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L’enfance d’Alan (Emmanuel Guibert)

Avant de débarquer dans la France en guerre de 1944, Alan Ingram Cope a passé son enfance dans le Sud de la Californie. Portrait d'un jeune garçon dans l'Amérique des années folles, de la grande dépression et de l'Avant-Guerre. Continuer la lecture de L’enfance d’Alan (Emmanuel Guibert)

Alan passe à l’Est

Guibert, japonais (dessins et textes d’Emmanuel Guibert, éditions Futuropolis)

En 2005 et 2007, Emmanuel Guibert devient lauréat de la Villa Kujoyama. Pour simplifier les choses, cette récompense offre la possibilité à un artiste, écrivain ou autres créateur de s’expatrier sous l’égide du ministère de la Culture et de travailler en résidence d’auteur au cœur même du Japon. Emmanuel Guibert y fera deux séjours de 15 jours et 3 mois. Ce magnifique livre est le résultat de ses pérégrinations au pays du soleil levant.

Attention Guibert, japonais n’est pas une BD, c’est un recueil. D’abord un recueil de textes, des petites histoires personnelles ou imaginées d’un artiste en voyage, des histoires de rencontres et/ou d’incompréhensions, des histoires de vie ou de décalages culturels complexes, bref des histoires de quotidien. Ces récits
japonais ont en commun la plume magnifique voire même magique d’un homme qui aime l’expression dans toutes ses formes et la communication dans son plus noble rôle, celui de partager. Mais ça, Guibert nous y avait habitué, c’est un magnifique conteur d’histoire (De La Fille du professeur au Photographe en passant par La Guerre d’Alan etc…)

Mais Guibert Japonais, c’est aussi une galerie de dessin dont le but est là encore de nous faire ressentir les événements. De la planche de bois au petit carnet d’écolier comme support, de techniques photographiques en essence de kaki comme outil, il donne vraiment l’impression d’avoir tout essayé. Et son travail est saisissant de diversité et de créativité. Esquisses, croquis, tableau, c’est un voyage pour lui et une vague de sensation pour nous. Les images habituelles du japon sont là : les temples, rues, calligraphies… Mais l’importance, la sensibilité se retrouve dans des détails : une mèche de cheveux, un policier, un vélo, des reflets de soleil sur la banquette arrière d’un taxi, un oiseau perché… Finalement des choses relativement proches de nous. Et le tour de magie est réussi, l’évidence même de l'existence de ce livre apparaît simple, implacable, n’ouvrant pas la moindre discussion : Emmanuel Guibert est japonais et jusqu’à la fin du livre, il nous offre un élément de cette identité afin que nous aussi, nous en faisions partie. Le livre fermé, c’est l’envie de repartir qui reprend ses droits. Ouvrir de nouveau ce livre devient alors tout aussi évident.

A lire : la fiche album sur le site de Futuropolis
A découvrir : le site de la villa Kuyojama

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

Mémoire…

La Guerre d'Alan - 3 tomes (scénario et dessins d'Emmanuel Guibert, d'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope, L'Association)

"Un jour, un dessinateur rencontre un Américain qui vit en France.
Le dessinateur s’appelle Emmanuel. Et l’Américain se prénomme Alan.
Alan a vécu la deuxième guerre mondiale et il la raconte au dessinateur. Mais la guerre d’Alan, c’est très peu d’actions ou d’explosions. Ce sont des petits moments précieux dont il essaie de tirer le suc pour rester convaincu que la vie est belle.
Emmanuel Guibert, le dessinateur et Alan Cope, l’ancien soldat américain vont devenir les meilleurs amis du monde. Et leur amitié donnera une trilogie : la guerre d’Alan volume 1, 2 et 3 parue aux éditions de l’Association.
Ces livres, c’est une façon de voir la vie. C’est un homme qui en écoute un autre, parce tous les 2 avaient un goût certain pour la conversation."

Quand des journalistes de qualité – ici Rebecca Manzoni, la présentatrice d’ECLECTIK sur France Inter -  font une bonne présentation d’une série qu’on adore, ben on leur pique.

C’est avec impatience que j’attendais le dernier opus de La Guerre d’Alan. Voilà, le 3e volume vient de clore le récit de la vie d’Alan Ingram Cope, vétéran de la seconde guerre mondiale.
Rassurez-vous, si ce nom ne vous dit rien, c’est normal. Il n’y a aucune trace d’Alan dans les livres d’histoire. Il n’était qu’un homme de l’ombre, un simple soldat qui a traversé la grande histoire comme la plupart des gens, sans bruit. Et pourtant…

Oui pourtant, lorsque l’on lit et découvre avec avidité les trois albums de ce récit, réalisé à partir des souvenirs d’Alan, de l’immense talent d’un Emmanuel Guibert et d’une profonde amitié entre les deux hommes, on y découvre un être incroyablement intelligent. Avec le recul des années, Alan pose sur sa vie et les évènements un regard de sage non dénué d’(auto)critique et d’humour.

Le héros de cette histoire n’en est pas un, c'est un être avide de connaissance, tolérant et curieux. Pas plus courageux que vous et moi. Vous ne trouverez pas d’évènements choquants comme on a l’habitude de les voir dans les œuvres traitant de ce sujet. Non, la Guerre d’Alan est un recueil de souvenirs, qui malgré leurs profondes intériorités, ont une portée universelle. Le lecteur y découvrira les choses simples de la vie, les rencontres marquantes (ou anecdotiques), des découvertes ou des regrets.

Et les souvenirs, Alan en avait des tonnes. Des souvenirs qu’il a su transmettre à Emmanuel Guibert. Quand deux amis, un conteur et un artiste se rencontrent, et quand cet artiste a suffisamment d’humanité pour s’oublier derrière son sujet, alors tout est au rendez-vous pour réaliser quelque chose d’étonnant.

Emmanuel Guibert semble trouver l’inspiration dans les amitiés qu’il a su se forger. Entre La Guerre d’Alan et Le Photographe – autre chef d’œuvre de ces dernières années – il montre au travers de textes et de dessins époustouflants toute l’étendue de son talent. Du paradis où il se trouve désormais, Alan Ingram Cope doit apprécier… et nous aussi.

A lire : la critique de Parutions.com

A télécharger : l’émission d’ECLECTIK du 29 mars 2008 avec Emmanuel Guibert (90Mo, désolé pour la pub. Entrez le code, cliquez sur Download puis patientez une 20aine de secondes). Bon je ne sais pas si j’ai trop le droit de le faire. Si ces messieurs de France Inter veulent que l’on retire le lien, on le fera.

Les essentiels – Partie 2/4

Le Photographe – série en 3 tomes (dessins d’Emmanuel Guibert, couleurs de Frédéric Lemercier, histoire vécue et photographié par Didier Lefèvre, Editions Dupuis, Collection Aire Libre)

En 1986, Didier Lefèvre est parti avec Médecin sans frontière en Afghanistan. Région déchirée par la guerre (certains choses changent en 20 ans, c’est étonnant !), ce photographe-reporter a vécu une expérience hors du commun et survécu dans un monde presque surréaliste pour un occidental. Il ramena des images, des milliers d’images pour témoigner. Savait-il qu’un jour, elles se retrouveraient dans une BD ?

Emmanuel Guibert, en véritable artiste, ajoute encore une mine à ses crayons ! Une mine d’or pour le coup, car avec Le Photographe, il est sans doute l’un des premiers à lier photographie (et quelle photographie !) et dessin dans un même album grand public. Et le plus extraordinaire dans tout ça, c’est qu’aucun champ artistique ne prend la place de l’autre. La plume répond à l’objectif et l’objectif à la plume, tout ça dans un seul but : raconter cette histoire. Tout ce qui n’est pas pris par l’appareil est raconté par Emmanuel Guibert avec ses dessins et son trait caractéristique. On est tour à tour impressionné par les Afghans ou les médecins, dégoûté par ces chefs de guerre, amusé devant les coutumes locales ou humble devant les montagnes. Nous y sommes et tout semble limpide dans ce récit. Bref, une grande performance pour trois grandissimes albums justement récompensés !

A lire : la très bonne chronique de BD sélection
A voir : l’excellent site consacré à cette BD. On y apprend avec tristesse la mort de Didier Lefèvre, il y a seulement quelques jours (le 29 janvier).

La fille du professeur

(scénario de Joann Sfar, dessin d'Emmanuel Guibert, collection Expresso, éditions Dupuis) Avant de dire quoi que ce soit sur cet album, une mention spéciale pour Guibert, le dessinateur : chacune de ses cases est un bijou, chacune des postures ou des expressions de la fille du professeur Bowell est une splendeur ! Pour l'histoire, on retrouve toute la folie de Joann Sfar dont la mort semble être, sinon une compagne, au moins une amie de longue date, de celles quel'on connaît bien et dont on finit par apprivoiser les traits d'humeur. C'est en tout cas ce qu'ont réussi deux des protagonistes, deux pharaons momifiés depuis plus de 3000 ans et qui continuent malgré tout à courir après la vie et l'amour. C'est aussi ça la force de Joann Sfar : l'amour triomphe toujours de la mort qui rôde. Et nous, comme des gosses, on marche pas, on court... A lire : la chronique d'Yvan sur du9.org A lire : la fiche album sur le site Expresso des éditions Dupuis