter des histoires, ça n’empêche pas l’ennui. Ce qui est intéressant dans le personnage de Michel Rabagliati, c’est sa faculté à se livrer sans ambages, sans se cacher ni prendre des chemins de traverse. Il montre, donne et reçoit avec la même intensité, n’élude aucun thème (même la mort comme dans Paul à Québec). L’auteur québécois se situe à la fois dans la ligne d’un Harvey Pekar par rapport au côté autobiographique de son œuvre mais aussi en rupture par son approche très positive. L’un est américain l’autre québécois, je ne sais pas si ça joue. En tout cas, Paul donne vraiment envie de traverser l’Atlantique à la nage, la rame et autres moyens plus ou moins rapides histoire de balancer quelque « hostie de calices » et autres « Tabernac ». Bref, lisez Paul et soyez heureux.

A l’inverse, alors qu’on cherche à me faire ressentir avec force la violence, le dégoût ou la compassion, on me livre un personnage déshumanisé comme Atar Gull. Comment puis-je adhérer au propos ? C’est pour moi un véritable frein qui me fait préférer – et de très loin – le personnage du pirate bien plus poétique et romantique que le héros principal. Hormis le fait que l’histoire soit plutôt bâclée sur la fin, il me semble quand même important dans un récit de ce genre qu’il puisse y avoir une accroche avec le héros. Rappelez-vous le Comte de Monte-Christo, l’un des plus grands récits de vengeance jamais écrit ! Atar Gull subit, puis agit comme un golem. Jamais il ne semble ressentir quoique ce soit. Il m’est donc impossible d’entrer confortablement dans cette histoire et d’être dérangé par quoique ce soit.

Voici donc le résultat de cette comparaison d’incomparable. Pourquoi j’aime Paul ? Parce qu’il est humain. Pourquoi je n’aime pas Atar Gull ? Parce qu’il ne l’est pas du tout. Pourtant ces deux personnages, par leur style de récit, sont des porteurs de vie, de sens, de ressenti. Si l’un m’entraîne, l’autre me laisse à quai.

Merci à vous d’avoir subi ce test dont l’intérêt est sans aucun doute discutable. Tiens et bien discutons-en justement !

Paul (7 volumes)
scénario et dessins : Michel Rabagliati
Éditions : La Pastèque
Public : Pour tous
Pour les bibliothécaires : indispensables, surtout Paul en appartement, Paul à la pêche & Paul à Québec.

Atar Gull (one-shot)
scénario : Fabien Nury d’après le roman d’Eugène Sue
dessins : Bruno
Editions : Dargaud
Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : Gros buzz cette année (sélectionné à Angoulême, comme Paul d’ailleurs) mais je demande à voir sur la durée. Pas certains que cet album vieillisse très bien.

Info du jour | Angoulême 2011, le palmarès

5000kmparsecondeAh… C’est un blog sur la BD alors il faut qu’on parle du palmarès du Festival international de la BD d’Angoulême 2011 !

Oui…

On s’en sort bien cette année. Art Spiegelman comme grand prix ! La classe ! C’est bizarre, je pensais qu’il lui avait déjà donné. J’ai dû me tromper.

Dans l’ensemble, le palmarès a plus d’allure que les intitulés des catégories (Prix de l’audace !!!! N’importe quoi !).

Le grand vainqueur est le superbe album de l’italien Manuele Fior : 5000 kilomètres par seconde. Une histoire d’amour, hymne aux voyages graphiques et colorés dans le temps et l’espace. Un très bel album c’est clair même si… Bref, je n’ai pas été transporté, touché ou frappé comme j’ai pu l’être avec des albums comme Pinnochio, Le Combat Ordinaire ou NoNonbâ… Mais peu importe après tout, le travail des éditions Atrabile mérite d’être mis en lumière. Il aurait pu l’être également avec Château de Sable étonnement absent du palmarès. Sans doute un peu trop exigeant ou, je ne sais pas… De toute façon, je me plante toujours alors :-)

Sinon,  le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh que je n’ai pas lu mais qui est sur ma liste depuis au moins 3 mois mérite à mon avis le détour (Prix du public) tout comme l’impressionnant pavé Gaza 1956 du créateur de la BD de reportage Joe Sacco tandis que l’inévitable best de la fin d’année 2010, Asterios Polyp de David Mazzuchelli (pas lu non plus…. rooooh !) rafle le prix spécial du Jury. Fabien Nury et Sylvain Vallée touche le Jackpot avec le prix de la série pour Il était une fois en France (c’est Mike qui va être content).

Nous sommes également très heureux pour les éditions çà et là qui gagne le prix révélation avec Trop n’est pas assez de l’auteure autrichienne Ulli Lust. Prix partagé avec le très bon La Parenthèse d’Elodie Durand (chez Delcourt)…

Bref, cette année, un palmarès varié qui donne une bonne presse aux maisons d’éditions indépendantes. On est loin de l’abomination Pascal Brutal de l’an passé… fort heureusement.

Pour connaître l’ensemble du palmarès, c’est ici !

Il était une fois l’Amérique…

Le maître de Benson Gate - Tome 2 : Huit petits fantômes (scénario de Fabien Nury, dessin de Renaud Garreta, couleurs de Jean-Jacques Chagnaud, lettrage de François Batet, 2008)

Décidément, IDDBD ne vous recommande que des suites ces jours-ci (après le troisième tome de Miss Pas Touche, vendredi dernier). Aujourd’hui, c’est sur le deuxième opus du Maître de Benson Gate que vous allez vous jeter ! Si vous vous souvenez de la chronique du 8 janvier 2008 (mais si, mais si, un petit effort voyons…), vous n’avez pas oublié le conseil d’IDDBD : ne passez à côté d’aucun des albums scénarisés par Fabien Nury. C’est peut-être simple comme conseil, mais sacrément efficace lorsqu’il s’agit de choisir une bonne BD sur l’étal de son libraire ou dans les rayons de sa bibliothèque…

Le deuxième tome de la série Le Maître de Benson Gate ne faillit pas à cette règle : l’intrigue nouée au premier tome autour de Calder et Richard, les frères Benson, héritiers putatifs d’un empire pétrolier dans l’Amérique du début du XXème siècle, se clôt dans un permier diptyque passionnant et sombre comme un roman de James Ellroy (pour reprendre les termes de Christophe Quillien du magazine Avant-Première). Et ce n’est pas la découverte du cadavre de Joan Bartlett, la fille de neuf ans d’un notable lié à la famille Benson, qui apportera un peu de lumière dans ce cloaque humain qu’est la bonne société de Boston. Ni les occupations de Taylor, le domestique de Benson Gate

On reste admiratif du talent de Fabien Nury et de son extraordinaire capacité à nous immerger dans l’intimité de ses personnages, renforcée encore par le magnifique dessin réaliste de Renaud Garreta dont la maîtrise est époustouflante. Ce dessinateur est à la hauteur de son scénariste, ce qui n’est pas peu dire !

Et la bonne surprise dans tout cela c’est que ce deuxième tome, qui clôt donc le premier diptyque du Maître de Benson Gate, annonce déjà les prochains albums… à suivre de très près.

A lire : 16 planches sur Read-box.com

A voir : la bande annonce de la série Le Maître de Benson Gate

Les mystères de l’W.E.S.T.

W.E.S.T. - Tomes 3 et 4 (Cycle 2 – 1902) (scénario de Xavier Dorison et Fabien Nury, dessin de Christian Rossi, éditions Dargaud

Les troisièmes et quatrièmes tomes de la série W.E.S.T. forment le deuxième cycle (un troisième cycle est attendu très prochainement) des aventures de cette unité d’agents secrets d’un type un peu particulier : la Weird Enforcement Special Team (W.E.S.T.). 

Après avoir chassé le diable sur le territoire des Etats-Unis (en 1901, pour vous situer dans le temps), l’équipe de Morton Chapel se retrouve un an plus tard à Cuba pour traquer Islero, un mystérieux révolutionnaire cubain décidé à chasser de son pays désormais indépendant (enfin… officiellement), à la fois l’armée des Etats-Unis et la United Fruit (une très grosse compagnie décidée à piller consciencieusement les richesses naturelles de l’île) . Ses armes : le vaudou cubain (la Santeria), quelques zombies (personnes déclarées mortes mais que l’on revoit quelques jours plus tard dans les rues de la Havanne) et une foule de cubains dévoués corps et âmes… 

Mais que viennent faire là nos amis de la W.E.S.T. ? Ils ont été chargés par la Maison-Blanche de veiller au bon déroulement des élections, qu’Islero s’évertue à gâcher par avance en assassinant, par zombies interposés, quelques notables bien en vus. Sauf qu’au bout de quelques jours, Morton Chapel et ses compagnons réalisent que la situation à Cuba est loin d’être celle qu’on leur a décrite à Washington… Et si les méthodes d’Islero ne sont pas justifiables aux yeux de la morale et de la loi, le camps des légalistes n’est certainement pas composé de chevaliers blancs ! Entre les militaires sadiques, les hommes politiques corrompus et les affairistes aveuglés par leurs seuls profits, d’un côté, le peuple maintenu dans la même misère (voire pire) que celle qui prévalait du temps des Espagnols, de l’autre, la W.E.S.T. devra finalement choisir entre sa morale et sa loyauté au gouvernement américain… Des déchirements en perspectives et des rebondissements comme s’il en pleuvait ! 

Décidément, Xavier Dorison et Fabien Nury confirment à chaque nouvel album, à chaque nouvelle série, leur statut de scénaristes brillants. En se fondant sur une trame historique sans faille, ils réussissent à créer des histoires dignes du grand écran ou des meilleurs auteurs de thrillers contemporains. L’intrigue est suffisamment complexe pour nous tenir en haleine de la première à la dernière page, mais sans nous perdre dans un labyrinthe inextricable… Efficacité, talent : que demander de plus lorsqu’on souhaite passer un excellent moment de BD ? 

Quant au dessin de Christian Rossi, c’est une petite merveille graphique qui sert à la perfection le scénario. Réaliste et en même temps très expressif, de nombreuses cases sont de pures chef d’oeuvres que l’on verraient bien encadrés chez soi… Et, répétons-le, sans jamais perdre de son efficacité narrative ! 

Evidemment, W.E.S.T. bénéficie du label « Recommandé par IDDBD » tant le scénario et le dessin font de cette série un incontournable, un essentiel que tout bédéphile débutant ou confirmé se doit de posséder… 

A (re)lire : la première chronique d’IDDBD concernant la série W.E.S.T. 

A lire : l’interview de Xavier Dorison et Fabien Nury sur evene.fr 

A voir : quatre planches du tome 3 (El Santero

 

 

  

A voir (aussi) : cinq planches du tome 4 (Le 46ème Etat

 

Le Maître de Benson Gate

Le maître de Benson Gate (scénario de Fabien Nury, dessin de Renaud Garreta, couleurs de Jean-Jacques Chagnaud, lettrage de François Batet, 2007)

Mais bien entendu que l’on va accuser IDDBD de rouler pour Dargaud ! Quatre chroniques d’affilée consacrées à un album de cette maison d’édition, pensez donc ! Sachez que le hasard fait parfois les choses puisque les trois albums présentés avant celui-ci sont vraiment tous dans le haut du panier de la catégorie qui les concerne (récits de pirates, science-fiction, western/humour) et que Le maître de Benson Gate ne faillit pas à cette logique de qualité, dans un autre registre : le récit historico-économico-politico-familial comme seuls les auteurs anglo-saxon savent les ficeler… Seulement les auteurs anglo-saxons ? C’était vrai il y a quelques années mais aujourd’hui une nouvelle génération d’auteurs francophones de grand talent s’est révélé au public. Nous avons ainsi vu apparaître dans le paysage des scénaristes de bande dessinée comme Daniel Pecqueur, Jean-David Morvan, Xavier Dorison ou Fabien Nury qui sont tous de véritables « story tellers« , quel que soit le genre auquels ils s’attaquent. Et aujourd’hui, c’est précisément Fabien Nury qui nous intéresse plus particulièrement…

De temps en temps, IDDBD vous donne un petit truc pour bien choisir vos BD. Par exemple, il y a quelques jours, dans un commentaire, David nous indiquait que quasiment tous les albums de la collection Poisson Pilote étaient excellents. Et bien le conseil du jour est le suivant : jusqu’à ce jour, les albums scénarisés par Fabien Nury (parfois avec la complicité de Xavier Dorison, tel que W.E.S.T., mais aussi seul comme dans Je suis Légion, une série fantastique absolument incroyable) sont tous des valeurs sûres que vous pouvez choisir les yeux fermés ! Dont, bien entendu Le maître de Benson Gate !

Alors, de quoi s’agit-il ? De l’histoire de deux frères, futurs héritiers d’une fortune familiale américaine fondée par leur père sur l’exploitation du pétrole. L’aîné, Calder, est un homme d’action plus versé dans la connaissance de la gente féminine et des jeux de hasard que dans la littérature, contrairement à son cadet, Richard, que l’on rencontre alors qu’il vient de recevoir à Yale son diplôme d’avocat. Le premier tome de la série, Adieu Calder, pose tous les rouages de l’intrigue qui va inexorablement conduire les deux frères à l’affrontement… Le contexte historique de cette saga est l’Amérique du début du XXème siècle, remarquablement reconstituée par Renaud Garreta (également dessinateur de Fox One, Insiders et d’un Tanguy et Laverdure…) et subtilement mise en couleur par Jean-Jacques Chagnaud dont on avait déjà apprécié le travail sur Croisade, Black Op et surtout Là où le regard ne porte pas

Bref, quand tant de professionnels de qualité sont réunis au sein d’un même projet, que vous dire de plus ?De ne pas hésiter à vous plonger dans les méandres de Benson Gate pour savoir qui en deviendra finalement le maître… Simple, non ?

A voir : le mini-site des éditions Dargaud

A lire : pour en savoir plus sur Renaud Garreta, et Fabien Nury (avec également une interview sur l’excellent et recommandable site sceneario.com)

Nury/Cassaday : qui êtes-vous vraiment ?

Je suis Légion - Tome 3 : Les trois singes (scénario de Fabien Nury, dessin de John Cassaday, éditions Les Humanoïdes Associés, 2007)

Décidément, IDDBD ne vous lache pas avec le style historico-fantastique ! Après Croisade, voici le troisième et dernier tome de l’halletante série Je suis Légion. Vous ne connaissez pas ? Pas de souci, jetez un coup d’oeil à la chronique du 17 avril 2007 d’IDDBD. Pour les autres, ceux qui ont lu les deux premiers tomes, je n’ai pas besoin de faire l’article : le scénario de Fabien Nurydont l’action se déroule pendant la seconde guerre mondiale – est on ne peut plus efficace et intelligemment mené. Quant au dessin de John Cassaday, son trait et ses cadrages cinématographiques collent parfaitement à l’ambiance du récit et à l’angoisse omniprésente.

Sans rien dévoiler de ce troisième tome palpitant, sachez tout de même qu’il se révèle plus surprenant que ce que vous auriez pu imaginer à la lecture des précédents. Fabien Nury est encore une fois redoutablement efficace et son inventivité ne paraît pas avoir de limite lorsqu’il s’agit de jouer avec nos pauvres nerfs…

Que ce soit pour le récit ou le dessin de John Cassaday, vous aurez compris que la série Je suis Légion est un « indispensable » dans la liste des BD que vous vous devez de découvrir absolument … Incontournable !

A lire : la fiche album sur le sites des Humanos

A lire : l’excellente critique sur le site Actuabd (et l’interview de Fabien Nury)

Je suis légion

(scénario de Fabien Nury, dessin de John Cassaday, couleurs de Laura Depuy, éditions Les Humanoïdes Associés)

Et si IDDBD vous emmenait au cinéma (ça change du restaurant !) ? Ca vous tente ? Mais rien de gnangnan (promis juré ce n’est pas encore une comédie sentimentale) ou de déjà vu (pas de western donc). Non, du vrai cinoche fantastique, de celui qui vous fait vous recroqueviller dans votre fauteuil, qui vous fait déglutir votre salive en même remps que votre pop-corn, qui vous dilatte les pupilles et fait perler la sueur sur votre front, goutte à goutte…

Le titre du film, c’est Je suis légion. Le scénariste, c’est Fabien Nury, le créateur de W.E.S.T. Le cinéaste, c’est John Cassaday, un jeune dessinateur de comics américain. Attention, la lumière s’éteint. L’écran s’illumine. Vous ouvrez les premières pages de l’album et déjà votre nuque vous picotte.

1942. La seconde guerre mondiale est à un tournant mais personne ne le sait encore. Les nazis volent de succès en succès dans toute l’Europe, l’Angleterre est pilonnée par les bombardements incessants de la Lufwaffe et les Etats-Unis viennent à peine d’entrer en guerre.
Dans l’ombre, loin des champs de batailles, des forces colossales sont à l’oeuvre. Et ces forces obscures ne sont pas seulement le fait des services secrets ou des réseaux clandestins. Non, deux frères ennemis, deux puissances fantastiques, deux entités aussi vieilles que le monde se cherchent et s’affrontent par le biais des humains qu’elles contrôlent à distance, chacune dans leur propre camp.
Comment ? Il suffit qu’un humain reçoivent un peu du sang de ces créatures ancestrales pour qu’il devienne une marionnette entre leurs mains terrifiantes. Ces êtres, les roumains les nomment strigoï. En Occident, ils sont plus connus sous le nom de vampires ou, comme le relate l’évangile de Marc, chapitre 5, verset 9, de démons (« Alors le Seigneur s’approcha de l’homme et lui demanda son nom : « Légion », dit l’homme, « car nous sommes nombreux. »).

Au moment où nous les rencontrons, les nazis tentent d’utiliser l’une de ses entités qui a pris vie dans le corps d’une petite fille roumaine, Ana. En face, infiltré dans les services secrets britanniques, l’autre créature se glisse violemment de corps en corps, à la recherche de son double…
Bien entendu, ses agissements laissent des traces sanglantes. Conduite par Stanley Pilgrim, une équipe d’enquêteurs hors normes (qui n’est pas sans rappeler l’équipe de W.E.S.T.) est chargée d’élucider cette série de meurtres horribles. Malheureusement (ou heureusement…), les policiers anglais ne savent pas encore à quoi ils s’exposent ni ce qu’ils s’apprêtent à affronter réellement…

Je vous garantis que vous ressortirez des deux premiers tomes de Je suis légion aussi terrifiés que si vous vous étiez enfermés dans une bonne vieille salle obscure. Fabien Nury nous a – une fois de plus – concocté un scénario époustouflant (histoire, personnages…), mis en dessin par un John Cassaday à la hauteur de sa réputation.
Où il est démontré – encore et toujours – qu’une bonne BD n’est pas seulement une série de petites cases dessinées. Alors quand il s’agit d’une excellente BD…

Le troisième et dernier tome de Je suis légion n’est pas encore annoncé (en 2008 ?). Ca vous laisse le temps de dévorer les deux premiers… J’ai dis « dévorer » ?

A découvrir : le site des éditions Les Humanoïdes Associés consacré à la série Je suis légion

A voir et à entendre : l’interview de Fabien Nury sur livres.tv (trouvé grâce au site sceneario.com et à ses excellentes critiques des deux premiers tomes de Je suis légion…)

Une aventure des Brigades du Tigre

« Ni Dieu, ni Maître » (scénario de Fabien Nury et Xavier Dorison, dessin de Jean-Yves Delitte, couleurs de Patricia Faucon, éditions Glénat)

En voyant le titre « Les Brigades du Tigres« , je suis sûr que le générique du feuilleton français des années 70 commence à vous trotter dans la tête et que vous vous remémorez les images de quelques gars en costumes flannelle serrés les uns contre les autres au volant d’automobiles pétaradantes… Je me trompe ? Peut-être, en tout cas, si de telles images vous reviennent en mémoire, oubliez-les !

Si ce premier opus des Brigades du Tigre en bande dessinée est directement inspiré du film de Jérôme Cornuau (et non pas de la série TV de Victor Vicas), il n’en est pas un sous-produit ou un produit de merchandising (comme trop souvent dans de tels cas..). Non, cet album est plein de rythme et de dialogues savoureux. Le scénario tient la route… Et le dessin n’est pas en reste : il nous plonge efficacement dans l’ambiance du Paris des débuts du XXème siècle. Que demander de plus ?

Bref, ne boudons pas notre plaisir et partons sans hésiter aux côtés des « mobilards » Valentin, Pujol et Terrasson. Vivement la suite !

A voir et à mater : quelques pages de l’album sur le site de la FNAC

A voir : le (mini-)site consacré aux Brigades du Tigre sur le (gros) site des éditions Glénat

Chronique | W.E.S.T

scénario de Xavier Dorisson et Fabien Nury, dessin et couleur de Christian Rossi, aux éditions Dargaud, 2 tomes

Quel peut bien être le lien entre des personnages aussi différents que William Burns, gouverneur adjoint de l’Etat de New-York retrouvé pendu dans son salon alors qu’il portait sur lui les vêtements de sa nièce, Edward Goldsmith, un district attorney qui s’est défoncé la tête contre les murs de sa cellule de Sing Sing où il était incarcéré pour détournement de fonds publics, George Coolidge, professeur de philo à Harvard qui se défoulait sur les clochards de Boston à coup de barre de fer jusqu’à ce qu’il s’immole par le feu lorsque la police est venu l’arrêter, Harvey Dawson, magnat de l’armement qui s’est tiré une balle dans la tête avec son fusil de collection préféré après avoir trucidé sa femme et sa domestique, et, enfin, l’évêque O’Connoly, vidé de son sang au cours d’un antique rituel de messe noire organisé dans sa cathédrale ?
Vous ne voyez pas ? Pourtant des points communs, il n’en manque pas. Jugez plutôt : jusqu’à se qu’ils se suicident (car il s’agit bien à chaque fois de suicides), ces personnages vivaient tous aux Etats-Unis, à New-York ou à proximité, au début du XXème siècle. Ah, j’oubliais, ils faisait tous les cinq partie du Club Century. Un club assez particulier, ma foi… C’est d’ailleurs à cette conclusion que parviendront (à la fin du premier tome) les membres de la Weird Enforcement Special Team (W.E.S.T.), une équipe secrète de quelques hommes triés sur volet par Richard Clayton, un haut fonctionnaire de Washington, et dirigés par Morton Chapel, le vrai patron, une pointure… Entouré du Coursier (unmystérieux homme à tout faire), d’Angel Salvaje (un indien catholique porté sur l’exorcisme), et de Joey Bishop et Bart (tueurs à gages patentés), Morton Chapel se lance à la poursuite d’une entité plus que maléfique (c’est peu de le dire !).
Plusieurs pistes s’offrent à eux : un journaliste du Morning Sun, quotidien miteux de New-York, semble posséder des informations de première main sur les suicides, tandis que le fils de l’ambitieux sénateur Lennox paraît lui aussi en savoir plus qu’il ne veut bien le dire à sa soeur Kathryn, docteur en psychiatrie qui finira bien entendu par croiser la route de la
W.E.S.T.

Cette histoire en deux tomes (les BD en peu de tomes sont aussi très agréables…) est un mélange des Mystères de l’Ouest (sans le docteur Loveless, les petits costumes très ajustés de James West, et les  déguisements bidons d’Artemus Gordon !) et des Incorruptibles (sauf que Morton Chapel est un peu plus péchu qu’Elliot Ness et que le patron du Club Century ferait passer Al Capone pour un enfant de coeur), sans oublier la dimension radicalement fantastique de ce dyptique qui lui donne un souffle épique particulièrement puissant.
Une excellente BD, halletante, dynamique, efficace, à lire d’une traite sans s’ennuyer une seule seconde. Foi d’IDDBD, à l’WEST, rien que du nouveau !

Vous aimerez W.E.S.T. si vous aimez : les Mystères de l’Ouest (lorsque vous étiez jeunes…), les Incorruptibles (pour la bande de copains super professionnels…), les complots (surtout ceux qui visent à prendre le contrôle des Etats-Unis…), les sociétés secrètes (méchantes…), le fantastique (teinté d’occultisme).

A voir encore (si ces planches vous ont accroché) : les premières planches du tome 1 (La Chute de Babylone) et du tome 2 (Century Club) sur amazon.fr

A lire : la fiche de WEST et l’interview des auteurs sur le site des éditions Dargaud.

A visiter : le (superbe, magnifique, grandiose) site dédié à WEST