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Etrange, vous avez dit étrange ? Comme c’est étrange…

Quartier M - Tome 1 : Fêlures (scénario de Stéphane Beauverger, dessin et couleurs de Benjo & Zano, collection Empreintes, éditions Dupuis, 2007) Je dois l'avouer, Quartier M est une série dans laquelle je suis entré d'abord pour (et par) le dessin de Benjo et les couleurs de Zano (et réciproquement). Réaliste, moderne, paré d'une vraie épaisseur, d'une profondeur et d'une texture tout à fait particulières. Ces dessins sont de toute beauté, sans mièvrerie. J'ai donc naturellement dévoré l'album en boulotant les cases l'une après l'autre... Après cette première lecture quasi compulsive et en tout cas boulimique, mes yeux rassasiés ont laissé place à ce qui me reste de cerveau. Et là, la sensation d'étrangeté ressentie à la première lecture s'est un peu estompé. Car l'histoire de Quartier M, concoctée par l'imaginatif (écrivain) Stéphane Beauverger, peut se lire à plusieurs niveaux. Au premier, Quartier M est un étrange récit d'anticipation dans lequel les adultes d'un quartier bétonné et anonyme d'une tout aussi anonyme mégapole perdent peu à peu la mémoire, laissant la place à une désorganisation sociale où une bande de jeunes, les RANA, font la loi... Dans cet univers qui se déglingue de jour en jour, Maël et Mog, deux ados, vont essayer de survivre aux violences qui les entourent. Un espoir les réunit : le Doge, ce héros (désormais télévisé) qui aurait réuissit à franchir les limites du Quartier M... Au second niveau, Quartier M est aussi (de mon point de vue) une terrifiante parabole sur notre époque, notre civilisation. Les adultes du Quartier M qui perdent peu la mémoire renvoient l'image de nos contemporains perdant eux aussi leur mémoire Historique, avec tous les dangers que cela implique : montée de nouveaux fascismes intégristes, violences sociales subies par un néo-prolétariat qui n'a même plus sa conscience de classe pour se protéger, déculturation d'une partie de plus en plus large d'une jeunesse de ce fait nécessairement désabusée... Certes, le constat est un peu sévère mais il vous suffit de lire vos journaux pour vous rendre compte de la réalité de l'époque... et des dangers à venir si rien n'est fait. En attendant, vous pouvez commencer par lire Quartier M. Au plaisir du trait, vous ajouterez celui de lire un récit terriblement lucide d'une beauté étrange... A lire : la critique de Bulle d'Encre, et celle de Mo sur Mo're BD, son excellent blog de chroniques BD

BD pharaonique…

La dernière reine (scénario de Patrick Weber, dessin de Giancarlo Caracuzzo, couleurs de Dina Kathelyn, collection Empreintes, éditions Dupuis, 2007) Au début du mois d'octobre, IDDBD vous avait déjà parlé des BD traitant de l'Antiquité. J'avais tenté un classement des séries concernées avec pour seul résultat de me prendre les pieds dans le tapis, de créer de toutes pièces une polémique aussi stérile que stupide... Bref, ce n'était pas la gloire ! Heureusement que l'album présenté, Petit conte léguminesque (aux éditions Akileos) relevait à lui seul le niveau de la chronique. Je ne recommettrai pas la même erreur aujourd'hui avec La dernière reine de Weber, et Caracuzzo (aux éditions Dupuis) pour vous signaler une BD traitant de l'Antiquité de très grande qualité tant par son scénario mêlant faits historiques, mythologie et inventions pures d'auteur dans un équilibre parfait entre l'action et le récit, que par son dessin réaliste sans être rigide, dynamique tout en étant assez fouillé (le bon équilibre, encore une fois...). Bravo à Giancarlo Caracuzzo ! Revenons au scénario. La dernière reine du titre, c'est Cléopâtre, dont la principale qualité en BD, jusqu'à présent, est d'avoir cotoyé Astérix (et un peu Panoramix aussi, si mes souvenirs sont bons...). Ici, Patrick Weber réussit à recontruire autour de Cléopâtre, dont on sait finalement peu de chose, une histoire cohérente (même si elle largement teintée de mythologie) et palpitante. Entre les complots politiques, les guerres fraticides avec Ptolémée et les rapports avec l'empire romain dont la puissance, incarnée par César, ne cesse de croître, Cléopâtre doit déployer des efforts pharaoniques pour reconquérir son trône d'Egypte. Elle sera aidée pour cela par Rahotep, un jeune liseur de songes (c'est là précisément qu'intervient la mythologie...), et l'imagination efficace de Patrick Weber. Adeptes du péplum BD de qualité, vous avez trouvé là une série à suivre avec grand intérêt ! En tout cas ici, sur IDDBD, c'est bien ce que l'on compte faire... A lire : les fiches album des deux premiers tomes (le 2ème est sorti en août 2007) sur le site des éditions Dupuis A visiter : le site de Giancarlo Caracuzzo et celui de Patick Weber (où vous pourrez en plus découvrir la bande annonce du permier tome de La dernière reine...)

Tout en cartoon…

Nefesis (scénario de Denis-Pierre Filippi, dessin de Silvio Camboni, collection Empreintes, éditions Dupuis) Pour la grande rentrée 2007, IDDBD vous entraîne dans le Paris du début du XXème siècle, revisité par l'uchronie steampunk de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni. L'égyptomania est partout, de l'architecture à la mode en passant par la population elle-même ! Certaines personnes sont habités par des dieux de l'ancienne Egypte : ce sont les "inspirés". Parmi eux, les meilleurs cotoient les pires. Dans la première catégorie nous retrouvons Margot, jeune étudiante parisienne et bourgeoise le jour, qui se transforme en Nefesis, justicière aidée la nuit de Némès, son dieu egyptien personnel... Dans la deuxième catégorie, les simples malfrats utilisant leurs pouvoirs pour cambrioler les bonnes gens cotoient les tueurs psychopathes les plus déterminés. Entre les deux catégories, des humains "normaux", policiers (dont l'énigmatique inspecteur Elias), scientifiques, médecins tour à tour chasseurs et victimes... Et lorsque tout ce petit monde se croise dans les rues d'un Paris remodelé en "Nouvelle Egypte", il y a de l'action, de l'action et de l'action avec un zest d'humour bien dosé... Bref un cocktail léger et pétillant. Car vous l'aurez compris, Nefesis est un thriller "light" (c'est-à-dire facile à suivre, qui ne se prend pas au sérieux et que l'on peut donc qualifier de distrayant, sans être péjoratif), servi par un dessin efficace et "lisible par tous", à la croisée de plusieurs influences (dont les comics américains) avec lequel vous passerez un excellent moment de détente. Et, après tout, n'est-ce pas ce que l'on demande aussi parfois à la BD ? Le deuxième tome paraît mercredi prochain (le 5 septembre...). A lire : la fiche-album du premier tome , ainsi que celle du deuxième, sur le site Dupuis (incluant la bande annonce de l'album)