Archives par mot-clé : Ecole

Chronique | GTO : Great Teacher Onizuka (Toru Fujisawa)

Eikichi Onizuka, 22 ans, toujours puceau ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie. Par un improbable concours de circonstance, il devient enseignant stagiaire dans un collège privée très réputé ? Mais comment lui, issu d'une université de 5e catégorie, ancien chef de gang bosozoku (motards), va-t-il faire face aux élèves, enseignants et parents qui veulent tous sa peau ? Avec fantaisie, humour, inventivité... et pas mal de surprises. Continuer la lecture de Chronique | GTO : Great Teacher Onizuka (Toru Fujisawa)

Chronique | Blessures Nocturnes (Mizutani & Tsuchida)

Dans les nuits de Yokohama, un professeur cherche à sauver des enfants et des adolescents en pleine perdition. Portrait d’un homme, portrait d’une société entière et de leurs blessures.

Les profondeurs de la nuit

Comment choisit-on un livre dans une bibliothèque ? Parfois en se basant sur ses goûts, parfois au hasard. J’aime bien la seconde méthode, parfois de belles surprises qui m'amènent à chroniquer de très bons albums. Et Blessures nocturnes fait partie des très très bonnes surprises ! Le 10e et ultime volume est paru récemment, mettant un terme à l’histoire de Mizutani, un professeur de lycée du soir cherchant à aider les jeunes en difficulté. Ce dernier se fait appeler le guetteur. Mélange de légende urbaine et de héros nocturne, il est une figure connu des bandes de motards et des gangs de jeunes. Ce manga est adapté par Seiki Tsuchida du roman d’Osamu Mizutani. Et si vous vous demandez si ce Mizutani est le même que le héros, je vous répondrais oui. Toutes les histoires racontées sont basés sur des faits réels. De quoi faire très peur.

Car les auteurs dressent un constat particulièrement sombre de la jeunesse japonaise : abandon, mauvais traitement, harcèlement à l’école, drogues, viols, course à la réussite, pauvreté… Voici une liste non exhaustive (je n’ai lu que les 5 premiers volumes) des sujets abordés au cours des pérégrinations nocturnes du héros. Parfois, l’espoir est au bout. Mais il n'y a rien de systématique. Contrairement aux superhéros, le personnage principal ne gagne pas toujours à la fin. Erreur, mauvaise gestion, malchance, incompréhensions… par les défaites du héros, Blessures Nocturnes apparaît encore plus comme une fable humaniste. L’intérêt de cette série se trouve justement dans cette démarche. Constitués de nouvelles allant d’un unique chapitre à 3 ou 4, les histoires racontées ne sont jamais joués d’avance. Quel sera le dénouement ? L'angoisse est là, la réponse ne viendra que dans les ultimes pages. On ressent l'inquiétude empathique du héros. Finalement, on se surprend à enchainer les chapitres, puis les histoires, tout est très cohérent malgré l'effet nouvelle. La lecture est fluide, agréable… presque surprenante !

Le pacte

Effectivement, je ne pensais pas être transporté de la sorte avec un sujet comme celui-ci. Et pourtant, j’ai dévoré les deux premiers volumes puis m’en suis voulu d’avoir laisser les autres à la médiathèque. Alors tour de force ou de passe-passe de la part des deux auteurs ? Blessures Nocturnes ne glissent jamais dans les pentes savonneuses des pièges de ce genre de récit : la sensiblerie et le glauque. Le dessin de Seiki Tsuchida y est pour beaucoup. Si on lui reprochait parfois le côté glacial et figé de son trait (notamment dans Under the Same Moon), j’ai beaucoup apprécié sa précision presque chirurgicale. Tout est très propre, bien composé, lumineux et surtout très sobre. Il joue parfois la rupture et se laisse aller à de belles doubles planches. Mais le dessin est toujours au service du récit. Les personnages sont expressifs sans tomber dans un abus d’émotions. Il y a peu de visages en gros plan emplies de larmes. Je pense à une série comme Ikigami qui multipliait un peu trop ces effets à mon goût. On ne tombe jamais non plus dans le franchement pourri. Même dans les situations les plus compliqués, l’espoir est possible. Les univers décrits ne sont pas borderline. Blessures nocturnes est notre quotidien - enfin celui des japonais plutôt - rien de glauque, juste du réel. Dans cette série, on ne cherche pas à braquer vos émotions. Les auteurs font leur travail en racontant leurs histoires. Ils les transmettent avec tacts car elles sont déjà suffisamment tragiques pour ne pas faire de surenchères. Seules les interludes baptisés Soi toi-même avec de courtes phrases sont un peu moralisatrices mais ne gâchent pas vraiment l’ensemble. La traduction y est peut-être pour beaucoup. Globalement, j’ai eu l’impression qu'un pacte inconscient avait été scellé entre Seiki Tsuchida, Osamu Mizutani et leurs lecteurs : « faites-nous confiance, laissez-nous vous raconter, à vous de voir ce que vous pourrez en tirer ». Quelle confiance dans son lectorat ! Mais plus j’avance dans cette histoire, moins cela me paraît surprenant tant elle correspond aux valeurs prônées tout au long de ce livre par cet héros du quotidien. Le Mizutani de papier force le respect. A l’écoute, ouvert, empathique, il n’impose pas, réussi à convaincre de l’intérêt de s’en sortir, et dispose lui aussi de son petit lot de souffrances qui le rend imparfait. Je ne connais pas l’impact de ce livre au Japon. J’ose croire qu’il a pu être utile à quelqu’un. En tout cas, si je ne le conseille pas aux plus jeunes, le mettre dans les mains d'ados me paraîtrait assez intelligent. C’est beau un livre qui permet de réfléchir à la vie.
Blessures nocturnes (10 volumes - série terminée) d'après le roman de Osamu Mizutani Scénario : Osamu Mizutani Dessins et adaptation : Seiki Tsuchida Éditions : Casterman, 2008 (6,95€) Titre original : Yomawari Sensei Éditions originales : Shogakukan, 2005 Public : Ado (mature) et adulte Pour les bibliothécaires : une excellente série plutôt courte (10 volumes seulement). Des volumes qui peuvent se lire séparément le cas échéant. Idéal !
 

Vitamine

(scénario et dessin de Keiko Suenobu, Panini Comics, 2005)

Jeunesse japonaise

Sawako a 15 ans et comme tout bon élève japonais travaille d’arrache-pied pour faire plaisir à ses parents et décrocher ainsi la meilleure place dans le meilleur des lycées. Mais un jour, la jeune fille cède aux avances de son petit ami et se retrouve dans une position assez délicate dans une salle de cours. Ils sont très vite découverts par un autre élève. Mais ce n’est que le lendemain que le cauchemar commence pour Sawako. Elle devient la souffre-douleur de la classe tandis que son ami la rejette complètement. Attention claque assurée si vous vous décidez à lire ce petit bijou. Sous ces doux airs de shojo, Vitamine remue son petit monde. Récit initiatique évoquant un double phénomène fréquent au japon, la violence à l’école (ijimé)et l’absentéisme qui en découle, Keiko Suenobu dresse un portrait à l’acide de la société nippone. Elle ne prend pas de gants pour décrire la faillite d’un système qui empêche les jeunes de s’épanouir. Entre les cours du soir, les activités en club et la pression des parents, les jeunes ont trop peu de temps pour se retrouver face à eux-mêmes. Et tout peut déraper facilement et il n’y aura personne pour vous rattraper. Dans cette société où l’élitisme et l’individualisme sont rois, il y a peu de place pour le rêve. A méditer. Je meurs d’envie de vous en dire plus mais ce n’est pas possible sans dévoiler la conclusion. Les 200 pages de ce petit one-shot se dévorent à la vitesse de l’éclair, idéal pour faire découvrir un manga brillant d’une toute jeune mangaka toute aussi brillante. Keiko Suenobu fait partie de cette nouvelle génération qui révolutionne peu à peu l’image d’Epinal du manga (avec Testuya Tsutsui entre autres). Une mangaka à suivre donc et un manga à relire sans modération ! A lire : l’excellente analyse sur Orient Extreme.net avec en particulier une explication du phénomène de l’Ijimé.