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Le temps des siestes (Beaulieu)

Une mèche brune tombe sur ses yeux. Elle nous regarde, belle et troublante. Vêtue d’un manteau d’hiver, son silence nous parle. Elle semble avoir des choses à raconter, des secrets à révéler. Cette pin-up sage résume assez bien l’esprit du Temps des Siestes, recueil de dessins de Jimmy Beaulieu. Directement issus des nombreux carnets de l’auteur, ces dessins sont une parade de jeunes femmes dénudées. Elles sont belles et coquines ces femmes aux rondeurs non photoshopés ! En positions suggestives bien souvent entre femmes ou dans des attitudes du quotidien, ces jolies créatures de papier possèdent un grand pouvoir érotique.  Car ici, la présence de l'homme est rare. Comme un message de la part de ce dessinateur : beauté est un mot féminin. Ce recueil constitue un vrai voyage graphique dans l’univers de Jimmy Beaulieu. En variant ses techniques, ses cadrages ou ses sujets – ces femmes sont rarement identiques -, ils démontrent toutes ses qualités de dessinateur. Exercice de style, le recueil d’illustration permet de découvrir les auteurs de bandes dessinées sans le poids, parfois lourd, de l’histoire. Quoi que... Seules des légendes viennent troubler le silence des illustrations. Constituées de quelques mots, parfois de simples phrases ou de textes plus longs, elles entrent en écho avec les portraits de ses femmes et forment finalement une sorte de récit, un lien inconscient entre le lecteur et l'artiste, une pérégrination anodine ou le plaisir est d’apprécier le dessin pour lui-même. Un petit bonheur de fin gourmet ouvert à toutes les interprétations. Comme il l’explique lui-même dans son introduction, Jimmy Beaulieu voit dans ses carnets l’essence même de son travail d’artiste. Ses albums deviennent des éléments connexes. En relisant Le temps des siestes et Comédie sentimentale pornographique, on sent que ces deux livres se répondent. Quand le personnage principal de Comédie Sentimentale pornographique évoque ses carnets de dessins, il apparaît même un lien extrêmement troublant. Avec le Temps des siestes, Jimmy Beaulieu nous offre une œuvre simple et riche où désir et érotisme sont les maîtres-mots. On retrouve surtout le plaisir de l’évocation de la sensualité loin des clichés de la pornographie. Un très joli livre. Je remercie les impressions nouvelles pour ce partenariat. A découvrir : la fiche album sur le site des Impressions nouvelles (ou vous pourrez lire les premières pages) A lire : la chronique de Mo' (qui a toujours un temps d'avance sur moi en ce moment ^^ )
Le temps des siestes Textes et dessins : Jimmy Beaulieu Éditions : Les Impressions nouvelles, 2012 (17,50€) Public : Adulte Pour les bibliothécaires : un très beau recueil de dessins. Genre pas assez représenté dans nos collections à mon goût.

Chronique | Milady de Winter (T.1)

Pendue à un arbre totalement nue, la comtesse de la Fère n’est a priori plus qu’un cadavre. Mais miraculeusement, elle reprend vie et réussi à se dégager. Rentrant au château, elle apprend que son mari s’est enfui après lui avoir fait subir ce sort funeste. Qu’à cela ne tienne, elle part à son tour, pour oublier sa vie antérieure et surtout cacher son infamie. Finalement la comtesse est bien morte car une nouvelle femme est née de ces malheurs… Une femme aussi dangereuse que belle, l’espionne préférée de Richelieu, ennemie des mousquetaires… La légendaire Milady de Winter !

Adaptation, réinvention

Même si adapter Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas est un pari ambitieux, il n’est pas d’une folle originalité. Étant donné le nombre de films, livres, dessins animés et même bandes dessinées sur le sujet, réussir à faire quelque chose de véritablement différent n’est pas chose aisée. Mais prendre comme héroïne principale, la méchante de service, la femme la plus machiavéliques de la littérature classique, la belle et intelligente Milady de Winter est déjà en soi un sacré pari ! Une idée certes simple mais qu'il fallait osé. D'autant plus que c'est une excellente surprise car on redécouvre ce personnage sous un autre jour. Agnès Maupré réussi l'exploit de réinventer ce mythe tout ou gardant son essence. Un grand travail de réappropriation ! Cette Milady est une femme splendide à l’apparence aussi légère et gracieuse que le trait aérien et faussement naïf d’Agnès Maupré. Un  trait dans la même lignée qu’Aude Picault (Transat, Comtesse) ou Lucie Durbiano (Orage et desespoir, Le rouge vous va si bien) et surtout Joann Sfar avec qui elle a longtemps travaillé.  Mais sous ce masque se cache une écorchée, une romantique déçue, une femme originale qui porte sur le monde un regard d’une grande lucidité. Cynique pour les uns, charismatique pour les autres, opportuniste, vengeresse et manipulatrice, vous apprécierez sans aucun doute ce personnage finalement très humain, se laissant aller à ses envies dans l’intimité et totalement en contrôle lorsqu’elle sort dans le monde, capable de colère et d’amour sincère, capable de vengeance et d’érotisme.

Anti-héros et héroine

Mais une belle héroïne ne suffit pas pour réussir un album. Milady n'aurait pas cette présence sans la galerie de personnages issus de l’œuvre originale. Ils sont autant de miroirs déformant la belle. Et là, Agnès Maupré s’en donne à cœur joie en prenant le contre-pieds de l’imagerie populaire. D'Artagnan et ses amis mousquetaires, la Reine, le Duc de Buckingham, Constance, homme ou femme, chacun subira la férocité de la scénariste : quand la gente masculine apparait comme des phallocrates de première catégorie pris entre leurs pulsions sexuelles et leurs romantismes douteux, les femmes ne sont que manipulations, suffisances et imbécilités. L'idiotie, l'apparence et la morale sont les deux mamelles de l'univers de cet album. Finalement, un seul personnage secondaire semble s'en tirer avec les honneurs… le Cardinal de Richelieu ! Transformé en mentor (voire en double) de la belle espionne, il apparaît comme l'homme politique manipulateur et malin. Tout aussi cynique que sa protégée, on lui doit quelques unes des plus belles répliques du livre : « une homme d’état et une espionne ! Nous ne pouvons nous comporter comme si nous étions du genre humain ». Bref, un personnage plus à la hauteur de sa réputation ! Ces anti-héros apportent chacun une pierre pour comprendre le mur qui sépare notre héroïne du monde commun. Et qu'y voit-on ? Une femme résolument moderne, intrigante, contrainte par la vie à chercher une indépendance dans un monde dirigée par des lâches et des bandits. Finalement, on se pose une question : cette bd est-elle féministe ? Pour moi, c'est surtout un portrait passionnant de femme que je rapprocherai aisément de Martha Jane Canary, autre très bonne bande dessinée racontant la vie de Calamity Jane. Il y a une très grande force dans ces deux héroïnes mais chacune d'elle reste humaine et fragile même si la vie ne les y autorisent pas. C'est sans aucun doute la faiblesse du personnage de Milady mais en aucun cas de cet album. Pour conclure, on ne peut que vous conseiller la lecture de cet album. Une adaptation originale d'une très grande qualité. Beaucoup de rythme et un vrai plaisir de lecture. Même en connaissant l'histoire originale, les surprises seront au rendez-vous ! Une très grande maîtrise de la jeune Agnès Maupré. Série et auteure à suivre... et de près !
scénario et dessins : Agnès Maupré d'après Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas Editions : Ankama , 2010 Public : Ado-adultes Pour les bibliothécaires : alors que nous achetons a peu-près toutes les  catastrophiques adaptations littéraires en bande dessinée sous le prétexte que se sont des adaptations de grands livres, ne passons pas à côté de ce petit bijou !
palsechesA voir : la très bonne critique de Sébastien Naeco sur Le Comptoir de la BD A découvrir : le blog d'Agnès Maupré A lire : les 10 premières planches sur BD-Gest' A noter : cette lecture ayant été conseillé par Tristan de Bulles & Onomatopées, elle entre donc dans le cadre du challenge "Pal Sèches" de Mo'.